CHAPITRE XXXV
Du comh:it de don Qulrhottc contre Snnclio, et ([iirllc en fut la fin.
A peine le jour commençait à paraître, que don Quichotte s'éveilla. Sancho, qui se croyait invulnérable » elpar conséquent Javinçil^le, sous les armes que l'enchan-
teur lui avait données, et qu'il avait gagnées aux dépens des mwrtrissuresde son (|o& et des Meux circon voisins, s'arma avecbeauçou|id'airégresse« Il qe craignait
DOM ÔCBCHOTTfr.
ifm\9L iMei la lalfii ; mais H êê (IftlU qtfd Itoifari^^raimis j pourvoirait^ et il sortit «v«C'ttto air ilclibëré qui fit croire ii àotl Qcéeàotte qa'il y aurait de la peine à te vaincre; il s^eii réjouit néanmoinfi^ parce <fk'^i\ sefigtira que la gloire co serait plils
Srandè. Quoiqu'il sût où était son ehamp a bataille; il ne laissa pas de le suivre p5ur em étije certain . Les ducs et les autreà^ Frauçaiii el Espagnols, qui ayaieiit toulu en avoir le plaisir, s'étaient déjà cachet Âana des.enèroits qu'ils avaient préparés^ «I qui tous avaient vue sur une pelouse ^é Sancho avait choisie pour le théâtre de aa gloire. Aiissiiôt qu'il y fut^ ils l'entenèirant fairosan défi, des quatre c6tés du monde, à tous les chevaliers errants, maures^ arabes, castillans et autres» et .puis se recommander à la bonne grâce de sanioricaude et à celle de la comtesse Eàfènie^ qu'il suppliait de Paider, puisiqf 'il ne s'exposait que pour son honneur. UMtimt ensuite dans son poste 3 immobile Mmme une statue.
: Don Qttieliotte était retourné ati château , oh le nouveau cbevulier s'était fixé , •el cibyant, eomikie il n^enteiidait per-
)^ que chacun était endol*mi, il prrt aa lance sur son éheval > après avoir mis dessus uncf housse roug« pour le déguiser^ et aôf ijit sans trouver personne. Il gagna la forêt, où il aHa se couvrir de ses armes noircies; ensuite» pour mettre son cheval on haMne, il prit an petit galop le chemin de l'endroit «ù Sanëho était en sentinelle, fieltti-ei, qui le vit venir, s'arfermit sur les étriers. Qui qùé tu sois, luieria-t'^ll de loin, n^avance pas, ou avoue tout à l'heure que j'ai dit vérité, ou bien prépare-toi à l'éprouver contre moi. Don QuichottCf qui avait cru prévenir Sanchoj fut fâché de ce qu'il en était arrivé autrement, et choqué de celte avance de son écujer, qui pourtant était selon le cérémonial de l'ordre : Ëh! qui es-tu /tok> luirépondit-il , pour m'arréler dans mon chemin? Prépare-toi toi-même à la mort, ou à avouer une chose que je fais avouer à tous ceux que je rencontre. Je prétends te faire eonfesser qu'uhe dame que je ne veut pas te nommer est* non seulement plus belle que toutes les daineè que tu viens de dire, maîs' ausM i^lus belle que la plus belle de
l0tA^ les bettes daibcd Icr mondé. Cbeva^ Ke*^, Reprit Sancho, J'aî eu la courtoisie de vous nommer la dame pour qui je suis en champ ; nommer-moî aùfel la vôtre , s'il vous platt. Tu verras son portrait sur mon eœur, lui répondit le chcvalîeraux armes noires ; mais, poti^ son nom, tu ne mérites pas de le savoir de ma bouche^ quoiqu'il ne te soit pas inconnu. Prends du champ, nous altons voir l'issue du combat. Et en même temps il tourna bride et s'éloigna au petit galop.
