C(186., IH
(•2) I^ettre du kj août iSyO à Jules Roche, (.«ss.. I, i'mhj.)
(3) Picquart entre en 1872 /i Saint-Cyr ; capitaine en iS8c». à •jiO ans. Eslerhazy et Picquart sont capitaines de la même promotion, du 1.'» novembre. — Dreyfus entre à l Êcule polytechnique en 1880 ; lieutenant en 1882, capitaine en 1889, à 3o ans.
4) Nt^ le 2 juin 184O, capitaine le ifi décembre 1879.
(5) Cass., I, 97. Rogct : « J'estime (c'est une simple opinion de ma part) qu'il n'y a pas fait autre chose ([ue de dis))otfer peul-ôlre de fonds secrets pwur son usage personnel. »>
(C Borel, Gresley, Farre.
conseil d'enqui^le (i) », il a été nommé, à son retour en France, dans une troupe d'élite (les chasseurs à pied) et dans une garnison de choix {'i).
Chez un officier ainsi favorisé, la reconnaissance envers les chefs serait simplement de la pudeur. On va voir dans quel enfer de haine il s'enfonça, pendant ces années d'Afrique, crevant de fiel, déjà prêt à tout, se répandant en menaces sinistres, sans qu'il précise d'ailleurs et sans qu'on puisse deviner le prétexte de ses fureurs.
Cette conquête de la Tunisie a été le premier sourire <le la fortune à la France depuis la guerre ; l'amie d'Esterhazy, veuve d'un officier, s'en réjouissait. Esterhazy, au contraire, s'en irrite. Cette guerre, « contre des bergers sans armes et des troupeaux de chèvres qu'on appelle des réguliers noirs », les bulletins de victoire expédiés pour la prise des « murs en carton de la ville sainte de Kairouan... », tout cela est ridicule. « 11 est moins dangereux d'assister à ces combats épiques que de traverser le boulevard Montmartre à cinq heures du soir : c'est honteux de voir tout le reraue-ménage que ces généraux font pour quelques cavaliers qui devraient les faire rougir en leur montrant l'exemple du courage et de la hardiesse. » Puis, brusquement, cette même Tunisie, dont il a tourné la trop facile con
fi Prori's Zola, I, 29,*), Picqnarl : u Le colonel Dubuchma fail dire (à Tunis; par le coniniandanl Sainte-Chapelle qii'Eslerha/.y avait eu. en 1882, à Sfax...» elc. « GrAce h la loncranimilé 1res g:rande de lautorilé militaire el à ses supplications, Esterhazy avait échappé au conseil d'enquiHe el au conseil de guerre... Le Hls du général La Hoctiue m'a dit (pi'Eslerhazy avait été suiveillé par son père. alor?i cpie ceUii-ci commandait la subdivision de Constantine » — Ses relations afllchées avec Bulow. l'attaché militaire allemand, contribuèrent à le rendre suspect.
(?. A Marseille, en i8.S'|.
KSTERIIAZY 35
qiiéle en dérision, il annonce qu'elle va devenir le tombeau des Français. « Les Arabes vont bientôt recommencer et, cette fois, tout à fait appuyés par les Turcs ; et si ces derniers se mêlent de la chose, vous pouvez compter que les Français recevront ici la plus splendide tripotée du monde. » En elTet, « tous ces généraux ^olesquesont encore la botte prussienne marquée plus bas que le dos ; ils tremblent de peur devant leur ombre ». Et, si les Turcs rechignent à la besogne, d'autres s'en chargeront, les Allemands, Bismarck, qui vient d'amener l'Italie à la Triple-Alliance (i) : « De graves événements se préparent, j'espère, et, à la première vraie guerre, tous ces grands chefs, ridiculement battus, poltrons et ignorants, iront, une fois de plus, peupler les prisons allemandes qui, encore une fois, seront trop petites pour les contenir ; toutes les farces de tous ces sauteurs seront de peu de poids devant les beaux régiments prussiens si bien commandés. » Celte image des Français vaincus, des généraux prisonniers, lui met l'Ame en joie ; il la reprend sans cesse, l'embellit de couleurs plus vives : « Si les Prussiens arrivaient jusqu'à Lyon, ils pourraient jeter leurs fusils en gardant seulement les baguettes pour chasser les Français devant eux... Avant qu'il soit longtemps, les Allemands mettront tous ces gens-là à leur vraie place... Le général Saussier est un clown que, chez eux, les Allemands mettraient dans un cirque (t^)..
fi Précisément, à la suite des événeuicnls de Tunisie. Le traité du 20 mai iSH-i fui annoncé au Reich'slntr, le r->. juin, par le prince de Bismarck.
{'2, Esterhazy donne le propos comme ayant été tenu devant lui par des officiers prussiens. [Prorès Zola, I, 5^1 ; II, 149, Albert Clemenceau.) — Esterhazy reconnut, dans une conver- •sation avec un journaliste, lauthenticité de ces diverses lettres. Fiijaro du 17 février i<S98.)
Voilà la belle armée de France! « — Enfin, de Marseille, s'ouvrant de ses projets à sa maîtresse : « La patience de ce slupide peuple français, qui est bien la plus antipathique race que je connaisse, est sans limite ; mais la mienne est à bout : je ne resterai pas plus longtemps avec ces imbéciles et ces brutes, voués d avance à la défaite. » Il a commencé par s'offrir aux Turcs : w Si on me propose un grade qui me convienne, j'irai làbas; » — à Constantinople; il a exposé précédemment que les Turcs vont intervenir en Afrique pour en chasser les Français ; — « mais je ne partirai pas sans avoir fait à toutes ces canailles une plaisanterie de ma façon. » El comme la réponse turque n'a pas été satisfaisante, il s'adrcîîsera ailleurs :
Je suis absolument convaincu, écrit-il (i), que ce peuple ne vaut pas la cartouche pour le tuer; et toutes cespeliles lâchetés de femmes saoules, auxquelles se livrent les hommes, me confirment à fond dans mon opinion.
11 n'y a pour moi qu'une qualité humaine, et elle manque complètement aux gens de ce pays ; et si, ce soir, on venait me dire que je serai tué demain comme capitaine de uhlans en sabrant des Français, je serais certainement parfaitement heureux.
Je regrette de tout mon cœur de n'avoir pas été à Aïn- Draham, bien que ce soit un fichu pays, et d'avoir remis les pattes dans cette France maudite ; j'ai fait toutes tentatives pour retourner en Algérie et je t'envoie deux lettres qui te démontreront, et (lu'Aïn-Draham est un sale pays, et qu'il n'est pas facile d'aller en Algérie, puisque la confiance que lu as en moi est telle que je suis obligé de
1 Eslerliazy, quand ccllo lollre fui publiée par le Figaro, alléi^ua quelle avait été « maquiliée » ; Mme de lioulanoy déposa une plainte en faux contre X... L'inPtruclion >ic leiinina, le i!2 mai i8<)8, par une ordonnance de non-lieu, d'où résultait l'authenticité.
ESTERIIAZY 37
prouver désormais tout ce que j'avance, pièces en main.
Tu te trompes complètement sur ma nature et mon caractère ; je vaux certainement, au point de vue général, infiniment moins que le dernier de tes amis, mais je suis un être d'une tout autre espèce qu'eux ; c'est du reste làdessus qu'on se trompe généralement sur mon compte : mais, à l'heure présente,.exaspéré, aigri, furieux, dans une situation absolument atroce, je suis capable de grandes choses si j'en trouvais Toccasion, ou de crimes si cela pouvait me venger.
Je ne ferais pas de mal à un petit chien, mais je ferais tuer cent mille Français avec plaisir. Aussi, tous les petits potins de perruquier en goguette me mettent-ils dans une rage noire ; et si je pouvais, ce qui est beaucoup plus difficile qu'on ne croit, je serais chez le Mahdi dans quinze jours.
Ah ! les on-dit que, avec le on anonyme et lûche, et les hommes immondes qui vont d'une femme à une autre colporter leurs ragoûts de lupanar et que chacun écoule, comme tout cela ferait triste figure dans un rouge soleil de bataille, dans Paris pris d'assaut et livré au pillage de cent mille soldats ivres ! ,
Voilà une fêle que je rêve.
Ainsi soit-il !
