‹ Histoire de l'admirable Don Quichotte de la MancheChapitre 133 sur 136 · CHAPITRE XLVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVII

De Taventure qui arriva au malheureux S^tocho peu de iemp» après 4^% kA cte le duc 4e et de plusieurs autres chose» qui ne sont pas de grande ifVjpQrtance.

Il n'alla pas fort loin sans trouver plus qu'il ne cherchait : le hasard voulut qu'à l'entrëe d'une petite ville , à une lieue de M , il rencontrât un enterrement. 11 demanda ce que c'ëtait; on lui* répondit que c'était une femme qu'on allait enterrer dans le cimetière à cent pas de là , et on lui montra le mari , qui accompagnait le corps. Sancho , qui était encore animé de colère contre Thérèse, ne fut pas Ikiaîtrede lui. Il est bien heureux celui-là ! sMcria-t-il^ plût à Dieu que je fusse à sa place ! A peine eut-il lâché la parole , que le mari, qui paraissait Ibrt affligé, redoubjla ses larmes, et poussa des soupirs i toucher les cœurs les plus insensibles. Sancho , trop compatissant, crut devoir le consoler. Il s'approche de lui , et, ne consultant que la raison : Il faut que vous soyez fou , lui dit*il , pour pleurer comme vous faites : il semble que vous ayez perdu père et mère et toute votre postérité jusqu'à la vingtième génération Quoi! faut-il tant se désoler pour une femme? Par ma foi , pour une de morte mille de retrouvées. Allez, allez, la perte n'est pas grande^ je voudrais bien qu'il m'en t&t arrivé autant. Mort de ma vie , fenterr^ais la mienne en chantant plus haut que les gens d'église quand ils enterrent un trésorier* Dieu vous a ôtë la ▼ôtre , c'est «ne grâce qu'il vous a feite ,

et qu'il ne fait pas ft mille honnéteç cens

3ui la lui deraandebt tous les joçrs : vous eveîB l'en remercier plutdt que de là porter en terre avec tant de chagrin. Vous mériteriez, pour votre pénitence , qu'elle ressuscitât et vous ftt enrager cdùme ma mauricaude.

Des gens d'un esprit tranquHIe auraient regardé Sancho comme un fou; mais ceux qui Pécoutaient étaient trop abtm^ dans leur tristesse pour songer à plaisanter. Un des parens de la défunte , entre autres, s'approcha de l'indiscret consolateur, et lui porta un coup de poing dans le ventre , dont il se fit à lui-même plus de mal qu'à Sancho , parce qu'il avait frappé sur le corselet dont le chevalier était armé. Il s'en aperçut bien, et voulut recourir à une autre arme , mais Sancho ne lui en donna pas le temps, et, poussant son cheval sur l'agresseur, le lui fit passer sur le corps, après l'avoir blessé et terrassé d'un coup de lance. A l'instant les autres assistans s'armèrent de ce qu^ls purent trouver : les uns se saisirent des chandeliers, les autres des flambeaux, les autres prirent les bâtons qui servaient à porter le cercueil, et tous, tombant en même temps sur le malencontreux chevalier, lui firent bientôt vider les arçons, et se mirent à travailler sur lui comme à i'envi If un de l'aQtte^ de mnière qo^

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l'euaseat bteotàt expédié , û le$ gens qtie le duc avait envoyas après lui ne fussent arrivés assez à temps pour lui sauver la vie. Ils se firent connaître , et arrêtèrent la grêle de coups qui tombaient dru et menu sur Tinfortuné Sancho. Ils le por-« tèrent au château si moulu de coups, qu'il ne pouvait remuer ni pieds ni pattes. Il jetait le sang de tous côtés, et avait la tête fracassée en plusieurs endroits, de sorte que les chirurgiens qui le visitèrent déclarèrent d'abord que sa vie était en danger. La fièvre chaude dont il fut bientôt attaqué lui jfaisait dire mille impertinences dent on ne i)OQvaît s'empêcher de rire , quelque pitié qu'on eût d'ailleurs de l'état où il était. Il disait, en parlant des femmes (car il retombait toijûours sur leur article) : Mort de ma vie , ces créatures m'ont toujours porté guignon :

celles qui sont en vie m'ont fait enrager, m'ont battu et m'ont fait battre, et oalies qui sont mortes me font assommer. Je ne m'étonne pas si je u'^n ai point vu en enfer : les diables ont trop d'esprit pour en souffrir parmi eux; ils les tienueut éloignées, et, ma foi , ils ont raison, car elles ne sont bonnes qu'à.... Dieu m'entend bien.

