‹ Histoire de l'admirable Don Quichotte de la MancheChapitre 87 sur 136 · CHAPITRE hnil · texte numérisé non relu

CHAPITRE hnil

Avcnlurc de nuit, nui fut plus sensible ù Sauclio qu*à ifuii QuicliiAlte.

• La noit était un peu obscure, quoique la< lune t(ki pourtant ao ciel j mais elle était dans un endroit oîi on ne pouvait la voir. Dou Quichotte satisii&un peu au bo^ soin de la nature,. se laissant d'abord a|w 1er au premier somnioil ; mais il ne passa pas plus avant, au contraire do Sanoho, qui avait toujours coutume de dormir tout (l'une pièce depuis le sùir jusqu'au matin. Don Quichotte se réveilla debonncbenre, et dit à Sanoho, après Pavoir appelé i |dusieurs reprises : Je t'admire, Sancho; on dirait que tu es de marbre ou de bronze. Tu dors pendant que je veille, tu chantes quand je |deure ; je suis faible et abattu , faute de donnera la nature les aliments nécessaires, et toi tu niangesà toute heure,' et la graisse t'Oie pres(|ue la respiration. li est d'un serviteur affectionné de prour dre partant d^laisirs de son maître , de ressentir ses peines et de lui donner du soulagement. Cette nuit est la plus belle du monde, et le silence qui règne ici antour et la douceur du temps méritentbicn qu'on 90 prive du sonameil pomr pioliifer

des beauté» de la solitude : lève-loi donc, je t^QD conjore, et , par pitié pour Duh;inéc ot potirmôi, donne-toi quatre ou cinq cents CMps de fouet do ceux que tu es obligé de te dènntT pour le désenchanteihmI de ccflte pauvre dame ; quand tu auras: fait, nous passerons le reste de la nuith ebanler, iiioi, lea maux que me fait souffrirl'absence, et toi la loyauté; nonsconi^ menceroris ainsi dès aujourd'hui la vie des bergers, que nons devons mener dans notre village. Monsieur, répondit Sancho , je ne suis pas chartreux pour me lover comme cela au miKca de la nuit et me donner la discipline ; et, par ma foi, vous êtes bon de dire qu'après cela nous chanterons toute la nuit : crojez-vous qu'un homme qui a été bien étrillé ait grande envie de rire ? loiissez-moi dormir, je vous on prie , et ne me pressez point de me fouetter : autrement je ferai un bcm ser« ment de n'y songer de ma vie. O coiur endurci ! s'écria don Quichotte, écuyer in* grat , amitié et faveur mal emplo}'ées ! Ëst-^e là In récompense de t'avoir fut gou-

oof QinoiioTrE.

vfrmvr el 4e l^airoir mk ra ^ai âTdtrc à loote beore coatte on marnais, cm qua^ que aotre chose de semMâble? ce qai ne peut manquer é^afrirer aumlôlqoe j'ait* rai accompli moo exil. Qaand je dors , réj^qaa Saneho , je n^cspèro rien et ae craÎDs ricB^ et béni soit celai qui a ia?enlé le dormir! maateau qui coutto Cous les soacis des hoanaes , riaade qui ôte la faini^ breavage qui apabe la soif, foa qui

Sarantit du froid, froid qui rafratcbil Farâor du ckaad , fiaalcment monnaie gc* nérale pour aeboter tous les plaisirs do monde f C^cst une bonne chose que le sommeil, monsieur, ei je n'y sache rien de mal que ce que j'ai eptendo dire, qu'il res« semble à la roOrt.

Comme Sancho achevait de parler, ils entendirent un bruit sourd qui remplissait tonte celte vallée. Don Quicbolte se leva brusquement et mit l'épce à la matn> et Sancho se coula vite sous son grison, se faisant un rempart à droite et à gauche du paquet des armes de son matlrc et da fait de l'àne; ce bruit annoneaitdes marchands qui menaient à une foire plus de six cents pourceaux, dont les grognomenCs étaient si grands , que don Quichotte et Sancho en étaient assourdis, sans deviner ce que ce pouvait être. Les pourceaux non plus ne s'aperçurent point que don Quicbotle et Sancho étaient dans leur chemin, an n^ea firent pas semblant; et, sans aucun respect pour la chevalerie errante, ils lear passèrent sur le corps, confondant pél»mdlfile chevalier et Técayer . Bossânaate et le grîsoD, le bat et les ames« Sancho se leva bien, ea colère , et demanda à don Quichotte son épée pour apprendre, dit-il, à messieurs les pourceaux, car il avait ne* connu ce que c'était, si c'est ainsi qu'on traite les chevaliers errants. Laisse-les al* 1er, mon ami, repondit don Quichotte : il est juste qu'uu chevalier errant vaincu soit mangé des mouches et foulé aux pieds par des pourceaux « Je n'ai rien à dire à oeb, monsieur, dit Sancho : mais est-il juste que les ccujcrs des chevaliers vain* eus mettront de faim et soient dévorés de la vermine? $i nous étions, nous antres éeojers, les enfants des chevaliers que nous servons, on leurs proches parents , je ne m'étonnerais pas que nott9 fossîotts

