‹ Histoire de l'admirable Don Quichotte de la MancheChapitre 9 sur 136 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

GjHAWTRE. VIH.

Agréable couversaitoii entre don Quichotte et Saocho Paoça non t'cuyvr.

11 y avait déjà quelque temps que Sancho » était relevé après les rudes gourniades que lui avaient données les valets des bénédictins , et il avait attentivement considéré le combat de son maître, priant Dieu dans son cœur qu il en sortît victorieux, et qu*il y pût gagner quelque lie dont il le lit gouverneur , comme il le lui avait promis. Voyant donc le combat fini , et que don Quichotte allait monter à cheval, il courut vite pour lui teiiir l'étrier ; mais, avant au il montât , il se jeta à genoux devant lui , et, lui baisant la main : Mon seigneur et mon maître , lui dit-il , si vous avez afiréable de me donner file que vous venez ae gagner, je me sens en état de la gouverner , qudque grande qu*elle puisse être, et ai|ssi bien qu'autre qui s en soit jamais mêlé. Ami Sancho, répondit don Quichotte , ce ne sont pas ici des aventures d'Iles : ce ne sont que des rencontres de grands chemins , bu 1^'on ne gagne guère autre chose q^e de se faire casser la tête et remporter une oreille de moins; mais, prends patience, il s'oflrira assez d'aventures, qui mç donneront occasion dq m'acquitter de ma promesse , et i\on scùleniont de te donner un gouvernement, mais mieux que cela. Sancho faillit à fondre en remerclments sur les nouvelles promesses dé son maître , et,, après lui avoir bai^ la main et le bas dé la cotte d'armes, il lui aida à montera cheval^, et monta lui-même sur son âne , su^yant son seigneur qui s'en alla au grand pas sans prendre concé des dames du. coche , et entra dans un Dois qu'il trouva sur sqn chemin. Sanchp suivait tant qu'il pouvait au grand trot ;. mA^> voyant, que Rossinante marchait avec tant d'ar4eur quMl le laissait bien loin derrière^ il crifi à. son maître de

l'attendre. Don Quichotte , à ce cri ^ retint la bride à Rossinante , et l'écuycr fatigué l'ayant joint : Il me semble , monseigneur . lui dit-il, que nou^ ne ferions p^s mal de nous retirer dans quelque église. : car c(,^ lui contre çiui vous avez combattu est eu fort mauvais état , et il ne faut (ju un malheur pour gu'on en avertisse la justice , et qu'on se saisisse de nous ; et quand nou^ serons une foi^ coiffés, H passera bien de l'eau sous le iK)nt^ avapt qu'on nous en tire. Tais^toi, ait don Quichotte , ta ne sais ce (]ue tu dis; et où as-tu lu ni vu que jamais chevalier errant ait été mis> en justices pour ses homicides? Je ne sais ce cfue c'est que vos homicides , dit Sancho , je ne me souviens point d'en, avoir ian^is vu. ; mais je sais fort bien que la annte âermandad châtie ceqix qui se butent en duel ; du reste , je ne m'en mêle point. Ne t'inquiète de rien , lupn enfant ^ dit don Quichotte, je te tirçr^i^ des mains de^ Tartares ; ainsi ne crains pas que je te laisse en ceQes de la |ustice^/Mai$ dls-jnoi sérieusement, crois-tu qu'il y ait. un plus vaillant chevalier que uibi dans le reste du monde? As-tu lu dans les histoires qu'un autre ait j[^mais eu plus de r^olution à entreprendre , plus de viguouj à attaquer , plus d'haleine à soutenir , plus de promptitude et d'adresse h frapper ,.,ct 'plus de force à renverser? I-ia vérité est/ dit Sancho, que je n'ai jamais rien lu de semblable, car je ne sais ni lire ni écrire; mais je jurerai bien oue de ma vie je n'ai servi un maître plus nardi que vous ; et Dieu, veuille que cette hardiesse ne vous ipèue pas où je m'imagine! Mais, monsieur , si nous pansions votre oreille"^ il en sort beaucoup de sang , et j'ai heureusement de la charpie et de l'onguent blanc dans mon bissac. Que nous nous

