‹ Histoire de l'affaire Dreyfus (volume 2)Chapitre 5 sur 25 · Du 20 décembre iSya · texte numérisé non relu

Du 20 décembre iSya

/i Souligné dans l'original.

{.') Du '?.'?. décembre.

BSTERHAZY 67

d'Eslerhazy, mandé à Paris, de sa campagne de Dommartin, par dépêche officielle (i). Esterhazy luimême avait, précédemment, offert son concours. C'est le procédé classique.

Telle était alors la terreur qui fit, pendant quelque s mois, de la République française une sœur cadette de. la République de Venise, sans la hache et sans les Plombs, mais où il suffisait d'être nommé pour être sali. Ce vieillard avisé, le plus éminent des collaborateurs de Gambetta et le plus fin des politiques, ne comprit pas qu'il s humiliait, rien qu'à ne pas rejeter une telle inlervenlion. Jaloux, avec raison, de son honneur, il pensait le défendre, alors qu'il livrait surtout le secret de sa faiblesse. Esterhazy, qui était accouru, fut reçu, en secret, par Lagrange de Langre (2) et rapporta, en goguenardant, l'entretien à ses amis. Les gens de la Libre Parole ne désarmèrent pas, mais ils notèrent rincident sur leurs tablettes, pour s'en servir plus tard. La nomination d'Esterhazy à Rouen fut signée le lendemain (3).

fi) Par lettre du 27 décembre 1892, sur papier officiel, un des officiers d'ordonnance de Freycinet avait prié l'un des amis d'Esterhazy de faire savoir à celui-ci « que M. Lagrange de Langre désirait Pentretenir chez lui, dans la soirée, avenue Kléber, 22 ». Pour le cas où Esterhazy ne serait pas à Paris, rofflcier de service priait son correspondant de lui faire savoir l'adresse actuelle du major « par le plîinton, porteur de cette lettre ». Par surcroît de précaution, roflicier de service avait mentionné, sur Tenveloppe, que la lettre pourrait être ouverte L'int par son correspondant que par « l'un des membros de sa famille ». — J'ai sous les yeux l'original de cette lellre. — -M. de Freycinet m'a fait, par dépêche télégraphi(jue ofliciolle, sur papier jaune, mander sur le champ de Donunarlin, où j'étais en permission, à Paris. » {Dép. à Londres^ Éd. de Paris, ^y],

il) 28 décembre 1892.

(3) « Par décision du 29 décembre 1892, M. Walsin Esterhazy, major du iio», passe au 74*. »

Ce fui l'une des dernières que signa Freycinet. Deux jours après, Ribot, président du conseil, reconstitua le ministère. Il n'appela point Freycinet dans la nouvelle combinaison (3i décembre). Loubet, ministre de rintérieur, et Burdeau, ministre de la Marine, se retirèrent en même temps.

Pour Esterhazy, son envoi, après tant d'intrigues, dans une garnison si voisine de Paris n'eut d'autre résultat que d'accélérer sa débâcle. A peine nommé ( i), il n'y fît que de courtes apparitions, toujours en permission ou en route, professant plus que jamais le mépris de son métier et absorbé par la question d'argent, spéculateur en uniforme, talonné par ses créanciers, brûlant ses dernières cartouches. Ce qu'il gagnait parfois dans une série de petites opérations bien conçues et prudentes (2), il le perdait aussitôt dans le grand coup qui devait refaire sa fortune (3). « Je continue à prendre la culotte, écrit-il en janvier, mon Turc f... le camp (^1). » Le mois d'après, sa déveine persistante prend un ton plus lragi([ue : « La jeitatura nCa fa nialedeiio, je suis désespéré (5). » Et, comme tant de scan-

(1) 11 prit son service «lans les premiers jours de février 1898. {Cass., i, 780, Mulot.)

(2) J'ai sous les yeux sa correspondance dans Tune des maisons de coulisse où il opérait, surtout sur la rente. De janvier i8y3 à février i8y^, il gaf,'na prescpie toujours, environ lo.cxx) francs (exactement :<j.7tKj fr. 60;. Voici l'un de ses ordres: « L'extérieur repart en arrière. Oue penseriez-vous de vendre une prime dont v>5 sur notre prime dont Tw? Si cela baisse, cela diminue ma perle de moitié; si cela monte, je bénéficie de l'écart. Ou bien de vonclre -j.ooo ferme? »» Il téléphone de Rouen, se lient au courant des flnrluations du marché.

(3: Notamment, des spéculations sur la rente italienne, aux- «juciles il fait de fréquentes allusions dans ses lettres à Grenier, et sur les mines dor. [Cass., I, 707, lettre à Jules Roche.)

l'i Lettre à Ernest Crémieu-Foa, de janvier ibyS. 5) Lettre à Grenier.

■ ESTERH.VZY 0,9

dales, une liaison publique avec une fille rencontrée au Moulin-Rouge (i), avaient amené une rupture violente avec ses beaux-parents (2), il jouait maintenant une autre comédie, celle du père de famille malheureux, prêt à subir toutes les épreuves, mais torturé par la pensée de sa femme et de ses petites filles, «- si gaies, joueuses, joyeuses, qui sont à la veille de manquer de pain ».

Cependant, la farce-tragédie se précipitait. On le vit alors agitant mille projets, dans une fièvre continuelle qu'il entretenait à grands verres d'eau-de-vie, d'une gueuserie tantôt lamentable, tantôt offensive, pérorant sans cesse, et c'est toujours le même discours, la même plainte contre-le destin, d'une fureur monotone, la figure ravagée, Toeil hagard et mauvais.

Certainement, un suprême combat se livra alors en lui. A-t-il déjà, comme il en a été accusé il y a peu de mois (3), et, plus anciennement encore, en Afri-

{i) Marie, dite Marguerite Pays. Elle avait alors vingt-deux ans. — « Comme le b... me répugne, écrit Eslerhazy ce n'est peutêtre |>as le goût du ministre, mais enfm ! :, comme je n ai jias envie d*atlraper le mal des croisés et que mes ressources ne me permettent pas la fréquentation de Liane de Pougy et C'«. j'ai trouvé à Rouen îcar elle habite de temps à autre Barentin où eUc est propriétaire) une femme qui habite aussi Paris, (jue je n'entretiens pas, et qui,moyennïïntune motleste rélribulion.veut bien de temps h autre dénouer sa ceinture. » Casa., I. 7O8, lettre à Jules Roche, de dt^cembre i8y<). — Plus lard. Ksterhazy et la fille Pays habitèrent ensemble. ^Dur' janvier i8</) jusqu'à lafuited'Esterhazy.auno^gdela ruede Douai. Lebailfutau nom d'Eslerhazy jusqu*au mois d'octobre 1K97.

i'i Dans sa lettre de juin 189^ à Weil voir p. <j-.>. , il attribue cette rupture à r«intisémitismc du marquis et de la marquise de Netlancourt, qui lui auraient reproche d'avoir assisté CréiDÎeu-Foa contre Drumont.

