CHAPITRE Lir
De ce qui arriva à don Quichotte, et que I'od peut véritablement appeler arcnlnrc.
Une fontaine d'eau claire et fraîche, qui coulait dans un agréable bocai|[e, fut un puissant remède à la lassitude de nos aventuriers. Ils descendirent au bord , et, après avoir ùtc la bride au grison et à Rossinante^ ils secouèrent la poussière dont ils étaient couverts , se lavèrent les
mains et le visage, et se rafraîchirent la bouche. Cela fait, Sancho, le plus vigilant des ccuyers, visilapromptemcnt Icbissac, qu'il appelait son vade mecum, et en avant lire les provisions, les mil devant son mailrc. Don Quichotte était si las, qu'il ne songeait pas à manger, et Sancho^ qui
L»(aît cîvll, n^osait loucber aux viandes, r|ac son matlre n'eût commencé ; mais^ le voyant enseveli dans ses imaginations, la faim et les objets qui ont le pouvoir d'évcîllcr les appétits lui firent oublier toute considération , et il se mit à manger comme si! ne Teût fait de quinze jours. Mange^ ami Sancho^ luidit don Quichotte^ mange ^ jouis du plaisir de vivre ^ que tu g'oûtcs mieux que moi^ et laisse-moi mourir dans la rigueur de mes disgrâces. Je suis né, Sancho , pour vivre en mourant , et toi pour mourir en mangeant ; pour te faire voir la vérité de ce que je dis, considère moi fameux dans Phistoire qu'ion a imprimée de ma vie, plus fameux par mes exploits, honnête dans mes actions, considéré des princes, aimé et chéri de toutes les dames 3 et avec tout cela , lorsque j'avais sujet d'attendre des palmes^, des lauriers , et les triomphes que méritent ma valeur et mes hauts faits , je me vois terrassé et foulé aux pieds des animaux immondes ^ et dans le cas d'être méprisé par tous ceux qui apprendront mon aventure.
Croîs-tu? mon ami, que Vaigreur d'une si terrible pensée ne soit pas bien capable d'agacer les dents , d'ôter le goût et d'assoupir les sens et les membres. Je t'assure, mon enfant, queie n'ai pas le courage de porter la main à la bouche : aussi suis-jç résolu de me laisser mourir de faim , genre de mort de tous le plus cruel. Vous êtes donc bien éloigné, repartit Sancho , qui ne cessait toujours d'avaler , du proverbe qui dit : Meure la poule , pourvu qu'elle meure soûle. Pour moi, je ne suis pas si sot que de me faire mourir moimême, et je prétends faire comme le cordonnier, qui étend le cuir avec les dents, et je pousserai ma vie en mangeant jusqu'à la fin. Ma foi, mon maître, il n'y a pire folie que celîe de se désespérer, et personne ne s'en est encore bien trouvé. Crojez-moi, mangez seulement, et, après avoir mangé , dormez deux heures sur rherbe fraîche et le ventre au soleil j et quand vous vous réveillerez, si vous n'êtes pas mieux, dîtes mal de moi. Don Qulcholle se rendit aux discours de Sancho, persuadé- lui même que la philosophie naturelle vaut bien tous les autres raisonnements, et il lui dit : Sancho, mon fils , si
tu voulais faire pour moi ce que je vais te dire , tu accourcirais de beaucoup mes ennuis : pendant que, pour suivre tes conseils et pour me reposer, je m'en vais un peu dormir, éloigne-toi d'ici et donnetoi trois ou quatre cents coups de fouet avec la bride de Rossinante, à compte sur les trois mille que tu dois te donner pour le désenchantement de Dulcinée ; car, en vérité, il y a de la honte que cette pauvre . dame demeure plus longtemps en l'état où elle est , et par ta pure négligence. Gela vaut bien la peine qu'on j peiise, dit Sancho. Dormons auparavant tous deux, et après nous verrons de quoi il est question. Croyez- vous que ce soit une chose bien raisonnable qu''uu homme se fouette ainsi de sang-froid et surtout quand les coups doivent tomber sur un corps mal nourri? Que madame Dulcinée prenne patience : un de ces jours qu'elle y pensera le moins, elle me verra percé, comme un crible, de coups de fouet. Jusqu'à la mort tout est vie, je veux dire qu'il n'y a rien de perdu pour attendre , ei je n'oublierai pas ce que j'ai promis. Don Quichotte remercia Sancho , et ils s'étendirent tous deux sur l'herbe, laissant à Rossinante et au grison la liberté de paître et de faire tout ce qu'ils voudraient.