Digiti:

ÛS

passerions bien de tout cela, dit don Quichotte, si je m'étais souvenu de faire une fiole de baume de Fier-à-bras ; et qu'une seule goutte de cette liqueur nous épargnerait de temps et de remèdes ? Qu'est-ce donc que cette fiole de baume ? dit Sancho. C'est un baume, dit don Quichotte, dont j'ai la recette en ma mémoire, avec lequel on se moque des blessures,' et on nargue la mort. Aussi , quand je l'aurait Tait , et que je t'en aurai donné-, s'il arrive que , dans quelque combat , tu me voies coupé d'un revers par le milieu du corps , comme il nous arrive souvent , tu n'as qu'à ramasser la moitié qui sera tombée , et la rejoindre à l'autre avant que le sang se refroidisse , prenant toujours bien s^arde à les ajuster également ; après cela , donne-moi seulement à boire deux traits de ce baume , et tu me verras aussi sain qu'auparavant. Si cela est, dit Sancho, je renonce tout à l'heure au gouvernement que vous m*avez promis , et je ne demande autre chose, en récom-

Sensé de tous mes services, que la recette e ce baume. Mais, monsieur, ce baume coûte-t-il beaucoup à faire? On en fera toujours six pintes pour trois réaies, répondit don Quichotte ; et qu'attendez-vous , monsieur, b écria Sancho, que vous ne me l'enseig^aiez toiut à l'heure, et que nous n'en fassions deux ou trois poinçons ? Doucement, ami , reprit don Quichotte : je te garde bien d'autres secrets et de plus grandes récompenses I Pour l'heure, pansons mon oreille : die me fait plus de mal que je û'On fais semblant.

Sancho tira del'onguent et de la charpie de sa b(iace. Mais quand don Quichotte en s'accommodant, aperçut sa salade toute brisée, peu s'en fallut qu'il ne perdît le reste de son jugcjnent. Il mît l'épée à la main, et , levant les yeux en haut : Je jure, dit-il , par les entrailles de mon père, par la foi que j'ai promise à Dulcinée, et par toute la nature ensemble , que , jusqu'à ce que j'aie pris vengeance de celui qui m'a fait cette injure , je mènerai la même vie que le grand marquis de Mantouc, qui, ayant fait vœu de venger la mort de son cousin Baudouin , jusque-là ne mangea ni pain sur table, ni ne coucha avec sa femme , et observa quantité d'autre$ choses semblables , dont je ne me souviens pas , et que pourtant je prétends qui soient comprises dans mon serment. Monseigneur, dit Sancho , tout étonné de ce serment effroya- ' l)le , vous avez tort de vous fûchcr : car, si le chevalier fait ce que vous lui avez ordonné , et qu'il s'aille présenter devant

