Hennés, I, .^,0',: Cass., II, -.wj, Picciunrt
f-.> (^.nss., II, •>>(i, Picqiiarl. — Ce fui cgalpiiicnl le sonliinent do Mlle de (loinininires, (lui, la première, le i>i janvier 189S, iioniina Du P.Uy à Berlulus II, v.03 .
^^> \'oir A])pendiee V.
(V 1^- iH>vend)re.
il s'obslinait dans Tidée que Méline n'était pas irréductible, il avait supplié encore Leblois de lui donner carte blanche, de Tauloriser à montrer à Billot les lettres de Gonse, puisque c'était le seul moyen d'obtenir ensuite du premier ministre que lui-môme les lût. Après deux jours de lutte acharnée, il finit par arracher la permission de nommer Picquart, mais sans montrer les lettres. Méline lui dit alors qu'il était trop tard : « Il ne vous reste qu'à saisir le garde des Sceaux d'une requête (i). »
En quelques jours, Scheurer avait perdu plus d'illusions qu'en trente années de vie politique. Il en était très endolori. Pour avoir pris en mains la cause d'un innocent, il était vilipendé, sali; son passé, tant de services rendus, ne comptaient plus ; les ministres le traitaient en ennemi.
Pourtant, il lui était venu des encouragements qui l'avaient ému, d'utiles concours. Des savants, des hommes de lettres (55), quelques magistrats, beaucoup d'inconnus, le félicitèrent de son courage. Au dehors, surtout en Angleterre, en Hollande, dans les pays Scandinaves et en Allemagne, la presse célébrait sa belle initiative. Un Français seul, disait-on, est capable de donner un si noble exemple. Toutefois, il s'inquiétait de ce concert d'éloges, sachant combien, à certaines heures, le sentiment national devient susceptible et jaloux.
Un ancien officier, le capitaine Laget, lui confia que le général Jung l'avait assuré de Tinnocence de Dreyfus ; le vieux soldat alsacien réunissait un dossier quand la mort le surprit ; sur son lit de mort, il répétait : « Laget ne va-t-il pas venir? » Il emporta son secret dans la tombe.
(1) Mémoires de Scheurer; Procès Zola, i54.
(2) Duclaux, Boutmy, Ary Ronan, Raoul Allier, Tex-père Hyacinlhc, etc.
Un élo(|ucnt article de Lanessan, ancien député de Paris, qui rendait hommage à Tintrépidité civique de Scheurcr (i), lui fit du bien. Il écrivit ce jour-là (a) : « J'ai derrière moi une longue vie qui n'a pas été tout à fait inutile. J'ai mangé d'abord mon pain blanc. J'accepte la dure vieillesse. Je ferai tout mon devoir. »
Monod (3), dans une lettre publique (/(), racontait rhistoire de sa propre conviction : * Je puis me tromper, écrivait-il, je dirai môme : je voudrais qu*on me démontrât que je me trompe, car j'échapperais ainsi à cette torture de penser que mon pays a condamné un innocent à une telle peine pour un tel crime. » Kt il réfutait rimbécile formule, devenue un argument quotidien, que la i*e vision du procès serait une insulte à TArmée : « Aucune honte ne saurait être attachée à une erreur consciencieusement commise et consciencieusement réparée. »
Cette lettre ayant valu à Monod de violentes injures, les élèves de TÉcole normale supérieure protestèrent : est-ce que la jeunesse allait se réveiller?
Scheurcr s'occupait de saisir le garde des Sceaux d'une requ(^te.
•1 Han^ le Huppel.
{'X <> iiDVomhre.
?> Il avail (H rit an mois «le juillet à Alphonse Humborl, *\\ï\\ savait de^; amis d Ijanofanx, j^our le prier d'agir siir l^ millisl^*(^ Hiiml»erl ne ré|)<nidit pas, mais di^nonça Manoti comme le complice de Scheurcr. Hdair du i*'' novembre.) Monod revint de Kome pour adresser au Temps la Idlr^ où il î?e l)rononcail p(»ui'la revision, (aiss,, l.^i^yj, Monod.;
'i 7V;?i/)x du () noNcmbi'c i^«>7.
h\ COLLUSION 675.
Quel « fait nouveaii » invoquer ? La seule écriture d'Esterhazy ? Mais combien les expertises sont discréditées ! Scheurer eût voulu exposer tout ce qu'il savait de l'enquête de Picquart, et c'était peu de chose ; il ne connaissait même pas le petit bleu. Mais, ici, intervenait son geôlier moral, Leblois. Tantôt il Taulorise à parler; tantôt il s y refuse ; nommer seulement son ami, c'est le perdre. Il a consulté un des maîtres du barreau, Du Buit, qui lui a recommandé la prudence : « Vous allez faire crosser votre colopel.» Un jour, il oblige Scheurer à annoncer (prématurément) qu'une requête va être déposée; le lendemain, il jure que c'est la dernière chose à faire ; le surlendemain, il accepte de collaborer avec l'avocat Pelouze. En attendant, il conseille une campagne de presse ; mais avec quels éléments?
