‹ Histoire de l'admirable Don Quichotte de la MancheChapitre 90 sur 136 · IS · texte numérisé non relu

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honnête et continuéRe on sera le remède. Qu'elle ait toujours les fuseaux à la main et l'esprit à son ouvrage > sans doute son imagination sera bientôt libre : c'est mon sentiment et mon conseil. Par ma foi ! c'est le maen aussi ^ ajouta Sandio; Cêv aussi bien n'ai-je jamais tu aucune faiseuse de 4on tel le qui fût tnorte d'amour; et quand les Mies sont occupées^ elles songent jilae à feor ouTrage qu^à faire l'amour. J'ofi juge par moi-même,. t9t, lorsque je suis à 4abonrer, je ne me boIl- Tiens point de ma mdricaudo, je Teux dKre ma ménagère » que je chéris cependant comme la prunette de mes yeux . Vous parlez fort bien , Sancho^ dît la duchesse, et désormais j'occuperai Altisidore. Le seal souvenir des cruautés de ce tigre me servira de remède, et, avec la permission de votre exœltence , je me retire pour ne pas voir davantage sa triste et désagréable figure. Alltsidore fit semblant de s'essuyer les yeux, et, après une granderévérencc, elle aortft de la chambre* Ma pauvre de*moiselle , dit alors Sancho en branlant la léte, vous méritez bien ce que vous avez, puisque vous vous êtes si ma4 adressée. En bonne foi, si vons étiez venue à moi, vous auriez trouvé un coq qui cbnnte l>ien d'une autre sorte. La conversation finie , don Quichotte s'habWa ; it dîna avec leduc et la duchesse, et, après le dtner. Il prit congé d'eux et partit.

GHAPrnUB LXI.

Où Sancbe se met en dcroir de détenohaBtcr D«Icb^e.

fU^Lre ohiBfnlier ponnnivit son chemin avec un esprit égalcacnt mêlé de joie «t de tristesse : de ttést^se, pamc qu'il ae .vcgpÂt mnou , «t de jptc , pawr avoir re • oo«inu In verte dnâmicho dans la résurneciion d'Mliaidoiie..finnclm «e s'en allait .pasrlropeosKlattt^pasoe v'Altiaidore ne lui

.nvaîfapiinitidiinttéias

avait pnmiiaea, «t , en pensant à cette ingratitude, U^ilà «on malta) : Par maiW, monaienr , je^nis un nèdncin bien tual- Jbnnrenx! La plupart tuant leurs maMes , nt ils>ne laissant |>aad?étrerbieQ payés de leur peine; aussi , qu^ou m'amène dèsbrd'aBtre«salnde, ilfandràmaigtiiisflfr

qtt^eUn.lni j ia main nuusrt > qm je ieignériiM , «ar Je

DON QUICHOTTI.

. maille vit de cequMl chante^ et je ne saurais croire que Dieu m'ait donué la vertu que j^ai )iour mourir de faim. Tu as raison^ Sancbo • répondit don Quidiotte.

Pour moi, je puis bien t^assurcr que, si tu avais sonhailc quelque récompense pour les coups que tu dois te donner pour déseachanter Dolcinèe y je te l'aurais déjà donnée, et si bonne que tu en serais content. Je ne sais pourtant pas trop si Ton . peut, sans scmpnle, promettre ici des récompenses, et je ne serais pas bien aise que cela empêchât Peffet du remède; mais nous en pouvons faire l'épreuve. Regarde^ Saucho^ combien tu demandes, et fouettetoi snr*lechamp, et tu te paieras ensuite par les mains de Targent que tu as à moi A ces paroles, Sancbo ouvrit les yeux et les oreilles , et résolut tout de bon de se fouetter» puisqu'il y avait quelque chose à gagoer. Allons, monsieur , dit-il , il faut vous donner con4entement, l'amour que j^ai pour ma femme et mes enfants me fait songera leur profit, bien que ce soit aux dépens de ma peau. Or çà, combien me donnerez- vouspour chaque coup de fouet?

.Si la récompense, répondit don Quichotte, devait être égale a la qualité et à la grandeur du remède, le trésor de Venise et tes mines de Potosi ne seraient pas assez riches pour te récomj^enser. Fats toi-même le prix, et compte à combien cela peut monter. Il y a, repartit Sancbo, trois mille trois ceiits tant de coups , sur lesquels je m'en suis donné cinq ; que ceux-là passent pour ce qui est au delà des trois mille trois cents, et comptons sur les trois mille trois cents qui restent. Il me faut un sou marqué pour chacun, et je n'en rabattrais pas un liard pour le pape. 6e sont donc trois mille trois cents sous marqués, qui font trois mille cinq cents fois six blancs, qui font sept cent cinquante pièces de cinq sous , et les trois cents que je n'ai pas comptés font trois cents sous marqués, ^iii font cent cinquante fois mx blancs, iqni font septante-cinq pièces de dnq sous, «t les soptantendnq pièces de cinq sous, jointes avec ieb sept cent cinquante, foât ' liuit cent vitigt*cinq^ qui fent justement, attendez , 200- . . âOC ... 1. 5 sous. Je retictidraïceia sur l'argent qno j'ai à vous , Cl je m'eft irai ico«tetf| cMinc ua r#i^

quoiqfue véritablement bien fouetté; mais on ne prend pas les carpes sans appâter. O mon cher ami , Sanciio , s'écria don Quichotte , 6 mon aimable Sancbo! hé!

