‹ Histoire de l'admirable Don Quichotte de la MancheChapitre 98 sur 136 · CHAPITRE Vm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vm

Sancho armé cbevalier.

Sanclia roulait bien boire un coup avant qae de passer outre^ mais don Quichotte s'y opposa, disant que dans toutes les cérémoaies importantes^ il était essentiel d'être à jeûn< Ils allèrent à Tétable avec deux chandelles allumées , et l'image de saint Jacques. Là Sancbo se mit à genoux ; après une courte prière , don Quichotte, faute de cérémonial, Pinterrogea de mémoire, et Ini demanda pourquoi il voulait être chevalier, et s'il avait les qualités requises. Ma foi, monsieur, je n'en sais rien, répondit Sancho ; peut-être à la malhenre. Dieu le sache. Mais n'est-ce pas, repartit don Quichotte, qui t'interrogeait gravement , comme s'il eût été question de lui donner des licences de théologie, n'est-ce pas pour servir Diea, en servant la religion, protégeant les veuves et les orphelins, prenant la défense des afDigés, poursuivantia tyrannie? Et pardienne cela est entendu ! répondit Sancho , et à bon entendeur salut. Ne promettez-vous pas, répondit don Quichotte, d'être fidèle à l'église, à l'État, à l'ordre de la chevalerie? Quand je ne le promettrais pas, répondît Sancho, n'y suis-je pas engagé, et ne me le ferait-on pas bien faire par force? Là où sont les rois, là sont les lois; et là où la chèvre est attachée, il faut qu'elle y broute. Ne promettez-vous pas^ demanda don Quichotte, d'accomplir en tout et partout le devoir à quoi vous oblige Tordre, d'en suivre les statuts, d'en révérer les maximes, et de renoncera toutes choses plutôt qu^à la profesion que vous allez embrasser? Je ne connais point tous ces devoirs,réponditSancho^maisjem'y oblige sur votre parole; qui a terme ne doit rien. Pour les statuts , je ne sais ce que c'est. S'ils ne vont pas plus vile que moi, je ikl'henii de les attraper; mais qui va pas à

as dans le droit chemin va plus vite que

cdui qui court et qui s'en écarte. Pour vos Madasimes, je n*en ai jamab vu, et ne les connais ni à robe ni à drap, si ce n'est une Madasime dont tous nl'avez autrefois parlé ; mais je m'en rapporte à vous , et gré de maître vaut mieux que besogne faite. Pour ce qui est de renoncer à tout plutôt qu'à la profession que vous me dites; ma foi, monsieur, je n'irai pas renon« cer à Téglise, ni à ma femme, ni à mes enfants, non plus qu'à mon profit; charité bien ordonnée commence par soi-même , et ce que j'ai dans ma main vaut mieux pour moi que ce qui est dehors; et, si je ne croyais pas trouver mon profit^ je ne pense pas que je m'y allasse fourrer : est bien fou qui s'oublie ; ce n'est pas pour se brûler qu'on met les doigts dans la sauce. C'est assez, dit don Quichotte. Mets-toi en prière, et achevons. J'en meurs d^envie, répondit Sancho, qui s'ennuyait. Allons!

aussi bien les mains me démangent : je voudrais déjà être en campagne. Il marmotta quelque chose, et don Quichotte, voulant tirer son épée pour lui en donner un coup sur l'épaule, selon la cérémonie usitée pour faire les chevaliers, il trouva qu'elle tenait au fourreau $ il tirade force deux ou trois fois ; et pendant qu'il fiiisait ses efforts, Sancho ^ ne sachant ce qui pouvait l'arrêter, tourna la tête pour voir ce que c'était. Il fut si malheureux, qu^au moment où don Quichotte achevait de tirer son épée, et dans l'effort qu'il fit et dont il ne fut pas le maître, il en donna un grand coup par les mâchoires du pau» vre Sancho, qui commença à verser un ruisseau de sang par le nez et par la bouche. Ah ! mort nom de diable ! s'écria Sancho, je suis mort! Au diantre soit la chevalerie, les chevaliers et tout l'ordre! queBeIzébutles puisse empo«^ter au fond des enfers, et qu'il n'en soit jamais parlé !

