‹ Histoire de l'admirable Don Quichotte de la MancheChapitre 19 sur 136 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Des choies étranges qui arriverai tt au vaillaot cheyalfer de la Manclie dans la mootagQC Moire « et de la pénitence qa*il fit k rimitation du beau Ténébreux.

Don Quichotte dit adieu au chevrier , et Sancho l'ayant regardé de travers , le dievalier monta à cheval , etrécuyer le suivant à pied , ils prirent leur chemin par Tendroit le plus escarpé de la montagne. Ils marchèrent quelque temps sans rien dire; toutefois la langue démangeait furieusement à Sancho y mais il n'osait commencer, pour ne pas contrevenir aux ordres de son maître. Voyant enfin que don Quichotte ne parlait pas^ et n'y tenant' plus : Monseigneur, lui dit-il, je supplie votre seigneurie de me donner sa bénédiction et mon congé , que je m'en aille tout à Theure retrouver ma femme et mes enfants , avec qui je pourrai au moins jaser et contester quand j'en aurai i'envie : car j'aimerais autant être en terre tout vif que d'être condamné à vous suivre dans ces déserts de jour et de nuit, sans

Î)rofércrun seul mot. Si Dieu voulait que es bétes parlassent comme au temps d Esopc, encore passe ; je m'entretiendrais avec Rossinante de tout ce qui me viendrait dans la fantaisie, et les paroles ne me pourriraient pas dans le corps. O ma foi , c'est chose insupportable d'aUer toujours chercher les aventures pour ne trouver jamais que des gens qui nous bernent, et qui nous assomment à coups de poing et de pierres , et par dessus le marché d'avoir la bouche cousue, comme si on était né muet. Je t'entends, Sancho, répondit don Quichotte, tu ne saurais tenir long-temps ta langue captive : et bien , je lui rends sa liberté , à condition pourtant que ce ne sera que pour le temps que nous serons dans ces montagnes.

En ce cas , dit Sancho, je vais donc cracher tout mon saoul ,^ et je commence : Or ça, monsieur, quel intérêt aviez-vous de prendre si chaud^nent le parti de cette reine Marcasiifie , et que vous importe que

cet BéUe-Lahé fût son ami ou non? Si vou$ aviez laissé passer cela , qui ne vous touche en rien , le fou aurait achevé son histoire, vous n'auriez point attrappé le coup de caillou, et je n'aurais pas la toile du ventre rompue. Ami Sancho, répondit don Quichotte , si tu savais, comme moi , condiien c'était une honnête dame que la reine Madasime , je suis assuré que tu dirais que j'ai eu encore trop de patience de n'arracher pas cette langue insolente qui a osé proférer de si grands blasphèmes. Car enfin n'est-ce pas un blasphème exécrable que de dire qu'une reine ait couché avec un chirurgien? La vérité de Thistoirc est que le mattre Elisabeth fut un homme prudent et de bon conseil, cpii servait de gouverneur et de médecin à la reine; mais prétendre qu'elle fût son amie , c'est une rêverie insolente et digne de châtiment.

Et , afin que tu voies que Cardenio ne savait ce uu'd disait, tu n'as qu'à te ressouvenir qu'il était déjà dans son accès,; et qu'il avait l'esprit égaré. Hé I c^est où je vous attendais, s'écria Sancho : qu'aviezvous à vous mettre en peine des discours d'un fou? Et si par hasard ce béni caillou vous avait donné par la tête, comme il a lait dans l'estomac, nous serions en bel étaC pour avoir pris lejparti de cette belle dame?

Sue Dieu la confonde! Sancho, répondit on Quichotte , et contre les fous et contre les saees tout chevalier errant est obligé de défendre l'honneur des dames, quelles qu'elles puissent être, et à plus forte raison celui des grandes princesses et des reines d'importance, comme le fut la reine Madasime, pour qui j'ai une vénération particulière à cause de sa vertu et de toutes ses bonnes qualités? Car, outre qu'elle était très-belle , elle fut extrêmement sage et fort patiente dans les malheurs dont elle fut ac-

Di)N QUICHOTTE.

