CHAPITRE XXVI
Qui conlicot une des plus terri}>lcs a\culurcs ((ui soient arrivées à Sunciio.
Don Quichotte et Sancho se retirèrent dans leur chambre , après avoir donné le bonsoir à Yalerio^ et Eugénie donna ordre au maître d'hOtel au^il y eût deux chasseurs prêts de grand niatin^ pour observer Sancho do loin , et lui donner du secours en cas quUl se trouvât pressé dans les aventures qu^ilenlreprendrait^ et que luimême allât aussi Pobserver à son loisir.
Sancho partit seul et de grand matin; il ne tarda pas à entrer dans la forêt. Il n^eut pas marché un quart d'heure qu'il s'enfonça dans un endroit où les arbres étaient si grands et si épais^ qu'il n'j voyait plus goutte; il était effraj^é de la moindre chose qu'il entendait ; mais il le fut terriblement quand il crut entrevoir devant lui an cavalier d'une taille extraordinaire^ et montésurun puissant cheval. Il songeait à l'éviter^ et ne savait par où -, et d'ailleurs ils étaient si proches l'un de l'autre^ que leurs chevaux se touchaient de la tête. Qui va là ? cria le chevalier d'une voix enrouée, qui s'oppose à mon chemin ? Personne ne 6^7 oppose, répondit Sancho tout tremblant. C'est vous, ami Sancho? dit le chevalier. C'est moi, répondit-il un peu rassuré, mais je ne sais qui vous êtes. Suivez-moi, dit le cavalier : il y a longtemps que je vous cherche; et il douua aussitôt un coup de cor d'un son terrible. En même temps on lui répondit de sept ou huit endroits de la forêt avec autant de bruit, ce qui redoubla la frayeur du pauvre aventuriar. Monsieur le chevalier, dit-il, sontcela vos gens? si vous êtes ici pour combattre, je suis seul. Renvoyez-les, ou trouvez bon que j'aille chercher mon second. Est-ce aussi pour les renvoyer que j'ai sonné, dit le cavalier : pour le combStt que j'ai à vous livrer, nous serons seul à seul, et vous n'avez nulle supercherie à crain-
dre. Et d'où êtes- vous, chevalier, demanda Sancho, et pourquoi savez- vous mon nom? C'est que la Renommée tient registre da nom de* tous les braves gens, répondit le cavalier, et il y a quatre jours qu^'eii dînant avec elle elle montra sa liste , où je vous vis tout de votre long en gros caractères, et depuis ce temps-là je vous ai cherché, sans manger ni dormir, dans tous les recoins de la terre habitable, pour acquérir de la gloire en vous combattant. Où demeure- l-elle, monsieur, la Renommée?
je voudrais bien m'entrelenir un instant avec elle. D'où vient qu'elle sait tout ce qui se passe? Vraiment elle en sait bien d'autres, répondit le cavalier : c'est une créature qui fait autant de chemin que le soleil, qui a cent yeux et cent oreilles; elle voit tout, elle entend tout, lié! par ma foi, je la croirais bien laide, ainsi faite, dit Sancho. Elle a fort bonne mine, dit le cavalier, et elle ne vous déplairait pas : et elle a aussi cent bouches et des ailes, et elle est perpétuellement en l'arr. Et où avez- vous do»c dîné avec elle? répondit Sancho. EHe est de mes amis, dit le cavalier, et, pour Tamour de moi, elle sVrrête bien deux heures sur terre. Cette drdîesselà, ditSancho, pourrait bien être celle qui en a tant dit do toutes les façons d^lQ autre chevalier et de moi, et il y en a quelle aurait bien pu se passer de dire. Mais que diable ferait-elle de cent bouches , si ce n'est pour jaser? ma femme n'en a qu'une, non plus qu'une certaine gouvernante :
mort de ma vie! elles l'ont toujours ouverte , et, hors le temps qu'elles boivent, on les entendrait d'une lieue. Eu cet endroit le chemin s'élargissant, et le bois devenant plus rare, Sancho eut le loisir de voir le chevalier et de le considérer. C'était un homme qui paraissait avoir sept
