‹ Histoire de l'admirable Don Quichotte de la MancheChapitre 116 sur 136 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Des armes enrlnntccs qnc les Jctix clieraliers rcçnrcnt i\e Parafaragarainn5?, avec des

chevaux infatigables.

Ils avaient déj5 tous deux les yeux fermés , lorsqu'ils furent réveillés i»ar. une voix do tonnerre, qui, par ces paroles, les relira tous deux des premières douceurs du sommeil :

Écoule- moi, brave don Quichotte, vrai miroirde la chevalerie errante, l'honneur de la Manche, modèle de tous les chevaliers passés, présents et futurs. Je suis renchanteor Parafaragaramus, le plus grand et le meilleur de tes amis , à cause du service que lu as rendu à la comtesse Eugénie, à qui je donne bien souvenl à boire et à manger; c'est par mon arl que ta t'es trouvé aux occasions de Itii être utile. Fie-toi sur ma |»an>le, lu délivreras dans peu la princesse Dulcinéedu Toi)oso, et tu la reverras dans sa première beauté: t'aventure l'en est réservée, et je t'en ouvrirai le chemin,- mais le moment n'est pas encore venu. C'est par mon art de iiècroman(*ie que ton épée sV^t cassée lorscfue lu as délivré la comtesse ; laisse celio que tu portes, et j'aurai soin de te fiourvoir d'une autre. Tu trouveras de* main, k l'entrée de la forêt, au même endroit où tu as retiré la comtesse des mains de ses ravisseurs, un cheval (|ueje te destine f et que monta autrefois le fameux PArgail, des armes dont se servit Bodomont, et l'épéo de Roger; elles te serviront contre tous les enchantements, et par elles tu seras toujours victorieux daus 4es plus grandes aventures de la vie. Le chevalier . Sancho trouvera aussi un cheval , des armes, et Tépée de Pinabel. Sortez tous doux h la pointe du jour, à pied et sans épée, et donnez-vous de garde de dire votre se cretài>ersonne, car tout disparaitrait.

Celle effrojabie voix cessa à ces paroles, et laissa notrechèvaUer transporté do joie.

Pour Sancho, il fut du temps à se remettre de la peur qu'il avait inic; mais enfin il reprit ses sens. Tu vois, ami Sancho, dit don Quichotte , que les nonnes actions ne sont point sans récompense. Ëh! mort de ma vie, reprit Sancho , Parafaragaramus est bon homme, il aime à rire et à bt)ire, et je l'aime à cause de cela. Mais, monsieur, poursuivit-il, il y a donc aussi d'honnêtes gens en enfer? Don Quichotte ne sut que répondre, ou ne le voulut pas. Ah! dfime de mes pensées, s'écria-t-il , illustre Dulcinée du Toboso, votre chevalier aura donc le bonheur de rompre l'enchantement qui vous retient l Sancho tte savafl que penser de cet article : aussi ne voulait-il pas tout à fait s'expliquer, et com« mençoit-il même à croire qu'elle était effeclivemeul enchantée. Il s'endormit sut celte pensée, et nOtre héros passa toute la nuit à songer ii son bonheur.

Le lecteur est déjà dans l'impatience de savoir quelle élail cette voix; il faut l'en retirer, et* lui dire que le duc de Médoe avait questionné l'olTicier sur tout ce qui était arrivé à don Quichotte H à SanCho. Celui-ci Ini avait dit tout ce qu'il en savait; et là-dessus le duc avait imaginé, et en même temps résolu , (Fcxécuter deux cho* ses : l'une au sujet du désenchantement de Dulcinée, que nous verrons dans la suite, et Tautreau sujet du combat du lendemain-.

Il connaissait assi^z la bravoure et l'in» trépidité de notre héros pour savoir ju»qu'où sim courage le porterait dans la forêt. Il prévoyait bien aussi que Sancho ne le quitterairpotnt d'un pas. 11 aurait bien voula ne les point ex|)09er contre des bandits ; mais dans le fond, outre que don Quichotte n'aurait pas trouvé bon que l'affaire se fût passée sans lui , le ducseu-

fait quMt lui serait d^an gnind secours ; et qu'après tout , c'était la mort la plus glorieuse qui pût arriTer à deux fous que de perdre la vie en servant le public. D'un autre côté, il voyait bien que l'affaire serait chaude ël fatigante^ et que les chevaux de nos aventuriers n^étaient point assez forts pour la supporter, ni leurs armes assez bonnes pour résister au mousquet et au pistolet. Ainsi il avait jugé à propos de les armer par cette voie^ persuadé que l'estime qu'ils feraient de leurs armes et de hmrscbevaux, qu'ils croiraient tenir de la nain d'un enchanteur leur ami les ani-

merait davantage^ et relèverait le courage^ surloutdeSancho^qui lui paraissait abattu par la conversation qu'il avait eae avec don Quichotte, et que lui et Parafaragaramus avaient écoutée.

Ainsi, quand nos aventuriers cessèrent de parler, le duc se retira à son appartement. Il Gt prendre à l'or6cier de S^alerio un entonnoir attaché à une sarbacane; et, par un trou de fenêtre qui répondait sur une jalousie, cet officier, criant à pleine tète dans l'entonnoir^ avait dit ce qu^OQ vient de lire.

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