câblée. Cest en cet éCai qn*dle eut mnd besoin des sages conseils de maître Elisabeth y qui lui aidait à supporter ses déplaisirs ; et c'est de là que le vulgaire , ignorant et malin y a pris occasion de dire qu'ils vivaient familièrement ensemble; mais ils mentent encore une fois , et ils mentiront deux cents autres , tous ceux qui le diront et oui en auront seulement la pensée. Je ne le aïs ni ne le pense , dit Sancno, je ne me mêle point des affaires des autres » je n'y ai que voir; s'ils ont fait la folie > ^ les regarde; je viens de mes vignes , je ne sais rien de rien ; je ne fourre point mon nez où je n'ai aue fan«; qui achète et vend en sa bourse le sent; après tout je suis né tout no , et tout nu ie me trouve ; je n'y prends ni n'y mets; je n y perds ni n'y gagne ; mais s'ils ont couché ensemble ou non, que m'importe à moi 7 On croit bien souvent que ce sont des lardons, qu'il n'y a que des chevilles; et qui diantre est-ce qui peut mettredes portes aux champsîDieu me soit en aide! s'écria don Quichotte; ebl c(Wibien tu enfiles-là de sottises I et dis-moi y je te prie, quel rapport ont tons ces impertinents proverbes avec ce que je viens de dire? Va, va , méle-toi désormais d'avoir soin de ton âne , et non de choses qui te sont étrangères. Mais souviens-toi, une fois pour toutes, de bien imprimer dans ta cervelle que tout ce que j'ai fait , fais et ferai , est toujours selon la droite raison, et trèsconforme aux lois de chevalerie, que j'entends mieux (|ue tous les chevaliers qui en ont jamais fait profession.

En bonne foi, monsieur, dit Sancho, est-ce une bonne loi de chevalerie que nous courions par ces montagnes comme gens perdus, sans voir ni chemin ni sentier, cherchant qui achève de nous briser à vous la tête et à moi les côtes? En voilà assez encoK une fois, répondit don Quichotte.

Apprends que mon oessefh n'est pas seulement de trouver ce pauvre fou , mais de faire en cette montaçneune action qui me itonnera de la réputation parmi les hommes , qui éternisera mon nom , et damera le pion à tous les chevaliers errants passés et à venir. Est-elle bien périlleuse, monsieur, cette action-là? demanda Sancho. Non, répondit don Quichotte , quoiqu'il pourrait arriver cpue nous rencontrions guignon au lieu de chance. Mais enfin cela dépend de ta diligence. De ma diligence, monsieur? dit Sancho. Oui, mon ami, répondit don Quichotte, parce que, si tu reviens promptement d'où je pense à l'envoyer, ma peine sera bientôt finie, et ma gloire commen-

cera. Mais pourquoi te tenir davantage en suspens ? Il tant que tu saches, fidèle écuyer , que le fameux Amadis de Gaule fut un des plus parfaits chevaliers errants du monde; queais-je, un? il fut le seul, au moins il fut le premier, et le prince de tous ceux qu'il y a jamais eu jusqu'à lui. Et que les Éélianis ni pas un autre ne prétendent point entrer en comparaison avec lui : ils se tromperaient du blanc au noir, et il n'y en a pas un qui mérite d'être son écuyer. Je t'apprends aussi que le peintre qui veut se rendre fameux dans son art tâche toujours d'imiter les meilleurs originaux, et prend pour modèle les ouvrages des plus excellents peintres qu'il connaît; et ceci doit être une rè^le pour tous les arts et pour toutes les sciences qui servent d'ornement dans les républiques. De même celui qui veut acquérir la réputation de patient et de sage doit imiter Ulysse, qu'Homère nous représente comme l'image et le prototype de la sagesse et de la patience. Ainsi Virgile nous donne, en la personne d'Enée, un exemple admirable de la piété d'un fils envers son père , et en même temps de la prudence d'un vaillant capitaine, dépeignant chacun leur héros, non pas peut-être comme ils ont été , mais tels qu'ils devaient être. De la même manière aussi, Amadis ayant été le nord , l'étoile et le soleil des vaillants et amoureux chevaliers, c'est lui que -nous devons imiter , tous tant que nous sommes , à combattre sous les étendarts de l'amour et delà chevalerie errante. Cela étant ainsi , je trouve, ami Sancho, que le chevalier errant qui l'imitera le mieux approche le plus de la perfection. Et une des choses en quoi le grand Amadis fit davantage éclater sa sagesse et sa valeur, sa fermeté et son amour, ce fut en se retirant sur la roche Pauvre pour y faire pénitence sous le nom du Beau Ténébreux, nom assurément significatif et propre, et convenant admirablement à la vie ^u'il voulait faire et ^u'il avait lui-même choisie. Et, comme il m est beaucoup plus aisé de l'imiter en sa pénitence au'à fendre des géants démesurés, couper des serpents, tuer des endriaques, mettre des armées en déroute, dissiper des flottes et défaire des enchantements; et que d'ailleurs ces lieux sauvages sont tout propres pour un tel dessein, je ne veux pas laisser perdre l'occasion qui s'oflre si favorablement.