Lorsqu'il crUt être asse^ éloigné , il tourna visage, se recoiUmatida à son imaginaire Dulcinée, et voulut mettre sa lance en arrêt , mais il la rompit. Jamais élonnement ne fut pareil au sien lorsqn^il se vit désarmé de la première arme de la chevalerie. Il ne refusa pourtant pas le choc, et alla au devant de Sanclio, qui venait k lui avec beaucoup de fureur, après avoir fait aussi une invocation mentale à sa Thérèse et à la. Comtesse. Dès qu'il l'eut joint, il voulut îùi porter sa lance h la visière, et H lui eu arriva autant qu'à don Quichotte., c'est-à-dire qu'elle se brisa' jtiisqiie dans le poignet avec autant dé faciTitè qtie si elle eût été de verre j don Quichotte ti'bn sentît pas même le coup. Us fournirent tous deux leur carrière, parce' qu'aucun d'eux n'avait arrêté son ennetni. Ils revinrent tous deux l'un sur l'autre en porlattt la main sur la garde de leurs épées ; mais tous deux furent également sur|)ris de ne pouvoir pas la tirer du fourreau. Leur ctonncment les empêcha d'arrêter leurs chevaux, qui, se connaissant et n'étant plus poussés, s'arrêtèrent d'eux-mêmes l'un contre l'autre.
Ce fut ua spectacle risible de voir les efforts que faisaient nos deux champions chacun de son côté, sans se rien dire, et tous deux si proches qu'ils se touchaient • pour mettre à l'air leurs invincibles et formidables épées. Ils y restèrent plus d'un 3uart d'heure; don. Quichotte enrageait e toute son âme, et Sancho s'en prenait déjà à sa femme et à la comtesse. Après mille pensées tumultueuses , don Quichotte fut le premier qui se rebuta. Chenlier, dit-il à Saneho, un enchanteur qui me persécute m'empêche de tirer mon
DON OUÏCHOTTK.
6pée. Et moi aassi^ dit Sanclio. Conimeot donc terminerous-nbus notre combat? demanda lô chevalier aux armes noires.
Vous n'atez qu'à avouer ce que je vous ai dit, répondit Sancho, et passer votre chemin. J'avouerais plutôt que je suis Turc, répondit don Quichotte. Eh ! par la mort! tu l'avoueras, quand tous les diables d'enchanteurs s'en devraient mêler, lui répliqua Sancho en lui donnant sur l'oreille un coup de poing de toute sa force,
Le chevalier aux armes noires, qui Savait bien que &inehô était plus robuste que lui et savait mieux faire ic coup de poing, aurait bien voulu combattre avec d'autres armes ; toais, se sentant frappe le premier, lui qui avait coutume de prévenir les autr^, il ne garda plus de mesure, et risqua le tout poui- le tout : if rendit donc à Sancho son coup de poing le mieux qu'il put. Leurs spectateurs ne pouvaient respirer â force de rire à la vue du plus ridicule combat qu'on puisse se figurer de deux hommes h cheval, armés de Xànieà pièces cl l'épée au cAlé, qui se battaient comme des crocheteurs, et dont les trois quarts des conps ne frappaient qae l'air par le mouvement de leurs chevaux, qui étaient toujoui*s dans l'agitation ^ parce qu'ils suivaient l'inclination de la bride, qui suivait celle de 4a main, que nos chevaliers ne pouvaient pas tenir ferme à cause du mouvement de leurs corps.
Au moment où la fatigue allait séparer les c<>mbattanls, et que les spectateurs en eurent pris tout le plaisir qu'ils en pouvaient prendre , le duc fit partir son mal tre d'hôtel. Cclui^-ci ^tait avec quatre valets de pied déguisés en satj r^îs auprè? de l'arbre où le duc était monté; i) partît au premier signal, cl s'approcha dé nos aventuriers, qui, à sa vue, interrompirent leur ridicule combat. Cet ofBcîer s'était pré paré h bien jouer son personnage : il ctaîl vêtu tout de blanc. H s'approcha aii petit pas, suivi de quatre satyres , entre lesquels Sancho reconnut Rabarbaran ; ce qui lui parut d'un bon auguré. Arrêtezvous, leur cnVt-il sitôt qu'il fut à la portée de la voix, indiscrets chevaliers, tous
deux également indigues de mon affection et des peines que je me donne pour vous : votre combat m'a retiré du doux repos dont je jouissais. Je suis Parafaragararaus , votre protecteur et votre ami ; c'est moi qui ai fait rompre vos lances dans vos maina, c'est moi qui ai enchanté vos épées pour vous empêcher l'un et l'autre de répandre un sang que vous rcgrelteriee avec amertume. Pour toi, chevalier aux armes noires, qui ne veux pas être connu, cohtînua-t-il en ^'adressant à don Quichotte , je t'assurç de ma discrétion el dû secret; maïs ne t'avise pas une autre Tois d 'eutreprendre une querellé sans fondement* Eloigne toi, je te l'ordonne par tout le pouvoir que j'ai sur toi; va m'attcndre un moment à l'entrée du bols, du côté que tu m'as vu venir. Don Quichotte ne se le fit pas répéter, et obéît avec unô soumission profonde.
