‹ Histoire de l'admirable Don Quichotte de la MancheChapitre 93 sur 136 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Suite Uoia conversation où Sancho fait le dclaU des qualités qu^il prdtend posstjder pour parveair ib

dignité de cheTalier errant.

Mort dé ma vie , monsieur , en voilà hiéh, s'écria Sancho ; il faudrait faire foudre et refondre cinq cents fois toute ma race, depuis dix mille ans, avant que d'en pouvoir faire un chevalier. M'en voilà revenu, s'il faut être si savant ; il faut que le limaçon rentre dans sa coquille , et se contente d'être écuyer ; j'en aurai moins

d^honneur, mais ce sera toujours quelque horion de sauvé. Il ne faut pas se déoounger , dit don Quichotte; il j a des accommodements pour toutes choses : tous le$ chevaliers errants n'ont pas au souverain degré toutes les perfections que Je liens de dire; ils doivent tâcher de les avoir, et, quand ils ont celles qui sont^sseutîctleii

conugne dVlrc honnête ^ civil ^ Taillant^ libéral cl infatigable , on ne regarde pas do si près aa reste. Mais supposons que je voulusse l'armer chevalier^ quelles qualités as-to de celle9 que je viens de dire? Pour premier f<0fn^ monsieur^ ditSnucho^ je suis des vieux chrétiens, et je no changerais pasma reli^n pour celle du grand Turc, ni de tous les rois du Pérou ^ quand ils me donneraient cent ducats de retour. Je sais mon Pater , mon Credo ^ et n^en vectx point savoir davantage, car on dit que les plus savants ne sont pas les meilleurs. Pour ce qui est de mourir pour la foi et pour mon pays , pour mon roi, pour ma dame, je tiens qu^il vaut encore mieux vivre pour eux, parce qu'on est en état de leur rendre service $ et quand on est mort tout est mort^ et, comme on dit d'ordinaire , que le vivaqt coure au pain , et le mort k la sépulture. Et ^ par ma foi j si j'étais mort dés notre première course, dont Dieu me sauve et garde, ma dame, je veux dire Thérèse» car je n'en ai encore point d'autre que je sachc^ n'aurait pas attrapé de bons écus d'or qui lui ont aidé à remplir sa cruche ^ pour vous montrer qu'il n'est rien tel que de vivre. Pour ce qui est de secourir les malheureux, je tirai encore hier l'âne de Tocho d'une mare où il pensa se nojer^ et sans moi la veuve du meunier serait tombée mercredi sous la roue du moulin. Quoique ce no soit pas grand'chose que d'une femme et d'un âne, ce font toujours deux créatures ; et si c'avait aussi bien été un cheval et un homme, j'en aurais fait autant. Je n'ai jamais servi de bouclier aux orphelins , car je no sais pas ce que c^est ^ mais , sans reproche , j'ai pris chez nous le fils du défunt frère de ma femme, qui est demeuré sans père ni mère depuis qu'ils sont morts , et toujours pèche qui en prend un. Il faut être le rempart des filles, j'entends cela , et je voudrais être aussi bien assuré de mon fait dans tout le reste. Il y a environ douze jours que jVmpèchai le gros Bernard , le maçon, de tourmenter la fille du tonnelier; la pauvre créature était déjà bien fatiguée; nvoc tout cela elle m'a toujours fait la mine depuis, je ne sais pourquoi, car sans moi Parfaire allait bien- loin. Quant au boire el au manger , il ne faut pas me le

reprocher : je ne fais pas toujours bonne chère , c'est selon que je me trouve , et quand j'en ai ma suffisance je me repose) si vos chevaliers , qui sont si sobres , en voulaient dire la vérité, ils aimeraient au* tant trouver un bon coq d'Inde que dep noix ou des oignons. Ma foi, monsieur , nous sommes sur cela les uns comme les autres ^ nous prenons ce que nous trou* vous , et je dis commeeus , oir^ux comme moi, Dieu nous garde de pis et nous donn< mieux. Ënfin^ pour la fatigue, je m'y suit accoutumé de reste , tant que nous avons été chercher des aventures , et vous voQS souvenez bien que nous ne les avons pas trouvées faites au moule. Pour ce qui est d'être vaillant et libéral, Dieu y renoédie s ni l'uu ni l'autro ne dépendent de mok Qu'on me fasse riche, je serai libéral» et je sais bien que je donnerais de bon cœur^ sans reproche, et Dieu m'en préserve I j'ai envoyé depuis un mois unedemi-donsaine de bons fromages h plus riche que mot j etj hors mon àue, àqui je suis accoutumé > je donnerais toute ma famille, ma femme et enfants , pour un diable. Tu portes It libéralité ua peu loin j interrompit doit Quichotte « et cela serait suspect à tout' autre que moi , qui connais ton bon na* turel. Ma foi, monsieur , je suis ce que jt suis, reparti t Sancho ^ je ne suis pas ce que les autres pimsent; et , si j'avais un petit peu de courage , je ne me changerais pas pour un autre. Mais^ monsieur, qu'est-ce donc que du courage? car j'en ai pcut« être, bien que je n^en sache rien. Le cou» rage, Sancho , dit don Quicliotte ^ est uti mouvonient du cœur qui vous empêche dé considérer le péril , c'est À dire qui nous porte hardiment vers un lieu dangereux , sans examiner les risques qu'il y a de s'y rendre^ et il y a bien des sortes decoura* ges, selon les diverses rencontres. El n*at-on point de courage qu'à manier une cpèe ? demanda Sancho. Oh que sil répondit don Quichotte ; il y a du courage à ne se point épouvanter, en quelque état qu'on se trouve ; il y en a à souffrir les injures, à affronter les supplices, cl cela regarde la morale. On attribue aussi du courage aux animaux : le lion passe pour le plus courageux , cl il fait de sa queue , des dents et des ongles ce que nous faisons