Il était déjà tard quand nos aventuriers 83 réveillèrent -, et ils se pressèrent de monter à cheval pour arriver de bonne heure à une hôtellerie qui leur semblait éloignée d'une lieue ou environ ; je dis un« hôtellerie , parce que don Quichotte la nomma ainsi lui-même , contre sa coutume d'appeler toutes les hôtelleries des châteaux , ce qui donna bien de la joie à Sancho. Etant arrivés, ils demandèrent à l'hôte s'il y avait place pour eux. Il leur répondit que oui, et qu'ils y trouveraient toutes leurs commodités aussi bien q^u'en aucune hôtellerie d'Espagne. Ils mirent pied à terre; et Sancho^ ayant serré les hardcs dans une chambre , dont l'hôte lui donna la clé , alla mettre Rossinante et grison à l'écurie, et revint chercher son maître, qu'il trouva assis sur un puits^ L'heure de souper étant venue, don Quichotte monta à sa chambre, et Sancho, demeurant avec l'hôte, lui demanda ce qu'il avait pour souper. Vpus n'avez qu'à
parler, répondît Phôtc: en chair cl en poisson , vous serez servi à bouche que veux lu ; jamais les levrauts, les lapereaux, les perdrix et les cailles, la venaison ni la viande de lait, ne manquent ici. Il ne faut pas tant de choses, répartit Sancho, deux bons poulets tout au plus feront notre affaire, et il y en aura de reste, car mon maître est délicat et mange peu , et moi je ne suis pas le plus grand mangeur du monde. Pour les poulets, répondit rhôte, il n'y en aplus^ le milanles a tous enlevés. Eh bien ! monsieur l'hôte , dit Sancho, servez moi donc une poularde qui soît grasse et tendre. Une poularde! ditPhôte en frappant du pied, par ma foi, j'en envoyai hiervendreplusdecinquante à la ville; m.iis, à Pcxcepiion des poulardes , voyez ce qu'il vous faut. Vous avez bien quelque morceau de veau ou de chevreau, demanda Sancho, Il n'y en a point céanls pour l'heure, répondit l'hùtc, ce malin on a mangé le dernier morceau ; mais je vous assure que , la semaine qui vient, il y en aura de reste. Courage , dit Sancho , c'est bien ce qu'il nous faut : je gage que toutes ces grandes pr<)visions aboutiront à du lard et des œufs. Cela est fort bien imaginé, s'écria l'h<Me ; j'avertis monsieur que je n'ai point de poules, et il veut que j'aie des œufs ! Voyez , monsieur, s'il y a autre chose qui vous accommode, et laissons là toutes ces délicatesses. Et mordienne, finissons, monsieur Phôle, répliqua Sancho, el dites-nous vile ce que vous avez pour souper, sans nous faire tant languir. Voulez-vous savoir ce que j'ai ? répondît l'hôte , j'ai deux pieds de Dœuf tout prêts , avec de l'oignon el de la moutarde, qui sont un manger de prince. Des pieds de bœuf! dit Sancho, je les retiens pour moi , que personne n'y louche ; je les paierai mieux qu'un aulre : par ma foi , il n'y a rien au monde que j'aime tant. Je vous les garderai, répondit l'aubergiste, parce que meshôles, qui sont des gens de condition , ont ici leur cuisinier, leur sommelier, et bien des provisions. Pour la condition, dit Sancho, j'ai un maître qui n'en ci'dc rien à personne ; mais son office ne veut pas qu'il ait ni de cuisiniers ni lanl d'équipage : nous mangeons franchement dans le milieu
d'un pré, et bien sonvonldcBi,^ des nèfles. Ce discours finît Uqqe l'hAle eût demandé à Sancbi-^ fice avait son mailre^ il partit «îï-^ dre. L'heure du souper vcnae,rb6^ le ragoût, tel qu'il était, dansiictj de don Quîchotle ; îls.se mirenl j tous les deux , puis allcrenl se rept La matinée était fraîche cl p une belle journée, et don Quic&k^ de l'hôtellerie après s'être infonsi roule la plus courte de Barcefen* maintenant ce n'était plus à SâTaj qu'il voulait aller ; il avait chaii^ Il marcha six jours sans qu'il loir rien de considérable ; mais, le sç.