DON OnCHOTTE.

il ne leva de forie on faisant orllc impré- ] ralion , et , sans regarder son maître , il s'empressa de tâter s'il lui restait des dents dans la bouche. Don Quichotte courut après lui , et, comme il avait encore Tépêe à la main y Sancho s^eiifuit de toute sa force, craignant qu'il ne voulût le châtier di*s blasphèmes énormes qu'il venait de prononcer; mais don Quichotte ne songeait qu'à l'apaiser. Il l'appela deux ou trois fois aniiablemenl, remettant l'épée au fourreau ; et Sancho^ que cet objet ne tenait plus en respect, lui demanda brusquement s'il voulait achever de lui casser les mâchoires , en le courant comme une bâte fauve. lié non . mon (ils, il s'en faut bien, répondit don Quichotte ; approche, mou enfant : je te demande pardon, mais je t'assure que je n'ai point de tort. Oh! mort de ma vie! s'écria Sancho, c'est moi qui l'ai, je le sais bien, et on peut me le pardonner, que je mVn repens de reste ^ mais je ne pense pas qu'on m'y rattrape. Mon fils^ repartit don Quichotte, lu te dégoûtes de peu de chose. Tu m'as vu brisé, sortant des mains iei enchanteurs, foulé aux pieds par des animaux immondes, les mâchoires fracai^sèes, et tu ne peux souffrir la moindre égratignure. Eh! ventre de

moi^ dit Sancho, vous me faites enrager: est-ce que je n'en ai point eu ma part ? et aujourd'hui qne je n'ai pas encore un pied dans la chevalerie, si je sois roué de coups, que sera-ce donc quand j'jr aurai les pieds et U tète? Crovez-vous que je change de vie comme de chemise? C'est un malheur, mon ami , dont je suis bien fâché , répliqua don Quichotte ; je voudrais qu'il fût tombé sur moi. Mais il faut s'en consoler, et nous sommes en trop beau chemin pour en demeurer là. Cependant^ tiens, fais tes aunM>nes,afin que Dieu bénisse notre ouvrage. En même ternies il lui donna quatre écus d'or et Tembrassa, ce qui manquait à la ccrrâionie, Sancho, un peu refait par la libéralité de son maître , se trouva de meilleure humeur. Parlez donc, mousieur, dit-il :

la gouvernante enragera de bon cœur quand elle apprendra que je suis chevalier ; mais je ne m'en soucie guère : il r aura plus d'une duchesse qui s'en réjouira. Il est temps de s'en aller, dit don Quicholte^ retournons chez moi disposer tout pour nous mettre en campagne. Ils partirent, et arrivèrent an bout de deux heures, quand on était déjà dans l'impatience de savoir ce qu^ils étaient devenus.

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aiAPlTRE IX.

Don QniclioUe et SanchcHprcnnonr. jour iwii miter Je rechef chcrclicr les aventures Leur Jepart.

Don Quichotte et Sancho s'élant promis réciproquement le secret, et juré de ne s'abandonner qu'au detrnier soupir, allèrent visiter l'écurie, où ils trouvèrent, a^cc Rossinante, une jument tant soit peu enscllée, c'est à dire la côte plate, et qui , dans son temps , ne se serait pas changée pour un'e autre : ils étaient eu bon ^tat , et heureusemcut avec de bons fers. 0on Quichotte retint son cheval pour lui, et de son cousealement Sancho se saisit de la jument , qu'il nomma Flanquine. Us ne savaient pas où prendre des armc^^ mais

Sancho dit à son maître qu'il n'avait pas voulu jeter les siennes dans la rivière, comme il le lui avait ordonné, par scrupule de traiter ainsi des objets qui lui avaient fait tant d'honneur ^ et que le cuirassier qui avait laissé son épéc chez lui j avait aussi laii^sé son casque et sa cuirasse, avouant franchement qu'il avait déserté parce qu'il était amoureux. Ils conclurent donc qu'il }' en avait assez pour eux deux, et qu'à la première ville ils se pourvoiraient de lances. Sancho dit encore à son maître qu'il lui demandait congé pour trois ou