madame Dulcinée du Toboso , il en est quitte. Ta remarque est juste , reprit notre chevalier , et ainsi j'annule le serment quant à la vengeance; mais je le confirme et le refais de nouveau , et m'engage encore une fois de mener la vie que j'ai dit, jusqu'à ce que j'aie enlevé de force à quelque chevalier une autre salade aussi bonne que celle^i. Et ne t'imagine pas, Sancho, oue je fasse ceci en étourdi, je sais qui je (lois imiter au pied de la lettre , et la même chose arriva pour l'armet de Mambrin , qui coûta si cher à Sacripan. Monsieur , répliqua Sancho, donnez tous ces sermentslà au diable : Dieu ne veut pas qu'on jure, et vous vous damnez à crédit. Hé I dites-moi , s'il vous plaît, si par hasard nous ne ne trouvons de lonff-tcmps un homme armé d'une salade, que ferons-nous en attendant? tiendrez-vous votre serment en dépit de tous les accidents et de toutes les incommodités qui vous en peuvent arriver, comme de dormir tout vêtu, et de ne coucher jamais en ville , bourg , ni village, et deux mille autres pénitences que contenait le serment de ce vieux fou de marquis de Mantoue? Souvenez-vous, monsieur, qu'il ne passe point de gens armés en a'S quartiers , et que l'on n'y trouve que des charretiers et des meneurs de mules. En bonne foi,'* ces gens-là ne portent point de salades , et ils n'en ont peut-être jamais vu d'autres que de laitue. Va , va tu te trompes , mon ami , dit don Quichotte , et nous n'aurons pas été ici deux heures que nous y verrons plus de gens en armes qu'il n'en vint devant la forteresse d'Albraque, à la conquête de la belle Angélique. Je le veux bien , puisque vous le voulez, reprit Sancho, et Dieu veuille que tout réussisse, et que le temps arrive de gagner cette île qui me coûte si cher , quand je devrais mourir incontinent après. Je t'ai déjà dit , Sancho, dit don Quichotte , que tu ne te mettes pas en peine; et quand lîle te manquerait, n'y a-t-il pas le royaume de Danemarck et celui de Sobradise qui ne te sauraient manquer , et, ce qui est de meilleur, qui sont en terre ferme? mais cela se trouvera dans son temps. Pour le présent, regarde si tu as quelque chose à manger dans ton bissac, afin que nous allions promptement chercher quelque château où nous puissions nous retirer c^tte nuit, et faire mon baume; car , pour ne pas mentir, l'oreille me fait grand mal. J'ai ici un ognon et un morceau de fromage avec deux ou trois croûtes de pain , dit Sancho; mais ce ne sont pas là des viandes pour un vaillant che-

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valier comme vous. Que tu fentends mail répondît don Quichotte. 11 faut ^ue tu saches ,. Sancho , que €*cst la gloire des chevaliers errants de passer des mois entiers sans manger , et , quand ils mangent, c'est f sans façon , de la première chose qu'ils trouvent, et tu n'en douterais pas si tu avais lu autant d'histoires que moi : car , iete puis bien jurer <]ne , quelque rechercnc que j'aie faite, je n*ai point encore trouvé que les chevaliers mangeassent autrement que par hasard ou quand ils étaient invités à de somptueux banquets et à des fêtes royales; car , pour le reste du temps, ils ne se repaissaient guère que de leurs pensées ; et , comme il n'était pourtant pas possible qu'ils s'en passassent absolument, non plus que des autres nécessités , nfusqu'ils étaient hommes comme nons , il faut croire que, passant leur vie dans les forêts et dans les déserts, et sans cuisinier , leurs repas ordiimires étaient des viandes rustines comme celles que tu m'offires. Ainsi , ami Sancho , ne te chagrine point d'une chose qui me fait du plaisir, et ne pense pas à faire un monde nouveau , ni à changer les coutumes de la chevalerie errante établies depuis longtemps. Il faut me pardonner , monsieur, dit Sancho, parce que je ne sais ni lire ni écrire , comme je vous ai dit, et n'ai jamais lu les régies de la chevalerie ; mais à Fâvenir le bissac sera bien fourni i

de toute sorte de fruits socs pour vous , qui êtes chevalier, et, comme je n'ai pas l'honneur de l'être , j'achèverai de le remplir pour moi de quelque chose dé plus nourrissant. Je ne dis pas, répliqua don Quichotte, que le chevalier errant soit obligé de ne manger que des fhiits , mais que c'était leur manger ordinaire, avec quelques herbes encore qu'ils trouvaient par les champs, et qu'ils connaissaient toutes parfaitement, et que je connais bien aussi, Cest une grande vertu oue de connaître ces herfa^, répondit oancho, et, si je ne me trompe, nous aurons quelque jour besoin de cette connaissance ; cependant voici ce que Dieu nons a donné , ajouta-t41. Et, ayant tiré les vivres de sa bmce , ils mangèrent avec appétit et de compagnie. Ils eurent bientôt fait leur frugal repas , et montèrent aussiUM à dieval pour aller chercher à loger , mais le soleil leur manqua , avec l'espérance de trouva ce qu'ils souhaitaient, auprès de quelques cabanes de chevriers , oA ils râolurent de passer la nuit. Autant qu'il y eut d'ennuis pour Sandio de n'être pas dans quelque bon village, autant don Quichotte trouva-t-il de plaisir à dormir à découvert , se figurant que tout ce qui lui arrivait de cette manière était autant d'actes de possession qui facilitaient les preuves de sa chevalerie.