Dans cet embarras, j'ouvris un autre avis : demander, non pas la revision, mais l'annulation du jugement ; invoquer la communication des pièces secrètes, devenue do notoriété publique ; au besoin, à la tribune des deux Chambres, défier Billot et Méline, qui en étaient con* venus avec Scheurer, de nier cette violation flagrante de la loi. D'abord, le Droit; le reste viendra par surcroît. Et l'émotion, dans le pays, sera moindre.
Pour Démange, il eût voulu que Scheurer, au Sénat, interpellât le gouvernement,, racontikt à la tribune le procès de 189^, dénonçât publiquement le véritable traître. Leblois se récria : si Scheurer dénonce Esterhazy, Billot en conclura qu'il a été informé par Picquart. La bouche close par Leblois, Scheurer ne put même nommer Eslerhazy à Démange.
Il ne le nomma pas davantage à Mathieu Dreyfus avec lequel il s'entretint, malgré l'opposition de Leblois.
Depuis quelcjues semaines, j'étais entré eu relations
suivies avec Mathieu ; désormais, jusqa*à la fin du drame, je le verrai tous les jours, délibérant, discutant avtM: lui. Mais, alors, je n'en savais pas plus que lui; Scheurer avait refusé de me confier le nom du traître.
Ce silence, imposé par Leblois à Scheurer, a été désastreux. Si j'avais connu le nom en juillet, Scheurer n'eût pas perdu deux mois à chercher péniblement des lettres de l'auteur du bordereau. Et si Mathieu l'avait connu, il eût employé sa police particulière à réunir un dossier contre Esterhazy.
Un piéfj^e, qui eût pu être dangereux, me fut tendu. Je reçus, un jour, une lettre, d'une écriture contrefait^*, dont le signataire, Voland, offrait des révélations capitales si je voulais le mettre en rapport avec Mme Dreyfus. Mathieu, un revolver dans la poche et accompagné d'un ami, se rendit à l'adresse indiquée. L'homme, la mine d'un argousin de bas étage, dit qu'il était officier et l'auteur du borden^au. ^u'on lui donne de Targenl pour sa maîtresse et il se dénoncera lui-môme. C'était l'hoinme de paillo, le <v volontain* de la trahison (il ^» annonce*, depuis deux mois, par le moine de la Croix cl les journaux de IKtal-Major. Mathieu vit TinfAme macliination policière, sans doute cpielque coup d'Henry ; il dit au misérahle d "aller, s'il était le coupable, trouver le procureur de la Hépubli({ue.
Knire lenips, rannonce (jue Scheurer va déposer une re(ju<Me était Irailée, dans le pi-opre journal de Méline, conirue un*' niandMivro |)our masquer la retraite (21. Les aulres journaux redouMèienl de violence. Sch(Hirer est uii « idiot ", un « vicillanl uAlcux ••, <- Texeniple le plus frappant de la slupiJilr couleniporaini* i3) ». On récla-
(i Hr/io <k' Paris «lu 18 IH)^■<Mnl^^e 1>>\)'J. •'A licinihli^/ue du 10.
ii; Jour (in 1-2.
mait contre lui la convocation tantôt de la Haute-Cour de justice, tantôt d'une grande assemblée populaire pour le flétrir. « Que le nom de cet homme devienne un sujet d'opprobre et la conscience publique sera vengée (i). » Et les amis, les meilleurs, de Scheurer, s'énervaient avec l'opinion, s'irritaient, ne comprenaient plus rien. Lui, il restait calme, fidèle au pacte de silence qu'il avait consenti (2). Selon le mot admirable de Goethe à Kestner (l'aïeul de sa femme), il sait « qu'avec un peu de patience, il verra disparaître tout cela comme un brouillard devant un vent pur du Nord (3) ».
On en était là, dans cette impasse, quand le hasard, enfin, s'en mêla.
A la demande de Scheurer, Bernard Lazare avait retardé la publication de son nouveau mémoire et des expertises qui l'accompagnaient. Le volume parut enfin, dans les premiers jours de novembre. Quelques journaux le discutèrent. Cette question d'écritures amusait le public. Mathieu fit mettre en vente des fac-similés du bordereau et de l'écriture de son frère. Quiconque prendra la peine de les étudier constatera la dissemblance profonde des deux écritures, sous une similitude appa-
(1) Pairie du 12 novembre.
(2) « Je suis fermement résolu à garder le silence. Il est inutile de m'inlerrogcr : je ne dirai rien. » {Temps du 4 novembre.)
(3) Correspondance de Gœthe et de Kestner, lettre du 21 novembre 1774.
678 ' HISTOIRE DE I/aFFAIBE DlŒYFfS
ronlo. El, peul-iHrc, quelque passant reconnaîtra un jour récriture du bordereau.
r4'esi ce qui arriva le 9 novembre. Des camelofs vendaient les fac-similés sur le boulevard. Un banquier commissionnaire, Castro, en acheta un exemplaire. Il avait été en relations d'afîairesavec Esterhazy. Du premier regard, il reconnut la caractéristique écriture (i). Très ému (îî), il procéda à des comparaisons avec les lettres qu'il avait dans ses dossiers. Et, lui aussi, il constata ridentité (3).
