‹ Histoire de l'admirable Don Quichotte de la MancheChapitre 84 sur 136 · CHAPITRE LV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LV

r>c l'aventure qui

i doana le plus de déplaisir â don Quichotte, de toutes celles qui lui étaient arrivvcs'jusque*la .

r» malin que don Quichotte était allé la mer, cl se promenait sur le rivage, (^ de loutcs pièces, ses armes^ h ce qu'il î 1 toujours, clan t toute sa parure aussi i que le combat son repos, il vit venir cavalier, armé comme lui de pied en 3 avec uu écu où était peinte une lune taate. Le cavalier s'approcha assez prés r se faire entendre, et adressant ces oies à don Quicholte , il cria à haute X : Illustre chevalier, valeureux don Lcholle de la Manche ! je suis le cheva- " de la Blanchc-Luue, dont les exploits ►uis seront , sans doute , parvenus jusà les oreilles. Je viens ici pour te com- Llrc et pour éprouver mes forces contre tiennes, avec dessein de te faire avouer c ma dame, quelle quelle puisse ôlrc, t incontestablement plus belle que ta Lilcinée duToboso. Si tu veux confesser tic vérité, tu évites sûrement la mort et . me délivres de la peine que je prendrais te la donner ^ et si tu as envie de coraittre, je ne te demande qu'une chose, j>rès l'avoir vaincu, c'est que tu cesses de orler les armes durant l'espace d'un an , lie lu le retires dans ta maison pourprenre uu repos utile h ta sanlé et à tes affales; cl s'il arrive, par hasard , que tu me ainquçs, ma tôle esta la discrétion.

Don Quichotte , fort étonné de l'arro- ?ancc du chevalier de la Blanche-Lune et lu sujet de son défi, lui répondit d'un air fier et sovére : Chevalier de la Blanche Lune , dont les exploits ne sont point jusqu^ici venus à ma connaissance, je jurerais bien que vous n'avez jamais vu l'illustre Dolcinéc ; car , si vous l'eussiez vue , vous avoueriez vous-même qu'il n'y a jamais eu de beautt'*. qui puisse entrer en comparaison avec la sienne : ainsi donc ,

sans vous dire que vous mentez, mais seulement quevousvous trompez, j^'accepte' le défi aux conditions que vous dites ^ et la main à l'œuvre, afin que le jour ne se passe point sans décider l'affaire. Prenez donc du ch<imp ce que vous voudrez, j'en vais faire autant, et le succès fera voir qui sait le mieux se servir de la lance. Le vice- roi arrivait justement au moment que don Quichotte tournait son cheval.

Gomme il vit que les deux chevaliers retournaient pour se rencontrer , il se Jeta entre deux, et leur demanda ce qui les obligeait d'en venir si brusquement aux mains. Le chevalier de la Blanche-Lune répéta , en peu de mots , ce qui s'était passé entre lui et don Quichotte. Aussitôt le vice-roi se retira en disant : Le champ est libre , et Dieu voi^s conserve ! Alors don Quichotte , se recommandant de tout son cœur à Dieu et à sa dame Dulcinée , prit un peu plus de champ qu'auparavant. Le chevalier de la Blanche -Lune était monté sur un cheval plus vif et plus vigoureux que Rossinante^ si bien qu'il rencontra don Quichotte avec tant de force, sans se servir de la lanœ , qu'il cuvoja rudement homme etcheval par terre, ' et tous deux en fort mauvais état. Il se jeta aussitôt sur don Quichotte ; et , lui mettant la pointe de la lance sur la visière : Vous êtes vaincu , chevalier , lui dit-il , et il vous en coûtera la vie , si vous ne demeurez d'accord des conditions de notre combat. Don Quichotte, étourdi et froissé de sa chute, sans avoir la force de lever la visière , répondit d'une voix faible et sourde , comme si elle fut sortie d'un tombeau : Dulcinée du Toboso est la plus belle personne du monde, et moi je suis le plus malheureux de tous les chevaliers de

D05 oncHorrTE.

la teite ; îl no serait pas juste que mon malheur .démentit une vérité si généralement reconnue 5 pousse ta lance, chcvalier, et m'ôte la vie , puisque tu m'as déjà 6té rhonneur. Non , non, répliqua celui de la Blanche Lune , que la réputation de la beauté de madame Dulcinée du Toboso demeure en son entier , je serai content, pourvu que le grand don Quichotte se retire chez lui pour un an, ainsi que nous en sommes convenus avant le combat. Don Quichotte répondit à son vainqueur que, pourvu qu'il ne lui demandât rien contre les intérêts et la gloire de Dulcinée, il Taccomplirait ponctuellement en véritable

chevalier ; le chevalier de la Blanche Lune se contenta de cette promesse » et tourna bride;. puis, saluant le vîce-roî, fisc dirigea au petit galop vers la ville.

On releva don Quichotte , on lui ùti son ^sque, et on le trouva pâle et abattu, couvert [d'une sueur froide , comme s^îl eût été prés de rendre l^âme. Pour Rossinante, il était en tel état qa'il n'y eot pas mojen, pour l'heure, de le faire relever. Le vice-roi fit emporter don Quichotte dans une chaise, et partit aussitôt ^ avec grande impationcc de savoir quel était le chevalier de la Blanche-Lune.

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