CHAWTRE IX.

Du ec qui arriva à don Quîchdtte arec des dievrion.

Notre chevalier fut très-bien reçu des chevriers de ces cabanes, et Sandio, ayant du mieux qu'il put accommodé Rossinante et son âne , se rendit à l'odeur de quelcnies morceaux de chèvre que les oievriers faisaient rôtir pour leur souper. Le bon écuyer eût bien voulu les manger , comme on dit de , de broche en bouche; mais il fallut , malgré lui , qu'il attendit oue les chevriers , après les avoir tnnés du feu, eussent étendu à terre quelques peaux de brebis et de chèvres pour servir de nappes. Ce rusti* que couvert étant mis , ils convièrent leurs notes de manger avec eux de bon ccenr ce qu'ils leur offraient do même. Six che-

vriers qu'ils étaient dans cette cabane s'assirent sur leurs talons autour des peaux de brebis , après avoir , en cérémonies champêtres , prié don Quichotte de s'asseoir sur une au^ qu'ils avaient renversée. Sancho ' se tenait derrière lui , pour lui servir à boire dans une coupe de corne qu'avaient les chevriers. Son maître, le voyant dchDat, lui dit : Afin que tu voies , Sancho, le bien qu'enferme en soi la chevalerie errante , et combien ceux qui la suivent sont eu état d'être biontôt estimés et honorés dans le monde , je veux que tu te mettes à mon côte , et que tu t'asseyes dans la compagnie de ces bonncsH^çens ; oue

tu sois une même chose avec moi , qui suis toD seigneur et ton matire ; que tu manges en même plat , que tu boives dans mon verre : car enfin on peut dire de la chevale^ rie errante ce qu*on dit de Tamour , qu'elle nivdle toutes choses. Monseigneur, je vous remercie , dit Sancho; mais , si j'avais bien de quoi f Taimerais mieux le manger seul debout qn assis au côté d'un empereur , et , pour parler franchement , je m'accommode aussi bien d'un morceau de pain bis et d'une ciboule dans mon coin , sans façon et sans contrainte, que d'un coq d'Inde en compagnie d'honnêtes gens où je suis obligé de mâcher lentement , de bmre de petits coups , de m'essuyer à toute heure, sans oser tousser ni éternuer, quelque envie qu'il m'en prenne ; changei-donc , s'il vous plaît , mon seigneur et maître , en d'autres choses qui soient de plus de profit, l'honneur que vous me voulez faire. Pour la part que j'ai à la chevalerie errante, Gonmie écuyer de votre seigneur, je vous en remercie , et la tiens pour reçue, y. renonçant dès à présent lusqu'à la fin du monde* Avec tout cela , dit don Quiehotie, encore faut-il que tu te mettes là, parce que Dieu élève celui qui s'humilie. Et, le tirant en même temps par le bras , il le fit asseoir par force auprès de lui. Les chevriers, qui n'entendaient rien à ce jargon d'écu^eraet de chevaliers errants , ne fai^ient que manger , regardant sans rien dire leurs hôtes , oui avalaient des morceaux gros comme le poing. Le service de viandes achevé , on mit sur la. table quantité de noisettes, et un fromage qui n était guère moins dur que s'il avait été de chaux et de ciment. Pendant tout ce temps-là la corne n'était point inutile, elle ne cessait d'allei; et de venir à la ronde , tantôt pleine , tantôt vide , et si souvent enfin , c|ue sur deux peaux de bouc pleines de vin qu'il y avait là , il y en eut une de vide. Après que don Quichotte eut bien mangé , et qu'il vit que son estomacavait à peu près ce qu'il fallait à un héros moderne, il prit une poignée de noisettes , et , les regardant attentivement : Heureux âge , s'écria-t-il, heureux siècle à qui nos premiers pères donnèrent le nom d'âge d'or, non pas que l'or, qu'on estime tant dans ce siècle de fer, s'y trouvât plus communément, ou qu'on le tirât avec moins de peine des entrailles de la terre, pMns^^parce qu'on ne connaissait point aldrs ces \leux funestes paroles, le tien et le mien , qui ont depuis divisé tout le mondé. Toutes choses étaient communes dans ce saint âge , et les hommes n'avaient