vers le soir, la nuit les sarpn'u^i arbres épais , où ils furent contm s'arrêter, ne connaissant p/as kà:
Ils mirent pied à lerre^ et s'appma; cun contre le tronc d'un arbre, è^ lurent d'y attendre le jour. Sand avait, ce jour-là , un pea hu, smaussitôt; mais don Quichotle ,qDCy sîons tenaient toujours êve/ite, * jamais fermer les yeux ; au coolm repassait cent choses dans sa cerré traquée, et son imagination le porti cent lieux différents ; tantôt il ser sentait la caverne de Monlesîno5,eil cinée convertie en paysanne etsauUi/ son âne, el tantôt il croyait enleoè paroles du sage Merlin, qui lui app comment il fallait s'y prcorfrc pt désenchanter. Dans cette pensée, ils(V, sesperait de la lenteur de SaockcM s'était donné, à ce qu'il disait, seale»'j cinq coups de fouet, ce qui neraUilf^^ peine d'élre compté sur le grand noé' de coups qu'il avait à se doDDfir. &| pensée lui donna tant d'ennui, qtfJ sagea à y metire ordre sur-le-chai»f7 Alexandre le Grand , disait-il, coupr nœud gordien, en disant qu'flu/ûrtn^ lait couper que délier y et ne laissa pas?^^ cela d'élre maître de toute rAsic,p«»
quoi ne réussirais-je pas aussi, powè désenchantement de Dulcinée, si je to«^ tais moi-même Sancho, malgré qu'iïemK car si la vertu du remède conslsle à «
3ue Sancho reçoive les trois mi^l^elds e coups de fouet , que m'importe à ^* qu^il se le^ don né~.lui-raérae , ou l"'*"
DON QUICHOTI'E.
antre les loi donne ^ puisque le point essentiel est qu'il lès reçoive? Là dessus prenant sa résolution^ et se munissant des ctriyières qu'il prit à la selte de Rossinante^ il s'approcha doucement de Sancho , et commença à lui défaire Paiguillette de ses chausses. Sancho^ s'éveillant en sursaut : Qui est là? cria-t-il; qui donc dé(ache mes chausses! C'est moi, répondit don Quichotte , qui viens réparer ton défaut de parole y et chercher du remède à mes souffrances^ je viens te fouetter, Sancho, et te décharger en partie de la dette à laquelle ta t'es obligé. Misérable ! Dulcinée périt, tu vis sans inquiétude , et je meurs de désespoir et d'ennui. Détache toi donc de bonne volonté, car la mienne est de te donner pour le moinsdeux mille coups de fouet pendant que nous sommes en cette solitude. Non pas cela, dit Sancho 5 laissezmoi en patience, je vous en prie, ou, par ma foi , je crierai si fort que les sourds nous entendront. Les coups auxquels je suis obligé doivent être volontaires , et non pas forcés; et , à l'heure qu'il est, je n'ai nulle envie d'élre fouetté. Qu'il vous suffise que je vous donne parole de m'étriller sitôt que la fantaisie m'en prendra^
mais il faut la laisser venir. Oh !
que Y
n'ai garde de m'en fier à toi , mon ami répondit don Quichotte : tu es dur de cœur, et tu crains trop pour ta peau. Et tout en parlant, il s'efforçait de lui abattre ses chausses. Sancho^'s'en apercevant, se leva aussitôt, et ayant pris son maître au corps, loi donna la jambette, etlerenvcrsa soas lui; puis, lui mettant un genou sur l'estomac , il lui prit les deux mains , le tenant en état de ne pouvoir remuer, ni seulement de prendre haleine. Gomment, traître, s'écria don Quichotte, contre ton maitre, contre ton seigneur naturel , contre celui qui te donne du pain? Je ne trahis point mon roi^ répondit Sancho, je n'en change point j je ne fais que me secourir moi-même , qui suis mon propre maifre et mon vrai roi. Que votre seigneu rie s'engage de me laisser en paix , et de ne point songer a me fouetter pourTheure et je vous rendrai la liberté , sinon tu mourras ici^ traître ennemi de la dona Sanvha. Don Quichotte promit avec serment, et jura par la vie de Dulcinée quMl ne pas-
serait pas outre, et que désormais il s'en remettrait à sa bonne foi.