On chercherait en vain, dans la htlératuro, pourtant riche, des gallophobes, dans le Misogallo d'Alfieri ou chez Menzel, le « mangeur de Franrais », une plus furibonde invective; aucune plume, ni allemande ni italienne, n'a craché pareil jet de haine. Et ce n'est ni un accès passager de rhétorique ni un coup subit de folie. Ces « lettres à Mme de Boulancy », il les parle depuis plusieurs mois à quiconque, militaire ou civil, veut l'entendre (i). Plus d'une fois, des camarades, d'abord
.i,Cas8.. I, 7i3, Grenier: « Ksteihnzy «ausailiiiccssammenl ses lettres à Mme de Boulancy ; je veux dire par là qu'il Icnail
3i HISTOIRE Dh: L AFFAIRE DREYFUS
amusés de ses grandes phrases, puis indignés, lui ont imposé silence. Comme il s'obstinait à développer d'insultantes comparaisons entre les officiers fran(;ais, presque tous roturiers, et les officiers allemands qui, eux, du moins, u ont du sang bleu dans les veines »>, le plus ancien capitaine fut délégué pour le provoquer en duel. Il s'excusa piteusement (i). On le soupçonna dès lors d'espionnage et, dans la huitaine, il quitta le régiment pour s'embusquer, selon son habitude, dans les bureaux (2). 11 déclare ailleurs qu'il écrivait à son amie M comme pensant avec lui-même (3) ». Et c'est bien ainsi qu'il lui écrit, à elle et à d'autres, jetant sur le papier les idées, les mots qui bourdonnent dans sa tête, les images, désordonnées ou atroces, qui l'obsèdent, au galop de sa plume débridée, et d'une telle fougue qu'il se livre lui-rtiéme et se montre à nu. Ainsi se détache cette noire figure sur la banale turpitude des soudards vulgaires. S'il médisait seulement des chefs, Esterhazy ne se distinguerait pas encore de beaucoup de mécontents; de tout temps, la colère est montée vite, en gros mots, à la bouche des militaires. Mais sa rage, sa haine ont une autre envergure. De toutes ses forces et du plus profond de son être, il déteste l'armée dont il porte l'uniforme, la patrie où il
des propos injurieux pour la Friince el l'armée. »» — Dans la lettre d'un officier, du 0 janvier i8<)8 : « Ce (lu'Kslerliazy a écrit à Mme de Boulancy, je le lui ai entendu exprimer de vive voix, en Tunisie, en 18^2, el il fut même vivement pris à partie par des camarades »>
(1) Il fit d]abord le bravache : « J'af^pellerai tous ces messieurs sur le pré. »> Le capitaine lui dit alors (ju'il était à ses ordres. Comme c'était l'officier (jul avait fait assaut avec lui à Paris et dont il savait la suj>ériorilé, il rédéchit un instant, puis s'excusa.
•2) Notes d'un ancien officier du i3,V.
3) Dép. à Londres (Éd. de Bruxelles;, r.>7.
c si né, et, les ayant déjà vues malheureuses et vaincue?, il leur souhaite de nouvelles défaites et de nouvelles catastrophes.
VU
A vrai dire, il ne les a jamais aimées ; bien plus, malgré son acte de naissance, il n'est Fran<;ais que de nom. Dès le lycée, il paraît dépaysé, non seulement étrange, mais étranger; plus lard, dans les régiments où il passe, il étonne « par on ne sait quoi d'insolite, d'inexplicable ( i) » ; bien qu' «• insinuant et charmeur », il n'a aucun ami, on lappelle «< le rastaquouérc -^i ". Môme avant de plonger dans les bas-fonds et de donner libre coursa ses colères, il a toujours parlé en étranger des choses de France : il dira, un jour, de lui-même, " qu'il n'est Français que par le sabre (•*) «. Un phénomène, bien connu des physiologistes, ramène parfois vers les types primitifs de l'espèce les sujets que les croisements successifs en ont éloignés ; il est un exemple de cette loi de retour.
Bien que sa mère soit de pure lignée fran«;aise, —
[i) Lettre d'un officier, son camarade en Tunisie. — I);in-« tes notes d'un ancien officier du i35' : « II avait l'air d un étranger. »
.2) Figaro du 18 novembre iHtyj : propos tenu* à Jijl^*~ Iliin-l par un officier du 74* de ligne, dont faisait parti** KMo.vUa/.y : •• Il n'était en sommé qu'un ra?flaquouèrc dan» r;iniié*' franrai««* ! ■' — Procès Zola^ II, i.5H, Huret : - Voilà W tnol le plu!« grave <pii a été souligné à ce moment par la presse ^l <|u»» je niainti<*n«i. »
(3;. Note manuscrite d'un témoin ; N* propos fut tenu à Saink*- Menehould, en plein prétoire.
les Beauval sont une vieille famille ilc la Somme (i), — et que, dans la lignée paternelle, le sang hongrois soit mOlé à seize fois plus de sang fran(:ais (2), l'influcnre qui remporte est de quelque ancêtre primitif. Ces quelques gouttes de sang magyar dominent le mélange, lui donnent leur teinte.
Dès lors, tout en lui est d'un exotique (3), l'allure, qui est le style du corps, ce corps sec, osseux, courbé, trop maigre pour la tête massive et ployant sous elle, ce visage aux pommettes saillantes, barré d'une forte moustache noire, presque sans menton, au teint bistre, comme brùlé par un feu de soufre, le nez busqué, vrai bec d'oiseau de proie, les yeux petits el enfoncés de la fouine, noirs, impénétrables, au regard toujours en mouvemeni, quelque chose d'oblique, le gesle, tantôt brusque, tantôt insinuant, l'accent bref, la voix troublanle par des contrastes de violence et de douceur, el, surtout, cecpiidans l'homme est vraiment luimême, la traduclion certaine du moi, sa manière de parler et d'écrire.
Il a (juelques-uns des dons de l'écrivain : l'abondance, une trivialité puissante, des trouvailles inattendues, une ironie brutale qui brise tout sur son passage, emporte le morceau, comme une vague de lave qui écume et se précipite. Mais ce style n'esl français ni par ses
1 On Irouve. ;iii xiv sicole, un sciiriHnir .lonn de fleauval cl «le lï;ivos«|Uor(iuo vu dinércn»! avec Nieol.Ms Hi'aque,seii;neur (I<* (lliàlilloii-siir-Loinir. Arrèl du Parlomenl, 22 novembre l 'Mu . )
'A \'alentin-Jo?iei»h F!=ilerhazy marié à Philippine de la N<>u- 4^;n*ède : Marie-Arme, enceinte des renvres «In manjuifi de (iineslous : Jean-\Uirn<le Walsin, maiié à Adélaïde Cartier ; le général Walsin, marié à Mlle de Heanval.
.'i Eu iS«)7, (piand son nom éelala. ce fui l'impression des journalistes «pii se reneonlrèreid avei* lui : ^ Il rappelle bien le l\]>e honîj:rois. » Temps, du 17 novembre.;
ESTKIUIAZY 41
(|ualilés, 1res particulières, de couleur ol de force, ni dans ses défauts. Esterhazy, qui sait très bien l'orlhographeet en pratique môme, avec beaucoup de soin, h'< minuties, est rebelle à la grammaire, mais surtout au génie de la langue (i). L'instinct même lui en manque. Son vocabulaire est fourni, mais le sens précis, exact, des mots lui échappe: il les emploie, le plus souvent, dans une acception qui, sans laisser d'être savoureuse, n'est pas celle du parler national ; ses tours de phrase ne sont [)as seulement irréguliers ou bizarres. L'n l'rançais, (pii ignore la grammaire ou l'a désapprise, commet des fautes et des solécismes ; ses incorrections même sont franraises. Celles d'Eslerha/v
i) l*rtjrès Zola, l. ,54^, Louis Ila\«»l : m iJans le honlorcaii. i] \ a tle> luiirnuros inroiTCOtes cl de» lournures iinpnjprr^i. ffiii snnlileiU indiquer (|ueiqu'un qui no connailrait |>a< bien la lauLMie ou qui i)en?ierail en une lanirue élranijèi'o. Ain>i : Stins nouutrlles pour sans avis: un nombre fixe pour un nomhrt* déterminé... De même, dans l'une des lettres à Mme île Houlamry : la belle armée de France pour la belle armée française : Je ferai loulea tentai ires pour aller en Abjérie. Ailleurs : telle t^t telle personne doivent avoir conservé toutes traces de cette a/J'aire. Au contraire, Dreyfus écrit une langue 1res correcte: j'ai elierché en vain dan^ toules ses letlres une incorrection. I/un et l'autre niellenl trts bien l'orlhoiçraphe; seulement Dreyfus n'est pas très i^rammairien, tandis «pi'Ksterha/.y met ^crwpnieusemeiit les accents, les traits d'union, tous 1rs petits ;irci'-isi»ires de l'orlliograplie. >• — Même dé[ïosilion à Hennés 'III. :>/|«> à •.'»ii . avec de nouveaux exemples. Dans le borden*au : ('.haifue officier détenteur pour tout nf/irier détenteur. l»aiis une lettre à Jules Hoclie : Atroce à tous points de vue pour à tou>i les points de rue. Dans la lettre du Hiilan : // n'ij Il pour moi qu'une tonalité humaine. Dans une autre lettre à Mme de iioulanry : Les Allemands mettront loua cca t/ens-là à leur vraie place pour remettront à leur place. On dit en allemand : in den richligen Plat: setzen. Il enq)loi<* le mot comme d.iti- le si*ns de l'allemand nls : Je serai tué comme capitaine de u/t!anfi. Dans une lettre à .Iules !^"»cln.» : 'fous les pauvres miens : c'est l'allemand : die armen Meinimjen. Dans la mênn» ii'Itre : Si vous le jutjez bien pour si vous le jutjc: l)on. — On |Hiiirrail multiplier ces exemples.
ne le sont pas ; on sent que la forme dont il habille sa rapide pensée, si elle détonne en français, n'étonnerait pas dans une autre langue. Son éloquence, écrite ou parlée, toujours semblable à elle-même, ne sort pas d'une source indigène ; c'est de quelque gouffre lointain, inconnu, de la Pu/la ancestrale, qu'a jailli la trombe de cette incohérente rhétorique, le flot de ces longues et lourdes périodes, interminable;», coupées d'incidences et de parenthèses, comme un torrent est coupé de rochers et de cascades, qui roule pèle-méle les locutions barbares, des mois accouplés contre nature, les images grossièrement impropres ou contradictoires.