Pour toi, chevalier Sancho, poursuivît' ronchanteur , après que le. chevalier aut armes noires fut parti , tu n'as fait que ce que tu as dû faire, et je le pardonne avec plus de facilité qu'au chevalier qui s'ett va. Je l'avertis qu'il y a un méchant magicien enchaïi leur, nommé Freslon; houvellement sorti des chaînes où Plutou 1q retenait depuis trois ans, qui t'a juré une guerre éternelle , parce qu'il voïl que je suis son ennemi , el que je te protège ; mais j'empêcherai qu'il te fasse aucun mal. Il te hait peut-être à cause de ton maître qu'il veut perdre , el qu'il hait comme le diable, parce qu'il est écrit dans les destinées que le grand don Quichotte doit combattre et vaincre un jeune chevalier qu'il protège; et que tous les démons croient son bâtard. Pour te faire prendre cœur par avance, suis Rabarbaran ^ il va te mener dans un endroit où tu ne t'en^ nuieraspas. «
Sancho BuiVit sans répondre le sàiyté Rabarbaran, qui le mena dans un coin du boîs, où il vil sur une table Icsapprêlis d'un déjeuner cette foîs-là bien frugal, car il n y avait qub du pain et de l'eau, s«nns assiette ni serviette, et personne pour le servir.
Digiti:
DOT! OCKHOTTE.
CBAPITRE Ua\ï.
B€pa« magique. Apparilûm «Tim Boiitel enclianleur. DéO fait à dos Qairlioltr, et ce qui s'en snÎTil.
Ao^silôt après que IVnchaDteur cul rcmis Saochii entre les maios du salvrc , il Yiot rejoindre don QuicfaoUc poor le mener plus avant daiu le lioi^ , et lui faire une sévère r^irimande de son emportement hors de saison. Je t^aime trop , dit il en finissant, pour rendre ton déshonneur public f retourne't'en te désarmer , et reviens sur tes pas , comme si tu le promenais, rejoindre la compagnie que j'ai rassemblée prodie d'ici. Je ferai rapporter les armes au château d'Eugénie , et j'y ferai conduire ton chenal sans que personne le voie rentrer* Je t'ai laissé faire une faute pour t'apprendre à n'en plus faire dorénavant. Ton écuyer te dira le nom d'un nouvel ennemi qui s'est déclaré contre toi, et que tu auras à combattre, A ces mots , il se perdit entre les arbres ; et notre héros, totti honteux, alla ponctuellement exécuter les ordres de son ^ge enchanteur.
Ce(iendant les Espagnols et les Français étaient sortis de leurs niches ; ci en faisant semblant de promener par le bois, ils étaient venus où était Sancho, qu'ils trouvèrent seul, connue j'ai dit, auprès d'une table. Vraiment, seigneur chevalier, lui dit la duchesse, le métier de chevalier errant n'est pas, à ce que je vois, fort dangereux : nous croyions ttouvpr déjà cinq ou six chevaliers vaincus , et vous dans Ip chemin de la gloire. Monsieur le duc avait ordonné qu'on emmenât une charrette pour enlever les trophées et les dépouilles que vous aviez conquis, et il n'y en a pus un de nous oui n'eût juré que vos bras agissaient pour l'honneur de la beauté de la comtesse ; et nous voyons avec étonnement que vos dents seules sont en mouvemen\ pour le proiit de votre ventre. Mort de ma vie, madame,
lai répondit Sancbo , voos parlez comme on dit que parlent les gens de votre pvs. sans savoir ce qu'ils veulent dire. Si vous eussiez été ici, il n*y a qu'un quart d'iieore, vous auriez vu si je n^ai pas bien gagné le pain el Tcau que monseigneur Parafa ragaramus me faii doimer. Qooil dit la comtesse , c'est lui qui vous r^ale ? Oui, madame , reprit Sanciio. Eb! je ne vois ici personne de ses gens, dit-eile. A ce mot, deux satyres sortirent de derrière des arbres , et vinrent en gambadant lui dire que l'enchanteur lui-même allait venir.