Sancho se leva, ( t chercha pour dormir un autre endroit assez loin de son mai(re. Comme il fut dessous nn arbre, il sentit que quelque chose lui touchait la tête \ il y porta les mains, cl trouva deux pieds avec des souliers et deschausses. Lafraycur le prit, il alla sous un autre , et il lui arriva la même chose : A moi> seigneur don Quichotte, à moi! cria-t-il, au secours! Don QuîchoUc y courut, et lui demanda ce qu'ail avait à crier. Ces arbres sont pleins de pieds et de jambes d'hommes, répondit Sancho. Don Quichotte y tàla, et, devinant d'abord ce que ce pouvait être : Tu n'as que faire d'avoir peur, dit-il à Sancho : ces pieds et ces jambes d'hommes^ ce sont sans doute quelques bandits et bandoliers qu'on a pendus à ces arbres, car voici l'endroit où Von a coutume d'en faire justice quand on les attrape, et on les attache par ci par là, vingt à vingt, et trente à trente, et cela me fait croire que nous sommes tout auprès de Barceiounc : ce qui était vrai en effet- Quelque temps après , le jour commençant à poindre , ils aperçurent les arbres presque tout chargés de corps de bandoliers. Cet affreux spectacle les surprit; mais ce fut bien pis quand ils virent fondre sur eux tout à coup une cinquantaine de semblables marauds^ qui sortirent d'entre les arbres, et leur crièrent en catalan de ne point bouger et d'attendre leur capitaine. Don Quichotte .se trouvait à pied , sou cheval débridé^ sa lance loin de lui , en un mot sans aucune défense, qu'auraît-il pu faire? Aussi ne fit il que baisser la tète, se réservant pour une meilleure occasion. Les bandoliers déchargèrent le grisou de tout ce qu'il portait, et ne laissèrent rien ni dans le bissac ni dans la valise ; et bien prit à Sancho d'avoir sur lui les écus d'or qu'il tenait du duc, et tout l'argent ^dc son maître, qu'il portait dans une ceinture sous sa chemise ; encore ces honnêtes gens l'auraient-ils bien trouvé, rcût-îl caché dans la moelle des os, si en môme temps leur capitaine ne fût arrive. C'était un homme d^envîron trente-cinq ans, vigoureux, de bonne taille et de bonne mine, le teint un peu brun, et un regard
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assuré ^ où il y avait je ne sais quoi d^honné(e et d'engageant ^ il portait une cotte de maille et quatre pistolets à sa ceinture, de ceux qu'on appelle en ce pajs-là pottrinauXj qui sont comme de petites arquebuses > et il montait un puissant cheval. Comme il vît en arrivant que ses écujers (c'est ainsi qu'ils appellent ceux qui font ce noble métier) allaient dépouiller Sancho, il Içur commanda de n'en rien fairej ils obéirent aussitôt, et c'est de cette sorte que la ceinture fut sauvée. Le capitaine^ élonné de voir une lance contre un arbre, un écu par terre , et don Quichotte armé de pied en cap, comme il était, avec une mine triste et mélancolique, s'approcha de lui, et lui dit : Rassurez -vous , monsieur : vous n'êtes pas tombé entre les mains d'un ennemi dangereux, mais en celles de Roque Guinard , qui ne sait point maltraiter ceux qui ne l'ont point désobligé. Mon déplaisir, répondit don Quichotte, ueviçntpasd'èlreen ton pouvoir, ô valeureux Roque, dont la renommée ne trouve point de bornes sur la terre, mais de ce que tes soldats m'ont pris au dépourvu et en désordre i en effet je suis obligé par les lois de la chevalerie errante, dont je fais profession, d'être dans unecontinuelle vigilance; et, de me servir .toujours de sentinelle à moi-même : tt, afin que tu le saches, brave Roque, s'ils m'avaient trouvé à cheval, la lance et Técu au poing, ils n'en seraient pas venus m facilement à bout. Tu sais sans doute, quelle est dans le monde la réputation de don.Quîchotte de la Manche. Il ne fallut que ces mots pour faire connaître à Roque Guinard quelle était la maladie de don Quichotte -, il en avait souvent entendu parler, mais il ne croyait pas que ce qu'on en*raconlail fût véritable, et ne pouvait se persuader que de semblables imaginations fussent jamais entrées dans l'esprit d'un homme. Il fut ravi de l'avoir rencontré et d'avoir occasion déjuger par lui-même si l'original répondait aux copies. Vaillant chevalier, lui dit-il, consolez-vous, et n'interprétez point à disgrâce l'état où vous vous trouvez. Ce n'est pas ici une chute, mais peutêtre une crise qui rétablira votre fortune abattue et languissante : c'est par des voies inconnues aux hommes que Dieu fait ses
miracles, qu'il relève ks hiafo ^ chit les pauvres. ^
Don Quichotte fit des n&^.