Il fit part de sa découverte à son beau-frère et à quelques amis. L'un d'eux avertit Mathieu, lui porta des lettres crEsterhazy. Nul doute n'était possible. Mathieu éprouva une grande joie, puis une terrible angoisse : « Scheurer est-il sur la même piste ? » Il courut chez lui (/i), raconta lavonlure, lui demanda si c'était le même nom. Scheurer ^'interrogea : la parole qu'il a donnée à Leblois doit-elle Tempécher de répondre? Puis, il n'y put tenir: « C/est le même nom (5). »
Lchlois émit loni do suite l'avis que Mathieu lui-même dêiioiii.;AL Esterhazy : il l'a découvert indépendamment
(1 Procès Zola. I, 123. Castro : '< Lorsque, le malin, j'avais lin coinf'ior iinportanl à «IrpoiiilUM-, je reconnaissais récriture (lu commandant avant même «l'avoir ouvert sa lettre. ^•
(j Jhid., I. iiT), Scheurer: n .l'.ii eu un éhlouisscment.m'u-l-il (lit. »
(3; Ihiri. I, i-.>3. Castro.
(V' 11 novembre.
T) Mémoire.^ «le Scuix'iîer : Souvenirs do. Mathiku Dhf.yfi's. — Proccfs Hstcrhazy. i'|(>, Malhi<'U Dreyfus: lôi, Scheurer: Procès Zol'i. I. ii5, Scheurer. - (^a^d'o, le lendcMuain. se rendit à .son tour chez Scheurer, lui jinrla i\Q< lellres d'Eslerhazy {Procès J:slerfi(i:!/.i7y>. .I/unde ses amis avait prié l'avocat Kmile Slraus de minformer. J'avisai Hanc. Hemange, averti pur Mathieu, se ren«lit au trrefTe, avec srm secrétaire Collenot: il y retrouva récriture (TFsterhazv dans le dossier de ralTaire Mores.
(le Scheurer, surtout de Picquart ; il est le frère ; le traître lui appartient.
Mathieu eût voulu faire, au préalable, une enquête sur Esterhazy ; Scheurer insista pour qu'une requête détaillée, complète, fût adressée au garde des Sceaux.
Il avait plus raison encore qu'il ne le pensait: Darlan aurait accueilli la requête qui était de son ressort exclusif. Le ministre de la Justice était persuadé, maintenant, que la sentence de 1894 était illégale ; il corn-* mençait à croire qu'elle était injuste. Le courrier de la Guyane avait apporté deux lettres de Dreyfus, Tune au Président de la République, Tautre au garde dea Sceaux. Il y renouvelait sa protestation avec une éloquence dont Darlan fut touché. Le malheureux écrivait à Félix Faure : « S'il faut qu'une victime innocente soit sacrifiée sur Tautel de la patrie, si je dois Têtrc, oh ! que Ton fasse vite, mais que Ton sache pourquoi je succombe. » Au ministre de la Justice, à qui il s'adresse pour la première fois, il déclare qu'il n'est pas l'auteur du bordereau et que les autres accusations accessoires portées contre lui, « jeu, femmes », sont mensongères ; il demande qu'une enquête soit ouverte (l).
Esterhazy écrivait d'un autre ton. Mais Darlan ne connut pas ses lettres ; s'il les eût connues, il n'aurait plus eu un doute. Il était décidé cependant à faire l'enquête réclamée par le prisonnier de l'île du Diable.
Emmanuel Arène, député de la Corse et rédacteur au Figaro, était des amis de Scheurer. Il était curieux d'informations pour son journal. Il proposa d'y publier un article qui préparerait l'opinion. Cela fut accepté.
(i) Lollres du 5 octobre h Félix Faure, du 8 à t)arlan. Dans sa lettre au ministre de la Justice, Drevfus fait allusion à-sa lettre au Président de la République. Cette lettre fut communiiiuée au garde des Sceaux.
Pr<;^cé(lommont, avec mille précautions de langage, Leblois avait fait quelques confidences au mathématicien Bertrand, à Zola, au romancier Marcel Prévost, h Coppée. Tous avaient été remués, surtout Zola. Son premier soupçon que Dreyfus était peut-être innocent? datait du soir de la dégradation. Il dînait chez Alphonse Daudet, dont le fils avait assisté h la parade; le jeune écrivain en fil un récit sauvage. Zola s'éleva contre la férocité des foules ameutées contre un seul homme,fûtil cent fois coupable. Et celui-ci n'a pas cessé de crier son innocence ! Ce cri retentit dans son cerveau de poète. 11 y ébaucha un roman, l'histoire d'un soldat innocent qui s'immole à la paix de son pays, pour ne pas déchaîner la guerre par ses révélations. Puis, il n'y pensa plus.
Quand Leblois lui montra la correspondance de Gonse et de Picquart, il la trouva d'une clarté « excessive ». 11 fut, dès lors, acquis à la revision.