que nous serons obligés , Dulcinée et moi, à te chérir tout le reste de notre vie, si cette pauvre dame se revoit januiis en Tétat où elle était ! Sa disgrâce aura été heureuse , fllrtna défaite sera un glorieux triomphe. Regarde, mon Gis, quand tu veux commencer. Afin de te donner coqrage, et que tu finisses plus vite, jcvcox (c donner encore deux pistoles. Quand? répliqua Sanciio ; ma foi , dès cette nm't; faites seulement en sorte que nous couchions dehors , et vous verrez si je sais étriller.

Vint enfin la nuit que don Qnicbotlc souhaitait avec tant d^'mpatience» ils entrèrent dans un bois qui était un pca^igué du chemin, et, après avoir ôté la selle et le bàtàRossinanteetangri6on,pourlfs laisser paître , ik s^éteudirent sur Pherbc et soupércnt do ce qui se trouva dans le bissac. Sancho , a^vant raisonYiablemeol soupe, voyant d'ailleurs qu'il n'y avait plus rien de reste > voulut tenir parole à son maître : ÎA prit le licou de KossÎBafile et une sangle du bàl de son àne, sV fonça dans le bois, à quelque vingt pas de don Quichotte. Mon enfant, lui dit son maître, le voyant marcher d'un air si délibéré, prends garde, je le prie, de ne point te mettre en pièces; fais que les coupss'attcndentl'unrautrcetnetepresse pas tant que Phalcine ne te roanqacatt milieu de la carrière j je veux dire que tu ne te charges pas si fort qu^il t'en coîitela vie avant que la pénitence soit achevée: et, de peur qiic le remède ne devienne inutile, pour avoir donné la dose on trop forte ou trop faible , je vais me tenir ici près, et compter les coupssur mon rosaire. Courage , mon ami , que le ciel favorise tes bonnes intentions, et les rende efficaces! Le bon payeur ne craint point de donner des gages, dit Saneho., et je m'en vais i|fie ftnietler de manière que, sans me tner kratefois, il qc laissera pas de m'en cuire, ear je m'imagine que e^esten cela que consiste la vertu du remède. Il se dépouilla aussitét^ ia ceinture en haut, et commença à a'étflUer> ct^ddn Quichotte à

comf^ter tes coaps. Sancho ne s'en était encore doniièqocsepl ou huit, qu'il commença h s^cnnuycr^ et^ trouvant la charge trop pesante pour le prix': Ma foi^, dit-il, monsieur, j^eo appelle Comme d'abus, et ces coups-là valent six blancs comme un double. Continue, ami Sancho, et ne perds point courage, lai dit don Quichotte : qu'à cela ne tienne, je double le prix, et de bon cœur. A la bonne heure donc^ dit Sancho : que les coups de fouet tombent h présent comme grêle. Mais le pendard ne s'en dionna plus aucun sur les épaules , et se mit à fouetter les arbres de toute sa forte, faisant de temps en toraj» de grands soupirs, comme s'il eût été près de rendre l'ftme. Don Quichotte, qui était na(urcllement fort charitable, craignant que Sancho ne so'luàt, aux rudes coups qu'il se donnait, et aussi que par son imprudence le remède demeurât sans effet : Arrête, mon ami, lui cria-t-il. Comme diable tu y vas ! C'ert asscf pour ce coup ; la médecine me parait un peu forte, il sera bon d'en faire à deux fois, et Zamora ne fut pas pris dans une heure. Si j'ai bien compté^ voilà plus de mille coups que tu t'es donnés, iisuflit pour l'heure: Tàue, comme l'on dît, souffre bien la charge, mais non pas la surcharge. Non, non, monsieur, répondit Sancho, on ne dira jamais de moi: Il est pajé par avance, et il a les bras rompus. Éloignez-vous un peu, que je m'en donne encore un millier ; et en deux assauts comme ceux-là l'affaire sera' vidée, et il y en aura mt^me de reste. Puisque tu le trouves en si bonne disposition, dit don Qoidhotte, fais à ton aise 3 je vais m'écartcr. Sancho retourna à sa tâche, avec tant décourage, qu'il n'y avait déjà plus d'arbre autour de lui à qui il restât de Pécorce ; et, comme s'il eût pris une nouvelle vigueur, il s'écria^ eu donnant un coup de toute sa force contre un chêne : C'est ici que mourra Samson^ et tous ceux qui sont avec lui. Don Quichotte courot vite au brait de ce coup, et^ se ^isissant du fonet de Sancho : A Dieu ne plaise, mon lils, dil-itj, que peur m'obliger il t'en coiYlela TÎe : elle esi trop nécessaire à ta pauvre famillcv Que Dulcinée attende un peu-, pour mol je m'entretiendrai d'espérance jusqu'à ce que tu aies repris de nouvelles