dignes de lui et du grand Bo^ùc ^ rendre à Sancbo tout cequelk^ pris ses gens.
Don Quichotte , qui ne hm , échapper une bonne occasios par un sage discours^ de leur k^ ter une manière de vie périlleustri corps et Pâme -, mais comme cd plupart des Gascons , nation gr ^ farouche, ils ne faisaient aneo a u: qu'il leur disait et se moquainu Roque demanda à Sandio si os rendu toutcequ^on lui avait eak^ pondit que oui, bok-mis trob c nuit qui valaient trois bonaes u^ que diable dis-tu là> pajsaQ?& bandolicrs : c'est moi qui les ai, a valent pas dix sous. Gela est vrai Quichotte , mais mon écujer k beaucoup à cause de la persoDDt les a données. Roque fit rendra k comme le reste, et, ordonnant à r de se mettre en haie , il fit appwiffi lui tout ce qu'ils possédaient de picr d^argcnt et d'effets depuis te àm tage qu'il avai t f ai t j e t après en zm: miné le prix et réduit en argenli ne pouvait se partager, U dîstribvi à sa compagnie avce tant d'égatii prudence, qu'il n'y en eatpasaai^ fut coûtent. Cela fait, il dit à dos chotle : Voyez-vous, monsieur, a gardait pas cet ordre et celte eucu avec ces gens-là, il n'y aurai/ p*:* d'y vivre un moment. Eh? par w j ditSancho, il faut que lajusii^^W bonne chose , puisqu'on lapratiqoerj parmi les larrons! Un desbanMâ&V entendit Sancho, le coucha aussitôt en t*\ avec son arquebuse, et allait luicD^'/ léte, si Roque ne Teût empéchèàiif de crier. Sancho eut une belle peuM serment de ne pas ouvrir la boock^ qu'il serait parmi des gens quienlen^^^ si peu la raillerie. Au momcntiarrm^ des bandoliers chargés d'épier sw grand chemin les gens qai çAssAi&ùif en venir rendre compte au capitaiB««^^ sieur, dit-il, il y a uuegrafl^^^<^* gens ici près qui va à BurceloaBe. Ela^
remarqué, demanda Boqac, si ce sont de ceux que nous cherchons, ou de ceux qui nous cherchent! C'est de ceux que nous cherchons, repartit le bandolîer. Achcyal, enfants, dit Roque, et qu^on me les amène tous ici, sans qu^il en échappe pas un. Tous les bandoliers partirent ; et, Roque , don Qoichotto etSancho, étant demeurés seuls, Roque dit -à don Quichotte : Ce genre de ▼ieparaU sans doute, bien étrange au sci gneur don Quichotte, et je ne m*on étonne pas : ce sont toujours aventures nouvelles, toujours nouveaux événements, et tous périlleux ; et j'avoue moi-môme qu'il n'y a pas une vie plus inquiète et plus dèsor* donnée que celle que nous menons. Pour moi, ajouta-t-il, je m'y trouve engagé par certains motifs de vengeance qui me troublent l'imagination , et dont je ne saurais revenir. Je suis naturellement d'une humeur douce et compatissante; mais, comme je vous le dis, le désir de me venger d'aune offense qu'on m'a faite renverse toutes mes bonnes résolutions, et me retient dans ce malheureux métier malgré mon inclination naturelle; et comme un abîme conduit à un autre abîme, et que les péchés sont enchaînés , non seulement je songe à me venger, mais j'entreprends encore la vengeance dos au très. Avec tout cela j'espère de la miséri corde de Dieu, qui a pitié 'de la faiblesse des hommes^ qu'il ne me laissera pas périr dans ce désordre, et j'attends que sa bonté m'en retire, n'ayant pas la force de le faire de moi-même. Don Quichotte fut fort étonnédu discours de Roque : il necroyait pas que parmi des gens de sac et de corde il put se trouver un homme qui eût de si bons sentiments ; et, ravi de trouver occasion de signaler sa piété, il lui répondit : Seigneur Roque, c'est un grand point pour la santé que de connaître la maladie et de voir le malade disposé à prendre les remèdes nécessaires. Vous êtes malade^ vous connaissez votre mal ; ayez recours à Dieu, qui est un médecin infaillible : il ne manquera pas de vous donner des renièdes qui vous guériront à la fin, remèdes qui agiront d'autant plus sûrement qu'ils trouvent une bonne nature et une lK>nne disposition. Un pécheur éclairé est bien plus prêt de s'amender qu'un idiot>