(3 Eftlerhazy avait été dénoncé, en i8<):>. au gi^néral Brault, chef du cabinet du ministre de la Guerre, comme suspect d'espionnage, en relations avec des attachés étrangers. La dénon-

70 inSTOIKE DE L AFFAIRE DREYFUS

que (i), domamlé d'occasion h l'espionnage les ressources que la Bourse et le jeu s'obstinaient à lui refuser ? Cela est possible, mais rien ne le prouve. On peut supposer qu'avant de franchir ce dernier Rubicon, un reste d'honneur Ta retenu, le souvenir de tant d ancêtres, son nom évocateur de tant de gloires, la peur, tout au moins, du périlleux métier. Enlout cas, il a cherché, pendant quelque temps, à quitter l'armée, à fuir, loin d'elle, le spectre qui le hante, à se fuir luimôme.

Dans les derniers mois de 1892, avant que le ministre eût rapporté le décretqui l'envoyait è Dunkerque, Esterhazy avait fait ù Maurice Weil le récit pathétique de, sa misère et l'aveu de ses déboires : w Sa carrière militaire se terminerait sans qu'il y eût un moment de fortune (2) » ; mieux valait y renoncer et, pendant qu'il était jeune encore et vigoureux (il avait alors quarantetrois ans), recommencer sa vie dans quelque emploi civil. Dès lors, il suppliait Weil de le recommander à Léon Berger, un ancien officier d'ordonnance de Saussier qui présidait à Constantinople la commission de la Dette publique ; « les bonnes places n'y manquent pas ». Weil écrivit chaleureusement à son ami, et Esterhazy s'adressa lui-même h Berger, en termes pressants : « Puisse Berger me sauver, dit-il îN Grenier, ou mieux sauver les miens 1 » Et encore : « Si Berger ne me trouve pas quehpie chose, je n'ai qu'à me

cialion fut l'objet de communications avec le gouvernement militaire de Paris. — Le pén<^ral Annenkof a raconté qu'Estcrhazv et llenrv avaient été au service de la Russie, avant la conclusion de ralliance.

(1) Procès Zola, 1. nfi, Picquart. (Voir pp. 33 et 38.) h) Lettre à Grenier, décembre 181p.. — Esterhazy lui demandait son appui auprès du commandant Berger.

ESTEnHAZY 71

luor et les miens avec moi. C'est horrible. Nul ne peut savoir ce que je souffre ( i). »

Phrases do roman, littérature de mélodrame ; pourtant, ce dessein de partir, de chercher fortune à l'étranger fut sérieux. Un instant encore, comme épouvanté de lui-même, il s'y raccroche.

Berger répondit favorablement, mais sans promettre une solution immédiate. Un peu plus la'rd, vers Tété de 189.3, il vint h Paris, manda Esterhazy et lui offrit la place qu'il avait si vivement sollicitée. Esterhazy le remercia, mais refusa. Il a changé d'avis. Si ses parents de France l'ont abandonné dans sa détresse, ses parents d'Autriche, dit-il, ont été plus généreux ; l'un deux, un vieil oncle, lui a assuré une rente annuelle de douze mille francs.

L'oncle n'existait pas, et Esterhazy ne recevait aucun subside d*Autriche.

Il était entré, depuis le mois de juin, au service du major Max de Schwarzkoppen (2).

(1) Lcttr? au même, un peu postérieure. -— Esterhazy ne date presque jamais.

f2) J'ai tiré (presque exclusivement) de documonls manuscrits et de mes conversations avec qucl([ues personnages dirertemenl informés, les éléments du récit 'd'ailleurs, cl forcément, incomplet) qu'on va lire. On a déj/iivu (l. I, 9.f^9^ que Schwarzkoppen, dès i'ori^mc, avait raconté son aventure h Panizznrdi, son coll^guc italien, sans toutefois nommer P>terhazy. 11 n» le nomma qu'en 1S97, avant son départ pour Herlin. I.c comte Tornielli consigna par écrit le récit cpie lui fit alors son attaché: il déposa ce mémoire, intitulé Pro Veriinle, aux archives diplomatiques, à Rome, et en a annexé une copie à son testament.

Il avait fait la chose brutalement, avec son cynisme ordinaire, et jouant d'ailleurs, se jouant à lui-m^me la comédie jusque dans le plus abject des crimes.

Par lettre d'abord, puis dans une audacieuse visite, en plein jour, Esterhazy s'offrit à l'attaché militaire d'Allemagne, mais non comme l'espion ordinaire, en quête de trente deniers. Ayant décliné son nom, il dit que, de cœur et (l'âme, il était resté hongrois, autrichien, allemand, qu'il n'avait de français que le déguisement de son uniforme et que, s'il l'avait revêtu, c'était pour mieux servir sa patrie d'origine en lui livrant les secrets de l'ennemi. S'il demandait de l'argent, beaucoup d'argent, c'était moins pour lui que pour sa femme et ses enfants qui mouraient de faim.

Il ajouta qu'il n'était pas, à la vérité, officier d'État- Major, mais qu'il était en position de connaître les affaires les plus secrètes du ministère de la Guerre,

L'ambassadeur dllalie m'a fait, d'^|)r^s Panizzardi, les mêmes récits qu'à Scheurer-Kestner et à Trarieux, au sujet des rapports de Schwarzkoppen et d'Esterhazy. {Cass., I, 4^ et 470; liennex^ III, 4?-^>» Trarieux.) J'en ai eu, plus tard, confirmalion pleine et entière par le prince de Munster, à qui Scliwarzkoppen, avant de quitter Paris, avait fait enfin sa confession, et qui en avait pris note pour ses Mémoires. —L'Empereur d'Allemagne a fait quelques rares, mais très formelles, déclarations qui m'ont été répétées. — Enfin, au mois de novembre 1898, peu de jours après que j'eus fait paraître mon premier article (de pure déduction) sur la complicité d'Esterhazy et d'Henry {Siècle du- 7 novembre), j'ai reçu la visite d'un écrivain russe, des plus con sidérables, qui me fit p.art de la conversation qu'il avait eue à Andermatt,cn octobre, h la veille de l'inauguration du monument de SouvarofT, avec le baron de Yonine, ministre de Russie, et le général de Rosen, attaché militaire russe à Berne. L'un et l'autre tenaient dir ectement de Schwarzkoppen qu'Esterhazy lui avait désigné Henry comme son informateur. — Schwarzkoppen avait été nommé à Paris le 10 décembre i8<)i. — La notation : Benseii/nemenis inédits, (ju'on trouvera plus d'une fois au cours de ce volume, se rapporte à l'une ou à l'autre des sources que je viens d'indiquer.

parce qu'il était lié étroitement avec plusieurs généraux et qu'il avait, au service des Renseignements, un officier qui le documentait.