Mais enfin, monsieur,dit Sancho,qu'csl-ce doncque vous prétendez faire dansunlieu si désert?Et ne t'ai-jcpa8dit,réponditdon Quichotte, que je prétends imiter Amadis et en

même lonps le valeureax Roland dans ses folies quand U sut qu'Angélique s'était si lâchement abandonnée à Médor ? ce qui lui donna tant de chagrin, qu'il dcTÎnt fou et arracha les arbres, troubla les eaux^ des fontaines , ravagea les troupeaux , tua les ber-* gers , brûla feurs cabanes , déroba leurs juments , et lit cent mille autres extravagances dignes d'une éternelle mémoire. £t, quoique je ne sois pas résolu d'imiter exactement Roland , Orland ou Rotoland y car il avait tous ces noms-là , en toutes ses folies , je prétends pour le moins choisir les plus essentielles , et cdles qui peuvent passer pour orthodoxes. Peut-être aussi que je me contenterai d'imiter seulement Amadis ({ui, sans faire de folies éclatantes et pernicieuses, mais seulement des plaintes et des lamentations, acquit tant de réputation et de gloire, qu'on n'en peut avoir davantage, n me semble, monsieur, dit Sancho, que les chevaliers qui faisaient ces folies et ces pénitences en avaient quelque sujet ; mais TOUS, monsieur, quelle raison avez-vous de devenir fou ? qudle dame vous a méprisé , et quelle marque avez-vous trouvée Sue madame Dulcinée du Toboso ait fait es sottises avec Maure ou chrétien ? Hé, voilà le ppint, s'écria don Quichotte; c'est là le fin de l'affaire i en devenant fou sans cause ni sujet, cela fera voir à madame de quoi je suis capable dans l'occasion , puisque j'extravague sans que rien m'y oblige. Mais, au reste, le long temps qu'U Y a que je me suis éloigné de l'incomparable Dulcinée ne m'en donne-t-il pas assez de motif? Et, comme tuas ouï direau berger Ambroise , l'absence ne fait-elle pas craindre et sentir tous les maux? Ainsj donc, ami Sancho , ne perds point de temps à me vouloir détourner d'une si rare, si heureuse et si extraordinaire émulation. Je suis fou, et fou je veux être, jusqu'à ce que tu sois de retour avec la réponse d'une lettre que je veux que tu portes à madame Dulcinée ; et si je la trouve digne de ma fidélité , je cesse au même moment d'être fou et de faire pénitence : mais, si la lettre n'est pas obligeante, je demeurerai fou absolument, et en cet état-là je ne sentirai rien , de telle sorte que , qjuoi que me réponde ma dame , je me tirerai toujours d'^aire, ou en jouissant en homme sage du bien que j'espère de ton retour, ou comme fou, sans sentir le mal que tu m'auras apporté. Mais à pifopos, Sancho as-tu sauvé Tarmet deMambrin? Je m'aperçus bien que tu le ramassas après que cet ingrat eut fait tous ses efforts pour le mettre en pièces : mais qu'est-il de-

venu ? Vive Dieu , seigneur chevaUer de la Tri^-Fiffure, s'écria Sancho,, je ne saurais souffrir de certaines choses que vous dites ; et elles me font croire que tout ce que vous chantez des clievalenes, de gagner des royaumes et des empires, et de donner des lies et autres récompenses , à la mode des chevaliers errants, tout cda n'est que vent et qae mensonge. Hé qui diable. Dieu me pardonne, peut entendre dire qu'un plat à barbe est l'armet de Mambrin, et voir que celui qui le dit ne s'en désabuse pas en quatre ou cinq jours , sans penser qu'il a

Eerdu le jugement? J'ai ce bassin dans mon issac, tout enfoncé et tout gâté, et je l'emporte pour le faire raccommoder, et m'en servir à me faire la barbe, si Dieu me fait la ffrâce de me rev oir avec ma femme et mes enfants.

Sancho 9 dit don Quichotte, par le Dieu vivant que tu viens de jurer, tu es bienl'écuyer du plus petit entendement qu'il y ait encore au monde. Est-il bien possible que, depuis le temps que tu es avec moi , tu ne te SOIS pas encore aperçu que toutes les affaires des chevaliers errants semblent des chimères, des folies et des impertinences, et qu'elles paraissent toutes à rebours, non qu'elles soient ainsi, mais parce qu'il y a toujours parmi nous une troupe d'enchanteurs qui changent et bouleversent tout , me semble, selon qu'ils ont envie de nuire ou de favoriser ? Cest justement ce qui paraîtra autre chose à un autre. J'admire en cela la providence du sage qui est dans mon parti , d'avoir fait que tout le monde prenne cet armet de Mambrin pour un bassin de barbier, parce qu'étant une des plus précieuses choses du monde, et la plus enviée, je n'aurais jamais -été en repos ; il m'aurait fallu faire mille combats pour le défendre; eê, avec cette apparence trompeuse, personne ne s'en soucie, comme cet étourdi l'a bien fait voir en essayant de le rompre, et ne voulant pas même s'en charger. Garderie, cher ami Sancho, je n'en ai pas besoin pour l'heure, au contraire, je veux nui désarmer entièrement et me mettre tout nu comme je sortis du ventre de ma mère, du moins si je trouve ou'il soit à propos d'imiter la pénitence de Roland plutôt que celle 4' Amadis.