Dès que Thérèse vint à paraître devant ses yeux ; Ote-toi delà, lui dit-il ^ et me laisse en repos. Eh ! mon pauvre mari , lui répondit-elle , je vous demande pardon , mourez en paix. Tu n'as donc qu'à t'en aller, lui repartit Sancho ^ car une femme et la paix , c^est le feu et l'eau. Quand je serai dans l'autre monde , je ferai amitié avec quelque démon , que je prierai de te venir emporter, et puis je te verrai de bon cœur; jusque-là, serviteur aux orgues.

On lui retrancha l'usage du vin , et on ne lui donna que de la tisane, breuvage qui n'était point du tout de son goût; quoiqu'il en soit, on prit tant de soin de lui , que ses blessures, bien que dangereuses , furent guéries en peu de temps. Comme les chirurgiens , le voyant hors d'affaire, lui permirent l'usage du vin pour hâter son rétablissement, il demandait incessamment à boire, et trompant sa garde, qui n'osait en cela acquiescer à sea volontés 9 crainte d'une rechute plus

dangereuse que la naladtè> lôt^^il t>ouvait s'emparer d'une bouteine de vin , il la suçait jusqu'à la dernière goutte.

Sancho avait reprh toutes sed fbrces , lorsque les ducs de Medoo et d'AIbuquer* que, le comte de la Ribeyra, le curé et son neveu , le bachelier Samson Carrasco, le barbier, la nièce et U gouvernante de don Quichotte , retournèrent au Toboso.

Il ne resta au château que les duchesses de Medpc et d^Albuquerque , la comtesse Eqgénie et les deux chevaliers. Thérèse et sa fille y demeurèrent aussi , parce que les dames voulurent les retenir pour s'en divertir. Ces deux paysannes n'avaient jamais été si aises qu'elles l'étaient de se voir bien nourries et bien entretenues; elles commençaient à se considérer comme des gens de haut rang , et la duchesse ne trouvait pas de plus grand plaisir que' celui de les faire jaser. Elle annonça i Thérèse qu'elle voulait marier aa fille avec le fils de son défunt fermier. Estait riche, madame? demanda Thérèse t car, si una femme apporte de quoi dîner, il est juste que le mari apporte de quoi souper. Outre cela, sait* il gagner aa vie? il vaut mieux un gendre pauvre qui sache parler qu'un riche qui ne sache qu^avaler. Il faut encore qu'il soit bon ménager : celui qui dépense prudemment ne fait point de mauvaise emplette; mais ceux qui achètent ce dont ils n'ont que fa-ire sont souvent obligés de vendre ee dont ils ont besoin. Quand on vend pour Tivre , on ne mange pas de bon co^ur, et le rire* et la faim ne sont pas bien ensemble. La duchesse, aprèe l'avoir assurée que le mari qu'on destinait à sa fille était tel qu'il le fallait, le lui fit voir, et elle en parut contente; cependant elle dit ^full fallait que Sanchette le fût aussi , puisque c'était pour elle. On fit venir la petite fille. Ecoute, Sanchette, lui dit sa mère en présence de toute la compagnie , madame la duchesse veut te marier avec -ce jeune homme-là : si c'était moi , j'aurais bientôt dit oui ; mais c'est pour toi , fais cotti'me tu voudras; au moins si dans la suite il te firotte un peu l'ëchine, ne me viens pas étourdir les oreilles, car je ne'te force pas. Si tu dis ont , à la bonne heure; si ta dis non , taot pis pour toU4!(i ta iniM

de ne pas manquer de femmes. Sancbette, qui ne savait que répondre > demeura confuse. La duchesse de Medoc » voyant son embarras, dit à sa mère qu'il ne fallait pas la presser, et qu'il était juste de don-

ner aux parties le temps de se t^oùnaitte. Cependant ce mariage ne tarda pas i s^achever, et peu de temps après, Thérèse, son gendre et Sancbette retournèrent au Toboso.

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