Schwarzkoppen Fécouta avec défiance, étonné d'une telle impudeur. Il connaissait l'organisation du contreespionnage français ; il savait qu'à la suite des affaires où avaient été surpris l'un de ses prédécesseurs, le baron de Huiningen, dit de Huehne, et le capitaine Borupt, attaché militaire des États-Unis, Tambassadeur allemand avait promis au gouvernement français que ses attachés s'abstiendraient désormais de semblables pratiques. Il crut qu'Esterhazy était un agent envoyé par Sandherr pour le tromper ou l'éprouver. Et il le lui dit : qu'il n'était pas d'humeur à risquer sa situation pour un individu qui était, sans doute, un provocateur et peut-être n'était même pas officier ; qu'au surplus, Esterhazy n'avait qu'à s'aboucher avec Schmetlau, l'attaché militaire allemand à Bruxelles.

Esterhazy refusa cette combinaison, plus sûre pour Schwarzkoppen, mais trop dangereuse pour lui. On se sépara, cette fois, sans conclure ( i).

Peu après, il revint à la charge. Schwarzkoppen, qui cherchait alors à s'informer des projets, en cours d'étude, sur la transformation de l'artillerie, lui proposa nettement le marché : « Apportez-moi les renseignements qui me sont demandés, et je vous prends à mon service. »

Il ne s'attendait pas à le revoir. A son étonnement. Esterhazy revint, au bout de quelques jours, à l'ambassade et lui remitdes notes très complètes sur les dernières séances du comité d'artillerie, un résumé, qui lui parut authentique, des procès- verbaux. Schwarzkoppen lui

(i) Renseignements inédits.

74 IIISTOinE DE L AFFAIRE DOEYFUS

paya grassement cette première fourniture et l'engagea, à 2.000 marks par mois ( i ).

Êsterhazy, dès sa première rencontre avec son employeur, lui dit qu'il se documentait au bureau des Renseignements ; un peu plus tard, il lui nomma son collaborateur : Henry. Et il le lui nomma fréquemment, par la suite, dans ses conversations et dans ses lettres.

(i) Penseignemenis inédils. — Le savant F. Cornw.iUis Conybcarc m'écrivit, le 28 juin i8<)8, clans une lettre qui fut publiée par la presse du monde entier : « Je suis assuré que le colonel de Schwarzkoppen ne niera pas qu'il donnait une mensualité de 2.0()0 francs h son informateur habituel, le commandant Estcrhazv. » Conybeare défiait tout démenti autorisé. 11 ne s*en produisit aucun. — La date de 1898, pour l'entrée d'Esterhazy au service de Schwarzkoppen, m'a été donnée par le prince <le Munster hii-méme. (luers a donné la même date h Honrv et b. Lauth, lors de l'entrevue de BAle ; du moins (luers l'a affirmé, ])ar la suite, li un témoin (|ui recueillit j)ar écrit ses déclarations. La noie, récligée par Laulh à son retour de BAle, débute ainsi :« Au moia d'août i8<>3 ou i8<yi, on n'a i)as su pu voulu préciser l'année... » — De même, à l'instruction Tavernier, T) octobre i8c)8': h (luers raconta, dépose Lauth, que l'espion — le major — était entré au service allemand au moment den manœuvres de i8<)3 ou iSy'f. Malgré l'insistance ([u'on y mil, il

refusa de préciser l'année Il fui renvoyé à Vautomne

de i8<p, au-fui à l'époque dea manfrurres. sur l'ordre formel envoyé de Berlin à l'allaché mililaire (pi'il eût à rompre avec un homme (lui donnail dï's renseiirnemenls faux... >» Ici encore, la dale. (lormée par Laulh, est fausse : le petit tdeu étant de \Xt/i, Laulh dit(ine l'espion fut congédié en iS*).') afin de rendre celte pif'ce inap|)lirable à Lslerhazy. (iuers parla aussi d'une prernlrre rupture qui eut lieu, connue an va voir, en 1894, ù t'époque des man<euures de printemps.

EST fin H AZ Y 75

En i8<)3, il y avait treize ans qirEslerhazy, Henry et Weil avaient (|uitté, h quelques mois de distance, le bureau des Renseignements où ils s'étaient connus. Weil recul son congé définitif en 1880 (1). Henry, promu capitaine en même temps qu'Esterhazy (•>), fut envoyé d'abord aux zouaves, à Oran, puis au Tonkin. Apre à la besogne et brave au feu, blessé dans la campaiçne du Sud-Oranais, il reçut la croix en i884 et fut nommé, h son retour en France, major et commandant d'armes h Péronne (3). Il y épousa, en i8<)9., la fille d'un aubergiste (4). L'auberge était achalandée surtout de rouliers ; la jeune fille servait ellemême les clients de son père (5). Henry, lui aussi sans fortune, fils d'un paysan, se serait adressé alors à Esterhazy pour constituer la dot réglementaire de sa fiancée (fi). Peu après son mariage, Miribel et Boisdelîre firent, pour son malheur, rentrer au service des Renseignements, l'imposèrent à Sandherr (7).

Les relations d'Esterhazy et d'Henry, très intimes pendant leur commun séjour à l'État-Major, n'avaient pas cessé depuis (8). Quand Henry passa au 2« zouaves, régiment où Esterhazy avait servi avant lui, ils corres-

(1 Cass.j I. 3io, Weil.

'•>:• ift (lécombro 1879.

(3. Au 15K)* de ligne, on 1890.

(4 Berlincourt.

[.V Gaulois du 28 décembre 1898.

(6) Récit d'Kslerhazy h un journAliste nnglnii».

.'7: Renneu, II, 520, Cordicr. — « Par décision ministérielle du IV. janvier, le commandant Henry, major au 120^ réfriment de liirne, oM désigné pour être détaché Al'État-Majorde l'armée. » {Journal officiel du i3 janvier i8<j3.) Le lieutenant-colonel Roget et le capitaine Cuignet furent nommés au 4® bureau, Roget le 19 janvier, C.uignet le 9 février.

i.H) Cass., ï, 580, Esterhazy ; 714, Grenier ; 709, lettre d'Esterhazy à Jules Roche.

ri. ^ -

j. V^^wWSV't

pondaient fréquemment (i). Ils se retrouvèrent ensuite à Paris et étaient voisins dans la Marne.

Pogny, village natal d'Henry, où il allait chasser, pendant ses congés d'automne, chez son père, grimpe sur la côte basse qui longe le canal de la Marne au Rhin. A mi-route de Sainte-Menehould, non loin des plaines glorieuses de Valmy, le château-ferme d'Esterhazy, Dommartin-la-Planchette. Ce terroir champenois, tant foulé par les invasions étrangères, glacial l'hiver, sous la bise qui souffle des défilés de TArgonne, brûlé comme un Sahara pendant les mois d'été, blanc d'une poussière crayeuse,de la groise aveuglante,, est peuplé de gens robustes, maistristescommeleursol déshérité, cultivateurs et petits bourgeois, qui s'épient les uns les autres et observent tout, en silence, sans en penser moins. On y connut vite les rapports d'Henry avec le châtelain de Dommartin. Henry, fils de ses œuvres, protégé de Miribel, parent, par sa mère, du général Chanoine, qui était aussi du pays, comme un autre officier d'État-Major, l'homme de confiance de BoisdefTre, Pauffin (de Saint- Morel), était l'orgueil du village de Pogny. On racontait ses campagnes, ses deux évasions pendant la guerre (2), ses exploits en Afrique et au Tonkin (3). Au contraire, à Dommartin, Esterhazy était peu respecté. Les désordres de sa vie étaient connus ; il avait tenu d'étranges propos ; on le savait grossier, mauvais payeur, processif. Cependant on lo craignait, tant il faisait sonner ses relations de famille, sa prétendue

(i) Dép. à LondreSy i*^^ mars ujiyo.