parce que, discernant mieuxie bien d'avec le mal, il a honte de ses propres vices ; au lieu que l'autre, aveuglé par son ignorance , n'agit que par instinct et ne craint pas de s'abandonner à ses passions, dont il ne connaît pas le danger. Courage donc^ seigneur Roque. Vous avez de l'esprit et de la prudence : servez-vous de vos lumières et ne désespérez pas de Tenlière guérison de votre ame. Mais voulez -vous avancer facilement dans le chemin du salut ? quittez votre manière de vivre et venez avec moi : je vous enseignerai le métier de chevalier errant. C'est un abîme de travaux ot de mauvaises aventures j vous n'aurez qu'à les offrir à Dieu, les souffrir par pénitence, et vous voilà dans le ciel. Roque sourit du conseil de don Quichotte. En ce moment les bandoliers arrivèrent avec leur capture : deux cavaliers assez bien montés, deux pèlerins à pied, et un coche où il y avait des femmes avec sept ou huit valets, tant à pied qu'à cheval^ qui l'accompagnaient, et de plus deux valets montés sur des mules, et qui étaient à ces deux cavaliers. Les bandoliers environnèrent cette troupe de gens, et de part et d'autre régnait un profond silence , en attendant que le grand Roque parlât. Il demanda aux deux cavaliers qui ils étaient et où ils allaient. Monsieur, répondit uu d'eux , nous sommes deux capitaines d'infanterie j nos compagnies sont à Naples, et nous allons nous embarquer à Barre* lonne, où se trouvent, dit-on, quatre galères qui ont ordre de passer en Sicile. Nous avons environ deux ou trois cents écus , avec quoi nous nous croyons assez riches : car, comme vous savez , le métier ne nous met guère en état de thésauriser. Et vous autres? demanda Roque aux pèlerins. Monseigneur , répondirent - ils , nous allons nous embarquer pour passer à Rome, et nous avons entre nous deux, quelque soixante réales. Roque demanda pareillement quels étaient les gens du. coche ; et un nés cavaliers qui l'accompagnaient lui dit que c'^était la senor dona Gniomar de Quinones , femme du régent de la vicairie de Naples, avec mademoiselle sa fille, une autre demoiselle et une gouvernante; qu'ils étaient six qui la suivaient . trois à cheval et trois à pied, et que leur
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argent monlail à six cciils écus. De sorte donc, dit Roque, que nous avons déjà ici neuf cents écus et soixante rêalcs. El nioij^ai soixante soldats : comptez, mes> sieurs^ ce qui peut vous revenir à chacun, car moi je ne sais pas trop bien compter. A ces mois les bandoliers s'écrièrent : Vive le grand Roque Guinard, on dépit de tous les ladres qui songent à le perdre 1 Les capitaines tenaient la tête baissée et faisaient bien voir à leur conteuancc qu'ils déploraient leur argent. Madame la régente et sa compagnie n^avaieut guère plus de joie, et les pauvres pèlerins n'avaient nullement envie de rire. Roque les laissa un moment dans cette afflictiou ; et, se tournant vers les capitaines , Sei/neurs capitaines, leur dit-il, de