forces, et dans peu nous serons tous contents. Puisque votre seigneurie le veut ainsi, répondit Sancho, à la bonne heure : jetez-moi donc, s'il vous plaît, votre manteau sur les épaules, car je suis tout en eau, et je pourrais me refroidir , comme il arrive à tous les nouveaux pénitents. Don Quichotte lui donna bonnement son roante:)U, lui demeurant en pourpoint, et le bon compagnon dormit jusqu'au soleil levé. Ils se levèrent aussitôt, et partirent; après trois heures de marche 1 ils s^'arrc^ tèrcnt à une hôtellerie. On les fit coucher dans la môme chambre : comme ils étaient au lit, don Quichotte parlantà son écujer : Ah rà! dis-moi, Sancho, as-tn envie d'achever ta pénitence cette nuit, ou bien veux-tu que ce soit en pleine campagne ou à couvert? Pardiennc, monsieur , répondit Sancho, pour les coups que je songe à me donner, il ne m'importe pas où je me les donne, cela m'est égal ; j'aîmcrais pourtant mieux que ce fût dans un hors, car j'aime naturcllemt^t h»s arbres, et il me semble qu'ils me donnent du soulagement. Non, non, ami Sancho, dit don Quichotte, il faut que tu reprennes tes forces ; gardons cela pour notre villago^ oii nous arriverons au plus lard après demain. Comme il vous plaira , monsieur, vous êtes le maître , mais pour moi , si j'en étais cru, je voudrais expédier cette affaire et battre le fer pendant qu^il est chaud : il fait bon moudr^quand la meule vient d'être piquée. Un ^ten^ vaut mieux que deux tu auras, et le moineau à la main vaut bien la grue qui vole. Halte-là, de par tous les diables! interrompit don Quichotte ; te voilà encore dans tes pro. verbes. Que ne paries-tu simplement et sans raffiner , comme je t'ai dît plusieurs fois ! tu verras toi-même de combien cela est plus comnuKie, et pour toi et pour les auWs. Je ne sais quelle malédiction j'ai là, repartit Sancho, que je ne saurais raisonner sans dire des proverbes, ni dire un proverbe qui ne me semble une raison.

Mais je me corrigerai si je puis : qui pèche et s'amende à Dieu se recommande.

Don Quichotte demeura là tout le jour, attendant la nuk , pour donner h Sancho le moyen d'achever sa pénilence. Le soleil étant couché , ils partirent et pasic-

DOX QLIGUOTTE.

rentl encore U nuit dans un bois, pour donner moyen à Sancho de conUnaer sa

EènUence, ce que le bon matois d^écujer t aux dépens des arbres^ conservant si bien sa peau» qa^il n'eut pas la moindre ^atignnre. H sembla que le soleil s'était le?c plus tôt qu'à Tordinaire , comme s'il eût été jaloux de l'avantage qu'avait la unit d'assister à ce grand sacrifice ; cependant il n^eut pas le plaisir d^en être te spectateur, mais seulement de l'inlerxoiopre.NosaTenturierscontinuérent leur chemin aossikH qu'ils virent le jour. Tout ce jour-là et la nuit suivante se passèrent sans c|u'il leur arrivât rien de remarquable, SI ce n'est que Sancho acheva sa pénitence. Don Quichotte ne se sentait pas de joie, et il attendait le jour avec impatience pour voir s'il ne rencontrerait point en chemin Dulcinée désenchantée. Le jour venu, ils partirent, et don Quichotte n^apercevait aucune femme sur la route qu'il n'allât vite voir si ce n^était point elle, tenant pour infaillibles les promesse9 du grand Merlin. Après avoir marché

ouelque temps, ils se tmnvèfent an IisiH d'une colline d'où ils déconvrirent leur village ; el, dès que Sancho le roeonnnt, il se jeta à genoui, criant avec transport : Ouvre les yeux, ma chère patrie! et voi» Sancho ton fils qui s'on retourna, sinon bien riche, an omna bien ronelté ! Oovn les bras, et reçois ton fils don Qoîdiotte, qui s'en retourne vaincu par le bonbev d'ûo autre, mais qui retourne vamqoeur de lui-même, ce qui est, àceqo^ilfli'adit, la plus grande victoire du monde. Nuos avons eu beaucoup de mal Panel l'antre, parce qu'on ne trouve pas toujours ce qu'ion cherche ; j'ai pourtant un petit pea d'argient, car, si j'ai été bien étrillé, je a'ai pas été mal payé. Laisse-là ces folies, Sancho, dit don Quichotte, et prenons un autre esprit dans le lieu de notre naissanee, où nous devons penser sérieusement à commencer rcxeroicc de la vie pastorale. En disant ces mots, ils descendirent delà colline^ et peu aprè^, arrivèrefti à leur village.

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