('2) Il tivait été fait prisonnier deux fois, le 11 octobre 1870, à Orléans, et lo 1" février 1S71, près de Ponlarlier ; chaque fois, il s'était échappé (pielques jours ai>rés.

(3) 11 avait été cité h l'ordre du jour, à la suite du combat de Yen-Gia.

parenté avec TEmpereur d'Autriche, la lointaine parenté de sa femme, par les Bauffremont ( i), avec Boisdeffre, et ses grandes influences au ministère de la Guerre, où il entrait, se vantait-il, comme chez lui. Esterhazy, même avant de trahir, avait <* le physique de remploi (2) ». Tout à Topposé, Henry, de haute stature, corpulent, donnant l'impression de la santé et de la forc^, la poitrine large, chassée en avant par de massives épaules, le cou puissant, la figure ronde, colorée, percée de gros yeux exorbités, obliques, d'un gris de faïence, sous un front bas, portait l'impénétrable masque du paysan qui cache le meilleur et le pire. Cette âme rurale est un abîme, creusé par des siècles de misère, d'efi'orts patients et continus vers un même but, le petit gain qui s*ajoute au petit gain. L'abîme renferme, indifl*éremment, des trésors de courage et de vigueur, la réserve inépuisable delà France, et des monstres. Rien déplus trompeur que la bonhomie appapenle, tantôt réelle, tantôt feinte, la niaiserie savante de l'éternel Agnelet, sa cupidité sournoise; sa puissance de dissimulation, d'abord apprise, puis héréditaire, par crainte du seigneur et du fisc ; l'obscure rudesse, si souvent calculée, de son langage. Qui s'arrête à cette épaisse surface, risque terriblement d'être dupe. L'intelligence paresseuse de Boisdeflfre, celle de Picquart, si vive, mais longtemps sans défiance, se laisseront prendre également aux dehors du paysan galonné qu'est Henry. Rares furent ceux qui, mieux avertis, ont lu dans ce livre fermé et, dès que

(1) Le beau-frère d'Esterhazy avait épousé Mlle «lAilly; un de ses cousins, le comte de NetUincourl-Vaul>ecourt, avait épousé Mlle de Bauffremont-Courlenay.

(2) Mot de Mercier, dans la salle des témoins, pendant le procès Zola. Le propos fut rapporté, jamais démenti, dans de nombreux journaux de Tépoque.

l'homme parut sur la scène, ont reconnu, sous le brave soldat, cl qui leût pu demeurer, le profond scélérat qu'il était devenu.

De ce qu'Esterhazy, faisant son marché avec Sch warzkoppen, lui a désigné Henry comme son complice, il n'en résulterait pas que Tassociation d'espionnage ait existé. II dit vainement la vérité quand il ne l'appuie point de preuves, dix fois irréfutables. On comprend, du reste, son intérêt à authentiquer sa marchandise, à la faire valoir pour en tirer un meilleur prix* Schwarzkoppen transmit aussitôt l'information au chef de l'État- Major allemand, le général de Schlieffen.

D'autre part, entre tant de prétendus complices qu'il eût pu nommer à l'attaché allemand, pourquoi choisir cet officier obscur, d'un grade inférieur, qui vient à peine de rentrer au bureau des Renseignement» ? Il eût pu s'autoriser, avec plus d'avantage, de plus gros personnages, par exemple de Sandherr, (ju'il avait rencontré en Tunisie (i).

L'objection n'est pas sans réplique. Il indique Henry

(0 Procès-verbal de rinterrogatoire subi par Henry le 3o aoùl i8c^)8 :« Se crois que Sandherr et Esterhazy s'étaient connus en Tunisie, mais je n'ai jamais vu le commandant venir au bureau qu'une lois en i8<j5 ; il venait apporter au colonel Sandherr des documents ({u'il avait recueillis par hasard. » — Cass., 1, y8, Hoti:ct : « Ileiu'y (le jour des aveux) me dit <iu'il croyait ({ue Sandherr et Kslerha/v s'étai<'nt connus en 'l'unisic comme des ofliciers qui se rencontrent dans un poste. » Roj^et atténue, devant la (U>ur de cassation, la phrase relative « aux documents recueillis par hasard » ; il dit qu'Estcrhazy « était venu au bureau je ne sais pas trop pourquoi >'.

ESTERIJ.VZY 7y

précisément à cause de son obscurité ; qui peu wérifier, et comment ?

Il est exact que, d'un traître, une trahison de plus ou de moins n'est pas pour surprendre. Cependant, par quel raffinement d'infamie choisit-il cet ami de quinze ans, d*une fidélité inlassable, qui va, rien que pour le sauver, — s'il n'est pas son complice, — commettre tant de crimes, perdre tout, la vie, l'honneur ?

Ce sont ces crimes qui se lèvent, témoignent contre Henry, ceux que j'ai racontés déjà, ceux qu'il me reste à dire, et tous ces crimes sont avérés, avoués. Et comment les expliquer, car il faut un mobile à tout acte, si ce n'est par l'intérêt personnel ? Henry, s'il n'est pas le complice d'Esterhazy, est inexplicable.

Esterhazy n'aurait donc pas menti à Schwarzkoppen.

Qu'un lien terrible unisse Esterhazy et Heiny, tout le prouve, chez l'un et chez l'autre. Chez Henry, sa feinte continuelle de ne pas connaître Esterhazy, ses crimes, sa mort. Chez Esterhazy, le langage qu'il tient au sujet d'Henry. On va voir Esterhazy s'irriter parfois contre son ami, le menacer, parler de lui, et très haut, pour que les propos lui soient rapportés, comme d'un homme qui est son prisonnier, et pas seulement pour quelques menues dettes impayées (i). Ailleurs, Esterhazy ne parle d'Henry qu'avec éloge, attendrissement (ti). De ses anciens compagnons d'armes, c'est le seul qu'il ne cherche pas à salir, ([u'il vante comme un type d'honneur et de loyauté.

Autre chose encore. Tant qu'Henry est vivaiil, Esterhazy nie être l'auteur du borden»au. Dès (ju'Ilenry est

(i) Cass., I, 709, lettre d'Esterhazy à Jules Roche ; 714, Grenier. (Voir p. 482.)

