‹ Histoire de l'admirable Don Quichotte de la MancheChapitre 24 sur 136 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Soi te des t?entures ioouies de rbûtellerie.

Aux cris épouvantables que fit don Quichotte, l'hôte , tout eflrayé , ainsi que les

cavaliers allèrent voir ce que ee pouvait être. Maritome, n'ay^ilHP^ de* peine à

WMf QUlCHOTIli.

devicer ce que c'était » se riissa doucement dans le grenier et ayant détaché le lioon » rendit la liberté au cheiralicr, qui tcHnba à la Yue des cavaliers et de Vhôte. Ils loi demandèrent le sujet qu'il avait de crier de la sorte; mais lui , se rdevaat prestement sans rien dire, sauta sur Rossinante , embrassa son écu» mit la lance en arrêt, et, prenant du champ, il revint. au petit ^lop , et cria : Quiconque dit que j'ai été

Cstement enchanté est un imposteur , et je i eu donne le démenti; et, si madame la princesse deMicomicon veut me le permettre , je le défie et rappelle en combat singulier.

Les voyageurs furent fort surpris des paroles de don Quichotte; mais l'hôte leur ayant appris Thumeur du chevalier, ils ne s'y arrêtèrent nas davantage, et demandèrent à l'hète s'u y avait place pour eux au logis , et sur sa réponse affirmative ils entrèrent.

Don Quichotte , voyant qu'ils ne faisaient pas cas de loi et c[u' aucun d'eux ne daignait seulement le regarder , était dans une telle colère que , s'il n'eût craint de pécher contre les ordonnances de la chevalerie , après avoir donné sa parole , il les aurait attaqués tous qnab^ ensemble et les eût bien obligés de lui répondre ; mais , ne pouvant pas commencer une entreprise jusqu'à ce qu'il eût remis la princesse de Micomicou sur le trône, il prit patience malgré loi , et se borna à regarder curieusement les nouveaux venus. Pendant qu'il était auprès d'eux, on entendit un grand bruit k la porte de Thôtellerie. Deux hommes qui y avaient cx>uché cette nuit-là , voyant tous les gens de la maison occu^s , voulurent s'en aller sans payer; mais l'hôte , qui pensait plus à son compte qu'aux afiaires d'autrui , les arrêta sur le seuil , et leur demanda le paiement de leur dépense avec tant d'emportement et d'injures, qu'ils se crurent obligés de lui répondre à coups de poing , et le chargèrent enectivement do telle sorte , que le pauvre homme fut contraint de crier au secours. L'hôtesse et sa fiUey accoururent; mais ne pouvant r|en faire , la fille , qui avait vu en passant que don Quichotte était le moins occupé, revint sur ses pas, et lui dit : Seigneur chevalier, je vous supplie, par la vertu que Dieu TOUS a donnée, de venir secourir mon père , que deux méchants hommes assassinent. Très belle demoiselle , répondit don Quichotte gravement et sans s'émouToir, il m'est impossible pour l'heure ^ vous accorder ce que vous me deman-

dei» parce que J'ai donné ma parole de n'entreprendre aucune aventure que je n'en aie achevé une autre à lacpeOe je me suis engagé ; tout ce que je puis présentement pour votre service, c'est de vous donner un conseil : courez promptement dire à monsieur votre père qu'il se ménage et s'entretienne dans le combat le mieux qu'il pourra sans se laisser vaincre, pendant que j'irai demander à la princesse de Micomicon laliberté de le secourir , et soyez assurée , si je l'obtiens , que je l'en tirerai mort ou vif. Et mort de ma vie I s'écria Ifaritome qui était présente, avant que votre seigneurie ait la permission dont VOUS parlez, mon maître ne sera-t-il pas dans l'autre monde? Trouvez bon , je vous prie , mes belles dames , que j'aiUe la demander , reprit don Quichotte ; et , quand je l'aurai une fois, il ne m'importe guère que le seigneur châtelain soit dans l'autre monde : je l'en tirerai en dépit de tous ceux qui pourraient s'y opposer, ou je ferai pour le moins telle vengeance de ceux c|ui l'y auront envoyé, que vous aurez lieu d'être satisfaits. £n disant cela il alla se jeter à genoux devant Dorothée, et, avec les termes les plus excpis de la chevalerie errante, il supplia très humblement sa çraiv deur de lui permettre d'aller secourir le seigneur du château, qui se trouvait dans une nécessité pressante. La princesse lui accorda ce qu'il désirait ; et le valeureux chevalier , mettant l'épée à la main et embrassant son écu, courut promptement à la porte de l'hôtellerie , où le combat s'animait déplus en plus aux dépens de l'hôte; mais, en arrivant, il s'arrêta tout d'un coup et demeura comme immobile , quoique Maritome et l'hôtesse le harcelassent en lui demandant ce qui l'empêchait de secourir leur mettre. Ce qui m'en empêche , dit don Quichotte, c'est qu'il m'est interdit de tirer l'épée contre des écuyers ; mais appelez Sancho Pança , qui est le mien : c'est à lui qu'appartient cette vengeance.