piods de haut, t4^(u d'une grande soutane noire avec des rebords rouges 5 une grosse ceinlure noire qui lui environnait tout le corps soutenait un grand cimeterre de quatre doigts de large^ et le cimeterre et le fourreau étaient aussi noirs que le reste; sur la tôte il avait un bonnet noir fort haut, fourre de n^nard de Moscovîe, avec une grande plume noire qui flottait comme celle des janissaires, et il montait un cbcval noir d'une taille monstrueuse. Cet êpuipage lugubre et ce large cimeterre, propre à fendre un bœuf en deux , ne parurent point de bon présage à Sancho, et il mouraiX d'cnvi« de voir le chevalier par devant^ pour ^voir si la mine ne promettait point quelque chose de plus humain. Ils arrivèrent dans uu grand espace vide où l'on lie voyait que du gazoo, et le cavalier dit à Sancho : Voilà un endroit tout fait pour combattre^ si vous voulez, ujous uoiis exercerons une ou deux heures. Vous n'avez point de lauce, dit Sancho. Je n'en porte point, dit le cavalier, si ce n'est quand j'ai désarmé les chevaliers qui en portent. Et moi, dit Sancho, je ne commence jamais le combat que par la lance, €t celui qui m'a arme chevalier m^a as&uré que c'est la coutume des chevaliers errants. N'importe, dit le cavalier, je combattrai avec le cimeterre ; et en même temps il le tira, et le ût briller aux veux de Sancho. Vous vojez ce petit instrumeut, il vient de Brandaiidel, qui en (it tant de merveilles du temps de Roland , et je crois eu avoir coupé plus de deux mille lances du premier coup. *
Sancho regarda le cavalier au visage, et il pensa tomber à la renverse : jamais en sa vie il n^avaitélé si effrajé. Le cavalier avait un visage monstrueux, avec un nez qui lui pendait deux doigts au-dcss )us de la bouche et lui couvrait une parue des joues : ot tout cela noir comme du jais ; de gros sourcils épais, les jeux rouges et menaçants, et une barbe touffue qui lui descendait jusqu'à la ceinture. Il regardait iixcment Sancho , qui n^osail l'envisager. Qu'ya-t-il, chevalier, lui ditil, combattons-nous? on dirait que vous n'cui avez guère d'envie. Rien ne presse , répondit Saucho : il y a plus d'une heure au jour, et puis nous n'avons pas dit les
Y a-t-il d'autres
conditions du combat conditions, reprit le cayalier, sinon que celui qui sera vaincu demeurera à la dis*crëtiou du vainqueur? Et avez-Kous une dame? demanda Saucho : car^ pour moi , je suis ici pour soutenir que madame la comtesse est la plus belle princesse de l'Orient ; et , si je vous abats de cheval^ ou que je vous Lue, vous sciiez oblige de confesser que votre dame n'en approche pas de cent pi(|iu€s , et vous l'îrez dire vousmême à madame la comtesse. Quant auj^ dames, je n'en manque pas, répliqua lo cavalier : la terre est assez grande, et j'jci^ ai encore une centaine à ma dévotion qui n'en cèdent ni à comtes^, ni à princesse, ni à impératrice. Mais descendons , ajou- U-t-il, et, en causant de«it-heuxe enscm<ble, nous conviendrons des lois de notre combat. Il se jeta aussitôt à terre, et parut un géant. Sancho descendit aussi, et ils s'assirent l'un auprès de l'autre. Avczvous déjeuné, chevalier? demanda le cavalier. Et comment diable aurais-je déjeuné? A peine le soleil est-il levé, etily a une heure que je suis à cheval ! Pour moi^ j'ai faim, dit le cavalier : je n'ai rien pris depuis queje vous cherche, et, si vous vouliez, nous mangerions un morceau , et nous en aurions plus de vigueur. Vojcz , en voulez-vous découdre ? Tout ce qw éloi^ guait le combat faisait plaisir à Sancho. Il consentit à déjeuner. Mais où le prendre? dit-il. Où le prendre! dit le cavalier. Pour être si ancien dans la chevalerie, n^avez* vous encore ni enchanteur, niféequi vous secourent au besoin? Holà, cria-t-i|« Kabarbaran ! qu'on nous serve ! Aussitôt une espèce de satyre tout velu passa au devant d'eux, faisant une grande cabriole au lieu de révérence, et le cavalier dit à Sancho que tout était prêt, lis entrèrent sept ou huit pas dans le bois, et ils trouvèrent à manger en abondance, trois sa (jrcs tenant chacun une bouteille de vin et un verre. Sancho se trouva tout rassuré par ce spectacle, quoique pourtant ces étranges figures ne fussent pas trop de son goût ^ mais il ne croyait pas qu^il y eût rien à craindre de gens avec qui il allait se mettre à table, le vin étant de tout temps le symbole de l'union.