En achevant ce discours, ils se trouvèrent au pied d'une roche fort haute qui était détachox^ de toutes les autres, comme si on l'eût fait exprès. Un petit ruisseau coulait doucement par la pente, et venait en serpentant arroser un pré qui l'cntourail. La fraîcheur et la verdure de l'hcr-

pigiti:

be , et la quanti^ d'arbres sauYages , de plantes et de fleurs dont la roohe était couverte, rendaient ce lieu le plus agréable du monde. Cet endroit-là ^ut extrêmement au chevalier de la Trist&«Figure, qui, le choisissant pour faire sa pénitence , en prit possession en «es termes , comme s'il eût entièremait achevé de perdre la raison ; Voilà , 6 del ! s'écria-^t-il, le lieu que je choisis pour pleurer le pitoyable état où vous m'avez réduitl Je veux que mes larmes augmentent les eaux de ce ruisseau, et que mes soupirs perpétuels agitent perpétuelkment les feuilles et les branches de ces arbres , pour faire connaître à tout le monde le cruel tourment et l'épouvantable peine que souffre mon cceur. 0 vous I qui que vous soyez, dieux champêtres, habitants de ces déserts, écoutez les plaintes d'un malheureux amant, ^'une longue absence et une Jalousie imaginaire ont amené dans ces tristes lieux , pour pleurer son mauvais sort , et se plaindre en liberté des rigueurs dlune beUe ingrate en oui le ciel a rassemblé tous les attraits de la beauté humaine ! O vous! nayades, et. vous, dryades, qui ' avez accoutumé d'halriter les monts sauva^ ges (ainsi soyez-vous en sûreté contre les satyres qui troublent votre repos ), aidezmoi à plaindre mes malheurs, ou, pour le moins, ne vous lassez point de les entent dre l O Dulcinée du Toboso I soleil de mes jours et lune de mes nuits, gloire de mes peines, nord de mes voyages; étoile de mes aventures, ainsi le ciel If en donne toujours d'heureuses , comme je te conjure d'avoir pitié du triste état ou me réduit ta cruelle absence, et que ton cœur se rende favorable à la constance de ma foi 1 O vous l arbres solitaires et sombres, qui devez désormais me faire compagnie oans ma solitude, faites^moi connaître par le doux murmure de vos feuilles agitées , et par le frémissement de vos branches , que ma présence ne vous est pas désagréable. Et toi, mon cher écuyer , aimable et fidèle compagnon de toutes mes aventures , considère attentivement tout ce que je vais faire, sans en oublier la moindre chose , afin de le raconter exactement à celle pour qui je le fais. O toi, Rossinante 1 qui m'as toujours inséparablement accompagné , et si utilement servi , non-^seulement dans la prospérité , mais tant que la fortune m'a été contraire, qui as toujours partagé mon bonheur et mes disgrâces, pardonne-moi si, dans celle-ci ^ je choisis la solitude , et crois que ce n'est pas sans regret que je t'abandonne.

En disant cela , il mit pied à terre , 6ta promptement la selle et la bride à son cheval, et, lui donnant, de la main sur la croupe, il lui dit en soupirant : Celui qui a perdu la liberté te la donne. 0 cheval ! aussi excellent pour tes grandes aictions que malheureux dans ton sort, va-t'en où tu voudras , car tu portes écrit sur le front que jamais l'hippogriffe d'Astolphe, ni le renommé Frontin , qui coûta si cher àBradamante, n'ont égalé ta légèreté et ta vigueur.

Maudit soit, s'écria Sancho en cet eiFdroit, et mille fois maudit celui qui m'a délivré du soin de dêbàter mon âne 1 Les flatteries ne lui manqueraient pas , ni de belles paroles à sa louange : mais pourtant , quand il serait ici , le pauvre grison 1 pour-

