CHAPITRE LVI
Quel étail lectivvaltcr de la Blafiche-rttne, et airtrcs aTcntnres.
Don Antonio Moreno suivit le chevalier de la Blanche-Lune, et entra avec lui dans nnem<iison. Il le salua d'abord sans rien dire antre chose, attendant l'occasion de l'entretenir; maïs le chevalier, voyant qde dort Antonio ne le quittait point : Monsieur, lui dit-il , je vois bien ce qai TOUS amène : vous^ désirez sans doute savoir qui je suis. Je iti'appelle le Bachelier Samson Carrasco , et je suis du même village que don Quichotte de la Manche. La folie de ce pauvre gcrtlîlhomme, qui fait compassion à tous ceux qui le connaissent, m'a fait encore plus de pitié qu^anx autres; et, m'étant persuadé que sa guérison dépend de se tenir en repos et en paix dans sa maison , je me suis mis eu tête de Ty ramener ; enfin je Tai vaincu ; et, comme il est fort exact â gardct religieusement les lois delà chevalerie crranlc, jcsuis persuadé quUI ûDcomplira ponctuellement les conditions de notre combat, puisqu'il m'en a donné sa parole. Voilà, monsieur, tout ce que vous vouliez savoir. Je vous supplie que don Quichotte n'en ait nulle connaissanoc , de peur que mes soins et
ma peine ne soient peedus, et pour que le pauvre gentilhomme puisse recouvrer l'esprit, qu'il a excellent, s'il n'était point troublé par les rêveries de son extravagante chevalerie. Ah 1 monsieur, repartit don Antonio, je ne saurais vous pardonner le tort que vous faites â tout le monde en lui volant le plus agréable fou qu^on ait jamais vu. Cependant je vous promets que je ne dirai rien , ne fût ce que pour voir si je me tromperai dans mon opinion; c'est que les soins du seigneur Carrasco ne réussiront pas comme il se l'imagine. Monsieiir , repartit Carrasco , Taffaîreest en bon train , et j'espère qu'elle réussira.
Don Antonio alla rendre compte au vice-roi de ce que lui avait dit Carrasco; le vice-roi ne put s'empêcher d'avoir quelque regret de ce que la rclrailc de don Quichotte allait priver tout le monde de ses folies.
Don Quîcboitc fut six jours au lit, fort incommodé de sa chute. Sancbo se tenait conslamroent auprès de lui, tâchant de le consoler, et lui disait , entres autres choses : Allons, monsieur, courage; il faut
DOÎI QtJICllOltE.
se râjonir plutôt qae de s^aflKçer : n'êtesvous pas bien licareûx d'être tombé si lourdement sans tous easscr la tète. Croycz-m^^cp > mon cher maître, allonsnons^^en bravement chez nous , sans nous amuser à chereher les «Tentâtes en des licQx que nous ne Gonnaissons point.
Après tout , il se (ronre que c'est mor qai perds le phis , bien que rous soyez le phis îbulé ^ en quittant mon gouvernement y j'avais bien quitté l'envie d^étre jamais gouverneur^ mais non pas rcnvie d'être comte; et cependant m'en voilà revenu, si vous n'êtes point roi , comme apparemment vous ne le sauriez être si vous renoncez à vos chevaleries. Mon pauvre
ami, répondît don Quichotte^ if n'jarien de désespéré , puisque ma retraite n'est que pour un an , après ceFa ^ rien ne peut m'empôcher de reprendre l'exercice des armes , et je ne manquerai pas de royaumes à conquérir ni de comtés h te donner. Dieu le veuille ! répliqua Sancbo : une* bonne espérance vaut toujours mieux qu'une mauvaise possession. Tout cela ne satisfaisait pas l'esprit de don Quichotte, il garda le lit pendant deux jours, après lesquels il se mit en chemin , désarmé et simplement en habit de voya- ' ge; Sancho le suivit à pied^ parce que le grison était chargé des armes dé sou maître.
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