‹ Histoire de l'admirable Don Quichotte de la MancheChapitre 119 sur 136 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

rite ]^aoci lent qiû arriva an clicralior Sancho en tirant une arme à feu. Remède pire que le mal.

Il prit an dos monsqaelQ; et > imitant le mieux qu'il put ce qu'il voyait faire âox autres^ il le cbargea de troîd foid plus de poudre qu'il n'en fallait. Si le canon n'en avait étéparfaitementbon^ il aurai t infailliblement creyé entre ses mains et l'aurait sans doute tué , ou du moins estropié pour toute sa vie^ outre cela^ il ne refbrma pas ta gibéciéBe où était la poudre à canon^ et en mit dans le bassinet une si grande quantité, qu'il en répandit sur lui. II lâcha fioa c6«p en tournant la tête , mais non assez {iromptemcnt pour s'empêcher d^être grillé comme un cochon, l-a barbe, les sourcils^ les yeux, les mains , tout s'en sentit, et le coup, partant dans Tinstant, le repoussa si bien , qu'il le jcla sur le dos, les quatre fers en l'air; et le feu prit au reste de la poudre qui était dans la gibecière^ si bien que le pauvre Sancho parut faire la cabriole au milieu du feu et ^es flammes , en criant comme un enragé.

L'inquiétude de la duchesse ne l'empêcha pas de rire d'un si beau saut ; mais elle se retint en voyant la rage et la fureur qui montèrent tout d'un coup au visage de don Quichotte, qui courut à son éeuyer et te trouva, comme j'ai dit, presque mort, grillé , roussi eft rôti , et la mâchoire toute eu sang. Le coup avait été si violent > que la contusion Ini avait fait enfler la joue comme un ballon, en sorte qoo c'était en même tensps un spectacle affreux et pitoyable. Olex-rooi ces armes infernales , cbeyalier , dit-il à son maître : je sois mort. Il crachait plus de sang qu'il ne disait de paroles, et ne pouvait pas ouvrir les yeux. Ënfiu , c'était une chose épouvantable que l'état où il était. Son maître prit le mousquet , qui était A terre à côté de l'infortuné SâMho. Que mauiltt sois-tu dé Dieu et dos

saints^ malheureux instrument ,'dit:il, eh le cassant sur une roche de toute sa force,' arme de l'invention du démon et dès mauvais anges.

Il en Voulait faire autant de êeux que tenaient les gens de la comtesse , et l'aurait faitsi'elle ne l'avait retçnu." H revinî auprès de son écuyer, qui criait toujours de toute sa force qu'il était mort, C'est ici , mon pauvre Sancho, lui dit-îl; d'u^ Ion Je compassion , qu'il nous faudrait dû baume de Fier-à-Bras. Non , non , ihon-f sieur , lui dit Pun des gens de la duchesscj il y a d'autres remèdes qui] iVlh vérité,* ne font pas un effet si prompt, mais qui peuvent soulager le seigneur Saucho. Dites-le prompleiuent, je vous supplie,. lui dit le compatissant chevalier. \\ ne faut que de l'urine, répondit l'autre, et en laver les plaies : cela emportera à coup sûr le venin et la douleur. La duchesse ayant dit qu'il était vrai , il ne resta plus qu'à faire l'opération. Il fut question de ramasser de l'urine; mais don Quichotte et Sancho ne se ressouvinrent pas du gobelet j en sorte que la duchesse , leur tournant le dos et s'élôignant d'eux , leur dit qu'ils fissent comme ils Tenfendraient, et elle abandonna 1^ pauvre cbe%^alier Sancho à leur disJ crétion, ou plutôt à leur malicieuse charité.

Pendant eette belle opération , le dac,* qui venait en effet au bruit qu'il avait entendu de la forêt, fut bientôt auprès de la' duchesse ,• et le pretiiier objet (ju^il vit , ce furent lescharilaMéschirurgicns en œuvre.

Cela le fit rire de toute Sfr force, et n'aurait pas si tôt cessé , si la duchosse ne lui efttrait signe. Il fut inrt étonné de la Vbî^ où il ratteudatt si peu; et ptas encore lorsqu'elle lui raconta totit ce'qui t^'étàit

DON QUiqiOTTK.

arrivé, en y joignant toutes les louanges que lui arracha la reconnaissance qu'elle devait à nos aventuriers.

Tons ses gens se rejoignirent dans cet endroit; et^ par le compte quMl fit des bandits ; il trouva quMl n^en était échappe aucvn^ tous les vingt-huit ayant été tués ou pris. Il les remit tous entre les mains de son lieutenant et de son greffier^ qui firent monter dans une charrette ceux qui étaient blessés et hors d'état d'aller à picd^ et marcher de bonne grâce à coups de bd-

fm ceox qui pouvaient mettre un pii)d un devaiU l'autre. Après oela , le duc monta en carrpsse avec la duchesse. Don Quichotte remonta à cheval. Saacho^ à cause dcrittfectioadcs^nàdicQnaentsqu^on lui avait répandus sur le visagie^ ne fut point mis dans leearrossejquoiqu'it en eût eu biei\. besoin , mais on le mît sur une fspèce de nrancard; ei toua ensemble prirent le chemin du château de Valerio.

t)on Ouicbotte fut toi)jours à la portière du carrosse, et eut lieu d'élire content des louanges que le doc et soa épouse donnèrent à vcnvi l'un et l'autre k «a valeur.

Le duc d'Âlbaqucrqnc > sachant que monsieur de Médoc revenait, alla au-de vaut de lui. 11 fut en môme temps surpris et réjoui de voir la duchesse sa parcotc; il frémit du danger quMIc avait couru, et eut beaucoup de douleur de voirSancho dans l'état affreux où il était. Tout le m6nde entra dans le château , et chacun alla se désarmer. Le chirurgien ne manqua pas d'occupation ; surtout i passer les bandits qui avaient été blessés, et qui ne voulaient pas qu'on cherchât à prolonger leur vie^ qu'ik devaient perdre sur l'éohaiaiid.

Sftiicho fut dépouillé > visité et pansé à son tour. Il «^aft eu la précaution démettre BOfi bmin en sûreté entre son matelas etiiSOii lit de plumes > et depuis , craint^ d'aoeîdeaty ii le fiitoujours coucher avec lui. Outre sa brftiure, il avait encore l'estomac tout noir de la contusion , joint à cela qu'il ne vojait goaUp Vu touC Hais son malle plus sensible pour Un était cehû de la mâchoire^ parce qu'il nm lui permettait pas d'ouvrir la booffce ni pour mie cher ni pour parler.

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