CHAPITRE UV
Ayentnre de la tôle ènduint^*, df ,
L^Ate de don Quichotte s'appelait don Antonio Horeno, cavalier riche et plein tf'^prit , et qui aimait le plaisir en galant homme. Sfés qu^jt vit don Quichotte en sa niflison , il songea à se divertir do ses Iblics
sans lui fairode déplaisir , parce qoelarail- Icrie doit avoir ses bornes , et>{pie le jsu qui offense n'est plus uiie.caiUeric. Le^pnemiérc choac dool il a'aviaa , ee fiât de le faire désioriaer ^ et dei'exfoser^^^veceet
DON QUi€UOrr£.
habit que oous: avons vu , sur un balcon
3UÎ dûunait sur une des principales rues e la ville ^ où tout le peuple s^arrétait comme pour regarder un singe. Ensuite ks cavaliers en livrées firent des courses et des jeux devant lui ^ comme si c^eùt été pour lui seul , et non à cause de la fêle , quMl^ se fussent mis en dépcbsç. Sancho^ fort joyeux , tirait del)ons présages de tout ce qu^il voyait > se représentant de nouvelles noces detiamache^ uue maison comme celle de don Diego de Mirauda , et un château où tout se trouvait en abondance connnic chez le duc. Il dina ce jour-là avec don Antonio et cinq ou six de ses amis^ qui rendirent tant d^houneur à don Quichotte , qu^il m se sentait |ias de joie. Sancho dit Uni de choses plaisantes, qu il réjouit tout le monde. Le diner adievé , don Antonio prit don Quichotte par la main et le oaena Asj^s une chambre où il n'y avait pour tout ori^ment et pour tout meuble qu^une.(able4|ui paraissait de jaspe, posée sur un pied de semblable matière , et dessus 4in buile qui somUail de brouze^ et repré^ntait un empeireur romain. Je vais vous Qonler des choses » dit Anlojiio, qui TOUS raviront en admiration. Cette tête que yom voyez là, seigneur don Quichotte, a été faite par un des plus habiles imchan leurs V^'on ait jagiai^counus; elle a la verUi de répondre à tout ce qu^on lui diimaade à l'oreille -, juais les ^ endredis elle ast naatte, et il serait iiuitile de lui rien deina,nder aujourd'hui. Yous n'avez qu'à songer d'ici a 4eiiiain aux questions que vous vouiez lui faire. Don Quichotte, fort étonné de ce que don Antonio lui dirait de cette tdte, lui fil de grands remercim^^ts de lui avoir confié un secxet de cette iniportaâce. ILs sortirent de la chambrs «t r^ournèrent dans la salle où ils avaient laissé la coçipaj^nie, àquiSancbo avait cependant conté une partie des aventurcs de son maître. Sur le soir, ils allèrent tons ensemble se promener par la ville, don Quichotte sans armes y mais couvert d'un baladran de drap tanné , capable de faire suer un Lapon au milieu de l'hiver. Il n'était pas sur Rossinante, mais sur un grand mulet de pas, bien enharnaché; on lui avait attaché sur sou balandrau , sans qu'il le vit, un parchemin où il était
écrit en grosacs^ lettres : Void dm Quir diolte delà Manche. Notre chevalier était bien é(oxiné d'eatcndre que ceux qui la risffardaient citassent son nom, Goauvue s'ils l'essent connu. Mouleur, dit-il à Antonio, qui marchait à côté de lui, n'avouez-vous pas que la chevalerie vra^lo J'enferme en ;5oi jp nis sais quoi 4e grand et d'excellent, puisqu elle xea4 ceux qui en font profession cojpous et fanvâux pipr toute la terre ? jusqu'au peuple et aux petits enfants^ tous pie coapaiasent saoa m|a voir jamais vu ? Je m'^ aperçois bi^, seigneur don Quichotte, répondit don Antonio. La foule des geps qui les suivaient pour lire l'écriteau las in^rtuna ydikr ment, que don Antonio fut obligé de l'^V* ter, en faisant croire à don Quichotte que c'était tout autre chose. La unit vepue , ils retournèrent tous jc\mz don Antonio^ où sa feDuao avait invité plusieQirs de aea amies pour faire honneur à son hôte, «t leur donner leur part de «es extravis^ancea inonies. On y soupa n»ag^fiquanieft(, et sur les dix hejar«s on commeuça le bal. Parxni c^ dames, il y en avait deux, eutne auu-es, qui avaient beiB\ueoup d'esprit.