En attendant son arrivée , toute U troupe, autour de Sanoho, se miià Icqaestionner ^ et , pendant qu^il répondait , an satyre lui 6ta son épée enchantée, el lai en remit une autre d'une garde pareille sans qu'il s'en aperçût. Il conta son combat, et l'enchantement de son épée, dont il n'avait pas pu jtmir pour fendre le discourtois chevalier aux armes noires; et, comme on fit semblant de ne le pas croire, Il montra son épée , pour en coQvaÎDcre ses auditeurs ; mais ce fui un manvais témoin pour lui f parce qu'elle se tira do fourreau sans aucun effort. Il en resta tout ù fait confus, et ne savait qaedire, lorsque Parafaragaramus , qui veaait de relancer don Quichotte, parut.
Je n'avais préleiulu , dit-il, donner à déjeuner qu'au seul chevalier Saocho , cl encore le régah'r seulement à la manière de Tordre. Mais, puisque vous voilà si bonne compagnie, poursuivit-il. il ^^^^ dégarnir mon office. Holà! ho! Ralwrbaran , dit-il à un satyre, faites promptement monter du vin, el du meilleur; qu'on fasse aussi monter quelque chose d'appétissant , et des services. A ce mol , le satyre alla à trois pas faire des ganite' des; et Sancho, voyanl toutid'un coup
?<5'6»glé'"
DON QUICHOTtK.
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sortir àvMé de \m une flamme 9id>tile «t bleae avec beaucoup de fumée , recula en tremblaot, et la terres^ouvrit sous les pieds da satyre» qui fondîL et la fumée se dissipant, le chevalier vit une table paraître couverte de belles serviettes, d'une belle nappe, d'assiettes et de plats d'argent, d'un pouleld'Inde en compote, d'un autre à la daube , de pàlés, do jambons , et de quantité d'autres viandes froides , en un mot , un service complet où rien ne manquait ^ et pour la boisson, il vit retirer de dessous la table douze grosses bouteilles de vin, et des sièges.
Paraftragaramus pria Eugénie de faire les bonneurs du modique déjeuner qu^il lui présentait^ elle s'en cbargea , et pria t>ut le monde de s'asseoir. Cbacun se mit donc en devoir de manger avec une feinte répugnance; et mangea en ef fet,ct mémede bon appétit Sancbo, qui fourrait toujours son nez partout , pria Parafaragaramus de leur tenir compagnie; et Tenchanteuir répondit qn^il était jeûne pour lui ce jourlà, qu'il ne miamgeait jamais avec les dames. U se perdit entre les arbres , où les Français crièrent qo'ils venaient de le voir tout d'un coup fondte en terre.