Avant (jue les fables d'Esterhazy sur ses années de jeunesse eussent été percées à jour, on a attribué ses exotismes, les uns d'origine germanique, les aulres qui seraient des solécismes en allemand comme en français, à l'éducation qu'il aurait reçue dans sa famille irAutriche et î\ l'École militaire de Wiener Neustadt. On attribuait de même à cette influence certaines particularités de son graphisme, notamment le double ss, inversé, le pelit avant le grand ( i ). Or, Esterhazy a fait ses éludes en France jusiju'a l'âge de seize ans, et, s'il a pris l'habitude de certains germanismes pendant les quelques mois qu'il a passés en Allemagne, entre sa dixhuitième et sa vingtième année, le métal sonore de son style était déjà fondu (*2). Pour le double 88, il l'inversait dès l'Age de onze ans, comme en témoigne un cahi(*r écrit par lui et que j'ai sous les yeux ('^). Cette forme
1 Procès Zola, I,5i/|, Emile Molinier ; Cass., I, (rôi, Giry.
'y.) Son style lui nvait valu ses scofs su('<'ès scolaires : eu iS(V:>, en seconde, il cul le deuxième prix <le narration française.
'A Morceaux de Mémoire: le cahier, i-elié, porte le millésime iS58. (^e sont des morceaux ctioisip d'auteurs classiques, en
« physiologique (i) » se trouve», d'ailleurs, dans nombre d'écritures qui n'ont rien d'allemand (2).
11 faut donc demander à une cause atavique plus profonde Texplicalion première, non seulement de ce style effréné, sauvage, qui est si bien tout l'homme, mais de cette nature si violemment hostile au génie français, même à l'esprit des malfaiteurs fran(;ais de même espèce. Le sentiment de la patrie est un produit du sol qui ne fleurit aux arbres importés que s'ils ont été bien transplantés et bien greffés (3) ; les autres éclatent en ronces ou suent le poison. Si forle pourtant que soit chez Esterhazy cette poussée des instincts étrangers, sa corruption acquise est plus forle encore, et tout contribue à la développer jusqu'à l'énorme, les brusques successions de luxe impur et de basse misère quifouettent sa machine physique et secouent ses nerfs, comme des jets alternés d'eau brûlante et d'eau glacée ; son intelligence, acre comme son sang, aiguë conmie un couteau, qui juge sans pitié les autres, et lui-même {^): la fortune, qui refuse de transformer, d'un coup de baguette, ses rêves en réalités : et les dons môme qu'il a reçus de la nature, et qu'il gâche à plaisir, parce qu*il n*a, comme une bête affamée et en rut, que des appétits et des besoins.
prose et en vers, copiés de la main d*Esl<*rlia/y : p, :r*> : />u/>nance^ dissipée; p. 22: passent, épanouissent, jeunesse. a\ec le double ss inversé.
(i: Procès Zo/a, I. 507, Auguste Molinier: • OiU: forme du double ss'i est une forme absolument physioloinqu*». '
'2) Par exemple, dans celles de Berryer. de iiautlt^'iisi. de Challemel-Lncour.
3 Par exemple, dans l'armée, le maréchal •!«• I^ssoiupierre. Rantzau. Maurice de Saxe, Ber^\'ick, Ma?ih«*na. Napoléon. Mac Donald, Mac Mabon, O'Connor, etc.
^4} «• Je suis un bandit chic. » Projioslenua C. îi...
A Marseille, durant Tannée 188^, Esterhazy fut au plus bas : il n'avait pas rétabli ses affaires en Tunisie ; celles qu'il y entreprit avaient mal tourné ( 1) ; ses créanciers, de toutes paris, se lassaient. Il avait emprunté (ou emporté) une somme considérable à une danseuse de l'Opéra, qui menaçait de porter plainte.
Cette histoire inquiéta terriblement Esterhazy ; il roula dans sa tête des pensées de meurtre. Il écrivit à Mme de Boulancv : <* Je suis à Tabsolu merci de cette drôlesse, si je commets vis-à-vis d'elle la moindre faute... Je la hais, tu peux m'en croire, et donnerais tout au monde pour être aujourd'hui à Sfax et l'y faire venir. Un de mes spahis, avec un fusil qui partirait comme par hasard, la guérirait à tout jamais (2). »
Mme de Boulancv dédaigna de comprendre Tavertissemenl. Celait une femme d'une cinquantaine d'années, orageuse, à qui Esterhazy, pendant longtemps, avait promis le mariage. Elle était, à un degré éloigné, sa cousine, de cette famille Cartier, de Nîmes, dont une fille avait épousé le bAtard de Marie-Anne (3). A elle aussi, il avait extorqué de l'argent. Tout passait, fondait aux mômes gouffres, dans des combinaissons admirables qui échouaient toujours.
L'an d'après, elle réclama son argent. Esterhazy
(1} Proccs Zula, F. 9Af>. — La Vifjie algérienne, du .'4 novembre iH<)8, fait allusion à Tune de ccir alTaire^. — K<terhazy, en 1S82. éiiiïi fort endellé ; il érrivil de Sfax : « Je >nis dans ce Irisle pays, non pour mon plaisir, mais par économie. »
{•1. F'ujaro du 28 novembre i-Sjjj.
(3, Voir p. i3.
éclata en fureur; il commença par nier sa délie; l'huissier signifla à dame Gabrielle Carlier, veuve de Boulancy, « que le requérant proteste de la façon la plus formelle contre l'acte à lui notifié »> ; il n'a jamais re(;u un centime « des 36.5 17 francs que ladite dame prétend lui avoir versés à titre d'avances (1) ». 11 fallut la menace d'un procès pour lui faire rendre six mille francs sur trente-six. On convint, de part et d'autre, de détruire les lettres échangées. Dès qu'Esterhazy supposa que Mme de Boulancy s'était démunie, il lui écrivit : « Vous croyez peut-être que j'ai brOlé vos lettres, j'aurais été trop naïf ; je les ai gardées toutes et je saurai m'en servir au moment opportun. » El, après deux grandes pages d'injures : « Soixante-dixhuit de vos lettres sont chez un avoué et, même si je viens à mourir, elles ne seront pas perdues. ( Ve^t fran- ^'ais, cela ! Je vous salue (2). »> Sur quoi Mme d(* Boulancy répliqua qu'elle avait, elle aussi, gardé les lettres dont la destruction avait été stipulée dans l'arrangement et qu'à la première occasion elle dénoncerait Esterhazv au ministre de la Guerre.
Ses notes militaires, jusqu'à son séjour en Tuni'^ie. avaient été médiocres (3). Désormais, elles sont excellentes, grâce à quelque mystérieuse protection ou par suite d'un aveuglement qui tient du prodige. En i8xi: « Manière de servir parfaite; grande éneririe ino-
(1 Acte du 10 janvier 1885, signifié par H. Brizin. Iiuir-H.T. L«: requérant « fait réserve de tous ses droits ç«-n«^r;ilerii''nt rpj*-lconques pour réclamer à ladite dame tel» domrri-ii.'<r--iïit»-i«'tqu'il avisera pour le cas où elle se livrerait à -on ♦'•îf.ird n d«*« actes de procédure vexatoire ». — Cette a-î-iim-ition fut rendue par Mme de Boulancy à Esterhazy, con^îerv/'*- p;ir lui. puis vendue, avec un lot de >ieux papier», en i'/>i. ;i Dommartin.
2i Figaro du 2 décembre i^,ç.
3i Voir p. 32.
raie (i ). »> En janvier i883, legén('»ral Etienne loue <« son caractère éneri^ique, sérieux, calme; officier vijf{foureux, ferme, bien élevé; belle tenue, bonne conduite. » Pour 1884, l'année de la lettres du Hulan », le commandant Pa- (juié n'est pas moins élogîeux : « Se fait remarquer par son esprit militaire et ses sentiments élevés. Très discipliné et fort respectueux pour ses chefs. » En juillet i885 : « Militaire dans Tâme; montre en toute circonstance un jugement droit et sain. »
Esterhazy, pendant son séjour en Tunisie, avait forgé un faux dont il tira, pendant plus de dix ans, honneur et profit.
Le bataillon, dont il faisait partie au début de la campagne, avait assisté, sans y être engagé, à deux petits combats, d'ailleurs malheureux (2), et qui ne donnèrent lieu qu'à un ordre de régiment. Le colonel CorrtTard y citait trois officiers (3) dont n'était pas Esterhazy, puistju'il était resté étranger à la rencontre et qu'au surplus il avait été malade pendant le combat (/|).
Mais Eslerhazv en avait envoyé au colonel du il&. à (.hAtellerault. un récit où il jouail le rôle principal, entraînant ses hommes, se précipitant sur les Arabes et décidant de la prétendue victoire; le colonel Carcanade, à qui l'idée d'une fraude ne pouvait venir, porta aussitôt à la connaissance de ses troupes la belle conduite du !*•' bataillon (5) ; et, tranquillement, durant
fi Noies (lu lieiilcnanl-colonel Cugnier.
(2) A El-Arbaïn. •>(> el 2f) ooiit 1881 ; la colonne «c replia le 3o pur Hammani-Lif. Aux combats du ^i) cl du '?\\, le bataillon du 1 35* avait été placé sur la gauche, pour tenir en observation les troupes, douteuses, du bey de Tunis. iClkmengealt, Iniquité, dSS.)
'3; Le capitaine Giovannoni, les lieutenants Jecker el de la Coste. Ordte du 3i août.
'i; Notes d'un ancien officier du 13?)''.
'") i' Le capitaine Kslcrliazy a abordé la situation de front: les Arabes ont été délo<rés par cette alla(|ue conduite vigou-
ESTKRIIVZY 47
son passaîî^c au ser\ icc des Hensci^neinenls tunisiens ( i ), où il échappait à la surveillance de ses chefs de corps, h>lerhazv avait Iranscrit sur ses étals de service, comme une citation à l'ordre de l'armée, la version menson»i:ère, de pure invention, dont il était l'auteur (2).