3noi lui ôter le bat ? Qu'est-ce qu'il a à émêlcr avec les folies des amoureux et des désespérés,puisque son maître, qui était moi , n'a jamais été ni l'un ni l'autre! Mais, dites donc, monsieur, si mon voyage et votre folie sont véritables, croyez-vous qu'il soit mal à propos de seller Rossinante, afin qu'il supplée au défaut de mon grison, et que mon voyage ne dure pas si longtemps? car , s'il me faut aller à pied , je ne «ais pas trop bien quand j'arriverai, ni quand je serai de retour , parce que je suis un fort mauvais piéton. Fais comme tu vt)udras , Sancho , répondit don Quichotte; il me semble que tu n'as pas tout-^-fait tort. Au reste, tu partiras dans trois jours; je te retiens encore ce temps-là , afin que tu voies ce que je fais pour ma dame , et que tu puisses lui redire. Et que puis-je voir davantage que ce que j'ai vu 1 dit Sancho. Vraiment, tu es loin de compte, repartit don Quichotte. Ne faut-il pas que je déchire mes habits , que je jette mes armes pièce à pièce , que je saute la tête en bas sur les rochers, et que je fasse mille autres choses de cette nature qui te donneront de l'admiration ? Pour l'amour de Dieu , mon* sieur , dit Sancho , prenez bien garde comment vous forez ces sauts : vous pourriez donner de la tôte en tel endroit , que dès le premier coup vous auriez achevé' la pénitence. Et je serais d'avis , pour moi , si t)es soubresauts sont si nécessaires , et que l'œuvre ne se puisse faire sans cela , que vous vous contentassiez , puisque cda est feint , et n'est qu'une imitati^ , de les faire dans l'eau ou sur des matelas, et je ne laisserai pas de dire à madame Dulcinée que vous l'avez fait sur des roches pointues et dures comme du fer. Je te remercie de ta bonne intention, ami Sancho , répondit don

Quichotte; mais il faut cpie ta saches que ceci n'est point une feinte , mais chose trèssérieuse, parce qu'autrement ce serait pécher contre les lois de la chevalerie > qui nous défendent de mentir, sous peine d'être déclarés' indigènes de Tordre; et faire une chose pour l'autre c'est mentir ; ainsi il faut que mes soubresauts soient réels, effectifs , constante et valables , sans aucune supercherie. Cependant il sera bon que tu me laisses de la charpie pour mettre sur mes blessures, puisque nous avons perdu le baume. C'a bien encore été pis ae perdre l'âne , dît Sancho , puisqu'il portait le baume et la charpie ; mais je prie votre seigneurie de ne me pas prier de ce vilain breuvage, rien que de 1 entendre nommer » je suis près de rendre tripes et boyaux. Je vous ^rie aussi de vous souvenir que les trois jours que vous aviez pris pour me faire voir vos folies sont passés , et que je les tiens pour vues sans appel. Je dirai des merveilles à madame, laissez-moi foire; écrivez seulement, et me dépéchez , car je grille d'être déjà revenu , pour vous tirer ou purgatoire où je vais vous laisser. Tu l'appelles purgatoire, Saneho I dit don Quichotte; dis enfer et quelque chose de pis, s'il y en a dans le monde. Et qui est eaen^ fer n*a point de rémission , dit Sancho , à ce que j ai ouï dire I Qui est une fois en enfer n'en saurait plus sortir; ce qui n'arrivera pas de vous , autrement que me servirait de remuer les talons pour hâter Rossinante ? Quoiqu'il en soit, je prétends bien qu'il me rende comme il m'aura pris devant madame Dulcinée du Toboso , à qui je dirai des choses si admirables de vos folies et de vos impertinences , car je pense que c'est tout un , q^e je la rendrai plus souple qu'un gant , fût-elle plus dure qu'un cnéne. Et j'en obtiendrai une réponse douce comme miel , avec laquelle je m'en viendrai par l'air comme un sorcier, vous tirer de votre purgatoire , qui semble un enfer , mais qui ne l'est pas, puisqu'il y a espérance d'en sortir , et que l'on dit qu'on ne sort jamais d'enr<T quand on y a une fois mis le pied, qui est aussi , à ce que je crois, le sentiment de votre seigneurie. C'est la vérité , dit don Quichotte; mais comment faire pour écrire la lettre? Et le mandat pour les ânons ? ajouta Sancho. Je ne l'oubtirai pas, reprit don Quichotte; et, puisque je n'ai point de papier, il faudra que j'écrive stir des feuilles d'arbre , ou sur des lames de .cuivre; mais je viens de me ressouvenir que j'ai les tablettes de Cardenio , qui seront très-propres pour cela , et tu auras soin de