Il $e coucha sur-le-champ à (erre, al,
lis
poN QUiCHorre.
les satyres ayant ôté la bride aax chevaux pour les faire paître y il se mit à manger de grand appétit. Monsieur le chevalier y dit-il^ btivant à la santé de Tinconnu, TOUS qui savez mon nom , dites-moi le vôtre. Vous n'en serez guère plus avancé, dît le cavalier : car je suis bien assuré que vous ne me connaissez pas -, mais il ne faut pas vous refifser pour si peu de chose^ je m'appelle Parafaragaramus. Appelezvous cela peu de chose ? repartit Sancho : on boirait deux coups avant que le nom fût fini. Âhl seigneur Parafagaramus , je vous connais de reste, et c'est moi qui suis causcquemon maître s'est accommodé avec vous. Est^e que vous avez un maître, dit le cavalier : les chevaliers n'ont que des compagnons. Et qui a compagnon n'a-til pas maître? repartît Sancho. Vous*avez raison, dit le cavalier ; votre compagnon n'est-ce point le seigneur don Quichotte de la Manche? C'est lui-même, ditSancho, et un homme assez connu dans l'univers. Oui, répondit le cavalier ; mais il me semble qu^il passe pour un homme bizarre.
C'est selon , répondît Sancho : Ouelqucs malhonnêtes gens prétendent qu'il est fou^ et ils n'en disent guère moins de moi ; mais c'est bien à eux h parler ! qu'ils 8C prennent au bout du nez, et ils trouveront leur compte. Mon maître a véritablement des visions, mais il estbrave bommc, vaillant, plus savant que tousiescapucins, ot il ne fait jamais de mal à personne. Pour ses visions, je ne sais plus qu'en croire : car j'ai vu tant de choses, moi qui vous parle, que je crois que tout le monde se trompe. Mais, seigneur Parafaragara mus , qui sait mieux ce qui en est que vous? Il est vrai, dit le cavalier, que la plupart des gens n'y entendent ricu ; on dirait que tout le monde se mouche encore sur la manche. On ne veut pas croire à Texisleni^e des chevaliers errants, quoique toute la terre en fourmille. Parlons d'autre chose, monsieur le cavalier, dit Sancho : étes-vous de leurs amis? Quand ils le veulent, répondit le cavalier; et, quand ils ne le veulent pas, je leur donne bien du fil à retordre. Au moins, dit Sancho, vous' êtes des nôtres, le contrat est signé j cl ainsi, je vous prie, par l'amitié qui est en^rc nous Seigneur cheva-
lier, interrompit l'enchauteur, je voisbien que vous ne vous sentez pas encore bien disposé pour le combat , et que vous auriez sans doute besoin de quelque petite confection cordiale. Moi, de confession!
dit Sancho : oh ! grâces à Dieu, j'y aï mis bon ordre avant de me mettre en la chevalerie, sans compter que dans notre ordre on n'a pas trop coutume de commencer par là. Ce n'est pas ce que je voulais dire, reprit l'enchanteur ; mais seulement qu'un verre de vin avise bien un bomnie, et qn^à plus forte raison , quand vous en aurez encore pris trois ou quatre, vous vous trouverez bien et dûment renforcé, et nous serons en état de nous coufier tant soit peu la gorge ensemble. Pardiennc , vous ne l'entendez pas mal, mon compère! dit Sancho portant le verre à la bouche^ pour moi , je ne saurais faire tant de métiers tout d'un coup, et je ne suis pas prêt à me lasser de celui qui m'occupe maintenant. Ah ! vraiment, je vous trouve assez familier, répliqua l'euchanleur : me tronvez-vous d'assez bon air pour être votre compère , et songez-vous que vous n'avez encore qu'on pied dans la chevalerie errante? Hé où diantre serait donc l'autre? dit Sancho, car je n'en ai encore ni perdu ni engagé que je sache j et ils me font quelquefois si bon besoin tous deux, que j'en souffrirais volontiers quatre , si je m'en savais aussi bien servir qu'un lièvre. Mais venons au but, je vous prie, monseigneur, puisqu'à tous seigneurs tous honneurs : croyez-vous ^ue j'aurais la lâcheté de lî^c battre contre vous, après ce qui se passe iciP Oh, vraiment! il faudrait tout au moins avoir bien digéré ce que je prends pour l'oublier, et pour faire place à la colère! Ce n'est pas^ pour moi, que je fasse grand cas de la digestion , et je crois très certainement que si ma bile était une fois échauffée au point que je dirais bien, je ne sais si vous en sortiriez aussi bon marchand que vous pensez. C'est ce que nous allons voir tout à l'heure, dit l'enchanteur, feignant d'aller prendre son èpêc.