Pendant que toute la troupe déjeunait de très bon appétit, don Quiciiolto parut en robe de chambre, feignant d'ignorer ce qui était arrivé à Sancho , qui le lui répéta avec des paroles atroces contre Tinci* vil chevalier aux armes noires. Notre héros avala doux comme lait les inj«res qui lui furent dites ^ il ne fit que se eonfirmer dans la croyance dos enchanteurs et des enchantement3 > lorsque Sancho lui dit que son épée , qu'il n'avait pas pu tirer de son fourreau, quoiqu'il y eût employé tontes ses forces > était venue d'elle-même après que le discourtois chevalier eut dis* paru. Don Quichotte en voulut voir l'épreuve, et Sancho la lira qn st présence sans difficulté. Vous ne savol pas tout, moiï^ur ) lui dit Sancho. Qu'y a* t*il de nouveau, ami Sancho 7 lui demanda notre héros. Il y a, répondit, Péouyer, bien d'autres nouvelles : un diable qui vous en veut est tout fraîchement sorti de l'eafcr pour vous persécuter, le sage Parafaraga ramus m'a ordonné de vousen avertir , et de vous dire i\o vous en délier. U m'a dit
son nom t c'est , je crois, Freslon , Frifôn, Foulon. Je sais qui c'est , interrompit don Quichotte avec tranquillité : c'est Ffestoii qui m'a emporté mon cabinet , où étaient les histoires de 4out ce quMI y a en de che» valiers errants dans le monde. Mais que lui et son fils viennentquand ils voudront , je ne les crains ni l'un ni fautrc. Pendant ce dialogue, le même satyre qui avait déjà changé Tépée de Sancho , là changea une seconde fois , et lui remit l'épèe enchaùtéc. Leur conversation fut interrompue par un bruit de clairons qu''on entendit dans la forêt , et qui attira les yeux de tout le monde du côté du brnit. Les spectateurs, feignant d^ètre épouvantés do ce qu'ils voyaient , s'éloignèrent ; et nos deux aventuriers tenant ferme eux seuls , et s^é^ tant mis en pied . ne bougèrent pas de leur place. Les satyres qui avaient soin de la table la firent disparaître tout d^un eoup avec eé qui était dessus; elle rentra en terre comme elle en était sortie, presque aux pieds de nos braves , qui ne virent t sa place qu'une noire et épaisse fui^ée.. Mais , ayant tourné la vue d'à n autre côté^' ib aperçurent un spectre qui s^avançait vers eux.
C'était un homme effroyable, qui jetait de temps en temps par la poitrine une flamme vive avec une légère fumée. U était vêlti d'une robed'un rouge très vif depuis les piecb jusqti^à la tête ; ses yeux ne paraissaient point, ou paraissaient si petits, qu'on ne pouvait les distinguer; son casque étaî t couvert de plumes rouges, d'où sortaient lesdeoxplns grandescornea do bœuf qu\)n eût pu trouver, et qui je^ laient aussi feu ^t flammes de temps en temps ; ses armes étaient de la couleur de son habit , et il portait une lance d'une grosseur prodigieuse ; le êimeterre quMt avait à son côté était liirge de plus de quatre doigts. Il passait la taille ordinaire des hommes, et montait un puissant* cheval.
Tous les spectateurs , paraissant trembler à sa vue ; se mirent à couvert derrière nos deux aventuriers, qui ne s'ébranlaient pas. Cette tûirrible figure s'approcha d'un ail* à dévorer tous les assistants, et portant fa parolcfau héros de la Manche : Nesàilrais^ tu , lui dit*il , m'enseigner on je pourrais tcouver nu certain chevalier qiû se nommé
don QuichoUô , ei qui se fait appeler k cUevaUer de» Lions? 11 y a quatre jours que je ie cjierchp partout pour le roucrda (i^ps i mais il faut qu'il se cache, puisquo je uopuis le (Pouver ni ea appreodro dea nouveiUs.. Je S9i$ pouriapl bieii qu'os Pa lostruil de Q)aa de^seix^, parce qu'un certain vcillaque d^enjchap(6UV , nommé Parafl^rfigararpus >4M)B amî^ a dû le lui dire^ et Je. lui a sans doute diL Dis-moi si tu sais où je pourrais le trouver. Il n'est pas loin^ lui i^époudÂt rintpépÂde don Quichotte; naîi I avant de ta dire oit il est , Je voudrais bien savoir qui tu es» toi aui fais tant de rodomont^Klcs. Je veux bien te contenter 9 répondit le spectre» à condition que tu me contenteras i ton tour. Je suis le magicien FrestoUi.qui ai enlevé le cahtuet et les livres de do6 Quîefiotte îl y a deux ans. huit mois uae aeaaaiuc deux jours et quatre heures. J'ai métafliorpfaosô en uoe vilaine et puante paysanne lu priacesse Dulcinée du ïoboso^ et l'ai mise à la Kde du aage Merlin » dans la cairerne de ntesi nos » ou je vais deux fois la semaine luj donner régulièremeûl vingt coulis d'^ trivières > parce qij^ oc n^ost qu'une gredinc qui n^a pas de quoi payer sa dépense, ^t que ce don Quidiotte,aon chevalier, ne ûii envoie pas un sou. Pour qitelqucf^etite ffrairo pendable PJuton m'avait faitenabaine^ y mais enfin il m'a rendu la liberté, k Ifi chàirge de me battre à armes pareilles avec ce chevalier des Lions. Si je puis le vaincre» je serai libre pour toujours , et, si je suis vaincu, je retournerai dans ma« pris^.; mais hâtis^oi de me dire où il est . parce que je suis pressé. Le feu qu'ail jetait par la poitrine et par les cornes continuais et af^gmentaît à mesure qu'il parlait , et , quoique cet objet fût épouvantable , boire (èros n'en parut point ému ; i\ eut même besoin de toulie la ptitience que Parafor»* garamus lui avait recomaMndêe poiir l'è* cwtor jusQu'au bout. .