Ce faux, qu'il exhibait au bon moment, fît quehfues «lupes.
11 continua, d'ailleurs, ses fdouteries habituelles, a 'hetant, à crédit, pour revendre. Il bafouait ses créanciers et, jouant au marquis, traitait leurs réclamations d'insolences (3). L'un de ces faquins, l'ayant
rcurionicnt : lesorficiors cl la troupe ont rivalisé d'entrain el de \itrueiir. Je puis heureux de f)ou voir citer parlirulit'^rement le commandant Brouillet, le capitaine adjudant-m.njor Pasquin ol le oapitiiine Esterhazy qui. avec sa ligne de tirailleurs, s'est l»récipilé dans le bois, en enlevant ses hommes avec un entrain et un élan rcmarqu.ibles. » Ordre du i*"" sej>temhre 18H1, n" î<a. \*oir Procès Zola, II, iiS ; Cass.^ l, 607, Hslerhnzy.
1 II semble y être entré sur la recommandation du général (alors colonel) de I*ellieux. (Notes d'un ancien officier du i3.V.; Il y fit la connaissance de Sandherr. {Dép. ù Londres, !•'•• mars io^jo.
•2! Cass., l.OiG, général Guerrier: « Au moment de Tinspeclinn générale de iHtfi, j'ai été frappé par une inscription, sur ses êlat'S de services, d'une citation à l'ordre de l'armée. En voyant la date du fait auquel cette citation se rapportait, j'ai été certain que cette inscription ne pouvait être justifiée par la raison péremploire cfue cette a/Taire, qui avait été malheureuse, n'avait donné lieu à aucune citation pour personne. » L'ordre du colonel Corréard. qui ne nommait d'ailleurs pas Kslerha/.y. n'était qu'un ordre de régiment: les ordres du jour de l'armée figurent seuls, sur les états de service, à un feuillet spécial, (iuerrier rendit compte au commandant du 3« corps, et le ministre Billot ordonna la radiation de la fausse citation Procès Zola. l,3i'|. Picquart : elle n'en figura pas moins, au pluriel, sur les notes qui furent communiquées au con^^eil de guci rc de iSijS: " Très beaux services de guerre, citations, etc. • Procès EsUrhnzij, i38.
.3 Sur son agenda de 1885, à la date du 18 mai : » Lettre au carrossier Gibert pour réclamation indolente. ■« J'ai sou- les yeux cet agenda, qui fait partie de la collecli<m d'autographes d'Autrusle Mi>li'iier.
poursuivi en justice, lui déféra le serment; il jura qu'il avait payé. Les juges, nécessairement, crurent l'officier (i).
Tout cela, pourtant, ne l'avançait guère. Sa caisse, ft>lée de toutes parts, va être à sec. Au printemps de i885, il lui reste 7.000 francs de valeurs et 3o louis en or (2). Pendant les manœuvres des Alpes, son agenda le montre en proie aux soucis d'argent les plus violents, harcelé pour des sommes minimes, u de plus en plus désespéré ^>. Ce petit cahier, où il note, au jour le jour, ses impressions, fait apparaître, avec un singulier relief, rélonnanle multiplicité de Thomme. Il suit les manœuvres avec attention, regarde bien le pays, écrit, lous les jours, une vingtaine de lettres, télégraphie, entre deux étapes, des ordres de Bourse, poursuit une intrigue, fait tête aux huissiers, engage des procès, et, certainement, a été remarqué par ses chefs pour son intelligence et sa décision.
A la première page : /Ire, clea. morilurus te salutat. La déesse se nomme Clélia; il appelle son cheval du même nom. Je copie au hasard :
Réclamations du i3.> pour 28 francs do nécessaire d'armes... Écris à Clélia... A Aups, les lieutenants organisent un petit bal où va Mathieu donf le père est mort il y a (juinze jours. Héllexions noires... A Castellanc, logé chez (lu Villars. (Chocolat et punaises... Suis d 'avant-garde. Lettre charmante i\o (^lélia... Écris Berniond (son homme d'alTaires). Ecris Crédit lyonnais... Lettre infecte de Clélia.
{\) AlTairc Brion-Ksterhazv. Tribunal de Marseille, audiences (les 17 et '2\ février iS8r>.i — Il s'ajril d'un apparlement où Esleiiiazy a installé sa maîtresse et d'où il a déménagé sans ])ayer son terme.
\:>.: I:]ii juin. 7.S.V) francs, dont 7.100 en valeurs, le reste en monnaie. — En juillet O.o^k^ francs.
ESTERIIAZY 49
Lui écris huit pages. Tir de combat. Terrain ércinlant... Ecœuré complètement. Pense au mariage... Dépèches rassurantes liquidateur... Autre lettre de Clélia. Ingrate femelle!... Lettre de Delpiano. Embêté... Toujours souffrant, triste et écœuré... (A la frontière italienne): Los Italiens aussi nous foutront une pile... Exercice de télégraphie... L'artillerie et le génie ont fichu des mulets dans les ravins... Écris Fischer (son agent de change) pour six obligations... Incroyable énervement dans Tatlente du courrier... Mî nceiivre au Pas des mM/e//ers... Lettre Fischer mauvaise pour les banques ottomanes... Combat ù Thorame: éreinté... Le commandant me dit que j'ai de foit belles notes... Horriblement embêté, volé et roulé... Lettre» huissier; lettre B... Quelle canaille!... Nouvelle lettre ignoble de B... Écris au procureur de la République... Lettre ignoble de Clélia annonçant tout lini et reprend sa liberté. Lui écris trois lettres, lui envoie deux télégrammes... Aucune réponse de la rosse... Si je ne me marie pas, il faut filer au Tonkin.
(]i\ et là, entre ces pages, des fleurs séchées.
A bout de ressources, il se maria (i88(>). Déjà, pendant ces mêmes manœuvres des Alpes, il s'était adressé à des agences matrimoniales, de celles qui olVrenl des jeunes filles « avec tares », avait envoyé sa photographie et versé des avances. Une jeune fille, «< de cinq millions », qu'il croyait tenir, le refusa (i). In prêtre, attaché à l'une des grandes paroisses de Paris, l'introduisit enfin dans la famille du marquis de Nellancourl- Vaubecourt. Le marquis, d'une vieille famille lorraine, très royaliste, qui s'était engagé bravement pendant la guerre, honnête homme, un peu bizarre, avait mangé sa fortune personnelle; il s'était retiré dans ses terres
i: Aijenda. 9 et 28 juillet : .'|, 10 et ih) .-loùl; T», 0, 10, 17 et 18 septembre, avec les noms et adresses «les coi'respond;uil>.
<1e la Meuse (i); la marquise, de souche bourgeoise, dévoie, entichée de son litre, était riche et avait vécu longtemps séparée de son mari. Esterhazy jugea la situation d'un œil rapide. « Le fait que j'avais servi à Home, écrit-il, donna à ma belle famille des illusions sur moi (2). » Pour Mlle de Nettancourt, il eut vite fait de Féblouir par le feu d'artifice de sa conversation, le récit de ses exploits et ses grands airs. La dot était de deux cent mille francs (3). L'entremetteur en reç-ut six mille. Esterhazy, le jour du contrat, n'avait plus rien que ses bardes et quelque argenterie.
Le mariage, avec une femme aimante, qui le faisait entrer dans la meilleure société, monarcliiste et religieuse, et lui donnait un foyer, ne le sauva pas. Il semble, au contraire, qu'il ait été pris (à Marseille jusqu'en 1889, puis à Paris où il obtint de revenir) d'une frénésie accélérée, aclietant des objets d'art, des armes, un château (.'i), multipliant lesopérations de Bourse(5),
,1 f;ht\lcau (le NcUanfourU près de Révigny. — Le marquis (le Nellancourl avait un llls el tieux filles, l'une qui épou^ia un capitaine de fréerate, l'autre qui devint Mme Esterhazy. 2) Lettre à Maurice Weil, de juin i89^'|.
.3; \Jn fac-similé du contrat de mariage, reeopié de la main d'Ksterhazy, a paru dans le Journal du 17 novembre iS<)7. Par l'article 3 du contrat. Esterhazy déclare apporter en mariage : r ses habits, linge, elTetî^ cl bijoux pour'i.uof) fr. ; les meubles meublants, objets mobiliers, objets tl'arl, argenterie et bibliothèque, estimés à la somme tle 4^.irH) francs ; ensemble : fi'.ÛMi francs. — La dot de Mlle Anne de Nettancourt fut constituée par sa mère ; cette dot comprenait un trousseau d'une valeur de .').ooo francs et :>..'.>/.>r) francs de rente 4 i[2. Mlle de Nettancourt apportait en outre au mariage : r des elTets et objets d'une valeur de v..oc»o francs : -.>." le montant d'un legs de irK>.<>rjc> francs (pii lui venait tle sa grand'mèrc, .Mme de Hogier: ensemble : :>o7.(k m francs.
('1 A Dommarlin-la-IMancliette Marne , à T) kilomètres de Sainte-Menehouhi. «< Les terres sont inlouables ou invendables: bien dotal. » Gant., I. 7.)<>, iellre à .Iules Roche.)
r> 11 perdit une forte somme dans la faillite d'un agent de change à Marseille. Lettre à Maurice Weil.
ESTEBIIAZY
s'affichanl avec des drôlesses (i). En moins de cinq ans, tout ce qu'il put distraire de la fortune conjugale, par un remploi dolal frauduleux (2) et d'autres manœuvres, fut dilapidé. Sa femme dut réclamer la séparation de biens (3).