Il fut invité, chez Scheurer, avec Leblois et Prévost. Du récit de rontrevue, qui lui parut dramatique, de Schourcr îivec Billot, il conclut que le dossier secret élail vide de preuves. Mais l'indécision de Leblois, qui paralysait Scheurer, l'effraya. Il le dit à Coppée, qui répondit : <( Je crois bien que Dreyfus est innocent, mais je n'en sais encore rien (i). »
Le délai, où Billot devait faire son enquête loyale, allait expirer. Scheurer, dans une lettre publique à
;i Je liens ce récit de Zola.
Ranc, expliqua les causes de son long silence. Il y raconta sa conversation avec le ministre de la Guerre , leurs engagements réciproques :
J*ai démontré, pièces en mains (au Ministre), que le bordereau attribué au capitaine Dreyfus n'est pas de lui... Je Tai mis en garde contre de soi-disant pièces de conviction, plus ou moins récentes, qui pourraient être Toeuvre du vrai coupable ou de personnes intéressées à égarer la justice... Inutilement, j*ai demandé à voir les pièces qui établiraient la culpabilité de Dreyfus. On ne m'a rien offert, on ne m'a rien montré. Cependant, j'avais déclaré que, devant des preuves, je m'empresserais de reconnaître publiquement mon erreur... J'ai prié le Ministre de faire une enquête sur le vrai coupable ; il me promit cette enquête; depuis lors,, j'ai attendu en vain... Malgré l'illégalité, qui parait certaine, de la production aux juges d'une pièce inconnue de la défense, je n'ai jamais mis en doute la loyauté ni l'indépendance des juges qui ont condamné Dreyfus. Mais des faits nouveaux se sont produits, qui démontrent son innocence ; si, convaincu qu'une erreur judiciaire a été commise, j'avais gardé le silence, je n'aurais plus pu vivre tranquille.
Dans la pensée de Scheurer, cette lettre, préface de la requête en revision,- éclairera l'opinion, la fera réfléchir, et aussi le Gouvernement. Elle parut, le i5 novembre, dans le Temps, mais trop tard. Il s'était produit, la veille, un incident qui brusqua mal à propos le dénouement.
L'article d'Arène sur « le Dossier de Scheurer-Kestner » en fut le prétexte (i). En termes mesurés, il y indiquait les arguments du promoteur de la revision : l'écriture, les lettres de Gonse et de Picquart (sans les
(i) Figaro du dimanche i4 novembre, sous la signature « Vidi ».
C82 HISTOIRE DE i/aFFAIRE DREYFUS
nommer), les pièces socrMosJn fausse lettre « adres^sée par nnc personnalité étrangère h une autre personnalité étrangère ». Eslerhazy n'était pas nommé, naais le journaliste donnait de lui ce signalement : « Cet offieier n'appartient pas au ministère de la Guerre ; fort connu. et fort répandu a Paris, il tient garnison en province, dans une ville non éloignée de la capitale ; il est titré, marié et très apparenté. »
Cet article prématuré était à la fois terriblement clair pour les initiés et trop obscur encore pour les autres.
Depuis quelque temps déjà. Du Paty avait remis à Eslerhazy « un résumé des préliminaires de l'affaire (i) » ; Henry Tavail établi (2), mais Du Paty, en sa qualité de lettré, Tavait revu (3) et, prudent, Tavait fait recopier par sa femme (.^4) ; il conseillait de le publier en une plaquette, à un millier d'exemplaires qui seraient tirés à la machine h écrire du bureau des renseignements et envoyés aux sénateurs, aux députés et à la presse (5). Sur les observations d'Iïenry (6) que ce procédé étnil dangi'HMix, Du Paty émit alors l'avis do faire parnîlrr le plaidoyer pour Eslerhazy dans la Croix. La (illo Pays le porta an pèn» Hailly qui, méfiant, Tengagea i\ s'adr(\«^sor à Dru mont. Marguerite s'écria que son ami étail bien connu à la LUjvc Parole^ « mais qu'il no voulait pas s'y adresser (7) n. Henry remania Tarliclo (8),
^1^ Cana., I, \:^'^, Du Paty.
{'!• Ibid., I, 'l'i'^' Inslr. Tavernier^ 25 juillol, Du Paly.
(3, Cusfi., II, H)3, Du Palv.
{\\ Ihi<L, I. 5^^, EslorliazA'.
iW Ibifl., I. '153; fnstr. Ttivernicr, Du Paty.
(0 Crt.s.s-., I, \\yi. Du Paty. — K>lerhazy dil que ce fui lui qui lil lobsorvalion.
'7 R(^«.'il (lu pbvo Bnilly (Ian< le Figaro du ?.o novembre. — Le pi're Bailly «lit qu'il ilt recevoir la lille Pays par le directeur de la Bonne Presse, l'un de so< journaux.
(S; ^V/.<îs'., 1. 453, Du Paly; I, r.8/, ; II, iy3, Eslerhazy,
le garda en réserve, hésitant entre Drumonl et Rochefort (i). Dès qu'éclata la bombe du Figaro^ le matin môme, Esterhazv se rendit chez Drumont et lui demanda d'insérer sa réponse aux Juifs (2). Drumont navait rien à lui refuser.