d^iuie épée ; un taureau a du courage , cl se bat vigoureusenieii là coups de pied, à coups de cornes^ et ne ccaint même pas d^atiaquer le lion. Ah ! nous y voilà , dit Sancho , je me doutais , par ma foi bien » qiîej^ai un |)cu décourage. Je ne suis déjà point (rop patient y et , pour me gourmer à coups de |K)ing et à coups de pied , j^en déGerai bien un autre ^ mais ii faut que je sois en colère. Pour ce qui est d^escri* mer à coups d'épéo , je ne .sais pas ce qui en arriverait ; il n^v a que trois jours que je maniais celle du sergent : je la tournai ci virai plus (2e quatre fois d'un bout à l'autre, et je n^avais pas plus de peur que je n^cn ai à celte heures et puis je m'imagine que le courage est comme res];>rit , qui ne vient pas tout d'un coup : Paris ne fut pas fait dans un jour j goulto à gQuKc Teau cave la pierre; il y a vingt-quatre heures au jour, et douze mois font une année; il ttVst pas donné à tout le monde de tout savoir , et bon cheval et méchant homme ne s'amendent pas pour aller à Romc; laailic à m<iille se fait Taubergeon , et on ne prend pas toutes sortes d'oiseaux à la pipée. En voilà bien assez , s'écria don Quîcholte ; il y en a môme de trop, et, si tu veux me faire plaisir , tu retrancheras pour le moins la moitié de tes proverbes. Ecoutez donc, monsieur, repartit Sancho, il y a plus d'un an que nous n'avons rien dit ; encore faut-il avoir patience : est-Hse que vous voulez que je crève faute de dire des proverbes ? Non , non , Sancho, non , répondit don Quichotte ; mais , à propos , nous ne songeons point à notre chasse.

Pardienno, monsieur, vous aveg raison, dit Sancho ; mais, quand je vous en parlai

il y a quelques jours , ce n'éttil ^bi vous parler de ce que nous veuoas> \ ïoutce qu*il y a à craindre, c'csiç.

créature, j'entends la gouvernai, manquera pas de dire que mm ^j bien l'un pour i'auire , et que j'ainj envic'dc vous débaacbcr^ et, a&; fermer la bouche, je m'^tn vaistck* gluaux au dessous de ce boissoD ;'"j promenant demi-hcare , il s'j pn peut-être quelque oiseau, car en til, belle votée qui r6de dans le chainp. !| en même temps melire de petilei v engluées sur un fumier^ el sewÊ iui\ une poignée d'avoine , après qoùj tourna à don Quichotte, ils iinrenin quelques discours sur le même sujei i que don Quichotte s'ouvrit enùèrm mais aussi sans rebuter Sancho ; eU c -; ils virent des oiseaux qui se déballai Ils sont pris s'ils ne s'en voient, cri^v cho. Il alla lever les gluaox , prîh.

douze moineaux et quchiues ckm rets. En s'en retournant > donQwa avertit Sancho de se donner iiica (La de parler de la conversation quHIs z\k eue ensemble , lui \\romeltaot qu'a reparleraient une autre fois plos n ment. Ils mangèrent leur chasse êr barbier, qui venait voir si son roab lait toujoursde mieux en mieuj. I)ot[ chotte parut moins rêveur qu'à 1 naire^ et le barbier lui conseiUao)^ divertir, il le pria enooreàdincrleiei.

main avec le curé, qu'il le chargea dV tir. Il était tard, ils se séparèrent, elv chos*cn alla bien content d*avoir|nft son aise, et de ce que sa proposition o't^ pas été trop mal reçue»

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