Rien ne presse encore, dit Sancho, et, après un repas comme celui-ci, il me faut au moins vingt-quatre heurçs pour penser à autre chose qu'à recommencer ou à dormir 3 mais à vous parler franchement.
DON OU'CHOITE.
voas devez bien croire qac je n'aî pas endossé le harnais errant sans avoir fait bonne provision de courage^ et, tel qu'eniVô vous et moi^ dit-ii en baissant la voix^ je ne desespère pas^ une fois^ avant de moarir> de réprouver tout de bon contre mon maître^ si le cas y échoit de bonne guerre. Comptez cependant que je ne me battrai jamais contre vous^ du moins de mon bon gré, que je n^'aie su de lui comment on se doit comporter en pareille occasiou ; je suis absolument résolu de le consulter avant de rien eniroprendre contre un de ses meilleurs amis, comme vous vous êtes engagé de Pèlre, et par écrite car ma jeunesse ne me permet pas d^étre encore aussi bien instruit que lui des règles de notre profession, et je n'irai pas hasarder d"j contrevenir par mon ignorance. Mais, pour lui, je suis assuré qu'il les sait toutes, ou qu'au besoin il en saurait faire sur-le-champ où le cérémonial se trouverait en blanc. En ce moment, où le vinqui égayait Sancho Fallait porter plus loin, ils entendirent un grand bruit de chevaux, avec un cliquetis d'épées, c|ul le (it un peu Iressaillir, et peu s'en iallut même que l'enchanteur n'en sentit quoique émotion, tant il s'était peu attendu que ce lieu piU être sujot h quelque aventure! Apres s'être un peu remis de leur surprise, et s'étant avancés vers le lieu où s'était fait le bruit, ils virent d'un peu loin un homme couché par terre avec quelques légères blessures, qui n'ompèchérent pas que des personnes qui Pavaient accompagné ne l'emmenassent aisément sur un cheval jusque dans l'hùlcllcrie la plus proche.
La curiosité de l'enchanteur en fut réveillée ', et Sancho , ne demandant pas mieux qu'à sortir d'un lieu qui représentait toujours une forte idée d'un eogagemeuL.au combat, témoigna d'éîre aussi aise que lui d'aller apprendre ce que ce pouvait être. Ils le surent en effet bienlôt ; c'étaient encore des exploits des deux frères de Yalerio qiii avaient été tués dans la lutte. Parafaragaramus apprit tous les détails de cet ^événement dans l'bùlelleric la plus prochaine , où ne lardèrent pas à arri> ver le duc et la duchesse d'Alhuquer(|ue. Don Quicbolte, dans je combat qui fut
t livré aux brigands , fit maintes prouesses : il sauva encore une fois Eugénie, et retrouva le cheval dejSancho, que ce dernier avait abandonné. Les personnes attaquées étaient des Français et des dames françaises ; Yalerio les emmena dans son château où elles furent traitées magnifiquement.