L'article d'Arène était signé « Vidi » ; celui d'Henry fut signé « Dixi (3) ». Un haut fonctionnaire du ministère de la Guerre, XY, était dénoncé comme « Tâme du complot ». Déjà, en 1894, pendant le procès de Dreyfus, il a été pressenti par « des Juifs d'Alsace, ses parents » ; du moins, « il Ta laissé entendre à une femme ». Dreyfus, dans la dernière conversation « qu'on eut la stupidité de tolérer » avec sa famille, « manigança un système de correspondance occulte ». Il put ainsi, de Tîle du Diable, « révéler le procédé employé par lui, dans ses correspondances avec l'étranger, pour se protéger contre une surprise. Il les écrivait, sur un papier transparent, de manière à décalquer telle ou telle écriture ressemblant à la sienne. » Ainsi, pour le bordereau, il a décalqué une écriture qu'il s'était procurée, par une ruse habile. C'était celle d'un officier « léger, insouciant, prodigue, qu'on poussa , dans le désordre pour provoquer une défaillance ». Quand Dreyfus fut arrêté, il ne réussit pas, «< par suite de circonstances encore inexpliquées », à mettre en cause
(i; Esterliazy dit « qu'Ilonry lui avait demandé s'il connaissait Hochefort, qui serait un appui très puissant ; il réi)oudil qu'il avait des amis à la Libre Parole. » [Casa.^ 1, 5S.'|.)
f2> Cas8.^ I, 453, Du Paty; ï, 58^, Esterhazy. — Drumont : u Esterhazy a eu, tout de mOme, une bonne idée de venir me voir chez moi un dimanche, et j'ai eu une bonne idée aussi de le recevoir. » (Libre Parole du 12 janvier liMfi.)
(3) Casu., II, 180, Hoisandré : « A la rédaction de la Libre Parole, nous n'avons jamais cru que l'article fût d'Esterliazy. Les communications faites par cet officier étaient transmises [»ar ordre. Un document que j'ai vu en fait foi. »
u son répoinlanl ->. Deux experts toutefois hésitèrent à lui attribuer le bordereau. Enfin, en février i8(y>, il fui en mesure d'agir. C'est alors que le Syndicat « embaucha » le haut fonctionnaire de la guerre. « Muni d'avances considérables », celui-ci entra en campagne, « soudoya des subalternes, se procura de récriture de la victime, s'acharna pendant des mois entiers à le compromettre, avec Taide de coquins immondes (i) ». Il lui attribua le bordereau et composa un dossier avec « des pièces fausses provenant, soidisant, dîme ambassade », notamment une fausse lettre de la victime h un diplomate, « fabriquée avec un art si merveilleux que le fourbe eut le tort d*en rêver tout haut ». Au mois de septembre 1896, « tout était prêt »; on lan(:a la nouvelle de Tévasion de Dreyfus et Bernard Lazare publia sa brochure avec les documents que le fonctionnaire félon lui avait livrés. Cependant, « la tentative avorta », Tinstigaleur de cette infAme machination, « ayant été éloigné de Paris sous un prétexte (ju'on n'a pu encore élucider >». Il y revint plus tard (on juin iS<)7 pour s'entendre avec son Syndicat. Il est îissjsté <■ dune personnalité juridique qui tombe, comme lui, sous le coui» de la loi sur l'espionnage >;. nillot, depuis longtemps, aurait dû faire perquisitionner chez ce complice. Mais Billot n'ose pas faire sou devoir, •< ce (pii n'est ni crâne ni honnête ; chez lui, le polilicien i)nu\e le soldat ». Quoi qu'il en soit, (' la viclime n'e*^t ni morte ni en Suisse; elle fera voir qu'elle attend de pied ferme la stupide accusation du vieux pharisien Schourer ". Au surplus, le bordereau n'est qu'une pnMive, enln» cent, du crime de
(1; Cdsii.j II, •.>oi, IMcqunrl : « Los int'^mos imputations sont coiiUmmu's tlnns la loltro qu'Kslcrh/izy m'a écrilc le 7 novembre. ^>
Dreyfus ; une autre pièce est « très compromettante « pour lui; XY l'avait, sottement, introduite dans son dossier. « Elle a été retirée depuis ; elle se retrouvera peut-être. » En effet, w ce dossier a été compulsé par quelqu'un qui s'était associé, de bonne foi d'abord, à cette œuvré, mais qui, écœuré enfin de tant d'ignominies, prévint la victime ».
Cet article de Dixi était beaucoup plus divertissant que celui de Vidi; c'était un roman de Ponson du Terrail ou de Gaboriau. La petite minorité des gens sensés haussa les épaules ; à l'immense majorité des lecteurs, cela parut plus vraisemblable que la plate vérité. Et c'est, en germe, tout le plan de campagne de TÉtat- Major, qui fut méthodiquement suivi.
Dans la soirée, le document libérateur rentra au ministère de la Guerre.
Précédemment, Esterhazv avait tenu à confier à Du Paty que c'était la pièce « Canaille de D... » Du Paty, très fier d'avoir deviné juste, dit qu'il connaissait la pièce, i< qu'elle était zébrée » et qu'il fallait la rendre ( i). Esterhazy insinua que la pièce avait été montrée, en i8i/i, par Boisdeffre au colonel Maurel, avant le jugement. Du Paty affirma que c'était un mensonge et lui fit jurer de ne pas le propag'^r (2).