BON QUICHOTTE

quatre jours /a 60 d^aUer voit ses amis, et de leur reconumaDder sa famille en èas de mauvaise aventure. Je te les donne ^ dit don Quicliotle. Saucho alla aussitcH chez lui , hMa le grisoo , monta dessus , et se rendit à la plus prochaine ville > où il fit faire une espèce do casque^ une cuirasse , et un corselet de fer<blanc ; et, trouvant dans un autre lieu une vieille lanc<^ , et le fer d^une «autre , il paya le tout, le mit dans un sac, remonta sur le fi^rlson , et, arrivant de nuit au l)out de deux jours, alla dire à don Quichotte, qui était chez le curé, qu'il ferait beau le lendemain pour la chasse , ce qui était entre eux le mot du guet. Quand il entra, ils étaient encore ii table , parce que le curé donnait à souper à don Qnichotte , à son neveu , au barbier et à deux curés de ses voisins , et que son neveu devait partir le lendemain. La circonstance fut heureuse pour Sancho, qui en avait grand besoin. J^e soupir fini, ils prirent congé les uns des autres. Don Quichotte embrassa cent fois le cavalier, le cajolant sur son métier, sur son esprit, et lui disant qu'ils .se reverraient encore. Pourquoi non I dit Sancho : les hommes se rencontrent^ mais non pas les montagnes. Ils sortirent, et Sancho accompagna son maître chez lui.

Le grand don Quichotte, Phonneur dé la Manche , sous le nom de chevalier des Lions, foulant les reins de Pindomptable Kossinante, et don Sancho Pança montant Flanquinc, qui tout orgueilleuse d'une si noble charge, n'avaii pas fait scrupule d^abandonner sa famille; don Quichotte , dis-jc, et Sancho, s'étant levés dés les deux heures du matin, sortirent, vers le mois de mai , le pot en tète, armés de fortes cuirasses, avec la lance et l'épée, et prirent le grand chemin de la Sierra, où ils ne doutaient point qu'ils ne dussent trouver'^bîen des aventures. Ils s'entretenaient l'un Tautre , en allant, des privilèges et des merveilles surprenantes de la chevalerie errante. Mais Sancho, qui n'avait jamais endossé le harnais, ne cessait de se remuer, embarrassé de ses armes.

Quj a-til, lui demanda don Quichotte, que tu te trémousses tant? Monsieur, répondit Sancho , ce casque est bien froid : il me gèle la tête k l'endroit où je suis

cliauve. Cela ne durera pas longtemps , re^ partit don Quichotte -, mets ton mouehoir dessous : c'est que lu n'y es pas encore accoutumé. Et les armes? Elles m'étouffent, monsieur , répondit Sancho. Attends , attends, dit don Quichotte. Il lui desserra les courroies, et Sancho, qui s'était mis un mouchoir entre le casque et la tète, se sentant tout soulagé : A ne point mentir, dit-il, mon maître, à l'heure qu'il esljeue voudrais pas être ailleurs, et je jugerais bien que nous aurons bonne aventure. Il faut toujours Pespérer , dit don Quichotte, et se consoler si elles arrivent mauvaises , car n'est pas marchand qui toujours gagne* Us avaient environ fait une lieue et demie , quand ils crurent voir de loin deux cavaliers qui venaient h leur rencontre. Il faut se tenir prêt, dit don Quichotte : ceci m'a la mine d'aventure. Quelque temps après, Sancho rémarqua que c'étaient deux hommes de pied qui touchaient quelque»