. Si tu n^i^a pas plus braTequo<4U u'es saluant » lui dît dou Qi&iehotte , tu n^es lôi<niéme qu^nu veitlaqnô^ pubfaeotlniià qui tii parles est le cbevalier éià Lions Itiionôme. Tui ^ reprit le magicien eo riant d'um uaaniére effroyable, tu ea le^^eva* lîeT'd^sLieina, et l« voilà parécoalwiie une |MWé«;I DafHiîs ^oaad les. chev«liei»'OP-
DON QUlCttOTFK.
ranta M fontjls favdar et aocommoder comme tu es , et sq font-ils entortiller d'una-robe de chambre à fleurs dW? et où sont (es armes? Ne t'eo mets point en peine , répondit notre héros : tel que je suis je vais le donner satisfaction. En iDéroe (eoips il voulut monter à cheval , et obliger Sancbo li se désarmer ; mais la spectre lui dit qu'il ^ait indigne à un chevalier dese servir desarmesd'autrui^etden'aToir pas (onjours les siennes sur le dos ; et laissant là don Quichotte , il demanda à San* cho s'il voulait , eu attendant que le chevalier des Lions fût en état de lui donner satisfaction , s'éproun^er seul à sent contre lui. Sancho aurait assurément répanAi et accepté le défi, si le héros dek Manche lui en eût donné le temps ; mais cetoinri , outré des raiHeries de l'enchanteur^ était sauté à l'épée de Sancho» et faiaiùt d'ino* tîles effortspour la tirer^pfireeque» oonmie on l'a dit» c'était Pépée enohantée qu'on lai avait remise. Ce que le spectre voyant, il en redoubla son ris effroyable » en leur disant qu'ils étaient des chevaliers de promenade, des chevaliers de bouteille» des chevaliers do franche lippAe» en nn mot dos bâtards de Tordre» et qu'assurément Plulon a^ctait moqué de lui de Penvoycr combattre oonirc des gens qui n^avaicnt pas seulement une épée à eux deux ; et après ces inaulics il leur tourna le dos , et regagna la forêt, en criant qu'il allait de ce pas redoubler la dose sur Dnicioée pour dissipci^son chagrin.