bire transcririB le tout en belles lettres au premier bourg où tu trouveras un mattre d'école, et, s'il n'y en a pas , par le sacristain de la paroisse ; mais donne-toi garde de le &îre faire par un homme de chicane , car le diable même ne le lirait pas. Oui , mais comment faire pour la signature? observa Sancho. Jamais Amadis ne signait ses lettres , réoondit don Quichotte. Bon pour cela , dit Sancho ; mais le mandat , il faut bien qu'il soit signé , et , s'il l'est d'une autre écriture que la vôtre, ils diront que le/ seing est faux , et me voilà sans ânons. Le mandat sera aussi dans les tablettes , et je le signerai ; et , quand ma nièce verra mon nom , elle ne fera aucune diflîculté. Pour ce qui est de la lettre d'amour, tu feras mettre au bas : Votre jusqu'à la mort, le chevalier de la Triste-Figure. U ne faut point se soucier que l'écriture soit d'une autre main (|ue la mienne, parce que , si je m'en souviens bien , Dulcinée ne sait ni lire ni écrire, et de sa vie n'a vu ni de mes lettres ni de mon écriture. Nos amours ont touiours été en idée et n'ont jamais passé les bornes d'un honnête reganl, et encore c'a été si peu souvent ^ que je puis bien jurer que, depuis douze ans qu'elle m'est plus chère que ma vie, je ne l'ai pas vuecjuatre fois , et peut-être même ne s est-elle jamais aperçue quje je la regardasse , tant Lorenzo Corehuelo» son père, et Alonzo Nogatèsla veillent de^près et la tiennent resserrée. Et quoi , s'écria Sancho, la fille de Lorenzo Corchuelo autrement Aldonza Lorenzo , est niadamc Dulcinée du Toboso 1 Cest ellemême, répondit don Quicholle, et celle qui mérite d'être mattressedetoute la terre. Ahl je la connais bien, dit Sancho, et je sais qu'elle tire une barre aussi rudement que saurait faire le plus fort berger du village. Vive Dieu I quelle créature I quelle est droite et bien faite I et ma foi , elle peut

Erêter le collet à tout chevalier errant qui k pi:endra pour maîtresse. Jarni 1 qu'elle est vigoureuse et de bonne complexion , et la bonne voix Qu'elle a! Un jour, die était au haut du clocner de notre village , et die se mit à appeler les valets de son père , qjni étaient à plus d'une demi-lieue de là; ils l'entendaient comme s'ils eussent été au pied de la tour. Ce gu'dle a de meilleur , c'est qu'elle n'est point dédaigneuse : elle joue avec tout le monde et semoquedetout. Oh I vraiment, à l'heure qu'il est, seigneur chevaJerde la Triste-Figure, vous pouvez bien faire pour elle tant de folies que vous voudrez, vous pouvez vous désespérer et vous pendre; il n'y a personne qui ne dise

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DON QUKIIOTTE.

aue TOUS aurez bien fait, quand m(^me le îable vous aurait emporté. Aldonza Lorenzo 1 bon Dieu , ie grille d'être en chemin pour la voir, car il v a déjà 'ong-temps que je ne l'ai vue. Elle doit être bien changée à cette heure I le soleil , le grand air , et aller tous les jours aux champs , cela gâte fort le visage des femmes. Il faut que je vous avoue une chose, seigneur don Quichotte, car jusqu'ici j'ai vécu dans une grande ignorance : j'aurais juré cpie madame Dulcinée était quelque grande princesse dont vous êtes amoureux, ou qudque autre dame d'importance méritant les riches présents que vous lui avez envoyés, comme celui du Biscayen et celui des forçats , et tant d'autres que je m'imagine, selon que vous avez remporté de différentes victoires dans le temps que je n'avais pas l'honneur d'être votre écuyer* Mais après avoir considéré que c'est la dame Aldonza Lorenzo, je dis la dame Dulcinée du Toboso , devant qui ceux que vous avez vaincus doivent aller fléchir le genou , il me vient à l'idée qu'ils pourraient bien arriver pendant au'elle peignerait du chanvre, ou qu'elle battrait du Ué dans la grange; et ces gens-là auraient grande honte de se jetter à genoux devant une créature si maussade; ellemême se moquerait, peut-être bien de votre présent.

Je t'ai déjà dit plusieurs fois , Sancho , dit don Quichotte , que tu es un grand parleur, et, quoique lourdaud et d'un esprit grossier 9 tu te mêles de subtiliser et de dire des choses piquantes. Mais , mon cher ami, je suis bien aise de te faire voir que je suis encore plus sage que tu n'es sot ; et au lieu de me fâcher de ce que tu dis , je t'apprends une , pour ce que je souhaite de Dulcinée du Toboso, elle est aussi bonne et meilleure

Îue la plus grande princesse de la terre, ous les poètes qui chantent les louanges des dames sous des nomsqu'ilsleurdonnent à leur tkntaisie n'ont pas pour cela de véritables maîtresses. Crois-tu que les Miilis, les Sylvie , les Diane et les Âmaranthe, que l'on voit dans les livres et sur le théâtre , aient été des créatures ea chair et en os, et les dames de ceux qui les ont vantées ? Non assurément : ce sont des imaginations de la plupart des poètes , qui pensent à s'exercer l'esprit et donner matiàre à leurs poésies , et faire croire cp'étant amoureux, ils sontausai gensde mente et d'importance. Il suffit donc pour moi qu' Aldonza Lorenzo soit belle et honnête. Pour ce qui est de sa naissance, je ne m'en mets pas en peine, et sans l'examiner , j'en suis content comme