Et, dès c(ue l'argent manqua, il retomba aux prati- (|ues, aux escroqueries d'avant son mariage. A (lourbevoie, il déménage sans payer son terme et, poursuivi, jure qu'il a perdu la quittance de loyer (V- Au tailleur Rieu, qui lui réclame son dû, il exhibe de faux talons de poste comme une preuve d'acomptes qui se seraient perdus en route (5). Un autre fournisseur,
.1 lm[)liqu<^ dans une offairc de (l«»lourneiTienl de n)ineuros (C««."Ç., l, 7i3, Grenier}, il ne n'en lira qu'en achelant lo silenre des maitres-chant^urs qui l'avaient dénono*^.
2) <« En 1892, Esterhazy, de concert a ver..., négocia i3r).o<-»o l'r. de iKinncs valeurs appartenant à Mme Esterhazy et, à litre de remploi dotal, acheta un inimeul»lc grevé d'hypolh(î(iuesi, «l'une valeur fictive de i35.cxx) fr., qu'il paya en réalité 100 (k)o. « Rapport dePicquarl au minisire delà (iiierre, novewhvc iSi^Tk' — L'immeuble est situé à Belleville, \:>. rue des <Iascades. ~ Cf. Procès Zola. I, 3i3. Picquart :r«.«*f., LjriT), lettre d'Esterliazy h Jules Roche ; 1,718, Grenier.) L'annulation de la vente fut pron<mcée, le 17 juillet lyoi, à la requête de Mme Esterlia/y, par la première chambre du tribunal de la Soinc. Le jugement condamna RoUdairemenl Esterhazy, les vendeurs et le notaire ,1 rembourser (/).38i francs.
;3! Par jugement du tribunal civil de la Seine, en date du 8juin 1888. —Dans une lettre d'Esterhazy à un agent dalTaires: «• A la suite de grandes pertes faites à la Bourse et qui avaient compromis la fortune de ma femme, le Tribunal... » etc.
%) Procès Zola,], 3i3, Picquart ; Inslr. Tavernier, Rapport Desvernine. — Tribunal civil de Rouen, audience du 'jM juin 1894- Ï'G tribunal, ne pouvant mettre en doute la parole d'un officier, déboute le propriétaire de l'immeuble, mais n'accorde pas à Esterhazy les 5oo francs de dommages-intérêts (pi'il avait eu l'audace de demander. Affaire Raulin c. Esterhazv.
^5) Cass., I, G73, Srhmidt, agent d'affaire>i ; Oj'i. Rieu, tailleur. — Lettre d'Esterhazy sur papier pelure), datée de Coiu-l>evoie, le 17 avril 1892.
ajourné de mois en mois, menace de mettre opposition sur ses appointements ; il écrit à l'avoué :
Il y a, en France, une catégorie de drôles qui s'imaginent que les galons d'un soldat et les croix gagnées sous les balles et au prix du sang versé, comme c'est mon cas, doivent servir à toutes les malpropres tentatives de chantage qu'il leur plaît d'inventer. Ces canailles auraient besoin du bois de lance d'un hulan prussien pour savoir comment on traite des soldats (i).
Au mois de mai i8<)-2, il entra en rapports avec Drumont (2), qui venait de fonder la Libre Parole et de l'inaugurer par une campagne contre « les officiers juifs dans l'armée (3) ».
11 V a des dessous, encore mal connus, au rôle d'Esterhazy dans cette affaire (^1).
Les articles de la Lihre Parale (5) étaient signés d'un comte Pradel de Lamaze, déjà condamné deux fois pour diffamation (6). Les officiers juifs y étaient
Il) Letlrc saillie chez Lorlat-Jacoh, avoué, on réponse i^i une lettre rcromman(h^e du 20 aoùl iS<)i, dont la copie ePt au dossier de la (^our ih* cassation. — Eslerhazv déclare (nalurellement «« (|u'il n'a jamais refuse de payer k»s tenues échus »>.
(>' C(/.s*.s-., 1.71*2, Grenier.
3) \'oir t. I, 217.
{\ Ca.'is., r,7i'|, (irenier:» Malt^'ré les maux qu'il a causés è la famille C.rémieu-Foa. par une intervention au moins maladroite, ainon louche, mainlenant encore ceux-mèmcs qu'il a le plus atteints lui trardent un arrière-fond de regrets .»
(.") l)es '.»3 et ^'i mai. Il y en eut deux autres, le i»(» et le 28. .
() Acte d'accusation du marquis de Mores. (Loi du 3o aoùl iH<r.>, Droit, Gazelle des Tribunaux, etc.}
ESTER HAZY '>^
«lénoncés, en bloc, comme une plaie de Tarméc, un danger public. Vienne une guerre « et Rothschild se fera communiquer les plans de mobilisation ; — on pense bien dans quel but » .
Le capitaine Crémieu-Foa, du S"" dragons, releva le gant. Il adressa une provocation à Drumont : « En insultant les trois cents officiers français de l'armée active qui appartiennent au culte Israélite, vous m'insultez personnellement. » La Libre Parole répliqua : t< Si les officiers juifs sont blessés par nos articles, que le sort désigne parmi eux le nombre qu'ils voudront do délégués et nous leur opposerons un nombre égal d'épées fran<;aises (i). » Cette antithèse, d'un côté h's épées fran(;aises, et, de l'autre, lesépées juives, était une insulte de plus. L'article portait une signature collective : M Edouard Drumont; la rédaction de la Libre Parole ;* Mores et ses amis (2). »
Crémieu Foa me pria de l'assister (3). Je lui fis observer qu'officier, il devait, surtout dans une telle affaire, s'adresser à des officiers. Le môme jour, devant les
11" 28 mai.
•2; Le marquis de Mores (né le l'i juin i8r>8, mort le y juin iHift) était le (ils du duc de Vallomhrosa. il iivait passé quelque temps dans l'armée, puis, ruiné au jeu, parlit pour TAniériquc, où il lit le commerce des bœufs. H fcjc jeta, vers iS<)o, dans l'antisémitisme par haine des Rollisrhild, (jui ét^iient les amis de son père, mais que ses demandes répétées dargent avaient lassés. Lors du mariage de Mlle de Rothschild avec le I>aron I-.éonino, il organisa une manifestation aux portes de la synagogue ; des camelots lancèrent des houles d'(z.«î,s'(f fœHdu sur les robes des invitées. Il avait épousé^une Américaine.
(3: Il était mon camar.ide de collège. Le lendemain, il vint me retrouver, me dit que le comte Ksterhazy s'était mis à sa disposition et me pria d'être son second témoin. Je lui dis que, s'il ne trouvait pas un second officier, je serais à sa disposition, mais qu'Ksterhazy avait une réputation [dutùt fâcheuse. 11 me répondit: « C'est la nature la i)lus généreuse que je connaisse I >•
ôi IIISTpHiL: DE L AFFAIRE DHEVFUS
bureaux de son frère, il rencontra Esterhazy, qui le guellail, le félicita «le son initiative et ^ lui olîrit avec" insistance d'Otre son témoin »>. L'autre témoin fut le capitaine Devanlay : Esterhazy lui fit la leçon. Dru mont constitua Mores et le colonel (en retraite) de Brémond d'Ars. L'ne rencontre fut décidée.
Dès la première reprise (i), où Crémieu fut fouelté d'un coup d'épée à l'aine et son adversaire effleuré à l'œil gauche, le médecin de Drumont intervint (•>). C'était contraire au procès-verbal, qui stipulait que m les médecins n'interviendraient que sur la demande des combattants (3) »>. Mais les témoins arrêtèrent le combat.
Les blessures étaient si légères, que, le soir même, l'officier rentra à son régiment et Drumont à son journal. Le lendemain, Pradel de Lamase écrivit à Crémieu (ju'en ne lui demandant pas raison d'articles qui portaient sa signature, il l'avait offensé. De quoi Lamase exigeait réparation (^i).
La prétention était tardive. De plus, Mores avait déclaré aux témoins de Crémieu que u Lamase n'était pas l'auteur des articles, que c'était un officier de l'armée active, désireux de garder l'anonyme (5) ».
(i.i Le duel mil lion. ;i Tépt'O, I«» i<^'" juin. ;i Saiul-(iormain.
(2; « A la suite de l'intervention tin I)"" Fauquelin, les témoins onl drt oiTtHer le combat. »» iProcès-verbal de renconire. dans la Libre Parole du 2 juin, i
3^ Procès-verbal du 3i mai, réglant les condilions de la rencontre. {Libre Parole du •-> juin..
(V L^' texte de celle lettre a été publié dans la Libre Parole du 3o août i8<|2,
|5, Procès-verbal de rencomtre entre ( j'émieu-Foaet Lamase : « M. d(» Lamase recormaîl (|u"il a sipné lesdils ai'licles sans en être l'auteur, l'auteur de l'article étant un ofllcier de l'armée artive qui désin» «ranl(»r l'anonyme. » — Au procès Mores, le président l)eiet;orgue demande à l'accusé de déclartM-, !*ur sa parole d'honneur, si cet officier existe ; Mores répond affirmativement. Droil du 3o août 18.J2.)
ESTKIUIAZY 55
Qui était ce diffamateur masqué? Mores et Drumonl refusèrent de le livrer ; Esterhazy déposera, par la suite, qu'il chercha en vain à se le faire nommer, « afin, dit-il, que l'armée put le chasser à coups de bottes ( i ) «.
Cependant Crémieu ne déclina pas la rencontre et chargea de nouveau Esterhazy et Devanlay de ses intérêts. Lamase désigna Mores et Guérin (2). u Mores et ses amis >> habitaient la môme maison (3).