Notre chevalier regarda du côté de tous les spoetateurs s'il ne vernit pas uncèpée dont il pût se sehrir: mais tous étaient désarmés, et Ijui , dans la plus grande co^ 1ère oè il eM jamais été, voulait suivre le spectre ; mais il en fut empêché par Engénie, qui lui promit de savoir de INrafara^aramus ou îl pourrait trouver cet insolent etôhaateur; Pendant que ia com- IcBSocalniak h^ trirnsperts furietfx du j;hevalier des Liôn^s, le même satyre «vait, pour la <!roisfèine fois , changé 4^èpée de Sancho, et tootre héros, qui était )>resqw tranquillisé par rassnraucequ^ugènic lui avait donnée, se contente -de dire qne^ s'il avaK eu seulement une épée,* il aurait fait
Sentir ^enchanteur de ses impertinentes lories» et porta encore|a main sur cella
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Bf>N QUiCHOITB*
<ic M)B é|:^]rje^^ qu^ pour le coup sortit du fourreau*
Quam4^ âqn Quichotte n^aurait pas été t^u,^ cel9 SQut aurait pu lui dciooaiec la ccrvelfc.: J^nçiais çtanaeiocnt ue.fut égal au sicB. i^Eli I)ica, diUil à toute la compagnie^ yÔjçz. ce que c^est que la. force des ençhantcraçnis! C'est ce maudit ipagi»cîcn-lii,poursuî vit-il avec fureur^ qui avait cncba.ntc répéc du ciiovalior Saiif^Iio ; mais jo jure de ne me pas faire couper poil de barbe que ]e po l'aie trouvé, ejt, afia gu^il ne puisse plus m'en donner àgàrder, ]c porterai aussi bien que lui mou épée nue. Désabusez- vou^, seigneur chcvaliçr, lui dit le dqc : je ne croîs pas qqe ce soit lui qui ai fait cet enehantemûnt ^ je crois plutôt que c'^Qst Para|'aràgaramu9j qui Va pu sounrrir^iie.vpus fous exposassiez arec des armes inégal^? jçontre jua démon. Eugénie promît encore de lui eu doancrdes nouvelles le lendemain 9 après en avoir {»arlé à son bou ami Pai:àfaragaramus,
Pour Tencban leur Frestpn^ ci'étai^ le Vàùme officier de Valerio qui avait cptlo fois-là pris un masque représentant une face de démon chaperonné de cornes. Le feu qu'il jetait provenait dHme composi* tien de poudre à canon^ de coton, d'eau,de- vie, de camphre , et d'autres artilico^ qa'on avait mis ensemble dans une boite de fer-blanc sur l'estomac, et dans les ex* trémitésdescornessurla tôte, etietoutctait presque traversé d'un petit tuyau de fer^ qui répondait, par une peau de cuir bien mince et bien cousue , à un petit soufflet que l'enchanteur avait sous l'aisselle, et qui portait vent aux trois endroits, en sorte que le feu qui était renfermé dans la boite et dans les cornes, étant réveillé par le Ycnt, enflammait les compositions, et produisait un effet terrible pour ceux qui n'y étaient pas préparés.
Des que notre héros fut rentré dans le château, son premier soin fut d'aller visiter ses armes , qu'il trouva blanches et bien polies, avec une autre lance en bon état^ et deux lions peints au naturel sur son écu : aussi n'était-ce pas le même écu, qu^il avait porté dans la forêt ; la peinture n'en aurait pas été sèche -, c'en était un autre que le duc avait fait peindre depuis quelque temps , et qu'il fit mettre à la
plaça tiu prfMni^r» B#ur iloiÛQmsJGiîrabroiM v^r à notre héros di^i 'vaecveilleu^ dani tout ce qai lui arrivait. Il prU^o» ^S^i Pù|a du fourreau. sans aucuipo peina^ étiltt Uisi^a, nuQ^ pQur n'être paf ;.pris au ièr* pourvu. Use perdait daps ses joia^n»< tionsi et ne savait çouiméiil^ea .armosriefi ayaicql été si bipn faitea en ^l peu 4o tcmpsj ni commeat ses armes avaient..^ rapportéosotnimisesoi^ cllf)s éUiî^nl, ^n qu'il avait emporté la olef de la ohan)br#s Ainsi. toQt ce qu'il y pouvait comprendri^ii c'est qu'il ne lui firriyait rjen que p^NT art de njècromancie ; et il en cKmdiiait qua rien D*était impossible. aux eDcl^nteftrs. . . Il s'aj^ma de pied en cap, bien réMia do ne point mettre les armes bj|s qu'il n'eftt trouvé l'insolent eochaateur Frestqn , ^ de ne plus s'exposeï à ses insolente^ rail*^ lerics sans éxA en étal do Ten Cai(t^f0panH tir. Il descendit armé. Quoiqu'w se dwr tât bien de son dessein, on ne laissa pas de le lut dcmfiindar , cowne si ^n l'eAfr ignoré^ il Ta voua, et supplia pjnsUuyunc^^ii la comtessA de le souvenir de wyow |qii4 de Paraf^ragaramuB. Elle kju répondît qu'elle avait trouvé ce 69Jg% ond^iHeur dans son cabinet, ^t ajouta q|i}'§lle afaît appris de Ini que c'était le lâ^ha Fcfstoa luinméme qui avait jenchanté l'^p!