(a> Dép. à Londres^ i«' roarë 1900 ; Dessous de l'Affaire Dreyfus^ 2(j, etc.

le marquis Du Paty do Clam, par dérogation à ses habitudes aristocratiques, et faisant sentir le prix du grand honneur (i), mais comme un ami et un égal. Puis, insensiblement, par ses discours, son mépris des hommes, son nihilisme empoisonné, il corrompt cette âme fruste, avide. Le paysan qui n'a connu de Texistence que le dur labeur, à peine quelques plaisirs vulgaires, aperçoit un monde nouveau de jouissances, qui lui semblait inaccessible et où il entrera quand il le voudra. Il a quarante ans, Tûge critique, chez l'homme comme chez la femme, où la vie est encore si bonne (2). Ce soldat a été jusqu'alors un brave soldat, creusant son sillon, intrépide sous les balles, dévoué aux chefs jusqu'à accepter deux d'humiliantes besognes, policier chez Miribel, racontant les histoires des camarades, et, pendant longtemps, sans autre ambition que de prendre sa retraite comme commandant et d'aller pêcher à la ligne dans son village. Esterhazy lui apprend la vanité de tout ce qu'il a respecté, la duperie du devoir, démonte, sous ses yeux, la grande machine : « Depuis le caporal d'ordinaire, depuis le fourrier qui fait monter les notices du pain, jusqu'au sergent-major qui carotte le prêt des réservistes riches et jusqu'au conseil d'administration des corps, tout le monde fait des faux (3). » El les chefs, ces chefs galonnés, dorés, couverts de décorations, « des chieurs d'encre et des foireux (^i) » !

(1) Cais., I, ^,50, Du Paty.

(2) La vie familiale d'Henry fut toujours très simple : mais d'autres dépenses (notoires) excèdent de l)eaucoup sa solde.

(3; Dt'p. fi Londres, Ed. de Paris, 62. — Ailleurs: u Je n'ai pas réplé un trimestre, quand j'étais major, sans fausses éeritures, sans produire, à l'appui de dépenses imaginaires, des factures fictives, et c'<Stail le président du conseil d'administration qui me prescrivait l'emploi de ces procé<lés... etc. »

(4) Ibid.^ 53. « Je disais à Henry : Ce sont... » etc.

82 HISTOIRE DE lJ*AFTiat(E DREYFUS

Gelui-oi a ToIé ; oelui<là a ^agné la triple étoile en prostituant sa femme à un plus grand chef ( i ). — Et Tautre a honte de sa simplicité. L'âpre amour du gain^ qui tourmente tout fils de la terre avare^ un instant eBdormi, «e réveille en lui. De quoi s^agit^l, après tout ? Ils ont travaillé ensemble à ce redo<utable bureau àe Tespionnage officiel : quelle misère J Les vrais traîtres, ce sont ce» gouvernants, imbéciles et lâches, « non pas ceux qui livrent des documents quelconques et qui ne peuvest influer en rien sur les destinées de bataiUes problématiques et de combats qui ne seront jamais livrés, dans des guerres qui n'auront jamais lieo, puisque la France ne fera plus jamais la guerre (2) » !

Ainsi, on peut imaginer la scène ; mais, de ses deux acteurs, Tua a emporté dans la tombe son secret, laulre ment comme il respire.

Dès lors, le mot de Ténigme ressite envek^é de nuages. Par moment, il s'illumine comme tant d'autres vérités, dans la lueur d'un éclair. On aperçoit alors, la main dans la main, Estorhazy et Henry. Puis le rideau d'ombre se referme. Et l'histoire n'a phis devant elle qu'une longue série de crimes, mais qui, cependant, ont une cause.

(1) Dans diverses Icltros que j'ai sous les yeux, Esierhazy raconte ces histoires, donne les noms.

(21 I)ép. à Londres, Kd. de Paris, Si : « Ainsi que je l'écrivais à Waldeck, les vrais traîtres... ». elc— Remarquez, dans ce passage, la conscience qui éclate, l'aveu involontaire, le raisonnenient subtil qui veut faire taire le remords.

XîV

Esterbazy eui aussi <fes informateurs inconscienis, ou qui, Irop iard, s'aperçurent de leur involontaire complicité.

Outre qu'il était lui-môme très au fait des choses et, surtout, des hommes de Tarmée, observateur alerte, principalement des vices et des tares, et grand lecteur de livres militaires, prenant force notes, admirateur passionné de Napoléon ei connaissant comme pas un î'hisloire des guerres de TEmpire, il savait Tart d'inteiTOger les officiers de son régiment et tous ceux avec qui il se trouvaiien contact (i). Il se mit à fréquenter les champs de manœuvres et de tir, pris d'une soudaine curiosité -de son métier, s'enquérant des questions confidentielles, notamment dw nouveau matériel et des récentes expériences <le rairlillerie (2).

(1) Cass,^ l, 148, Picquart; 1, &17, Le Rond; Bennes, H, i4i, Bemhclm. — Sur l'instriiction géné^le d'Es-tcrhazy : Cass., I, 56&, Jules Roche : « C'est un véritable homme de guerre. » I, 7ta, Grenier : « Nul ne pouvait être plus utile à feuilleter que le commandant Esterhazy, dont Pinslruction générale et spéciale est absolurae43t hors ligne. »

{2) Procès Zoia, I, tS^, Picquart : « Mes investigations m'apprirent que cet officier, qui ne s^occupail pas exclusivement de son métier, loin de là^ manifestait cependant une curiosité très grande pour tous les documents ayant trait à des choses tout k fait confidentielles et pouvant avoir un intérêt particulier au |H>int do vue militaire. » — Cas»,, I, i^|8 : « Le commandant Curé (qui était du même régiment qu'Esterhazyi m'a dit qu'il avait des allures singulières; il avait demandé deux années de suite, en 1898 et 1894, à aller aux écoles à feu : oonnne on lui objectait que ce n'était pas son tour, il y était allé sans indemnité. Il avait demandé, un jour, h Curé : « Vous qui êtes do l'État Major, pouvez-vous me renseigner sur la mohilisation

Plus que jamais, il resta lié avec Weil. Celui-ci, très versé, lui aussi, dans les questions militaires, avait entrepris, sous les auspices du ministère delà Guerre, des études historiques et critiques, très prisées des techniciens. Il y avait contre lui, à l'État-Major, un dossier qu'on disait terrible (i) ; Mores Taccusa vaguement despionnage (2). Déféré sur ces entrefaites à un conseil d*en-