A partir de ce moment, Tattitude, déjà suspecte d'Esterhazy, ne laisse aucun doute qu*il s'était offert à Oémieu, à la demande des gens de la Libre Parole^ pour faire commettre des maladresses à son ami et pour le perdre. Il a consenti à le représenter, tout en lui conseillant de ne pas se battre avec le prête-nom de Tofficier anonyme; puis, bien qu'il voie familièrement Mores, qui Tavait conduit chez Drumont(.^j), il prend si mal ses
■1. Prof'ès Morès^ audience du 3o iioûl. {Loi du !•'' fif'pl ombre. — Etfterhazy ajoule : « Je ferai mOine déshaljiller les deux chasseurs qui l'expulseront, pour qu'ils ne salissent pas leur uniforme. »> — Les journaux de toutes nuances sorauièrent en \"nin l'officier anonyme de se nommer.
(•> Jules Guérin, né à Madrid, le i4 septembre 18G0. Il lit, pendant plusieurs années, des alTaires qui tournèrent mal. En 1888, il s'associa à deux Allemands de Hambourg, Menesser et Ackermann, dans une affaire d'huiles minérales, pour faire concurrence à la maison dont il était le représentant. Les associés y perdirent 200.000 francs. Déclaré en faillite le i5 octobre i88<j, il s'associa, en 1891, pour le commerce du pétrole, avec un sieur Boblin <iui y perdit tout son avoir. Il fut l'un des organisateurs des groupes antisémites. {Haute Cour de Justice , procès de i8»jç), IV, 4 et 5.)
3; 38, rue du Mont-Tliabor.
'4 Cass., 1.712, Grenier; il insiste sur les « relation* iiices^^antes d'Eslerhazyavec MM. Drumont, de Mores, Guérin, etc., pondant toute la durée de l'affaire des duels, relations «jui n'ont pas cessé depuis avec la rédaction de la Libre Parole. Ces relations avec Mores et Drumont remontent au printemps de 1892. >» — Dans une lettre d'avril iSij^h Ernest Crémieu-Foa, Esterhazy rappelle que la Libre Parole publia, le 1" juin, au len<lemaiu du
mesures que les témoins n'arriv^nl pas à se joindre (i). Le cinquième jour, Mores et Guérin écrivent à Crémieu que, s'il ne fixe pas de date à la rencontre, ils dresseront contre lui un procès-verbal de carence. L'inflammable officier leur envoie aussitôt un double cartel qui est accepté, mais à la condition que Lamase recevra d'abord satisfaction (2).
Quand les choses furent si bien embrouillées que Crémieu se trouva acculé à passer par ce duel, sous peine d'avoir l'air de fuirdevant Mores, bretteur émérile, et devant Guérin, sorte de géant qui répandait la terreur, Esterhazy rendit son mandat.
Toutefois, il ne cessa pas de suivre Tafl'aire, mit au courant les nouveaux témoins, le capitaine Mayer et le lieutenant Trocliu. Cette fois, tout marcha vite, trop vite. Les témoins de Lamase refusèrent de faire décider par un jury d'honneur si un officier peut se rencontrer avec un homme de paille (3) ; ceux du capitaine Crémieu
duel, une note courtoise, « noie, Mores est vivant pour l'affirmer, Drumonl est ]>vùi à le dire, qui n'avait été écrite (ju a ma demande expresse et à ma considération ».
d' Le 12 juin, les témoins de Lamase, qui n'ont pas reçu à temps la lettre des témoins de Crémieu-Foa, manquent au rendez-vous; aussitôt, Esterhazv et Devanlav écrivent à Mores et h Guérin que cette absence équivaut h une déclaration qu'il n'y a pas lieu à suivre. Mores et Guérin protestent, réclament un autre rendez-vous. Esterhazy prétend n'avoir reçu leur lettre <ïuc le iG. Dès le 17, Mores et Guérin provoquent Crémieu-Foa. Le 18, Esterhazy et Devanlay se retirent, parce qu'ils ne sauraient consentir à assister leur client dans un du<*l avec un homme de paille.
h.) Mores avait été, à Saint-Cyr, le camarade de Crémieu-Foa. Il lui écrivit le 18 juin : » Je suis h l'heure actuelle un des témoins de M. de Lamase. Depuis (quinze jours nous vous attendons; nous avons à ce sujet un dossier complet. »
(3; Crémieu-Foa reprocha à ses témoins de n'avoir i)as insisté sur la question du jury d'honneur; Mayer répondit que Mores avait parlé tout le temps et l'avait étourdi. L'incident fut assez vif. (Procès Mores, Libre Parole du 3o août; Mémoire just i fical if [)aiv Ernest Crémieu-F'oa, 30 et 87.)
ESTERHAZY .i;
demandèrent que le procès-verbal ne fùl pas publié, , parce qu'ils « répugnaient à Tidéc de voir leur nom dans les journaux (0 ». En conséquence, Mores elGuérin acceptèrent de déclarer, sous leur signature, que Lamase avait seulement signé les articles et qu'un officier, qui ne voulait pas se révéler, les avait écrits.
Le frère de Crémieu-Foa s'indigna de cette convention qui laissait le public dans l'ignorance de la honteuse vérité. Esterhazy l'engagea à divulguer, quand même, le procès-verbal (2). Ce jeune homme le tenait pour le plus loyal des soldais, un type de chevalerie. Quelqu'un, cependant, l'avait averti : « 11 ne regarde jamais en face; il vous trahit. » Esterhazy j)assa la soirée à la Libre Parole (3); le procès-verbal parut dans un journal du lendemain (4).
Cette incorrection eut de terribles conséquences. Les deux adversaires avaient à peine échangé quatre balles, sans résultat, que Mores, sur le lieu même du duel, accusa le capitaine Mayer d'avoir manqué à sa parole en publiant le procès-verbal. Mayer, qui avait vivement reproché son indiscrétion à Ernest Crémieu (5), répliqua à ^ Mores qu'il n'y était pour rien, mais qu'il se tenait à sa disposition (G). Lui aussi, il avait peur de paraître
\\j Ade d'accusation : « Le procès-vorhal sera coniinnniqué seulement aux intéressé?*, aux adversaires et à leur enlouiage immédiat, n La demande fut formulée par Mayer.
;2. Cass.f I, 711, Grenier : « C'est lui qui a donné à mon heau-frère Ernest Crémieu-Foa le conseil de publiei- h» prori^s-verbal du duel Lama.se, publication d'où sonl lésuUées la mort du capitaine Mayer et la distiualilication d'I-jin^sl Crémieu. •> — Esterhazy, dans ses dépositions et dans t\o nomlircux écrits, a fréquemment injurié Gaston Grenioi-, niai^^ sans jamais contester ce fait précis.
,3 II le dit lui-mômc à Ernest Crémieu.
(4 Malin du 20 juin 1892.
■ r>.; Mémoire^ tfi.
■ Ci/ Procès Mores. [Libre Parole, DroiL etc.. du )k) août.
reculer devant les injures des antisémiles-ct lenait à montrer (|ue le souci, non pas de l'honneur, qui n était pas en jeu, mais du point d'honneur, n'était pas moins vif dans son âme de juif que dans celle d'aucun chrétien. Mores reconnut que Mayer était étranger à l'incorrecle divulgation (i), mais prétendit qu'il en nommât lui-même Tauteur (•?). C'était rendre le duel inévitable. Mayer repoussa cette indignité, qui était une nouvelle injure.
Mores et (luérin savaient que l'indiscrétion commise était le fait d'Krnest Crémieu, qui l'avait avouée, spontanément, aux témoins de son frère. Le lieutenant Trochu, tout de suite, en avait avisé (juérin (3).
Visiblement, les antijuifs, Mores, Drumont, cherchaient à étendre le scandale, la ligne de bataille.
(Juelques jours auparavant, dans la salle des Pas- Perdus, au Palais de Justice, Guérin, disait-on, se serait écrié : u Que nous ayons un bon cadavre de juif et vous verrez toute la France en l'air (4)! »
(i l*ru<'<*s-vtM'hal de renronlrc. i^i^né : pour Mores, ronilo <lc Lamase, J. (iinM-in; pour le capitaine Jiti{/er, capitaine Dclorine, eapilaine Poujade.
(2 Procès Aforès. audience du 2y août i8ï)2 : « Si le capitaine Mayer, demande le président Delej^orgue, avait dénoncé l'aiitein* de l'indiscrélion, vous l'auriez considéré comme un lîiclie. »' Mores jjarde le silence. A l'audience du lendemain, Estherhazy dit que la « proposition était inacceplable; si le capitaine Mayeravait fait cela, il ciU été mis en quarantaine par ses camarades. »
3; Procès Morès^ audience du 29 août, interroi^aloire de Guérin, déposition du lieutenant Trochu. A l'audience du 29 aoi'il, Mores prétendit n'en avoir rien su. Mais Guérin avoue formellement «fue Trochu avait nommé Ernesiit Grémieu-Foa Ifroil du 3o aoùl 1892) ; il est impossible «pie Guérin n'en ail pas infoi'iné Mores.
Cl Aclc d'dccusalion : » Le iT) juin, alors qu'on attendait le verdir! du jui'v hur la poursuite dirigée contre le directeur du j')urnai /</ Libre Parole \n\v Burdeau, dansTaffaire de la Banque
ESTEIUIA7.V • ' :/•
L(* combat, ainsi voulu par Mores, <»ut lieu ie l«*n«Jemain (i). Mores apporta deux paire> il'épée.-. In-lourdes (2). Le sort le favorisa pour le choix des arm»*-. '« Après un engagement de quelifue.s secondes. Mayrr reçut au creux de Taisselle un coup d'une telle violence que le poumon fut perforé : le fer s'enfonça de pi us i ru r^ centimèlres dans la colonne vertébrale 3 . - Il uiourul dans la soirée.