animaux devant eux ; et., se rassurant sur ce qu'il les prit pour des voituriers , il n'en fit pas semblant, et dit à don Quichotte : Monsieur, vous m'avez déjà cent. fois fait voir que vous m'aimiez ; je veux aussi qua vous m'estimiez : donnez-moi , je vous prie , cette aventure. Je te la .donne , ré« pondit don Quichotte , s'approchant de lui pour l'embrasser. Va, je t'estime déjà, et à tel point que je me tiendrai toujours à l'écart, pour être seulement témoin du combat. Eu môme temps Sancho partit de la main au grand trot de sa jument, et quand il fut près de ces hommes : Qu'avez*vous ià:^ dit-il, voleurs? qu'on me le mon* tre! Monsieur, répondirent ces gens, bien étonnés d'une si étrange figure, ce sont des autruches, et nous ne sommes point dc*s voleurs. Ues autruches 1 dit Sancho, qui n'en avait jamais vu; sont^lies de la maison d'Autriche? Si cela est , je les respecte ; sinon , je sais bien ce que j'ai à faire. Elles ne sont pas de la maison , monsieur, rép<indirent-ils , mais elles sont pour la maison : c'est le gouverneur d'Arache qui les envoie d'Afrique, pour mettre dans la ménagerie du roi notre seigneur, comme une chose curieuse. Qtio je les envisage , dit Sancho. Nous sommes pressés, monsieur, dirent-ils ; elles n'ont pas déjeuné, et nous avons huit lieues à

faire fti^nrd'hoi. Est-ce que j*ai déjeuné^ moi? repartit Sandio en colère. Tant mieat, tant mieux , la partie sera égale; nous combattrons tous h jeun. En disant eeia , il commença à brandir sa lance ^ et ces pauvres gens découvrirent aussitôt les antroches. On nVn ayait jamais vu de si belles en Espagne^ elles étaient d'une grandeur extraordinaire, surtout le mâle, qui avait l'air furieux. Ce fut à lui que Sancbo s^adressa : A moi^ dit*il^ des autruches! tâchant toujours d'imiter don Quichotte dans tout ce qu'il lui avait vu faire; à moi ! Oh ! je sais bien qui me les enroie , et je vais les lui renvoyer plus vite que la poste. En même temps il met la lance en arrêt, invo(|ue sa dame , la première venue ^ ct^ piquant des deux, il eonrl sur le mâle, qui Tattend de pied ferme avec de grands sifDemens. Sancho n'était pas encore trop adroit , ou le cou de l'autruche était trop mince ; quoi quMl en soit^ il ne put atteindre son adversaire ébranlé par le grand effort qu*il venait de faire , son casque , qui n'était pas bien attaché, tomba ( et l'autruche , qui vit sa tète nue, lui donna un si grand coup de bec à l'endroit où il était chauve , que le malheureux chevalier fut renversé à terre lout en sang et presque sans mouvement. Ce dangereux animal lui donna quantité de coups de pied, dont il l'aurait brisé, s'ils n'eussent tous porté dans la cuirasse ; mais il ne laissa pas d'en essuyer trois ou quatre , dont il se sentit assez longtemps. Sancho , fatigué de tant de coups , revint de son étourdissement , et croyant qu'on lui voulait faire rendre les armes : Se te les rends, dit-il, chevalier, et me confesse taincu ; je suis tout prêt à m'aller présenter devant ta dame , si tu en as une : c'est à toi de commander , et à moi d'obéir. Les conducteurs des autruches , voyant Tacharnement du mâle sur Sancho , faisaient tous leurs efforts pour le reprendre , et ils en . vinrent cnHu à bout; mais, en quittant sa proie ,' il làdia un rude coup de pied dans le ventre de Sancho, qui^ s'imaginant

În'il lut demandait son nom : Chevalier, ît-U j je m'appelle Sancho , chevalier de Malencontre. En ce moment, don Quichotte, qui n^'avait point voulu donner de secours h Sancho, tant qu'il n'avait vu

DON QUIGHOITE»

qu'un chevalier contfelui,!»

branler tous tout d'an coo^, qu'ils voulaient l'achever pcifcj était à terre , fondit rar eux b arrêt, et allait faire an terrAb ^ quand il s'aperçut que c'élaiem !

de pied et sans armes. Il leur ésu avait jeté ce chevalier par terre, k firent r histoire tout trenAlaafs.a rant qu'ils en étaient bien fichés.' tueraient eux-mêmes les autruche n'étaient point poar le rœ. Doû(\ les laissa continuer leur route ,^\ relever Sancho, ce qu*îl netn/enj facile. Il avait la iéte toute en % quand il voulut le remuer , iJ ki'^ pesant, qu'il n'en put venir à W a-t-il , ami Sancho ? lui Aemanàià.