Voilà ce qui se passait à la porte de l'hôteUerie, où les gourmades tombaient dru et menu sur la tête de l'hôte, pendant que Maritorne, l'hôtesse et sa fille pestaient contre l'impassible don Quichotte, et lui repro-. chaientsa poltronnerie. Cependant le noble chevalier errant intervint , et le démêlé de l'hôte prit fin, les raisons de don Quichotte plutôt que ses menaces ayant obligé les es^ crocs à payer leurs dépenses.

Tout était tranquille ou allait le devenir, quand le diable, qui ne dort jamais, fit en^ trer dans l'hôtellerie le barbier à qui dou

DON QU1CIIDTTB.

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<}atdioCtea?attdtéranneldelIa]iibrin, et fiancbo Paoça , le harnais deson âne. Le barbier menait son âne à récurie , et ayant d*abord reconnu Sancho, qui accommodait le bât du sien, il résolut de l'attaquer. Ah 1 monsieur le larron , diUl en se jetant sur lui, je vous tiens enfin, et il laut me rendre tout à l'heure mon bassin , mon bât , et tout l'équipage que vous m'avez volé. Sancho, ainsi attaqué à Timproviste , saisit d'une main le bât que lui disputait le barbier , et de l'autre lui donna un si grand coup de poing , qu'il lui mit les mâchoires tout en sang. Malffré cela le barbier ne 1 )chai t point prise, et il se mit à crier de telle sorte, que tous ceux qui étaient dans l'hôtellerie accoururent. Justice au nom du roi ! disait-il, justice I Ce voleur de grands chemins me veut assassiner, parce que je reprends le bien qu'il m'a volé. Vous avez menti par la gorge ^ répliqua Sancho : je ne suis point voleur de grands chemins, et c'est de bonne guerre que monseigneur don Quichotte a ga^né ces dépouilles. Don Quichotte était Jui-méme témoin de la valeur de Sancho, et il avait une joie incroyable de voir avec quelle vigueur le bon écuyer savait attaquer et se défendre; il le tint toujours de* puis pour un homme de courage, et il résolut de l'armer chevalier à la première occasion, ne doutant point que l'ordre n'en tirât boaucoup d'avantage.

Le barbier se défendait bien plus de la langue qu'à coups de poings, et entre antres choses : Messieurs, s^riait-il^ ce bât est à moi comme ma vie est à Dieu , et je le reconnais comme si je l'avais mis au monde l 81 cela n'est pas , mon âne est là pour me démentir : qu'on le lui essaie , et s il ne lui va pas comme de cire, que je passe pour un infâme. Mais ce n'est pas tout : car , le même jour qu'il me fut volé, on me prit encore un bassin en cuivre tout neuf, qui n'avait servi de sa vie, et qui valait, sans reproche, un bon écu. En cet endroit don Quichotte prit la parole ; et, se mettant entre les deux

combattants, il mil le Mt eki ^««mç» qu'il fût vu de tout le monde Jusqu'à ôe que la vérité fût clairement reconnue. Mes»sieurs, dit-il, je suis bien aise que vous voyex vous-mêmes l'erreur de ce bon écajer , qui appelle un bassin ce oui est, aété, etso^ toujours l'armet de Mambrin , et que je hd 6tai dans un combat singulier, m'en rendant le maître par une conquête légitime. Pour ce qui est du bât prétendu, je ne m'en mêle point. Tout ce que j'ai à voq^ dire là dessus , c'est qu'après que j'eus vaincu ce poltron, Sancho, mon écuyer, me demanda permission de prendre le harnais de son cheval pour le mettre sur le sien ; je le lui permis , et il s'en accommoda. Mais comment ce harnais s'est changé en bât, c'est ce que ie ne sais point , si ce n'est que ces sortes de transformations se voient fort communément dans la chevalerie errante , et , pour confirmer ce que je dis, Itencho, mon enfant, va quérir tout à l'heure, l'armet que ce pauvre homme appdle un bassin. De bonne foi, monsieur, dit Sancho, si nous n'avons pas de meilleure preuve , nous pourrions bien perdre notre procès : car l'armet de Mambrin est un bassin ni plus ifi moins

Ïae le harnais de ce bon-homme est un bât. ais seulement ce que je t'ordonne , repartit don Quichotte : il n'est pas croyable que tout ce qui se fait dans ce château soit toujours conduit par enchantement.

Sanoho alla quérir le bassin, et don Quichotte le prenant : Voyez, dit4i, messieurs, et cet écuyer ose soutenir que ce n'est pas là un armet I Je jure, par Tordre de chevalerie dont je fais profession, que c'est le même que je lui ai ôté , sans y avoir ajouté ni retranché la moindre chose. Oui, par ma foi , ce l'est , ajouta Sancho , et depuis que mon mattre l'a en sa possession, il ne l'a porté qu'en une seule bataille, qui fut lorsqu'il délivra ces misérables forçats ; et bien lui en prit d'avoir ce bassin d'armet , car il lui garantit le chef de bien des coupsdepierres en cette diabolique rencontre.

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