Ainsi débuta l'antisémitisme en France : [>ar le meurtre d'un officier français, alsacien.
La Libre Pa/^le, pour atténuer la respun*rabilité de Mores, osa écrire que « Mayer était détaché à l'École po-
de France . Guérin avait osé f<>niiul«*r foui haut i.i» !?oiili<'<it criminel... • etc. \ Taudience dii-3«> aoi'il. Gu«'Min fii»* !»• |»ru|M»* qui lui e?t imputé par un tler* h'Muoiii!^ à charirr. L«'*«» Tavil. C»*t ancien élève des Jésuites, de son vrai nom Galiriel J<>i:and- Pagès, avait débuté par une série de [»amphlet-- orduriei*. <lont le plus fameux : Les Amours secrète* de Pie IX. lui a\îiil valu une amende de ro.ouo francs. Le '^^ avril iv<ri. " la lumière inonda soudain son dme ténél»n'u*e -. Il f<*rma s;i librairie anticléricale et détruisit ses é«;rits •iacrilèc*"?. ^?''« f:i»nversii>n ap{)arut comme le triomphe de la L'^ràc** divine • : il reçut l'absolution du nonce à Paris. Mirr *V\ lî»-ndi el roiiiinença la publication de .ses fameuses /{'^véUtlionit sur lu fraw- maronne rie. •• Par toule rEiiri»fie. hi pp*-** calh*»litpie accueillit ses œuvres avec de gramls ♦•luirer. Il.-C Lf:\. Lro Taxil el l'Eglise romaine, 12 et -^uix. En i^yr». l.«'-o Taxil dirigeait la France chrétienne, où il raconta rin«:id»'iit <iii l*;ilais de Justice. Guérin aurait dit encore : Piotlirrhilil, tn)U< l'étranglerons, nous le pendrons à la porte d** -<»n li^'*-.<'l... Ce sera la guerre civile, el tous les Juif- y pa-rerorit. — More- <lit de même à un journaliste : » N'ju- ne -ofiim«'- qu";iu commencement d'une gueri-e civile. » Echo de Paris du -.îTi juin, i 23 juin.
ivîi Arle d'accusation : * Le marquir- d^ More- -'él.iit nniiii «le ^oliche^^arde^» pesant j'i^ à 7H1 grammes, alor-j qin- IV-jM-r* ib* combat ordinaire est du poids de 7u»t irramm**-. .Vu pnM-è-, les maîtres d'armes de l'École pol\iechnique <b'»cl.irer**nl qui* b*> épées étaient trop lourdes, ce qui fut contesté par le* maitrr* d'aniies» civil.s, Vigeant. Prévost, et confirmé par E-lerha/y.
•3; Acte daccusa^^on.
Iylechnit|ue en qualité de professeur d'escrime (i) ».
Le capitaine Crémieu, ayant une affaire engagée depuis deux jours avec Mores, eût dû se battre le premier. H avait réclamé, en effet, son droit de priorité ([uand son colonel le rappela à Meaux, par dépêche, pour y subir des arrêts (2). Esterhazy se remit alors à sa disposition, mais pour signer, en hûte, sans le consulter, un double procès-verbal qui, visant les circonstances, clôturait les affaires contre Mores et contre Guérin (3). Crémieu, dès qu'il eut obtenu, dans la journée du lendemain, la levée de ses arrêts, accourut à Paris, récusa Esterhazy et se mit en quête de nouveaux témoins (^i). Aussitôt li Libre Paro/e publia les procèsverbaux, sans dire un mot de la récusation (5). C'était le matin môme où Mayer fut tué par Mores.
Dans l'émotion que causa la mort du capitaine Mayer(6), Ernest Crémieu fut se vêlement jugé. Esterhazy, qui Tavait conseille, lui promit de le dégager avec éclat et de prendre sa part de responsabilité, quand il déposerail au procès intenté à Mores pour homicide. Au jour venu, il n'en fit rien. Ce* furieux, ([ui écrit comme on sabre, sait, quand il le faut, calculer, comme un diplomate, la portée de ses paroles. Il montra son impartialité en rendant un égal hommage au courage de tous ;
(il Numéro du '?.\ juin.
.2: Dépêche du mardi i>i juin.
3 L<'s deux procès-verbaux >iOnt datés du -n juin. La sii^iiature de Devanlay, al)senl de Paris, fui ajoutée le 22.
V •>'2 juin. — FJsterliazy porta lui-même à Mores la lettre (jui le récusait. 'Mémoire^ \H.)
r») l'S juin. — Ksterhazy ni Devanlay ne protestèrent.
(0 Une interpellation eut lieu à la Chambre; Fi*eycinel, ministre de la (iuerre, dé<*lara <|ue « susciter la division entre les oriiciers. c'estun crime national». A Tunanimité, la Chandire adopla un ordre du jour approuvant les déclarations du Gouvernement (7.5 juin).
ESTERIIAZY T.l
s'il blâma l'emploi des épées trop lourdes de Mores, il n'en fil grief qu'aux témoins de Mayer (jui auraient dû les refuser; il allesta mOmc qu'Ernest Créniieu s'était déclaré tout de suite l'auteur de la publication des procès-verbaux, mais il se tut sur son propre rôle ( i) et laissa ainsi abîmer ce malheureux (2).
Mores fut acquitté. Le capitaine Crémieu-Foa alla se faire tuer au Dahomey (3).
Si Esterhazy avait été pour ces jeunes ^cns un ami loyal, Drumont eût vite fait de le traiter comme quiconque était Tami d'un juif, et de l'accuser d'avoir reçu de l'argent. Au contraire, Esterhazy devient un familier de la maison, un collaborateur du journal (4). Ouehpiesuns des articles les plus virulents qui y paraîlronl contre les chefs de l'armée, il les inspire ou les écrit lui-même, et, avec son eflVonlerie habituelle, ne s'en cache pas. Ne serait-il pas l'auteur des articles signés de Lamase et ([u'il a si bruyamment flétris (0) ? On l'en a accusé, n n sans vraisemblance, mais sans preuves.
Il' CasH., I, 71*2, Gionicr : « II ne dit pas un mot du coii^seil qu'il nvail donné, ne prit aucune pari de la responsabilitt^ qu'il avait encourue. » — Libre Parole du 3i aoùl : « Il se montre - Iri'S courtois pour nos amis. »
\'>) Le président Delegorgue, l'avoral grnrral. Demariire. avocat de Mores, relevèrent durement rindi.scrélion d'Ernesl (',réniieu-Foa, qui fut hué par le prétoire et «piilla la Cour d'assises? au milieu de manifestations hostiles. — La Lihrc Parole tint à constater « la courtoisie »> du président Delepor^^ue à l'égard «les accusés ; « c'est un brave homme « ; elle opposa son attitude à celle du président Mariage, qui présida les assises dans le procès intenté par Burdeau à Ih-umonl.
3y Blessé le 2G octol>re suivant, il ne voulut pas inlerronqire son service. Il mourut le 17 novembre à Purto-Novo.
i4> N'oir plus loin fp. /|88| des exlrail< de <|uclques-uns d«» (es article* et p. 43.'|) ses lettres h Weil sur ses rapports avec Drumont. Dans d'autres lettres p. 4*^S) il olTre à «les amis de faire attaquer, dans la Libre Parole, les minisires ilonl ils auraient h se plaindre.
(0 Uruuîont écrit le i>.8 aoùl : « l'n officier, rirlinie probable-
♦Î2 HISTOIRE DE L AFFAIRE DREYFl'S
Oiielques jours après ces événements, Esterhazyrec^Mil le quatrième galon (i)el fut désigné pour le posle de major h Dunkerque (tî).
Oelte afTeclalion ralluma ses colères. Il avait demandé instamment à rester à Paris. On retrouve, ici encore, l'un des traits saisis sur le vif par Balzac : « Les êtres de cette espèce s'habituent à ériger leurs moindres intérêts et chaque vouloir momentané de leurs passions en nécessité ; avec ce sysième on peut aller loin ('i). " Partant, ceux qui lui font <« cette crasse infecte » de l'envoyer à Dunkerque, « dans la garnison la plus au nord delà France », sont des « misérables»; Freycinet, d'ailleurs, et son dire<'teur de l'infanterie, « un fier gueux, l'ami de tous les .lésuites (4) >>, le « porc (ialli'niard (5) »>, savent bien ce qu'ils font. Lui infliger de tels frais de déplacemeni, <|uatre ou cinq mille francs, M absolument au-dessus de ses ressources (6) », et l'éloigner des afîaires << où une partie de la dot de sa femme est engagée », c'est le ruiner. Et non seule-
ment de pasise-droits odieux, comme l>eaiicoii|) de sos cninarados, nous a apporU^ dos nolos; il adoniandé \o socrfl ; on le lui a promis. M. de La maso a bion voulu so cliartror de moUro ces noies en ordre. >» Nulle auli'e indication.
(i) lo juillet iHiyi. Il fut nommé au choix.
1» Au iio<^ régiment de ligne.
3; T/ï mèntuje de (jarron, ifi.
(4 Lellre l\ Isaac. ancien souî^-préfet d'Avesnes, octobre iSçp. 1 Fac-similé dans le Sièele du «ji juin iSîjS.
r> Lettre à X du 3 octobre i8()'>>. Dans la même lettre :
« Je suis de plus en plus plus dans la m... »>
r>; Du 9 octobre i8*j-j>, au même.