chqtte. Ce qu'il y a, chevaliw.w Sancho , l'esprit si troublé qn^il « naissait pas son maflre, si vousèi'^ tien , sauvez le roi : les Africain^ gfué la bataille, il n'y a plas ri'enâi je suis blessé à mort. Bon coiin?

courage ! lui cria don QmcboUty rasins s'enfuient; lève-toi scolm tu verras que nous sommes mt champ de bataille. Sancho , sanssiv core qui lui parlait , easaja de « mais il n'y eut pas moyen. CheTafe:

il , je te prie d'une chose : ya-featt^ la duchesse, celle qui était autrd princesse de Micomicon , et lui fc part que je meurs son esclave. Voœi pas mort , chevalier , Im dit AonQéf^* et il en coûtera la vie à plus de diii Sarrasins avant que ce malheur tcc rive. Je suis mort^ chevalier , R'r Sancho, et il y a plus de deux heure n'^en voulais pas avoir l'air de pearé courag'cr les chrélietis ; mais il n'est. besoin de le cacher. Enlerre-moi^^ tement, et prends mes armes elmoBù val : c'est tout ce que j'ai à te àona&^^ l'heure. Sancho parlait si sérieuseuKi que don Quichotte ne savait p/««ff?

croire. Il visita sa blessure, qnia^aj^*^' lement entamé la chair -, cl, Iw ^^ core : Courage , courage , mon m^ cho; bon courage, mon cher fils; b*" sure n'est pas mortelle ; léve-toisfûl«^ et allons au premier château ; jcterêpo^ que ce ne sera pas grand'chose demaî

Sancbo raconnot la voix de don Quichotto; et lui dit : Qae sont devenus les ennemii»i seigneur don Quichotte? Ils sont bien loin y si tant est qu^il en reste ^ répondit don Quichotte. J'en ai bien tué, dit Sancbo ; mais ils me Tont bien rendu. En même temps il fit quelques efforts pour se lever; mais il était si moulu, qu^à peine pouvait-il se remuer d'un côlé sur l'autre, et le sang qui lui coulait sur le visage lui faisant croire que ses blessures étaient sans remède : Me voilà par terre , mon, maître, et la terre me redemande : il vaut autant me mettre ici qu'ailleurs. Je vous recommande ma femme et mes enfants; faitesen un gouverneur, Tautre comtesse, et mettez la mère en religion si vous ne voulez point vous marier avec elle. J'ai de l'argent sur moi pour les babiller de deuil ; le reste servira à les mener à la cour, pour demander récompense de mes services.

Don Quichotte, les larmes aux jeux, consola le pauvre Sancbo le mieux qu'il pouvait , et lui promit d'exécuter ses dernières volontés à la lettre ^ Sancho^ crojraut qu'il

se mettait en devoir de le couvrirdc terre : Attendez , monsieur, lui dit-il, attende? encore un peu : je ne suis pas asse? mort pour m'enterrer^ mais, sitôt queTafTairo sera faite, je vous avertirai, et je ne m'en soucierai guère alors. Dans le temps que nos aventuriers s'entretenaient si tristement , il passa deux paysans, et don Quicbotte les pria de lui aider à lever le chevalier pendant qu'il tenait sa jument. Ils le prirent , l'un par les pieds , l'autre par la tête , et le mirent en selle avec bien de la peine \ mais il ne pouvait se tenir , et M fallut l'attacher avec des cordes : si bien que don Quichotte, touchant la jument devant lui, semblait mener un criminel. Ils marchèrent quelque temps en cet état, Sancbo faisant des plaintes, des cris , et ciuelquefois des hurleraenls, selon les diflérentes secousses ; enfin , ayant aperçu sur la gauche une maison neuve et de bon air , ils eu prirent le chemin \ et nous allons voir dans le chapitre suivant \ qui elle appartenait.

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