^ 4« chevalin $ancho, iparce qu'il n^^tait.qu'fiui poltron, qui n'aurait jamais osé se moquer de lui ni le braver s'il eût été en état de défense; que Parafaragaramus lui avait promis de le combattre lui-même en sa présence, et se faisant fort de le renvoyer en enfer aussi vite qu'il en était venu; cependant, qu'il n'avait pu se dispenser do lui dire qu'en sortant d'avec lui ce maudit enchanteur avait été dans la caverne de Montesinos, où il avait eu en effet la barbarie de donner vingt coups d^étriviéres bien appliqués à la pauvre princesse Dulcinée , et que sans doute il aurait encore porté sa cruauté plus loin , si Parafaragaramus lui-même ne l'en avait empêche , et ne l'avait obligé de prendre la fuite et d'abandonner cette pauvre dame, après l'avoir traînée longtemps toute nue sur les ronces et les épines, que cette pauvre désolée avait appelé plus de cent fois son fidèle et bien aimé chevalier don Quichotte à son secours, et que c'était cela qui avait redou-
Ik)N QUICHOTTB.
Me ia fareUf de son bourreau ; mais que Parararagdratnas'ravait un peu remise en lui promettant qu'avant qu'il Tût huit jours il la vengerait, et que IMnTÎncîblc cheralier des Lions romprait son enchantement; que c^était ce que Parafàragararous lui avait donné ordre de lui dire, et qu'il dormit en repos sur cette assurance. Ah ! madame , lui dit le triste chevalier les larmes Aux jeux y suppliez de ma part le sage enchanteur de me laisser combattre moi- Blême contre le maudit magicien Freston : ma princesse, Pincontparable du Toboso, Be serait pas bien vengée si elle ne Tétait par mon bras , et- je mourrais de rage si un antre que moi le renvoyait e& enfer. La comtesse lui promit d'en parler à Pârafaragaramus , et de faire ses efforts pour
Îtt'il lui accord/kt sa demande, et lui oronna' de sa part de se désarmer jusqu'à nouvel ordre , ce qu'il fit tout aussitôt.
Sancho^ ne sachant à la fin comment accorder cet enchantement de Dulcinée avec ce qu'il avait fait , se figura que c'était lui-même qui s^était trompé, et que Dulcinée était véritablement enchantée ; et la plus forte raison qu'il avait pour le croire était que Parafaragaramus était trop honnête enchanteur pour lui. en avoir parlé k lui-même si ce n'avait pas été une f érité. 11 lui restait cependant un scrupule
au sujet de cet enchanteur ^ dont il s'oovrit à la comtesse, qui lui en donna la solution ; mais il ne regardait point Dulcinée C'était au sujet de son énée, qui aTait été enchantée par ce méchant Freston , malgré ce que Parafaragaramus lui avait dit que toutes ses armes étaient à répreofc des enchantements. Je n'ai pas songea vous expliquer cet af ticle , seignear chevalier Sancho, lui dit Eugénie, quoique mon bon ami me l'eût pourtant ordonné:
c'est que vos armes ne pourront pas éire enchantées quand vous voudrez les employer contre un chevalier comme vous, mais un méchant enchanteur peut les enchanter ,• de |M?ur que vous ne vous en serviez contre lui : ainsi, seigneur chevalier, ajoula-t-elle, parlant à don QuichoKe, qui avait écouté la demande de Sanclio, c'est encore une raison qui vous doit empêcher de vouloir combattre vous-même le méchantFreston.AprèscelteconversalioD, nos aventuriers se retirèrent dans leor chambre, occupés de leurs visions, surtout le héros de la Manche , qui aurait voulu être déjà aux mains avec le roécbaDt Freston , et désenchanter son imaginaire Dulcinée. Les Français et les Espagnols en firent autant, après avoir bien ri de la folie extraordinaire de ces deux hommes.
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