si je savais qu'elle est une grande princesse. Je t'apprends , Sancho, si tu ne le sais pas, que les choses qui nous obligent le plus à aimer sont la beauté et la sagesse ; et elles se trouvent toutes deux si parfaitement en Dulcinée , qu'elle est , sans contestation , la plus belle et la plus sage du monde. En un mot, je m'imagine que cela est tout ainsi que je le dis, sans qu'il s'en faille la moindre chose. Je m'en fais une idée au gré de mes moindres souhaits , et je me la représente telle, que ni les Hélène , ni les Lucrèce, ni toutes les héroïnes des siècles passés, grecques , latines et barbares , n'en ont jamais approché. Qu'on en dise tout ce qu'on voudra, si les idiots ne l'approuvent pas, les honnêtes gens ne laisseront pas moins d'être de mon sentiment. Monsieur , dit Sancho, vous avez raison en tout et partout , et je suis un âne; mais pourquoi , diable, est-ce que ce nom-là me vient à la bouche ? n ne faut pas parler de cordes dans la maison de celui qui a été pendu. Cependant, monsieur, éccrivez vos lettres, et que je déménage. ^

Don Quichotte tira les tablettes , et après s'être un peu écarté pour écrire , il appela Sancho, et lui dit qu'il voulait lui lire sa lettre, afin qu'il l'apprit par cœur, parce qu'elle pouvait se perdre en chemin , et

S'il avait tout à craindre de sa mauvaise .lune. Vous ne savez pas , monsieur, dit Sancho, écrivez-la plutôt deux ou trois fois dans les tablettes ; car de penser que je la puisse mettre dans ma mémoire , c'est une folie ; je l'ai si mauvaise , que bien souvent je ne me souviens pas de mon nom. Avec tout cela, pourtant, je vous prie de la lire: je m'imagine qu'eUe est faite comme au moule , et je serais bien aise de l'entendre. Écoute donc , dit don Quichotte :

<r Celui qui est percé jusqu'au vif de la pointe trop aiguë de votre absence , et que l'amour a blessé dans la partie la plus sensible du cœur ; vous souhaite la santé dont il ne jouit pas, très agréable Dulcinée du Toboso. Si votre beauté me méprise, si votre vertu ne s'explique en ma faveur , et si vos dédains continuent , il est impossi* ble que je résiste à tant de maux , quoique je sois assez accoutumé à la souffrance, parce que la force du mal est plus forte que ma force. Mon fidèle écuyer, Sancho, vous rendra un compte exact, belle ingrate et trop aimable ennemie, de l'état où je suis à cause de vous , et des tourments que j'endure. Si vous avez assez de compassion pour me secourir, vous ferez un acte de justice digne de vous et de moi ;

et , en in^obligeani , vous sauvere2 un bien qui est à v<DUs. Sinon , faites cequil vous plaira ; eti achevant <le vivre , j'aurai satis^ fait à votre cruauté et à vos désirs.

« Celui qui est à vous jusqu'à la mort , « Le chevalier de la Triste-Figure. »

Par ma barbe ! s'écria Sancho , si ce n'est 1 à la meilleure lettre que j'aie jamais vue ! Hé I ventre de moi ! que vous dites bien tout ce que vous voulez , et aue vous avez bien enchâssé là le chevalier ae la Triste- Figure I Par ma foi , je vous le dis /vous êtes le diable même , et il n'y a rien au monde que vous ne sachiez. Il faut tout savoir, répon* dit don Quichotte y dans la profession que je fais. Or ça, reprit Sancho, écrivez donc de l'autre côté le mandat des trois ànons ; et signez bien nettement, afin cni'ou cou'naisse crue c'est bien votre écriture. Je le veux, ait don Quichotte. Et, après avoir écrit , il lut :

« Ma nièce , vous paierez , par cette pre* mière de change , trois ànons des cinq que Tai laissés dans ma maison, à Sancho Pança , mon ^cuyer , valeur reçue de lui. Je vous en tiendrai compte en me rapportant la présente quittancée dudit Sanp^ cho. Fait au fond de la montagne Nohre, le 26 d'«oût de la {Hrésente année. »

Elle est fort bien comme cela, monsieur, dit Sancho; vous n'avez qu'à signer, n ne faut point la signer, répondit don Quichotte : je m'en vais seulement la parapha, et cela suffirait pour trois cants ânes. Je m'en fie bien à vous, dit Sancho. Je m'en vais seller Rossinante ;