de l'artillerie? » Curé me dit encore qu'Esterhazy faisait constamment copier des documents chez lui.» — De même, Caas., II, 88, cty?e/iwc«,I, 4'Jii.— Toute celte partie de la déposition de Picquart est confirmée par Curé. (Cass., ï, 407 ; Rennes^ II, 239.) — Ca««., 1,617, capitaine Le Rond : «Je l'ai remarqué (àChâlons, en 1894, aux écoles à feu), comme intelligent, d'esprit alerte et curieux, très désireux de s'instruire sur une arme qui n'était pas la sienne et posant, pour cela, des questions de déUiil sur le matériel ou le service des pièces. » — Le Rond ajoute qu'Esterhazy lui demanda, par lottrci en juillet i8(j5, des éclaircissements « qui témoignaient d'une absence de compétence notoire en artillerie ». Mais « cette ignorance sert de prétextée la demande d'un ouvrage fournissant tous renseignements utiles sur le feu de l'artillerie ». (Cass., III, 42'i, Mornard.) En effet, « il demande s'il ne pourrait pas trouver dans le commerceun livre traitimt des effets du feu de rartillcrie, analogue ù ceux qu'ont publiés le général Philbert et le colonel Pàquier sur les effets du tir de l'infanterie ». [Cass.y 1, 81, Roget.) — Bennes^ II, i4i, lieutenantBernheim : u Au café {à Rouen, en août 1894), Eslerhazy me parla de l'intérêt qu'il portait au tir de l'infanterie et de l'artillerie, et qu'il serait très heureux d'avoir un livre sur le tir. « — Instr. Tavernier, 28 sept. 1898, Picquart : « Le colonel de Foucault, attaché militaire de France à Berlin, me dit que Cuers lui avait affirmé ce qui suit : que l'État-Major allemand n'avait qu'un espion, un commandant Agé d'environ cinquante ans; il ne nous a jamais rien donné de fameux ; c'était surtout des affaires d'artillerie. Schlieffen n'en a plus voulu ; on l'a remercié un moment, puis il a recommencé à fournir. Dans les derniers temps, il a donné des questions de tir, des cours de l'École de tir de Clhâlons. »

[ijCass., I, i53, Picquart.

(2) Cass., I, i53, Picquart. — Morèî^, dans ia Libre Parole du 2 mai 1892, ne précise rien; il met en garde les patriotes «contre un nommé Weil, un escroc juif, qui a ses grandes et petites entrées dans la Défense nationale ». Le 14» l'Avenir militaire

quête, il réussit à s'y soustraire par un voyage opportun et les influences qu'il fit agir (i); Esterhazy, d'autre part, fit taire Mores. El, dès lors, malgré sa réputation douteuse et tant de bruits, fondés ou non, qui avaient couru sur son compte, il continuait à faire figure dans le monde de Tarmée et jouait à l'officier hors cadres, dont il affectait Tallure. Il vivait dans la familiarité de Saussier, « le patron n, était fort lié avec Lewal et Warnet. Il recevait ces généraux à sa table ; Esterhazy dîna chez lui avec Saussier. Il ne connaissait aucun secret militaire, mais passait pour informé et faisait l'important.

Tant que les archives de l'État-Major prussien n'auront pas ouvert leurs portes, on ne saura pas quels documents et renseignements furent livrés par Esterhazy. Ici tout est obscur, sauf son coup du début, qui fut un coup de maître, où il eut la chance de pouvoir satisfaire à la première demande de Schwarzkoppen. Heureusement, de pareilles occasions étaient rares. Henry, simple commandant, affecté à un service spécial et isolé dans l'État-Major ; Weil, simple amateur, ne pénétraient pas au mystère de l'organisation militaire. Et cette grande machine elle-même, combien peu elle comporte de rouages secrets (2) ! Les débats des Chambres, les rapports des grandes commissions, le budget de la guerre, établi et voté par chapitre,

annonça que le ministre de ia Guerre avait prescrit de réunir un conseil d*enquétc. Là-dessus, réï)lique de la Libre Parole sous la signature de Lamase ; c'est le récit des incidents qui flrent exclure Weil des champs de courses.

(1) Cass.y I, 5i3, Picquart.

(2) Chambre des Députés, séance du 11 mars 1899. discours de Freycinet, ministre de la Guerre. (Discussion du chapitre 3*2 du budget de la guerre: amendement tendante la suppression des attachés militaires.)

qui donne les chiffres des effectifs, le montant des crédits affectés aux travaux ordinaires et extraordinaires, les grandes manœuvres déroulant leur pompe théâtrale sous les yeux des attachés étrangers, spécialement conyiés, la presse toujours à Taffût des nouvelles et qui ne recule devant aucune indiscrétion, la presse spéciale que le ministère documente lui-même, les centaines de volumes et de brochures qui sortent tous les ans des imprimeries militaires, tant de publicité, patentée ou inévitable, laisse peu de chose dans l'ombre. La mobilisation elle-même « est écrite sur le territoire (i)». Un frémissement patriotique s'empare des esprits à Tidée que ces secrets auraient été trahis. Or, les voies ferrées, les voies de débarquement, les stations-magasins sont autant de jalons publics dé la nK>biIisation. Tout est connu, sauf quelques horaires, tels points de concentration ou tels centres d'approvisionnement, ou, pendant les deux ou trois années qui suivent l'invention, tel détail d^un engin nouveau (canon ou fusil) ou d'une mattère explosive ; le plus souvent, Tétranger en a du reste l'équivalent, car îes progrès de la science, chimie ou mécanique, sont presque parallèles dans tous lès grands pays. Même dans l'étroit domaine qui reste muré devant le Parlement et la [)resse, l'étranger pénètre officiellement. Les attachés militaires étaient reclus, chaque semaine, au deuxième bureau, où le colonel de Sancy, le lieutenant-colonel Davignon, le capitaine d'Astorg, d'autres encore, s'empressaient à répondre à leurs questions (2). 11 Y avait donc peu à glaner; certains mois, Esterhazy, malgré son bon vouloir, ne trouvait rien. Il s'ingéniait

(1 FuEYt'.iNET, inènie discours.

(21 lievision, m, IMc(|uarl : « Los ofiîciers se plaignaient do travailler plus pour eux que pour TÉlat-Major. ••

ESÏTERHAZY 87

alors à amuser ou; à tromper Scbwarzkoppen. Tantôt, il lui adressait de prétendus rapports sur la situation d€ Tarmée française, où la (.hronique scandaleuse tenait la plus grande place, portraits grotesques des chefs, histoires d'alcôves, injures et gravelures de toutes sortes (i). Tantôt, et moins h*aitre, ces jours-là, qu'escroc, il lui portait des informiations qui paraissaient presque en même temps, ou qui avaient déjà paru dans des publications spéciales. La supercherie lui élait d'autant plus facile qu'il avait, en sa qualité de major, un secrétaire; le soldat Mulot copiait, chez lui, force documents, manuscrits et imprimés, des passages de livres, des extraits de journaux et de revues, traitant surtout de questions de tir et d'artillerie. Il disait à Mulot que c'était pour préparer ses conférences (2) : « Copiez de la page tant à la page tant. » Puis, « il prenait le papier et remportait (3) ». Un sergent-fourrier lui fît encore d*autres copies (4). Tout allait chez l'attaché allemand. 9ehwarzkoppen> fantassin comme Esterhazy, n'entendait pas grand'cfaose à* Fartilierie ; le vieux neuf lui paraissait inédit et précieux (5). Mais Esterhazy abusa.

