‹ Histoire de l'admirable Don Quichotte de la MancheChapitre 39 sur 136 · I VS I^^V · texte numérisé non relu

I VS I^^V

Digiti:

DON QUKHOTTE.

eôtè qne venait le brait» U entrevit denx honmes à cheval, dont Fan, se laissant eooler #e la selle en bas, dit à V antre : Mets pied à terre, mon ami, et 6te la bride à nos ehevaox : il me semble que voici de r herbe firalche; et le silence et la solitude de ce lien sont propres à entretenir mes amonrcnses pensées. Après avoir dit cela, il 8*étendit à terre, le bruit de ses armes apprit assez à don Quichotte que c'était un chevalier errant. Notre héros s'approcha aossilM de Sandio, qui dormait, et, après ravoir fortement tiré par le bras pour l'éveiller: ami Sandio, lui dit-il tout bas, voici une aventure. Dieu nous la donne bonne! répondit Sancho tout endormi; et où est-elle, monsieur, cette aventure? Où elle est ? répliqua don Quichotte : tourne les ^eux et regarde , et tu verras là un chevalier étendu , qui , si je ne me tr(Hnpe, a quelque grand sujet de douleur , car il s'est laissé aller à terre comme s'il fût tombé , et si fort, que ses armes ont fait beaucoup de bruit. Et pour cela, monsieur, réj^ndit Sancho, où trouvez-vous que ce soit une aventure? Je ne veux pas dire , répartit don Quichotte, que ce soit absolument une aventure , mais un commencement d'aventure , car c'est de cette manièlre-là qu'elles commencent ; mais éicoutons un peu , car il me semble que le chevalier accorde un Inth ou une guitare, et, de la manière qu'il tousse, on dirait qu'il se prépare à chanter. Ma foi , dit Sancho , vous avez raison , et il faut que ce soit un chevalier amoureux. Crois-tu qu'il y en ait d'autres? dit don Quichotte : il n*^ en a point qui ne le soient, mon ami; mais taisons- nous pour l'écouter : sa dianson nous apprendra le secret de son cœur, car de.Vabondance (hi cœur la bouche parle. En même temps le chevalier dianta la dianson qui suit :

Il faut, aimable IrU, il faut voua satisfaire.

Et ne parler jamais d'amour; MoD tourment a beaa croître et s*aigrir chaque jour. Mon cœur qui sait aimer sait souffrir et se taire ; Mais lorsque pour vous plaire il eonseut à mourir, Pardonnez i Tamour s*îl m'échappe un soupir.

Le chevalier finit sa chanson par un profond soupir , et qudque temps après il proféra ces paroles d'une voix plaintive et dolente : 0 la plus belle et la plus ingrate de toutes les femmes , sérénissime Cassilidée de Vandalie 1 comment est-îl possible que vous puissiez consentir que ce chevalior , esclave de votre beauté , consume sa vie à errer- ainsi par le monde, exposé à des travaux infims? N'est^e point assez que

ma valeur et. mon bras aient fiût confesser à tuus les chevaliers de Navarre, à tous ceux de Léon, de l'Andalousie, de Castille, et enfin à tous ceux de la Manche, que vous êtes la plus belle du monde ? Il s'en faut de quelque chose , dit don Quichotte à Sancho , car je suis de la Manche , et je n'ai jamais confessé ni ne confesserai de ma vie une chose si contraire et si peu favorable à la beauté de Dulcinée. Comme tu vois, mon ami , il faut que ce chevalier rêve; mais , écoutons, il en dira peut-être davantage. De bonne foi, je m'y entends bien, ré-

Sondit Sancho : u me semble qu'il s'y prend 'une manière à ne pas finir de si tùt. Le chevalier finit pourtant ses plaintes, contre l'opinion de Sancho et de don Quichotte : car, comme il entendit qu'on parlait auprès de lui , il se leva et cria en même temps : Qui va là? qui ête&-vous? Etes- vous du nombre des contents ou de celui des affligés? De celui des affligés, répondit don Quichotte. Si cela est, répartit le chevalier, vous pouvez vous approcher et vous trouverez ici la tristesse et l'affliction. Don Quichotte s'approcha à cette invitation et le chevalier , le prenant par la main : Asseyezvous là , lui dit-il , seiff neur chevalier , car i*e vois bien que vous Têtes , et l'heure et e lieu me font assez connaître (rue vous êtes de ceux qui font profession de la chevalerie errante. Je suis chevalier, répondit don Quichotte, et de la profession que vous dites; et, bien que la tristesse et le souvenir de mes disgrâces continuelles m'occupent perpétuellement, je ne laisse pas d'avoir encore le cœur sensible aux malneurs d'autrui, et je compatis d'autant plus aux vôtres, seigneur chevalier, que j'ai remarqué que vos plaintes viennent de l'amour que vous avez pour une belle ingrate dont vous venez de prononcer le nom.

Pendant que nos chevaliers s'entretenaient ainsi, ils étaient assis à t^re l'un auprès de l'autre, et dans la même tranquiUité que s'ib n'eussent pas dû se casser la tête au lever de l'aurore. Seigneur chevalier, dit le nouveau venu à don Quichotte, vous êtes amoureux par aventure?

Je le suis par infortune, répondit don Quichotte, quoique, après tout, les malheurs 5 qui viennent d'une noble souche doivent lutôt passer pour des faveurs que pour es disgrâces. Cela serait bon, dit le chevalier, si les mépris continuels' d'une ingrate ne nous troublaient point la raison, et s'ils ne nous ôtaient pas toute espérance. Pour moi, répartit de Quichotte, je n'ai jamaia éprouvé lemépris demadam^Noo,

DON QLICHOrrB.

apurement, interrompu Sancfao, qui s'était approché, car notre maltresse est tendre comme la rosée et plus douce mi^un mouton. Est-ce là votre écuyer? demanda le chevalier à don Quichotte. Oui, réponditil. En vérité , répliqua l'autre , je n'avais point encore vu d'écuyer qui prit la liberté ac parler quand son maître parle, et j'ai là le mien, qui, pour être un homme delà belle façon, n'a jamais été assez hardi pour ouvrir la bouche en ma présence. Oh! par ma foi, dit Sancho, ce n'est pas la première fois qnc j'ai parlé en présence d'aussi.... , je ne veux rien dire, et Dieu m'entend bieq»

En cet «idroH, l'autre écuyer tira Sancba par le bras, et loi dit à Toreilio : Monoon-» vère, allons nousnen tous deux quelque part où nous puissions parler à notre aise, et laissons ici nos maîtres s'entretenir de leurs amours : ils en ont bien pour le moins jusqu'à demain au jour. Allons, dît Sancho, je serais bien aise de vous apprendre qui je suis, et de vous faire voir si c'est à moi qu'on puisse reprocher que je sois un discoureur. Ils s'éloignèrent en même temps de leurs maîtres, et eurent une conversation pour le moins aussi plaisante que celle des dievaliers fut sérieuse.

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