Pour réjouir la conqt^ignie, eUea priàreot don Quictuitte de danser, l'aae le cepeenant aussitôt que l'autre l'avait quitlié, «t elles fatiguèrent si bien le pauvre chevalier, qu'iUqait àgrosses gonttes et ne pouvait pr4^ue plus se remuer. €'était une chose admirable à voir que sa figure, œ corps long, maigre et elflanqué, ce ieiut jaune et enfumé , ces yeux creux , et ces moustaches longues et abattues, avec un h^fait si juste, que les coutures cievaienC de tout côté, et lui sans air, sans contenance, et nullement agile. Les dames l'agaçaient et le cajolaient à la dérobée, l'une après l'autre, comane si elles en eussent été amoureuses; et hii les méprisait à hi déro* bée, craignant de leur faire honte. Mais enfin, se voyant importuné de leurs caresses : Fuyez, démons ! cria-t-il tout haut; laissez-moi en paix! Vous prenez mal votre temps, mes chères .dames : la noupa* reille Dulcinée duTobôso, Tunique reine de mon cœur, ne souffre point que d'autres en triomphent. A ces mots , il alla s'asseoir à terre au beau milieu de la salle, tout rompu et tout en eau d'avoir tant a
dansé. Don Antonio le pria d'aller prendre quelque repos, et fit venir des gens pour le porter à sa chambre. Sancho fut le premier qui Taîda à se lever, il mit luimême don Quichotte au lit, le couvrant bien chaudement , afin que la sueur le guérit de sa lassitude.
Le lendemain, don Antonio demanda h don Quichotte s4l ne désirait pas faire l'expérience delà tôte enchantée, et il le mena dans la chambre où elle était. Aussitôt qu'ils furent entrés, don Antonio ferma la porte aux verroux, et s^étant approché delà télé, il lui dit d^une voix basse, de telle sorte pourtant que tout le inonde pouvait l'entendre : Dis-moi, této, par la vertu que ta enfermes, à quoi pensé-je h l'heure qu'il est? En même temps la tête sans remuer les lèvres, mais d'une voix claire et distincte , répondit •ces paroles, qui furent entendues de toute la compagnie : Je ne juge point des pensées. Tout le monde parut étonné ^ et les dames furent très effrayées. Combien sommes-nous ici ? lui demanda encore Antonio. Toi et ta femme, répondit la tête, avec deux de tes amis et deux de leurs amies, et un chevalier fameux, appelé don Quichotte de la Manche, et son écuyer qui se nomme Sancho Pança. L'étonnemeut devint plus grand que jamais.
Don Quichotte s'approcha alors avec sa manière grave : Dis-moi, demanda -t-il, est-ce une vérité ou un songe que ce que j'ai rencontré dans la caverne de Montesinos? Sancho j mon écuyer, se donnerat-il les coups de fouet qu'il a promis? et verrons-nous le désenchantement do Dnlcinée? Pour ce qui est de la caverne, dit la tôte, il y a bien des choses à dire : l'aventure tient de la vérité et du songe. Les coups de fouet de Sancho seront effectifs, ot l'enchantement de Dulcinée finira. Je n'ai pas autre chose à savoir, répliqua don
Quichotte ; pourvu que je voie Ih désenchantée , je me tiens bien sût ètir avec avantage de toutes les a^c!
que je voudrai entreprendre.
Cid Hamet Beneiigçli raconte ?v mystère de cotte tête. Don Antoaio. ' qui était cujîeux , Ot faire celle lêl^ mitation d'une autre qu'il avait t^ Madrid, pour se dîveriir aux dê[»fr.
ignorants, La table avec son pied, sortaient quatre griffes d'aigle, i de bois peint en jaspe, cl la lêle, qoi la figure d^un empereur romain, it leur de bronze, était creuse, aosi que la table sur laquelle on l'avait cirsée si adroitement, que tout para.* d'uuc seule pièce. Le pied de la tabk' creux aussi , et répondait par dcui \m à la bouche et à l'oreilfc de la lèlc tuyaux descendaient clans unechamb^ dessous, où était caché celui qui t répondre, et qui, mettant Torcillc as d'un tuyau, et la bouche surTantr?.
tendait les demandes, et rendait Ip des, la voix coulant du bnutcnk, de bas en haut, par ces tuyaux, si b articulée, qu'on n'en perdait pas la jp dre parole ; et, à moins de le savoir, h comme impossible d'en reconnaître)*/ fice. Un neveu du duc Anionio, )« homme plein d'esprit, et bien insiriiii; son oncle, fut celui qui fit lesrépoa' Cid Hamet ajoute que la léte parlanl?' pondit encore douze ou quinze fv mais que, le bruit de cette merveille > tant répandu par la ville, don Anlor sachant qu'on disait qn^i\ avait cbei^ une tète enchantée et craignant qof bruit ne parvînt jusqu'à rinquisilioMJ lui-même déclarer ce qu'il ea éUil^ inquisiteurs, qui lui ordonnèrent de b la machine, de crainte de peuple sot et ignorant.
DON OCICHOTTE.
'â:< jësse&iiisi!ssiix^i!sxs&^