coutjtpisie prctcz-moi soixante écus ; et madame la ré gentc m'en donnera, s**!! lui plait, quatrevingts. C'est afin de contenter mes soldats, car chacun vit de son métier. A ces conditions vous serez libres d'aller où il vous plaira, avec un sauf conduit que je vous donnerai , pour empêcher que les troupes que j'ai ici autour ne vousfassont d'insulles : car mon intention n'est pas qu'on maltraite m les gens de guerre ni les femmes, et particulièrement celles qui sont de qualité. Les capitaines firent à Roque des remerciments infinis de sa courtoisie et de sa libéralité, élevant jusqu'au ciel la générosité qu'il avait de leur rendre leur bien. Madame Guiomar voulait se jeter en bas du coche, pour lui embrasser les genoux 5 mais il ne voulut pas le souffrir j au contraire, il lui demanda cent fois pardon du tort que son métier cl la nécessité de s'entretenir bien avec ses soldats l'obligeaient de lui faire. La régente et les capitaines donnèrent ce qu'on leur demandait, et les pauvres pèlerins allaient donner tout leur argent, voyant qu'on ne parlait point de modération pour eux.
Mais Roque leur dit d'attendre, et s'adressant à ses gens : de ces cent quarante écus, leur dit-il , il vous en revient deux à chacun : des vingt qui restent donnez-en
dix à ces pèlerins, et les autres à ceU>i ccuyer,afin qu'il aitsujetdeselouerdoci^iy aventure. Puis, se faisant en niémetcDin donner du papier et de Tencre, il écrivil un sauf conduit, par lequel il ordonnaij a ses lieutenants de laisser circuler libre! ment toute la compagnie, qui s'clui^ot fort satisfaite, admirant tous les prociVIé^ du grand Roque, sa courtoisie et sa honni mine, et le traitant plutôt de galadj homme que de corsaire. Un des bandoi liers, qui ne s'^accommodait pas de Phi» meur obligeante de son capitaine : Par^ dienne, dit-il en son catalan, notre capi^ taine serait meilleur pour être moine qud bandolier^ mais si dorénavantilaenviedd se montrer libéral, que ce soit de son ar-^ gcnt, non pas du nôtre. Le malheureux ne parla pas si bas que Roque ne Pentendit. Il tira son épée, et lui fendit presque la tète, en disant : C'est ainsi que je châtie les insolents et les parleurs. Pas un n'osa remuer, tant il savait se faire craindre et obéir! Roque se retira ensuite un peu à l'écart pour écrire à un de ses amis k Barcelonne , et lui donner avis qu'il avait avec lui le fameux don Quichottte de la Manche, cet illustre chevalier errant, dont on parlait tant en Espagne, Tassurant que c'était un homme fort plaisant, et qui avaiî beaucoup d'esprit 5 que^ dans quatre jours, à la fête de saint Jcan-Raptistc, il le mènerait sur la place de Barcelonne, armé de pied^ en cap, et monté sur le superbe Rossinante, avec Sancho, sou écuver, monté sur son'grison ; qu'il le priait d'en avertir les Niarros, ses amis, à qui il en voulait donner le plaisir; qu'il eût bien souhaité que ses ennemis, lesCadells, n'en eu><scnt point leur part , mais qu'il vovait bien que cela était impossible, parce que les extravagances du maître et les bouffonneries du valet étsiient trop grande*: pour ne pas attirer et divertir tout le monde. La lettre fut portée par un des bandoliers déguisé en paysan , qui la rendit à sou adresse.
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'li'il sîî.H"u*!iiî r-iitTi" î-vT. lîrrtj kU^ s^cii (cnrl" t^,T<i^v ti>t:ir. li*u ;:i*jii!ÎnK'nts> d'im bon (rlirétâeno
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