(1^ « Il dénigrait, raconte Panizzardi, Icd homme» oble^choscH de Tarméo françaÎBe, avec la verve toujours facile dans la médisance. De données sérieuses, peu ou pas. »

(1) Procès Zola, I, 286, 287; H, io5; CattR., 1, irtcj, i85: II, 88; Rennesy, 1,4*^1, Picquart; C<m«., 1,407. Curé; I, 780. 781, Mulot. — Ce soldat fit son service au 74® de ligne, à Kvreux, puis à Houen,. où il fut houh leH ordres d'EsUM-hazy (i4 novembre 1891 au 23 septembre i8y4). Plus tard, Esterhazy eut à son service un dessinateur, Escalle.

(3) Récit de Mulot à Picquart, le 29 se[>teinhre i8f)6.

(4) Fin 93 ou commencement 94. {Même récit.)

(5) Esterhazy, pour soutenir son rôle de contre-espion, prétend (Dcêsous de taffaire Dreyfus, i58i (ju'il n'a fournie Schwarzkoppen, par ordre de Sandherr, que de faux documents, des pseudo-circulaires « munies de tous les timbres et paraphes officiels >», des faux- dessins de canons et de fusils, etc. Il est pos-

Ses diatribes contre les généraux français ne divertiren qu'une fois le grand État-Major prussien ; on s'étonna que le même individu livrât, sans plus de discernement, des pièces qui ne manquaient pas d'intérêt et la plus misérable pacotille. SchlielTen soupçonna un piège, pritTescroc pour un provocateur. Déjà Panizzardi avait averti son collègue que Tespion, dont TAllemand était si fier, fournissait, très cher, de la marchandise suspecte (i). Il lui fit observer que la valeur technique de ces rapports était le plus souvent médiocre, que les inexactitudes y abondaient, surtout des incorrections de langage qui dénotaient une inquiétante ignorance professionnelle.

L'Italien, méfiant, en vint à douter que l'agent appartînt, ainsi qu'il le disait, à l'armée. Schwarzkoppen, ({uand il lui avait confié son aventure, avait refusé de lui dire le nom de l'espion (2). Il lui avait offert seulement, en bon allié, de mettre le butin en commun (3). Ce qui étonnait encore Panizzardi, c'était l'étrange scrupule de l'homme qui refusait de travailler directe-

sible qu'Esterliazy ait remis h Schwarzkoppen de faux documents, mais il est certain que c'était aux jours de pénurie, faute de pouvoir lui en vendre de bons.

(1) Rennes, III, 420, Trarieux : « Le comte Tornielli me dit avoir vu et lu, dans les premiers mois de 1898, une lettre de Schwarzkoppen h Panizzardi... » L'ancien attaché allemand y convenait que « la marchandise fournie par Esterhazy était souvent de peu de valeur ».

(2) Procès Zola, II, Casella : Cass., I, 465, et Rennes, III, 4^5, Trarieux.

(3; Cass., I, 4^.). Ti'''^ï*icux : « M. le comte Tornielli m'a expliqué (jue l'attaché mililairo italien n'avait pas été en relations avec Esterhazy, mais (pie l'attaché allemand, qu;md il recevait du commandant Esterhazy dos documents pouvant intéresser ril^dien, les communiquait à son collèii^ue. » Scheurer-Kestner, dans ses Mémoires, donne un récit presque identique de sa conversation avec l'ambassadeur d'Italie. Les uïémes renseignements furent fournis /i Zola et me furent confirmés.

ment pour lui, pour ces « sales macaronis d'Italiens ».

Ainsi mis en garde, à la fois par ses chefs et par son collègue, Schwarzkoppen s'expliqua avec Estcrhazy et le somma de lui prouver qu'il était vraiment ofBcier. Esterhazy n'éprouva aucun embarras, dit à l'Allemand qu'il n'avait qu'à se trouver, tel jour, à tel endroit, et qu'il l'y verrait, en uniforme et à cheval, galoper familièrement au côté d'un général (i).

Schwarzkoppen vint, au jour indiqué, au rendezvous, et il y eut la preuve que, sur ce point, Esterhazy ne lui avait pas menti (2).

Il chercha également à rassurer son État-Major. On connaît le mémento dont le brouillon fut ramassé par la femme Bastian (3). Schwarzkoppen y disait « son absolue certitude » que son espion avait des relations avec le bureau des Renseignements ; on l'avait connu, déjà, « quelque part ailleurs ». (En Tunisie, Esterhazy avait fréquenté beaucoup chez l'attaché militaire allemand, Bulow, éveillant déjà le soupçon.) Cependant, il ne se dissimulait pas le danger qu'il courait à conduire personnellement l'aflfaire. Danger d'autant plus grand qu'Esterhazy manquait de prudence, venait lui-môme à l'ambassade, en plein jour.

L'attaché militaire avait tout caché à l'ambassadeur (4) ; le comte de Munster ne savait rien de la misé-

(1) Cass,, I, 469, Trarieux. — Voir, p. 2^8, la lettre du colonel de Foucault sur les confidences qu'il recul de (Uiers : « Le service allemand dos Renseignements avait trouvé à P.uis un ollicier supérieur français ou soi-disant tel. »

<2) Schwarzkoppen refusa de nommer à Panizzardi le gi>néral qu'accompagnait Esterhazy.

(3) Voir 1. 1, 34 et 352.

(4) Je tiens le fait du comte de Munster lui-môme. Schwarzkoppen expliqua à Panizzardi qu'il n avait rendu compte qu'au général de SchUeffen.

rable alTaire où Schwarzkoppen s'était engagé, au mépris de la parole donnée par son chef.

Ainsi, les rapports de T Allemand et du traître furent très agités, tant par les exigences croissantes de Téspion que parles altt»rnatives de conHanceetde défiance où passa son employeur. Esterhazy, qui allait souvent chez Schwarzkoppen, Tamusait par ses discours ; à Berlin, Schlieiren le jugea sur les rapports et les notes qu'il recevait de lui. La fausse science d'Esterhazy, superficielle et de fraîche date, ses perpétuels trompe- Tœil, pour brillants qu'ils fussent, n'étaient pa& pour faire illusion à Tesprit solide, précis, positif, du grand chef allemand. 11 s'impatienta de ce bavardage parisien, etTespion fut remercié (i). (Juin 1894.)

Esterhazy n'accepta pas sa disgrâce sans esprit de retour ; en attendant, il lui fallait retrouver ailleurs les deux mille marks mensuels de Schwarzkoppen.

Il les demanda anx juifs.