DON QUICMOTTE.

d'autre soin à prendre pour leur nourriture que de cueiUir le fruit que les arbres leur ofiraient libéralement , et de puiser avec la main les pures et déUcieuses eaux que les ruisseaux et les fontaines leur présentaient en abondance. Les soigneuses abeilles , enrichissant les.fçntes des rochers et le creux des arbres de la dépouille des fleurs, formaient sans crainte leur vigilante république , et permettaient aux hommes de recueillir l'agréable moisson de kurs fortiles travaux. ïh simples huttes tenaient lieu de maison et de palais aux habitants de la terre , et les arbres se défaisant d'eux-mêmes de leurs écorccs, leur four* nissaient de quoi couvrir leurs cabanes et se garantir de l'inteinpérie des saisons. Tout était en paix pour lors ; on ne voyait qu^union.et c|u amitié. Jusque-là le soc et la bêche n'avaient point ouvert le sol de la terre jcette bonne et féconde mère donnait gratuitement tous les fruits de son vaste sein, et ses heureux enfants y trouvaient tout à la fois et ce qui était nécessaire pour l'entretien de la vie, et ce qui était délectable. La beauté n'était point un avantage dangereux aux jeunes filles; elles allaient librement partout , étalant sans artifice et sans dessein tous les présents que leur avait faits la nature, ne se ca-e chant qu'autant que l'honnêteté commune à tous les siècles l'a toujours demandé. La pourpre de Tyr, ni l'or , ni la soie n^ faisaient point leurs ornements; elles n'empruntaient rien des a^éments de l'art , et , avec de simples guirlandes de fleurs^ ou de feuilles entrdacées , elles étaient

Elus parées que ne le sont auyourd'hui » dames les plus galantes par les plus riches inventions que le luxe et la vanité du siècle leur ont enseignées. L'amour s'expliquait mûrement et sincèrement^ comme l'ame le ressentait , sans rechercher , dans l'artifice des paroles , une >expression plus forte ou plus élégante que celle de la nature; on voyait , dans toutes les actions des hommes , une sincérité na)^e , non seulement exempte de tromperie , mais encore incaj[»able de dissimulation. La justice, toujours le bandeau sur les yeux ne connaissait alocs nr la faveur ni l'intérêt ; ce. n'est que dans tes siècles suivants que ces monstres ont pris naissance, e^, que, glissant un venin subtil au cœur des hommes , ils ont étouffé l'équité naturelle , qui , d'un commun cmsentcment , gouvernait auparavant toute»

choses. L'honnêteté , comme j'ai dit, ctaîl inséparable des filles relies allaient par-

