CHAPITRE LUI
I>c ce r|uiarnva ■ don Quichotte à «oncnlrre dans Barcelonne, avec d^aatres choses qni semblent plus TiMies qiie ruMonnableA .
Den Quichoitc demeura trois jours entiers avec Roque, et , dans cet intervalle, il y TÎt toujours choses nouveH(>s. Ils ne restaienl jamais au même endroit : il3 d1itaîonl ilaiis un lieu et sonpaient dans un autre. Quelquefois ils fuyaient sans savoir pourquoi , et qo^lcltiefois il? s'arrétairnt avecaussî peu de slijet| toujours alertes el loiqonra en atarmes, tcintôt dormant k cheval, et tanlèt eourhés à terre, mais d^nn soiumeil perpèf ueRemen ti ntcrrompu , diangeant h toute heure de place ; il y avait incesmumeat des espîonsen campagne , et les sentiaelles faisaient bonne garde , cornpassait toujours la m^che sur le bassinet, quoîffu'tb nVussent pourtant guère d'arqueboses ; mais ils portaient tous des pistolets de ceinture. Hoque passait la nuit loin de ses soldats, et sans qu^ils sussent où il était, mais dans une inquiétude continuelle , n'osant se fier qu^à lut-méme , à causedeapourstiitesdu vice-roi deBarccloouc , qui a^ait mis sa tête a prix , et craignant que ses gensménies n'ontreprisscnt sur sa vîev on ne le livrassent à Ja justice. Knfin Roque, don Quichotte et 8ancbo, escortés desix bandoliers^ et marchant par des chemins détournés et des sentiers cou- Yerts, se dirigeaient versBarcelottno, où ils arrivèrent de nuit , et se trouvèrent sur le port la veille de Saint-Jean. Il y eut de grands compliments entre don Quichotte et Roque , et de sincères remerciments de la part de Sancho pour les dix écus qu^il en avait eus ; après quoi Roque s'en retourna , les ayant embrassés ; et don Quichotteattcndit, à cheval, la veuuedujour.
Peu à peu la blanche aurore recommença à paraUi*c sttr le» balcons de Torient , disttttant ses perles liquides sur les herbes et les fleurs; et, après avoir fait ses présents ordinaires^ reprenant insensiblement
un visage plus vermeil , elle fit pls|ce au soleil, qui vint dorer et embellir tous les objets de la nature.. En même temps on entendit un son confus et agréable de haut' bois, de trompettes, de tambours , de 6fres, et d'atilrcs instruments de guerre çt de réjouissance. Don Quichotte etSancho, jetant la vue de toute part , découvrirent la mer, qiïMs n'avaient jamais vue. Elle leur parut fort grande, et beaucoup plus Vaste que le lac de Ruîdcra , qu'ils avaient vu dans la Manche, ils considérèrent ayec curiosité les galères qui étaient au port, et ce fut un agréable spectacle pour eux , dprès qu'où eut abattu les tentes , de les voir couvcrlcs de mille banderoles de diverses couleurs , qui llottaient au vent , et de trmps en temps balayaient la mer, pendant qu'au dedans le bruit produit par les clairons, les hautlmis el les trompettes, fitisait releutir l'air el tous les lieux d'alentour d'un son non moins agréable que terrible. Elles commencèrent â se mouvoir, pour une espèce d'escarmouche ^ et un nombre infini de cavaliers, sortant de la ville, avec des livrées galantes, él montés avantageusement, maniaient leurs chevaux de concert , réglant leurs pas sur les différents .mouvements àcs galères, qui déchargeaient en même temps leur artillerie, à quoi celle de la ville et duchâteaurépondait. Toutétailen joie et tout en inspirait; la mer calme, et le jour le plus beau du monde; un petit vent frais rafraîchissait Pair et dissipait la fumée et la poussière que faisaient les canon nades.Sançhoadmirait tout ce qu'il voyait, ^ns compreodru comment hs galères avaient faut de pieds, et conimen t ces pieds pouvaicn li'airc mouvoir si vite-de si grosses machiaesi il r«h gar<j[att tout avec élonnemeni elsaas avoir même le loisir de bais^r^^e^mps en tenps
DON OUI€iIOTI£.
la i4iie à chaque coup qu^on lirait. Gcpcndant une troupe de cavaliers , vêtus de livrées, arrivèrent au galop» et ayee des cris de joie , tout auprès de don Quichotte, qui était encore en admiration ^ et.Pun d'eux , qui élait celui à qui Roque avait écrit, commença à crier h haute voix : Le miroir , le nord et l'étoile polaire de la chc- Tateriecrranteysoit le bienvenu , le grand, le valeureux et Pi o imitable don Quichotte, le vrai chevalier de la Manche, dont le grand cid Hamct Benengeli , la fleur des historiens, nousadonnèun fidèle portrait, et non pas le Taux , le feint et l'apocrjphe, qui a usurpé ce glorieux nom , pour autoriser ses fables et ses impertinences. Don Quichotte ne répondit rien , et n^en eut pas le loisir, parce que les cavaliers, avec tous ceux qui les suivaient , Pcntourércnt en caracolant , ^ mêlant cent fois les uns dans les autres, et faisant autant de différentes figures , au son des inatruments et en signe d^allégresse. Notre chevalier s'en aperçut: Ceux-ci, dit-il à Sancho, nous ont reconnus , mon ami ; je parierais bien qu^ils ont lu notre histoire , et celle que 4^est mêlé d'écrire depuis peu l'Arragonais. Le cavalier qui avait déjà parlé à don Quichotte s'approcha plus près de lui , et lui dit : Faites-nous l'honneur de venir avec nous , seigneur don Quichotte : Vous ne trouverez ici que de vos serviteurs et des amis intimes de Koque Guinard. Si les courtoisies, répondit don Quichotte, engendrent des courtoisies, la vôtre, seigneur cavalier, doit être fille ou proche parente de celle du grand Roque. Allons
où il vous plaira : je vous suivrai partout^ et particulièrement si vous voulez me faire l'homtear de ta'eniplojer à voire service. Le cavalier fit à don Quichotte un conoipliment non moins obKgeant ni non rooios étudié que le sien , et , lui et ses amis renfermant an milieu d^eux , ils prircut le chemin de là ville , au son des tambours et des hautbois. On «ùt dii que tes endbanteors attendaient notre chevalier à l'entrée de la ville. Deux jeunes fripons, poussés de je ne sais quel malin esprit » eurent bien la hardiesac-de percer jusqu'à lui, au travers de cette troupe de cavalîfrs qui l'environnaient, et aKaahérent aoos la queue de Rossinanle et du grîsoa «n gros paquet de chardons. Les paavres bètea, tourmentées de ces nouveaux aigoUloiia .
serrèrent la queue ,'et en aouiTrJeeiit davantage ; de sorte que , n^ pouvant fie délivrer de ce tourment , elks -§e mirml à sauter , à mer de loule hmr force , et jetèrent enfin leurs mirftres par terre, tkm Quichotle , tout honteux et jpbif en eolérc qu'il n'en avait l'air , se releva /el délivra Rossinante ; Sancho en fit autant à son grisou^, pendant que les eavaiicrs ae mettaient en devoir de châtier œtle Muoienle canaille qui avait causé le déaordre ; mas il n'y eut pas moyen d'en atirajper amtmm : tous deux se perdirent dans la foule. Enfin don Quichotte et Sancho reoientèrent à cheval ^ et le eavalicr ami de Roque ^ qai élait un des plusapparentS'de.RMrceioDiie, le mena, chez lui , où nous les Jaiiaoroes pour le moments parce que itanengeli rmi ici finir œ «bapitre.