DonQuîchotleyreçutdegrandshonneurs, mais on fit si peu d'attention à Sancho, qu'on l'envoya manger à la cuisine -, après le souper il rejoignit son maître : Ami Sancho, lui dit don Quichotte, tu me parais triste , mon enfant ; dis-moi ce que tuas : n'es-lu pas content de ta journée? Pour moi , je l'avoue que je suis fort satisfait de la mienne. Je le crois, répondit Sancho : on dit que vous valez vous seul plus de cent Amadis, que vous avez mis en fuite l'armée des ennemis, et que vous avez sauvé madame la comtesse. Cela est vrai , répoijdit don Quichotte, et, s'ils n'avaient pas fui , je n'en aurais pas laissé un en vie. Mais toi, ami Sancho, où étais-tu? pourquoi n'as- tu pas eu ta part de l'honneur f Ma foi, monsieur, répondit-il, j'étais à boire et à dormir. Gomment, interrompit don Quichotte , je crojais que tu soutenais l'honneur de la comtesse? C'était mon dessein , reprit Sancho^ mais il est venu un diable d'enchanteur qui m'en a détourné. Là-dessus il conta à son maitre tout ce qui lui était arrivé, avec son ingénuité ordinaire, confessant qu'il avait éloigné le combat avec Parafaragamus , parce qu'ils avaient fait la paix , mais ^que ce n'était assurément pas lui^ que celui qui avait pris son nom lui avait apparemment joué ce vilain tour. Je n'ai jamais lu , reprit don Quici^olle ^que pareille aventure fiU arrivée à chevalier errant; mais, mon enfant , il arrive tous les jours des choses nouvelles et surprenantes : aussi ne devaistu pas quiller le champ de bataille, non plus que ton cheval , parce qu'un bon chevalier doit toujours être en état. Ah! pardienne, je vous tiens, interrompit Sancho : la pelle se moque du fourgon ; médccin, guéris-loi toi-même; l'y voili , laisse-t'y choir; à bon entendeur, salut. Que vcax-tu dire, lui demanda don Quichotte , aveq les proverbes entassés l'un sur Faulres? Je veux dire , répondit Sancho , que vous prêchez to"jour&<4e mieUrX du
DON QIICHOTtE.
inonde , maïs que voas ressemblez à notre caré , en ce que vous ne faites pas ce que vous dites. Par exemple, mon cher mai- Ire , éliez-vous sur votre cheval quand Parafaragaramus vous Pa pris et vous Ta renvoj'c dans la poche d'un nain chez Basile^ où vous fûtes obligé de revenir à pîcd? Tenez, monsieur, poursuivit-il, laissez-moi en repos : ces diables d'enchanteurs en savent plus que nous. Don Quichotte , embarrassé de ce que le nouveau chevalier venait de lui dire, prit un ton
S lus bas que celui de pédagogue. Eh bien ! ancho, lut dit il, il faut t'en consoler, puisqu'il n'a pas tenu h toi de faire aulrcnicht. Je m'en console aussi , répondit Sancho; mais... Quoi , mais? lui demanda notre héros, vojaut qu'il n'achevait pas. Laissez-moi, monsieur, lui dit Sancho avec chagrin. Dis-moi ce que tu as, mon pauvre Sancho , je t'en prie, lui dit don Quichotte. Eh bien 1 monsieur, voyezvous, lui répondit-il, ce qui me fâche, c'est qu'on ne dira plus de nous que nous Sommes Saint*Antoîne cl son cochon , puisque nous ne mangeons pas à la môme ècuelle, et que vouséles avec des ducs et des comtes pendant que je suis avec des valels. Je suis pourtant chevalier aussi
bîpu que voir», el il me semble qu'on devrait bien faire à tous seigneur^ tous honneurs. Il est vrai , répondit don Quichotte; et j'ai été surpris que tu n'aies point soupe avec nous ; mais, Sancho, tu dois en avoir de la joie , puisque c'est signe qu'on respecte ici la vertu , et qu'on considère les gens à leurs actions, et non h leur qualité. Qu'on serait heureux dans le monde si on s'y gouvernait snr ce pied-là ! Tel qui est suivi d'un nombreux cortège de flaltenn se verrait réduit h servir les autres ; cl tel qui sert serait servi. Moi , on m'a traite avec respect et commcun homme^demériie, parce que j'en fais les actions , et on l^a traité, toi, comme un pilier de taverne, parce qu'on t'y a trouvé dans une posture indécente qui ne mérite que da mépris. Tu vois par là , Sancho, que les hommes w s'arrêtent qu*à l'apparence qui les frappe : ainsi il faut, mon pauvre enfant , te résoudre à bien faire , et tu seras bien traité. Mais avoue tout ; il y a quelque autre chose qui te chagrine : tu n'es pas ordinairement si sensible aux honneurs de la table, et pourvu que ton estomac soit bien garni, je ne me suis pas encore aperçu que tu te misses en peine du reste.
3Sese;etei@K}!D^]8K^3SS9e!89B^Î^3^