CHAPITRE XXX
Comment don QuIcLottc sauva la vie a la duchesse de Médoc. NoUTcaux exploits des deux cheralier^.
Ou a dit ci-dessus que, comme le duc de Mèdoc était parti de chez lui sans dire à la duchesse ni ou il allait, ni pourc|[uoi îl sortait, ne le voyant point revenir le soir, elle s'en enquit j et, quelqu'un de «es domestiques lui ayant dit qu'il était allé chez le comte Valerio , où étaient don Quichotte el Sancho, elle ne s'en mit plus en peine : mais la journée du lendemain étant passée sans le voir revenir, et sachant d^ailleurs qu'i I avait encore envoyé nbercberdu mmiûo, elle crut que c'était quelque nouveau divertissement qu'il se dooMît^auit d^ous de sios «veuturiers^ et
voulut en avoir sa part. Il n'y avait que deux petites lieues de son château à celui du comte : ainsi elle résolut d'y venir à l'issue de son dîner. Klle se mit donc en cbcmin, et, croyant le pouvoir faire en toute sûreté, elle n'avait que son Irain ordinaire, qui consistait en un écuyer , ua cocher, un postiUoa , et quatre valets de pied derrière son carrosse, tous désarmés, qui, ne se doutant de rion, venaient tranquillement au devant des six bandils qui B^avançaient vers eux. Dès que ces scélérats furent proches d'eux , prenant l'écuyor poiur lo duc dans «ou carrosse ^ ils
lui iàchôroDt qnàtfe coups de mousquet^ qui tuèrent Vécayer et le cocher^ cassèrent une jambe à un valet de pied, et firent tomber la docbesse évanouie. Heureasemcnt ponr elle , don Quicbotte et Sancbo étaient k l'entrée de la forôt de ce oAté là. Leurs chevaux , accoutumés à courir au feu^ prirent k tontes jambes le chemin du bruit, et furent en un moment hors dtt bois. Le carrosse de la ducbesse n'en était pas à deux cents pas : ainsi nos aventuriers virent distinctement ce que ces misérables entreprenaient.
Dans la croyance où ils étaient d'avoir tué ie duc et la duchesse, ils ne songeaient
{>ius qu'à se sauver , cl pour cela déteaient les chevaux du carrosse pours^en servir. Le cocher était étendu par terre , le postillon et trois valets fuyaient à travers champs, en crîant de toute leur force. Celui qui n'était que blessé était à terre y où, plus mort que vif^ il n'osait remuer ni ouvrir la bouche. Notre héros coupa chemin à un des fuyards, et, ayant appris de lui qu'on venait d'assassiner la duchesse de Médoc, H tomba cotnmc la foudre sur les bandits, qui n'avaient pas encore eu le temps de monter à cheval. Deux de ces malheureux, dont les mousquets étaient chargés, Taltendirent de pied ferme, et, sitôt qu'il fut à portée, ils tirèrent. Leur crime leur ôtant rassurance, la main leur trembla, et leu^ coups donnèrent en glis sant sur sa cuirasse, ne la percèrent pas , et.ne firent que lui 6ter un moment la respiration. Sancho vint à lui, et le soutint sur son cheval. Si ces scélérats n'avaient pos é(é aveuglés, et qu'ils eussent conservé un peu de bon sens, il est constant que nos braves eussent été morts, parce qu'il n^y avait rien de si facile que de les égorger ; mais les criminels manquent toujours ' à quelque chose : ils s'amusèrent à recharger leurs mousquets , et à aider leur camarade, ce qui donna le temps à don Quichotte de revenir à lui; et à la duchesse celui de reprendre assez ses sens pour s'apercevoir qu'on était venu à son secours. Notre héros reprit sa fureur en même femps qu^rl reprit connaissance, et joignit les bandits l'épée à la main, qui, surpris de se voir sur les bras un îiomme qu'ils croyaient mort, se défeftdireiit avec tout
le désespoir de gêna qui n'attendaient que la roue , et don Qaiefaotte les attaquait avec toute la témérité d'un chevalier errant. Sancho , prévenu qu'ils n'avait rien à craiudre, fut le premier à tirer du sang, et se défit d'un qui tâchait de ne le point ménager. Son cheval fut blessé d'un coup de pointe ao poitrail, et, n'étant pas ac^ coutume d'être piqué dans cet endroit, il se cabra ^ et jeta le pauvre écuycr sur sa croupe, et de là à terre. Il fut pourtant aasez heureux pour n'être point blessé de sa chute. Don Quichotte, qui conservait son sang-froid, ie couvrit contre deux bandits qui voulaient le tuer. Sancho se releva promptemcnt ,* mais , comme il avait là*ché son épée en tombant, un des voleurs s'en était saisi. Tout désarmé qu'il était^ il ne perdit pas le sens ; il prit un palon** nier qui était à terre ^ et s'^en servit comme d'une massue , si à propos , qu'il en assomma un des bandits qui faisaient télé à don Quichotte, et cassa les jambes de celui qui avait son épée, qu'il reprit tout aussitôt, et la lui passa dans lagorgc«
Tout cela s^était fait à la tète des efae* vaux du carrosse, et devant les yeux de la duchesse, qui ne savait qui étaient ses vaillantsdéfenseurs. Elle,fut remarquée par un de ces scélérats, qui, poussé par le dé* sespoir, vint à elle, et l'aurait tuée, si don Quichotte ne se fût aperçu de son dessein. Cq malheureux se préparait à porK»- un coup d'épée à cette dame, et l'aurait assurément percée, si notre héros n'eét fait gauchir le coup en lui poussant soo cheval sur le corps, en sorte que la duchesse en fut quitte pour la peur et pour une égratignure à la main qu'elle avait portée au devant du coup.