ehàlîés è& tears faartas, dM*crét»e jaaq«'à b qvatriéaM géaéralion , mais qu'est-ce qae les Paacas «nt à éénéler avec lesQaichottes? If éaamoÎBS prenons retirage ; encore na faat-ilpas^^terle manche après la cogaée ; tâchons de dormir le reste da la nuit : il sera jour demain, et nous verrons de quoi il sera question. Dors , Saa-* eho, dors , toi qui es né pour dormir, répondit don Qoiciiotte^ pour moi, qui sais né pour veiller, je vais songer à mes mathoars, et tâcher de les soulager en ekaataat des vers que j'ai foits la nuit dernière, quoique je no t'en aie rien dit. A mon avis, dit Saacbo, les aialheorsqui n'empécbent pas de faire des chansons ne doivent pas être bien grandsi au reste, moasieur, chantez tant qu'il vous plaira; pour moi, je dormirai tant que je pourrai , et n'appréhendez pas que je vous trouble. A ces mots, il s étendit par terre et dormit d'un promnd sommeil, sans songer à rien au monde. Don Quichotte, appuyé contre an bètre, se mit à chanter des vers, en s'accompagnant de soupirs et de larmes.

Cependant le jour parut, et les rayons du soleil donnant dans les yeux de Sancho , il commença à s'alonger, et, s'étant bien touiFnéd'un côté sur l'aatre, il sPèvaifla tout à fait* La première chose qu'il vit, ce fat le désordre qu'avaient fait les pour* ceaux dans son équipage, at ses premières paioles furent uoe terrible nuilédictioa sar eux et sur eaux qtt les oonduisaient Enfin ik montèrent à cheval, et coatianèreat leur eheiain ; après avoir bien marchét ils virent sur le soir venir huit ou dix hommes à cheval, et cinq ou six autres à pied. Don Quichotte sentit quelque émotion à la vue de ces gens-là, et Sanebo en fol épouvanté, parcequ'avoc les antres armes ils portaient tons des lances et des boucliers, et semblaient avoir qnelqfue dessein. Ahl Sancho, dit don Quichotte , s'il m'était permis de me servir de mes armes, et que ma parole ne me liât pas les mains, que cet escadron ne me ferait guère de peur> et que je prendrais de plai* sir à exercer ma valeur et la force de mon bras! Pourtant il se peut faire que ce soit toutautrechoseaueoequejepenso* Cependant les gens à cheval arrivèrent, et tous, la laaoaaa pping ei sans rioa dir^ aan-

Wm QtïCWÔtT».

rofinèrcfnt défvQilfcbotleoi lui ntirMe lu pofiiie de la hrvee dam» Vénimmc cl d«n8 les reins^ Icmenarant de le fmii'e mourir. Un dc9 gens de pied, io driigt snr la bonche, font Iéi faire signe qu'il se doivftâl de garde de dire nù mof ^ {^ifc Romnâiite |Nir la bride , et le (ira dû chefnm ; et seB compagnons^ entourant Saneho , firent na»rcber h grisou du c(>(é qu'on emmenait don Qnicbotle. Il prit deux on trois fois envie au pauvre ehevalier de demander ce qu'on lui voulait et oti on le menait; mais dès qiJPil pensait à remuer les lèvres, ses sévères gardes, d^un eeil menaçant^ et faisant briller la lance, lui fermaient la bouehe, Sancbo n'en était pas quitte à si bon marebé : pour peu qu*il fit mine de vouloir parler^ on le piquait avec un aiguillon f el en itiéme temps son hûe, comme si on eât craint qu'il eût la même envie. La nuit vint^ ils doublèrent le pas, et la frayeur augmenta dans le ceeup de nos aventuriers, surtout qaami ils s'entendirent crier : Marébe?: , Troglodytes, taisezvous, barbares ^ souffre/^ anthropophages^

feritiez tes ye»* el la bottcHe, Scythes; PotypbèqMesitfeurtriefs, lions enragés, tigres dévorants, el d'autres épithètcs semblables dont on leur ctoardissait les oreilles. Aie, aïe, disait Sancho en luî-raôme', et encore avec grand'pcur qu'on l'entendît, que tous ces notns-là ne sonnent rien de bon! Mordienne, le mauvais vent qui souffle ! tous les maux nous viennent d\fn coup, comme le» coups de bâton sur le»chiens ; et plût à Dieu que cette aventure finît par des coups de bâton ! maïs elle commence trop mal pour finir si doucement. Don Quichotte ctàît'tout troublé de* l'état ob il se trouvait. Après avoir màr-. chè près d'une heure en ce triste équipage, ils arrivèrent environ à une heure de nuit' à la porte d'un château que don Qaichotte reconnnt pour celui du duc, où il avait demeuré quelques jours auparavant.

Ils entrèrent dans la principale cour du château, et tout ce qu'ils y virent augmenta leur étonnément et redoubla leurs frayeurs.

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