ESTEIUI\ZY O;^
ment ces « cochons » ont juiv sa ruine (i •, mais encore la mort de ses enfants », de sa petite fille, « qui a été malade, Thiver dernier». Tout cela est *• immonde et lâche ».
Quelles canailles que ces gens-là et quelle joie j'aurais de donner ma démission, de montrer combien tout ce qui touche cette armée n'est que blague, farces, mensonges, vantardise, couardise et fanfaronnade! Que je les méprise et que je les hais, pour tout le mal qu'ils m'ont fait, qu'ils me font, pour tout ce qu'il y avait de bon en moi qu'ils ont détruit (2) î
On sent ici l'approche du naufrage final.
Opendanl, et tout en continuant à les injurier, Esterhazy sollicitait ses chefs (3). Il avait retrouvé, depuis^ son mariage, son ancien camarade du bureau d(»s Henseignements, Maurice Weil, alors officier d'ordonnance (au litre ferntorial) du général Saussier. Le gouverneur de P£ris, circonvenu par Weil, et le général de (jruinv intervinrent en sa faveur, mais san> succès : le règlement était formel, il était impossible de le faire passer au IV corps. *» Vous ne trouverez jamais, lui écrit
(li Lettre à Isaac. — Dans ses lellros à Isaac ot à Gronior,
boau-frère de Crémieu-Foa, il se prétend vi<'time de l'anli-
sémilisme : « Si je ne suis pas nommé, c'est pour conîplaire
à un petit drôle, le commandant Curé, de monrétrimi'nt. ancien
offîcier d'ordonnance du directeur de linfanleiie... C'est lui
<|ui manifesta son antisémitisme d'une façon aussi violente,
près de Gallimard, lors des histoires du duel. » Kt encore :
V Les Rothschild sont bien hétes s'ils ne se rendent pas compte
que c'est eux qui sont visés derrière tout cela et «lui tiinciue-
i*ont un jour, s'ils n'y prennent garde. Franchement, ils ne
l'auront pas volé. »
2) Lettre j^i Grenier.
•3) Lettre à Grenier: «« Le chef qui me tirerait du pétrin pourrait me demander ma peau le soir même; je la lui donnerais de ^rand c<i»ur, sur mon honneur. »
\v p^onéral do Guiny (i), un directeur de rinfanlerie qui fasse ce que vous désirez. » Seul, un ministre peut le faire et, « pour agir auprès du ministre, il ne faut pas \m militaire, il faut un civil influent o. Par exemple, explique le général, « un député, un sénateur », (fui obtiendra l'ordre nécessaire. <( Voilà le vrai moven ; il n*v en a pas d'autre. A un militaire, on oppose le règlement ; à un civil, on ne le peut pas. »> En conséquence, Esterhazy se fit donner par (1 renier une lettre qui l'in- Iroduisait auprès de moi ; mais il n'en fit pas usagt^, ce (pii ne Tempécha pas de raconter à son ami ({ue u j'avais été très hien(!>)^».
En elTel, il avait trouvé beaucoup mieux. Renseigné, à la Lihve Parole, sur la campagm» qui se préparait à l'occasion dos procès intentés à la (Compagnie du canal de Panama et sur le rôle attribué à Erevcinet dans cette alVaire, E^t<M'hazy demanda audience au ministre et é'aya sa rc(piéle de ipielqucs avertissements. Le ministre, à en croire Eslerbazv, fut ému, mais fit bonne ligun» :
i. 7 oclohro iScji, <lc Saveriay îLoiiv-Iiifcrioniv).
•-» LoUrc docloluT i8<jv.. siirjiapior <!«' lluMol TtM'uiinus: « J'ai vu lUMiiarli (pii a êlô très bien. T... aus^i. Mais vous compron«'z hion «un» je no peux pas raser ees uens-là indénnimcnt. J'ai prié seuhMuent Ileinaeli «le dire à Freyeinel, s'il en U'ouvail i'or«*a<i<>n... »• Dans trois autres letlres. Tune dotrtohre. non datée, les deux autres iXu \) et du 2G otlobre. il est question de ientievuc projetée avee moi j'étais aloi's «léputé, et de nia boiuir v(»Ionlé éventuelle. «< \'oliv propj^^ition |»our lleinaeh me senddr parfaite. S'il voidait vraiment ai:ir!...Li* voudra-t-il'.* Voilà la que>tion. . . » Or. je suis .--ùr «le n'av»>ii* jamais reeu la visite d I]>lerlia7v «pie j'ai \u. pour la premier»' roi*», au proeès Zola, «'t doid la pliwi<»Momie et la eonver^ati<ui m'aurai«'nt frappé. J"aj(»ule «pie. si ['sterha/N était venu m«* >«>lli«-iler, il m'aurait, par la -iuit»'. oppiisé, p«uu' sa défen<«*. ma r«M«»nunan«lali«)n. l»i«Mi au «'«^ntraire. /</ /,/7;/v PantU* ne ee^s.i de raeonler «pie j"a\ai^ reetunmandé HroNfu^i à Mirihel et à FreN«"inel. I*ie«piarl à Zurliinlen. el«-.
J*ai eu, écril-il, une engueulade homérique avec le Freycinet. Il a commencé, mais j'ai riposté dans la ligne basse; je croîs que j'ai touché la charogne. Vous m'aviez dit qu'il était très froid et très maître de lui ; je Tai fait absolument sortir des gonds. Mon opinion se résume Coujours en ceci : les cochons ! les cochons ! les cochons ! Je ne crois pas beaucoup à Dieu se mêlant de nos affaires, mais, s'il s'en mêle, il doit faire couler ce pays à pic, à bref délai. C'est trop sale et, surtout, trop lâche (i).
Freycinet dit qu'il entrevit seulement « ce grand escogriffe ») dans le bureau de son secrétaire, Lagrange de Langre. — El, certainement, devant le ministre de la Guerre, Esterhazy n'eut pas Tinsolence d'Achille. Les maîtres chanteurs de son espèce ne menacent pas ; ils insinuent, promettent, effrayent. — En conséquence, le jour môme, Freycinet adressa une note explicite au directeur de Tinfanterie :
J'ai vu le major Esterhazy et je l'ai autorisé àm'adrcsser, avec certificats médicaux à l'appui, une demande de congé jusqu'au 3i décembre. Dans le travail de fîn d'année, on l'affectera à un régiment du 3* corps, conformément à la demande des généraux Saussier et de Guiny (2).
Esterhazy, à qui cette note fut transmise par le général Gallimard, poussa ses avantages. Avisé par Weil qu'il y
(1) Carte-télégramme du 1*' novembre 1892 àX...— Plus tard, Esterhazy répète encore qu'il eut « avec M. de Freycinet, face h face, dans son cabinet, une explication plutôt vive et qu'il lui annonça d'avance tous les scandales Cornélius Herz ». {Dép. à Londres, Éd. de Paris, 80.) L'incident fut résumé par Grenier, d'après Esterhazy, au procès de Rennes (11, 4)- C'était Grenier qui avait mené Esterhazy chez Lagrange de Langre qui le présenta au ministre (Cass., I, 714). Freycinet, qui avait oublié sa lettre au général Gallimard, dit à Grenier, qui en déposa à Rennes, « qu'il ne se souvenait nullement avoir reçu Esterhazy »• En effet, il écrit seulement à Gallimard qu'il l'a vu.
(2j Noie autographe du i«' novembre i893.
6(j HlSTOllU-: DK L AFFAIRE DREYFUS
avait, à deux pas de Paris, une situation vacante u qui ferait très bien son affaire ( i ) », — le commandement de rÉcole de gymnastique et d'escrime à Joinville, — il la fit demander par Saussier. L'emploi étant déjà promis, Freycinet en exprima ses regrets au gouverneur de Paris (2). « En compensation », il offrait à Esterhazy la place de major au ^!^ de ligne à Rouen, « avec promesse d'une place de chef de bataillon à Paris, après une année de majorât ». Esterhazy, sceptique aux promesses, grogna encore, mais Saussier le rassura : « Le général, lui écrit un de ses aides de camp (3), me charge de vous dire que vous pouvez compter sur lui ; au jour voulu, il exigera absolument (/|) votre nomination à Paris. Acceptez donc, sans crainte, et, par la suite, comptez sur notre grand chef. » L'engagement était formel ; le général Gallimard le confirma dans une lettre particulière à Esterhazy (5) ; Rouen, d'ailleurs, est à deux heures do Paris.
Freycinet, parce qu'il avait obligé le protégé de Drumont et de Mores, se flatta qu'ils l'épargneraient dan« le feu de leurs attaques. Les j>olémiquos, au contraire, éclatèrent, d'une féroce violence. Il fit alors, ou laissa réclamer, par le chef de sou secrétariat, l'intervention
(1) « Maurice Weil, celui qui est fort bien avec le Gouverneur, ni'écrit pour me dire qu'il y a une place, etc.. Weil m'offre d'en pnrk^r au Gouverneur. » (LoUre à X..., octobre 1892.)
(21 Lettre du capilaine E..., ofllcicr d'ordonnance du générai Sausisier, à Esterhazy : « Le Gouverneur me charge d'avoir I l'honneur de vous faire connaître qui! a reçu ce matin (17 décembre} la visite de M. le général directeur de l'Infanterie, envoyé i)ar le ministre j)our lui dire ce qui suit : le ministre ne peut vous nommer ù .loinville, parce qu'il a i>ris des engagements antérieurs avec U..., l'ambassadeur, en faveur d'un frère de ce dernier. Miiis il vous offre en compensation. . . etc. »