Il n'avait jamais été détenteur du document original ;
(1) Cass.y II, icj5, Enq, Renouardj Du Paty.
(2) Insir. Tavernier, 17 juin 1899, Du Paly.
686 HISTOIRE DE L .VPFAIRE DREYFX'S
Sandherr le lui avait seulement montré et il l'avait sottement applique à Dreyfus dans le commentaire auquel Henry subslilua la notice biographique ; mais il croyait toujoui's que le verdict des juges avait été décidé par sa prose et,après en avoir lire vanité et profitai en éprouvait des inquiétudes, maintenant que la communication des pièces secrètes, transmises par lui, devenait criminelle. On le tenait par là. Pour les photographies de la pièce, il ne les a \ucis qu'une fois, le jour où Gonse les lui a montrées, en présence d'Henry, quand ils discutèrent la dernière lettre d'Esterhazy à Félix Faure (i).
Il n'en était pas de même d'Henry, qui avait constituée reconstitué, nourri, trié, ^rdé le dossier secret, et qui, récemment, se l'était fait rendre par Gonse; pour les photographies de la pièce « Canaille de D... », cet homme exact n'avait jamais su ou voulu en préciser le nombre (:>). Ilien de» plus facile pour lui que d'en distraire une, de l'emporter. A la réflexion, il lui avait, sans doute, paru trop dangereux de faire jouer au bordereau annoté ou à la lettre de l'Empereur allemand le rùlc (Ir docunienl libérateur. Ni Du Paty ni Picquart ne coniKiissaicnt ces j)irri»s inyslérieuses. Il lui suftisait d'avoir donné à entendre aux généraux qu'Esterliazy était informé. 11 arrêta donc son choix sur la pièce (juc Du Pnty lui-nirine avait désignée à (lonse et, rayant mise sous enveloppe, il fil écrire par Esterliazv le texte d une h^llro do restitution à l'adresse
1) C'</.s'.s., I. ^r»! : lictincs, III, :»(/, ; In.<lr. Taverniei\ 17 juin, olc, I)u P;ity. — Hout'l imMirinc «(iii' hii l'.ity ,» »'<>nscrv(''. du proot's (!<' i"^.)h I.'> pliohJLriMpliic «I»' 1.1 |»i<'rf. (]n^$.. 1, 101. <'.ommenl ramail-il coiisei'viv», |iim-.(jh il \\\'\\ aN.iit j;iinais eu une seule à sa ilis|M»-ili()n .' IU)i:«'l ticiil rcth' v(M>-inn «l'Henry.
•> Prnrrs Zuld, I. !>7(), Ili'iiiy ; ■• Saixlhorr on iSy.'i^ en lit l'aiiv «l«Mi\ <ni Iroi^ pliolot^rapliios. — /> ne me souviens pitis (wmlrijicni (lu nonihr<\ — «lan- tons les cas, deux ou trois... «
do Billot. Eslerhazy mît le tout sous double enveloppe, ferma de son sceau (i).
Le soir, vers minuit, le pli fut porte au cabinet du ministre par un des hommes d'Henry (Lemercier- Picard ?)
Billot leut le lendemain (2) ; et le bruit se répand aussitôt qu'Esterhazy a restitué le document libérateur. Gonse, puis Henry, le disent à Du Paty (3). C est Esterhazy lui-môme, selon Henry, qui Ta rapporté: <i L'huissier a très bien reconnu son signalement (4)* » * ' L'huissier ne connaijssait Esterhazy ni de vue ni de nom.
(1) Lo fait de la triple enveloppe est incontesté : la photographie dans la première enveloppe : la lettre de restitution dans une seconde enveloppe qui inclut la première; le tout dans une grande enveloppe en papier huile, fermée h la cii'e noire par un cachet armorié. {Cd$s., I, loo, Iloget; 1,583, Esterhazy.) Ropet dit que le cachet est celui d'Eslerhazy, Du Paty (Cass., I, 4^2) dit qu'il ne connaît pas ces armes.
(2) Cass., I, 100, Roget.
(3) Jnsir, Tavernier, 21 juillet, Du Paty.
(4) C'est la version de Roget, qui la lient d'Henry : <» Un mdividu, dont le signalement se rapporte à celui d'Esterhazy, est venu, vers 11 heures du soir, disant avoir une lettre très importante h remettre au ministre lui-même. » Cette lettre fut remise par le garçon de bureau de service à l'ofllcier de service, le capitaine Nourrisson, qui la remit au général de Torcy. « Celui-ci, voyant (ju'il s'agissait de rafTairc Esterhazy dont il ne s'était jamais occupé, replaça le tout dans une enveloppe qu'il ferma. »» 11 la rendit au capitaine Nourrisson, (jui la remit le lendemain au ministre. (Ca«s., I, 100.) — « Comment, observe Du Paty, le capitaine Nourrisson a-t-il pu reconnaître la silhouette d'Esterhazy qu'il ne connaissait pas, dont les journaux n'avaient encore ni parlé ni publié le portrait? » Selon Cnignet, Nourrisson a pris d'abord cette personne pour le général de Torcy. Du Paty insiste sur ce «pie, <« si on a vu la personne entrer, personne ne l'a Mie soilir par la porte de rhôtel du ministre »>. Et comment Noui'risson pouvait-il même savoir qu'il y avait une affaire Eslerhazy ? Cet argument topique a échappé à Du Paty.