Cependant un des bandits, qui restait en état de défense, voyant bien que sa résistance ne servirait de rien , s'était servi de l'occasion , et, s'étant promptem^t élancé sur leclteval qui s'était déchargé de Sancho, il le piquait ou plutôt le pressait de tout son possible, car il n'avait point d'éperons , et se serait peut-être sauvé , si Sancho ne s'en fût aperçu. Mon cher maître! cria-t4l à dou Quichotte, comment boirons-nous? voilà un voieur qui emporte le pain et l<r vin , et j'ai une soif enragée? Courons vite apvès^ Don
QaichoUe ^ qui Tenait de terrasser celui | jet de Icnr faire. Notre héros loi dit qiiil qui avait voûta tuer la duchesse, oe voyant • était le plus heureux de to«s les chevalier;, plus qu'un homme en élal de défense y et puisque la fortune lui avait fourni Toccaqu^îl lui venait encore du secours d'un an- . sion de lui rendre service ; qa^ii était très ire côté , se contenta de recommander de fâché du risque quVIie avait coam , mab ne le pas tuer , et de le prendre vif , après ; aussi qu'il était Ires rqooi de Peu avoir requoi il se mit aux trousses du fuyard, qu'il ; liréc. Elle remercia aussi Sancfao , qui loi eu! bientôt atteint , et dont il eut aussitôt i dit à l'oreille qu'en peu de temps die et
purgé le monde.
I verrait bien d^autres , puisque les enchaD-
I.es gens qui venaient an secours de la i tenrs ne les persécuteraient plus tant qu'ik duchesse étaient les siens mêmes, qui , I avaient fait, et qu'ils en avaient un da après avoir été de loin témoins du combat | premier ordre , avec qui ils avaient ronde nos braves , et , voyant que le nombre j (raeté amitié. Il n'en voulut pas dire dadesassassins diminuait, étaient vcnuspour vantagc, de crainle d'être entendu de son achever d'en délii rer leur maîtresse, et« à maître , qui présenta la main à la duchesse l'exemple de Sancho , ils prirent ehacun |H>ur la faire descendre de carrosse , pour QD palonnier , et eurent bientôt abattu le en ôter le corps de son écnyer. Sancho le
malheureux qui restait sur ses pieds. Ils albicnt achever de I assommer, lorsque don Quichotte, qui arriva ramenant le cheval de Sancho , et par conséquent la bouteille , ks cmpèeha de tuer ce misérable, et se contenta de le faire lier et garrotter , aussi bien que Taulre que Sancho avait renversé , et celui à qui il avait fait passer son cheval sur le corps ; tous doux n'étaient qu'étourdis. Dcsorteque, de ces six qui avaient voulu assassiner le duc , il n'y en eut que deux qui restèrent sur la place , et quatre autres qui furent pris en vie , desquels était celui à qui Sancho avait cassé les jambes.
Sancho , ne voyant plus à combattre, et se ressouvenant que la dépouille était à lui, fouilla les vivants et les morts , sur qui il trouva encore du butin qui lui plut tx^aucoup , quoiqu'il ne fût pas si considérable que le premier. Il leur laissa néanmoins leurs habits , parce qu'ils ne valaient pas la peine d'être emportés. Peudant qu'il était occupé a celte Iicllc action , don Quichotte l'avait été à faire lier ceux qui étai3nt encoreenétat dedéfense, et lousdcux n'ayant plus rien à faire, Sanclio.se ressouvint qu'il avait soif, et fit ressouvenir son maître de la même chose.
Ils levèrent en même temps l'armct, don Quichotte pour aller à la duchesse, et Sancho pour boire. (4e fut là que cette dame, les ayant reconnus, en fut en même tem()§ surprise et réjouie. On laisse à penser aux lecteuts ks remerclnients qu'elle leur fit 9 et qu'elle avait en effet su-
vouiait encore fouiller , mais il en fat \ péché pr don Quichotte , qui lui représenta que ce n'était pas no ennemi , et que , par conséquent, ce qu'il avait n'était pas de bonne prise. Il entretint cette dame, pendant qu^on raccommodait son train , avec tant de courtoisieet de sagesse, qu'elle ne savait que juger d'un homme qui était effectivement fou , et qui , pourtant , paraissait de si bon sens , et se battait avec tant de conduite et de valeur.
Il avait mis pied à terre pour aider à la duchesse à descendre de carrosse , et Sancho n'était point encore remonté sur son cheval , lorsque la duchesse > qui s'iofonna du duc son époux , ayant appris qu'il était lui-même dans la forêt à la quête des bandits , en eut une vive douleur, craignant qu'il ne s'en trouvât quelqu'un assez déterminé pour aller à lui ^ comme il en était veny à elle -, et , cherchant dans sa tète le moyen de le tirer d'un lieu où il courait tant de péril, elle n'en trouva point de meilleur ni de plus facile que celui de faire tirer plusieurs coups de mousquet , ne doutant pas qu'il ne vint au feu , et en effet elle ne se trompa pas. On avait ôtc aux six bandits qui l'avaient attaquée leurs armes et leur poudre : ainsi elle ordonna à ses gens de s^en servir pour tirer coup sur coup. Ils le firent, et Sancho se mil do la partie , malgré sou serment de ne rien avoir à démêler avec une arme infernale. Il ne savait par où s'y prendre, mais sa vaine gloire ne^ui permit pas d'avouer s .>o jgnotanccj^CrOOQlc