*'out sur leur foi , assarées des aabnes et Velles-mèineSy et n'appréhendaient rien de ^etirs wopres àé»m ni de ceux d'antrui ; '\Iais il n'y a plqs d'asiles poiir elles en ce Siècle détestable ; l'amour s'introduit par*- 'tout : il n'y a ni grades qu'il ne trompe , Vii lalwrrinihe dont il ne Aéméle Xattince. >i>ans les Ueax mêmes d'où les irayons du fsoleil sont exclus , l'inquiète ardeur des -aniants pénètre et trion^e enfin de la kplus exacte iretenue. Ainsi cette première ^ innocence s'étant perdue, et la corruption croissant de jour en jour , il fallut , pour la sûreté publique , opposer des dignes à r ciR torrent ; et l'on institua l'ordre de la içheTalerie errante pour défendre l'hon- > near des filles , protéger les neuves , sei courir les orphfdins et les misérables , et servir de bouclier à tous ceux que la yio- ? ience opprime* Je suis de cet ordre-là, mes bons amis , et c'est à un cheralier errant et à son écuy^ que tous avez fait un si bon accueil ; et , quoiqm toutes sortes de gens soient (d>lig|és dé l)ien receroir ceux de notre profession , néanmoins , comme TOUS l'ayez fait sans me connaître et senlefnent par bonté de cœur, il est juste que je vous en témoigne mon sentiment et que je vous proteste oue jamais je n'en perdrai le souvenir et la reconnaissance. Ce furent les noisettes qui rappdèrent l'âge d'or dans la mémoire de notre chevalier et lui firent faire tout ce beau discours, dont il se serait bien passé, aussi bien que les chevriers, qui l'écoutaient attentive^ ment sans y rien comprendre et sans dire une parole* Sancho non plus ne disait mot , mais il n'^tatt pas demeuré sans rien faire : se bourrant ae noisettes et de fromage, sans perdre un seul coup de dent que pour visiter de temps en temps la seconde peau de bouc, qu'on avait pendue à un Uége pour la tenir pins au frais. Le souper fini , un des bergers , s'adressant à don Quichotte : Pour vous faire voir, seigneur chevalier , lui ditil, que rien ne mancpe à Tintention que nous avons de vous bien traiter et de vous divertir , nous vous ferons entendre tout à l'heure un de nos compagnons, qui est sur le point d'arriver, et qui vous donnera sans doute du plaisir. C'est un jeune berger fort amoureux, et tout plein d'esprit; il sait lire et écrire comme un maître d'école ;

mais surtout il chante et joue du violon à rarir. A peine le berger eut-il achevé de parler , qu'on entendit le son du violon , et , un moment après, arriva un jeune garçon d'environ vingt-deux ans et d'assez bonne mine» Les boxers lui demandèrent s'il avait soupe; et comme il répondit qu'oui : En ce cas, Antoine, dit celui qui venait dq parler, tu nous feras bien le plaisir de chantor qudque chose pour régaler monsieur notre hôte et lui faire voir que, dans les forêts et les montagnes, on ne laisse pas de trouvor des gens qui savent la musique. Nous avons dit à monsimr ce que tu vaux, et nous voudrions bien ne passer pas pour menteurs. Assieds^toi, je t'enpne, et nous chante la romance que ton oncle le bénéficier a faite sur tes amours, et qui a tant plu à tout le voisinage. Je le veux bien, dit Antoine. Et, sans se faire davantage pri^, il s'assit sur un tronc de ch^ie, et , après avoir accordé son violon , il dianta une romance.

Le berger ajrant achevé cdle-ci, don Quichotte le pria d'en chanter une seconde; mais Sancho, qui avait plus d'envie de dormir que d'écouter des chansons , s'y op* posa , et dit à son maître qu'il était temps qu'il pensât à s'accommoder quelque part pour passer la nuit, et que ces bonnes gens, qui travaillaient tout le jour, n'ar valent pas besoin d'employer la nuit à chanter. Je t'entends, Sancho, répondit don Quichotte , et je ne songeais pas qu'une tète pleine des vapeurs du vin a plus besoin de somm^ que de musique. Dieu soit béni , dit Sancho , mais chacun en a bien pris sa part. J'en conviens, répliqua don Quichotte. Couche-toi où tu voudras , et me laisse faire. Q sied mieux de veQIer que de dormir aux gens de ma profession ; mais auparavant panse-moi un peu Tordlle : je t'assure qu'elle me fait grand mal. Sancho commença à chercher de l'onguent , un des chevriers, qui vit la blessure, dit à don Quichotte dfe ne s'en pas mettre en peine, et qu'il l'aurait bientôt guéri; et sur l'heure il alla quérir quelques fcuiUes de romarin , et, après les avoir mâchées et mêlées avec du sel, il les mit sur l'oreille, l'assurant qu'il n'avait que faire d'autre remède : ce qui réussit en efhU

Digiti:

DCW gUICBOTïE.

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