Le même soir, Eslerhazy débita sa fable à Du Paly : « Il a suivi ses conseils ; lui-mômc, la veille, il a remis son talisman au cabinet du ministre. » Du Paty avait compris que la pièce avait été rendue seulement dans la matinée ; il le dit à Esterhazy qui parut embarrassé, nia, essaya d'obtenir des renseignements sur la topographie du cabinet de service (i).
Par la suite, Esterhazy changea deux fois de version, rien que dans ses conversations avec Du Paty. U lui conta qu'il avait dépose le pli dans la boîte aux lettres du ministère (î?), comme une lettre quelconque; puis, (ju'ii l'avait fait porter (3).
Du Paty, (|ui commen(;ait à se méfier d'Esterhazy, interrogea Henry: « C'est bien Esterhazy, affirma Henry, qui a rapporté la pièce : chapeau melon, pardessus à collet relevé. » Ensuite, il remplaça le petit chapeau par un chapeau à haute forme. Enfin, il dit qu'il faisait une cnqut^te (4).
On ne compte pas les versions contradictoires d'Estorhazy. La plus ancienne, cVst qu'il était allé chercher le (lociinicnl il Londres, où il lavait mis en sûreté; il se conliMila ensuite de l'en avoir fait revenir(5). Plus
11) Insir. Tanernier, lu juillet. Du Paty.
.'j} De rnOiiic, dans sa déjjosition è Londres. <« C'est pour cela, aurait-il dit à Du l'aly. que le ministre ne l'a eu que le lendemain. •• Si Kslerha/y dii vrai, il en lésulte que le récit de Uo^t't TeiHjuiHe. et*-, est niensonirer. Même observation pour la vaiiante sui\anle. Iil p<>ur(|uoi dans la boite aux lettres? l'ourriuoi pas ehez le (-(UHiertre .' San*^ doute, il dormait!
1?)) Jnslr. Tdrrrnier. :>- juillet, Du Talv.
(\ Jhiil.
;r») Cass., n, \}-. I-^m/. Pellieu.v). K^terli.azy. — De m(^me. à rinsliiicticMi Ua\aiy. moins le voyaj.'e à Londres; il a fait seulement revenir d'Ani^letei-re la pièce mise en lieu sûr fil, io8^,. A son i)ro('<'s i[)\ , il dit seulement cpiil restitua le document, !-ans en savoir le contenu. 11 avait été plus explicite avec Kavaiy : • Cette lettre conunençait j>ar les mots : a Je
lard, il dit qu'il le reçut seulement la veille du jour où il le restitua (i). Quand il renonça à la dame voilée, il fabriqua un autre roman : ^< Du Paty lui a remis le document le soir même, à la nuit, si bien qu'il n'a pas pu en prendre connaissance et qu'il dut entrer dans un cabaret du voisinage pour fermer et sceller le pli (2). » Dans la journée, un billet, de l'écriture de la marquise Du Paty, lui avait enjoint de restituer immédiatement la pièce « dont réception lui sera officiellement accusée (3) ». Tantôt il a rapporté la pièce vers le soir, tantôt dans la nuit (4). Mais c'est toujours à l'Esplanade des Invalides qu'il l'aurait reçue, soit de la dame voilée (5), soit de Du Paty (6), c'est-àdire près des lieux mêmes où s'était passée, autrefois, une scène analogue entre le marquis et les Comminges. Du Paty,pour avoir admis que Picquart avait volé un document secret, souffrira de la même injuste accusation ', et pour avoir cru à l'existence dé la protectrice inconnue d'Esterhazv, il deviendra lui-même « la dame
vous... » et finissait par « Alessandra ». C'est tout ce que, pour l'instant, je puis voua dire. » {Cass., 111, io8.) (i) Cass.y 11, 248 (Enq. Berlulua), Esterhazy.
(2) Récit fait par Esterhazy à Christian (Cas^., 281). Ici encore, il y a des variantes : tantôt Marguerite Pays a assisté «\ la scène (récit à Christian) ; tantôt elle n'y a pas assisté (Cass.^ Il, 247, Esterhazy). — Juridiquement, toute Taccusation portée contre Du Paty repose sur les récits d'Esterhazy et de la fille Pays à Christian, et sur les suppositions de Picquart et de Mlle de Comminges.
(3) Dans sa déposition à Londres, devant le consul (22 février 1900), il dit que l'ordre de restituer lui fut donné verbalement par Du Paty; dans l'édition belge, qu'il reçut un billet de la marquise Du Paty ; dans l'édition de Paris (8), il dit simplement qu'il reçut l'ordre.
(4) Inslr. Tavtrnier, 21 juillet, Du Paty ; <« 11 a varié dans l'indication de l'heure jusqu'à ce qu'il ait été mis au point. »
(5) Enq. Pellieux: Insir. Ravary, etc.