5 réparez-vous à me donner votre bénéiction , car je prétends partir tout à l'heure , sans m' amuser à voir les folies que vous voulez faire ; et je dirai que j'en ai tant vu, que je suis sûr qu'on en sera content. Je veux pour le moins, Sancho, que tu me voies tout nu , dit don Quichotte, et il est môme nécessaire que je fasse devant toi une ou deux douzaines de folies, qui seront faites dans un instant , afin que , les ayant vu faire , tu puisses jurer, en sûreté de conscience, de toutes celles que tu voudras y ajouter, et je t'assure bien que tu n'en diras pas la moitié autant que j'en ferai. Ho 1 cela, je le crois bien , repartit Sancho. Mais , monsieur, pour l'amour de Dieu, que je ne vous voie point nuf vous me feriez pitié, et je ne pourrais m'empècher de pleu^ : ^er. J'ai déjà tant pleuré, cette nuit, mon pauvre âne, que j aimais beaucoup, aussi bien que vous, que je n'afi pas besoin de m'y remettre. Mais , s'il faut absolu-

ment que je vous voie faire des folies ^ faites-les vite, et les premières qui vous viendront dans l'esprit, sans aller raffiner , quoique , après tout , il n'en soit pas besoin pour moi, et, comme je vous ai uit, ce sera autant de pris sur mon voyage ; je n'en apporterai pas sitôt la réponse que vous demandez, et que votre bonté mérite. Ma foi , madame Dulcinée peut bien se préparer à mô la donner bonne : je jure Dieu que, si elle ne répond pas comme de raiiton , je lui tirerai la réponse de l'estomac à beaux soufflets comptant et à grands coups de pieds dans le ventre. Et oiû ! oui I je soum*irai qu'un chevalier errant, fameux comme vous, devienne fou , sans rime ni raison , pour une... Qu'dle ne me le fasse pas dire, la bonne dame, et qu'elle aille seulement droit en besogne : car, par ma foi , il ne faut pas trop m' échauffer les oreilles. Ha ! elle a bien tréuvé son homme! vraiment je ne suis pas si facile qu'elle s'imagine, et elle méconnaît mal, et fort mal : si elle me connaissait, elle verrait bien que je. ne me mouche pas du pied. £n bonne foi , Sancho , dit don Quichotte , à ce qu'il me parait, tu n'es guère plus sage que moi. Je ne suis pas si fou, réplioua Sancho, mais je suis plus colère; mais laissons cela à part. De quoi vivres-vous, monsieur, jusqu'à ce que je sois de retour? Irez^^vous dans les chemins, comme Cardenio, dérober le pain des pauvres bergers ? Que cela ne te mette pas en peine , dit don Quichotte : quand j'aurais bien de quoi, je suis résolu de ne ipanger autre chose cpie les herbes de ces prés et les fruits de ces arbres ; et le fia de mon affaire consiste à mourir de faim en de scmblubles austMtés. A propos, monsieur, dit Sancho, savez^vous bien que j'appréhende fort de ne point retrouver cet endroit^i quand je reviendrai , tant il est caché et difficile! Remarque-le bien, répondit don Quichotte : pour moi je ne m'écarterai pas d'ici , et je monterai de temps en temps sur le plus haut des rochers, afin que tu puisses me voir ou (pie je te découvre dans les chemins. Mais, pour plus de sûreté , tu n'as qu'à couper quantité de branches de genêt , et les épandre de. six pas en six pa», jusqu'à ce que tu entres dans la plaine : cela te servira d'enseignes et de guides, à l'imitation du fil de Thésée , pour sortir du lafaYrinthe de Crète. Je m'en vais le faire tout à l'heure , dit Sancho. Et , après avoir coupé sa charge de genêt, il vint recevoir la^bénédiction de son seigneur , pleurant tendrement l'un et l'autre , et il monta sur Rossinante. Ami San-

DON QUrCHOTl'E.

cho 9 lui dit doa Quichotte^ je te recommande mon bon cheval; aie soin de lui comme de ma propre personne.

Sancho dit encore une fois adieu à son maître, et se mit en chemin, semant les branches de genêt comme il hii avait conseillé, n n*ctaît pas encore bien éloigné qu il revint sur ses pas, et don Quichotte lui ayant demandé ce qu'il voulait : Monsieur, répondit-il, il me semble que vous avez quelquefois raison , et vous avez fort bien dit qu'il faut qne je sois témoin auxiliaire de c|nelqu*une de vos folies, afin que je puisse jurer sûrement que je vous en ai vu faire, encore que c*en soit bien une assez grande que le dessein de votre pénitence.

Ne te le disais-je pas bien , Sancho? dit don Quichotte. Attends un peu, le temps de réciter un Credo j'en aurai fait une demidouzaine. Et, défaisant en même temps ses caleçons, il demeura nu , de la ceinture en bas, et fit deux sauts en l'air, se donnant du talon contre le derrière, puis deux culbutes , la tête la première et tes pieds en haut, découvrant de si agréables choses, que Sancho tourna promptement bride pour ne les pas voir davantage, et s'en alla lort satisfait de pouvoir jurer sans scrupule que son maître était évidemmentfou. Il faut lui laisser faire son voyage jusqu'à son retour, qui ne sera pas long.

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