(G) Cas8., 1, 583 ; Dép, à Londres,
voilée » ; encore <iuelqucs jours et le inonde entier va ridenlilier avec elle.
Ce délraciuc, qui se disait omniscient, était tombé entre les mains de bandits beaucoup plus forts que lui (i).
Pendant que se jouait, dans Tbmbre, cette comédie, Tarticle du Figaro faisait grand bruit. Les journalistes se mirent à la recherche de l'officier titré qui y était désigné. L'un d'eux, rédacteur à la Liberté, imprima que c'était un officier d'artillerie démissionnaire, Denis de llougcmont. Vidi avait précisé que le traître était en garnison près de Paris, donc en activité de service. Mais le reporter n'y regardait pas de si près. II lance un nom, i)rovoqiie un s(Nuulale, fait vendre son journal à (|uel(|ucs milliers (rexeniphiircs. 11 n'a pas perdu sa journée.
Denis de Rougcmont était connu de Scheurer, qui avait assisté à son mariage avec la tille du grand chimiste Wurtz.
Scheurer, le soir, lui avec stupeur une manchette de journal ainsi concjue : «■ L'n ollicier supérieur accusé de trahison par Srheurer-Kestner. » 11 adressa aussitôt
i; fnslr. Taremirr. m Juillrl. I)n P.ily : <( Ouaiit à moi. je le reprit*, «'l (l/'claro sur mon hoiuuMii" de soldat, <|iic je irai leiiiis ni fait r<Mnollro <(>iis pli oiivcil ou fernu'. ni aulrcnienl, la pholoLrrai>lii(» du dorunicnl « co canaille <lr D... >> à ICslorha/.v, vX que j ilinoie quelle esl la personne (pii a disposé le pli renfermant ce document au rabinet du ministre. »
une lettre chaleureuse à Rougemont pour protester contre cette infamie. Mais les journaux du lendemain (i5 novembre) exploitèrent Tincident avec rage : « Estce que ce vieux misér*able va déshonorer, Tun après l'autre, tous les officiers (i) ? »
Son collègue, Le Provost de Launay, antisémite, ancien boulangiste, lui écrivit qu'il allait demander au Sénat la mise immédiate à Tordre du jour de la loi sur l'espionnage ; à cette occasion, il mettra Scheurer en cause.
Un peu plus tard, Scheurer reçut la visite de Jules Roche, qui lui raconta que, rapporteur du budget de la guerre en 1894, il travaillait alors avec le contrôleur général Prioul. Celui-ci lui parla de Dreyfus : « Mercier est fou, s'était-il écrié, faire une affaire pareille I Et il n'y a rien ! »
Scheurer ne put retenir cette question : « Pourquoi avez-vous recommandé Esterhazy à Billot ? — Quoi l s'exclama Roche, subitement éclairé, ce serait lui, cet homme du xv!** siècle, ce condottiere fourvoyé ! »
Alors il conta à Scheurer le dernier entretien qu'il avait eu avec Billot au sujet d'Esterhazy.
Il revint de toutes parts à Scheurer que l'incident de la veille était cruellement exploité contre lui. Il pensa d'abord que sa protestation immédiate et sa lettre à Ranc suffiraient à calmer la fièvre de ces agités. Il comprit ensuite que l'heure avait sonné de donner satisfaction à la curiosité de l'opinion. Au Sénat, quand Le Provost de Launay le provoquera, que dira-t-il ?
Il fit donc venir Mathieu Dreyfus, lui expliqua son embarras et lui demanda, à titre de service, de dénoncer lui-même, dès le soir, Esterhazy au ministre de la
(1) Libre Parole^ Inlransigeanl, du i5 novembre.
Guerre (i). Mathieu y consentit (2).
(j) Procès Esierhazy, i52; Procès Zola^ I, ii5, Schcurer. (2) 11 6cri\ it en ces termes à Billot :
« Monsieur le Ministre,
« La seule base de l'accusation dirigée en 1894 contre mon malheureux frère est une lettre missive, non signée, non datée, établissant que des documents militaires confidentiels ont été livrés k un agent d'une puissance étrangère.
«J'ai l'honneur de vous faire part que Tauteur de cette pièce est M. le comte Waisin-Eslerhazy, commandant d'infanterie, mis en non-activité pour infirmités temporaires au printemps dernier.
« L'écriture du commandant Esterhazy est identique à celle de celte pièce. II vous sera très facile do vous procurer de récriture de cet officier.
« Je suis prêt, d'ailleurs, à vous indiquer où vous pourriez trouver des lettres de lui, d'une authenticité incontestable et d'une date antérieure à l'arrestation de mon frère.
« Je ne puis pas douter, Monsieur le Ministre, que, connaissant l'auteur de la trahison pour laquelle mon frère a été condamné, vous ne fassiez prompte justice. »
Mathieu Dreyfus dénonçait Esterhazy comme l'auleur de la trahison; Domnniîc lui avait dit : «< Puiî?que vous n'avez que récriluro, bornez-vous à dônonror M. Esterhazy comme l'auleur du bordereau, et n'allez pas plus loin. » {Procès Zola, I, 878^ Démange.)