On ne connaissait que son rôle apparent dans l'affeire Crémieu-Foa. Il bâtit sur cette lég(»nde une autre légende. Désormais, deux ans durant, (rhaque fois que largeut de la trahison lui fera défaul, l'impudent

(11 RcnaeUjnemenls inédila. — Pifcjuait, à rinï*lruclion Tavcrnicr, rapporte la convcr^ialion <Jo Cucms avec le euionol «lo Foucault: « ScliliolTen iiVu a |tlus voiilu. » — Not« de I.anlh, aoùl iS*/), au retour de }\Mo. : « Oueiipies rortJH'ignenu'iils. ju«,'és ])(»u vraiseiiihlahles, avaienl Helou Ouers- ivndu le j^raiid Ktal-Major héssitaul au sujet de la conflanco à accorder à rofficier supérieur... Le colonel de Sctiwarzkoppen rerut Tordre foi-mel «l'avoir à rompre ï«es relation**. »

ESTERHAZÏ 91

comédien s'en ira, à la porte des synagogues, débiter sa fable :

La campagne de la Libre Parole avait été « si bien vue dans Tarraée que le- capitaine Crémieu-Foa n'avait pu trouver ua seul officier chrétien qui consentît à lui servir de témoin (i) ». — Mensonge, puiscjue Crémieu, avant d^avoir pressenti aucun de ses camarades, fut saisi au passage par le fourbe. — Esterhazy était alors « un très brillant officier de guerre, avec une certaine réputation comme homme d'épée, s'étant souvent battu ». — 11 n'eut jamais un seul duel. — La veuve du général Grenier (2), « dans une lettre désolée, lui avait demandé, comme un service immense, d'aider le capitaine de l'autorité de son nom ». — Mensonge encore : il s'offrit lui-même ; Mme Grenier (3) et son fils blâmèrent Crémieu d'avoir relevé le défi de Drumont [\). — Ainsi, Esterhazy avait, ce jour-là, « sauvé aux Israélites un formidable affront devant Tarmée tout entière ».

Mouvement « chevaleresque, mais stupide » que celui qui Tavail emporté au secours de l'officier juif. D'une part, les Crémieu l'ont payé d'ingratitude (5) ;

(1) Lettre du 11 novembre i8cj6 à Grenier.

(2) Son fils avait épousé la sœur des Crémieu.

(3) Je Ucns de Mme la générale Grenier elle-même (|ue cett<î lettre ne fut jamaîB écrite et que, dès 1892, le rôle d'Eslerhtnzy dans raffaire Crémieu-Foa lui parut suspect.

^4; «Et j'entraînai' avec moi le cnpiUûne Devanlay, qui peut rafilrmer. » — Autre me,nsonge : Ernest Crémieu alla luimême, h Saint-Germain, demander le concours de Devanlay,((ni avait- été, à Saint-Cyr, le camarade de son frère et qu'il ne fut pa» néces8aii*e d'entraîner.

{b) EraeBt Crémieu, qui n'était pas riche, aprèe^ avoir fréquemment obligé Esterhazy, lui avait refusé, récemmonU un nouveau prêt de 2.200 francs. Esterhazy lui répondit aussitôt par des- injures. Cette ingratitude a rempli son ànie d'une « douloureuse surprise»). Mais il est ^* chrétien (^t soldat» : pour toute vengeance^ il épinglera la lettre de refus sur une lettre du « pauvre André »>, qu'il a tant aimé. (3i mars 1893. j .

bien plus, (( cédant h leurs besoins professionnels », ils Tont « entraîné dans des spéculations où il ne connaissait rien, et Tont ruiné à fond (i) ». D'autre part, les siens lui ont fait un crime d'avoir traîné son nom dans ces histoires. Son beau-père, vieux gentilhomme imbécile, qui ne s'occupe que de blason et « parle couramment <le bâtonner les vilains », bourré de préjugés « dignes à peine d'un de ses ancêtres du temps de Louis XIII », et la marquise, « d'un bigotisme inintelligent et passionné », Tont mis à la porte, après une vive discussion, u renvoyé au ghetto (2) ». N'a-t-il pas eu Taudace de leur dire « qu'il met à mHIe pieds audessus du plus illustre gentilhomme couard (c'était son beau-frère) le dernier des Juifs qui se bat pour sa foi, Tun étant un j...-f... (3) et Tautrie un brave homme »? De cette dispute, « sa pauvre femme a eu le plus grand chagrin » et en e.st tombée malade. Eniin, sa tante par alliance, Mlle de M..., vieille lille très dévote, est morte en le déshéritant ; son beau-frère, Jacques de Nettancourt, ne Ta môme pas invité à son mariage ; et son oncle maternel de Beauval a refusé de lui venir en aide. Et il exhibait la lettre, d'une belle morgue d'aristocrate : « Mon cher neveu, je ne t'ai point dissimulé ma très vive réprobation, lorsque tu t'es fait le champion de la bande juive. Ce n'était pas ù toi de défendre une pareille cause. Pour moi, chrétien, qui croià que Dieu

(1) liOUre i\ Grenier.

'u) Lettre à Maurice W'eil, de juin iHc/i. J'en .ai sous les yeux le fac-similé photo^ra]>hiquc. — La lellre fut lue au procès «l'Kslerhazy, audience du 10 j.invier i8<)8. — De mi^nic, dans sa lellre à Grenier: « J'ai élé renvoyé à ce qu-un oncle de ma femme, le prince de HantTrem<»nt, appelle ma synagogue et mon ghetto. » JI allribue, inditlérmunent, aux uns et aux autres, les formules «pi'il invente lui-même.

(3) 't Mon beau-frère a eu ime petite histoire avec Courcy où il n'a ])as été brillant, tant s'en faut. >'

ESTERIIAZY 93

punit et récompense, je vois dans les malheurs qui te frappent le poids de sa main. Tu as défendu les Juifs et tu succombes par Targent. C'est le doigt de Dieu. » Cependant, le vieux gentilhomme lui promettait encore son héritage, 20 à 25.000 livres de rente : « Aie la résignation d'attendre ma mort (1). »

Eslerhazy avait, d ailleurs, fabriqué lui-mOme celle lettre, dissimulant à peine son écriture (2).

Ses chefs militaires, eux aussi, jusque-là si bienveillants, lui ont retiré leur faveur. Boisdefîre, nolammenl, Ta blâmé durement a pour avoir assisté une épée juive contre une épée française ». Et il montrait aussi une leltre de Boisdeffre qu'il avait, comme Tautre, forgée.

Donc, les Juifs, surtout les grands Juifs, si riches el si généreux, et les plus* riches et les plus généreux de tous, les Rothschild, les chefs de la célèbre maison, ne peuvent, sous peine d*ingratilude, refuser de le secourir: « Dans le désespoir où me metTacte terrible que je vais être obligé de commettre, je m'adresse à vous dans une prièresuprême(3). » El il précise « lacle » dont il menace les cœurs durs qui refuseraient de s'attendrir. IVon pas de se vendre à l'étranger (sa trahison était vieille déjà d'un an), mais de tuer sa femme, ses enfants, plutôt que de les laisser mourir de faim, et de se tuer, lui,

ti) Cass., 111,258, Mtinnu.

{•2) Ibid. : «« M. le juge d'instruction HertuUis a fait appeler M. de Beauval en témoignage. Celui-ci p*est excusé par une lettre du 8 décembre i8<js. Elle est au dossier. Prene/.-la et comparez-la à celle que M. de Hotlischild a reçue en i8y'|. Vous verrez éclater le faux et vous retrouverez même dans la fausse lettre l'écriture et les habitudes du faussiiire, l'm personnel d'Esterhazy et l'absence d'alinéas. »

(3) Cass., III, 125, Ballot-Beaupré ; ^Txj, Manau. (Liasse 3, dossier 6 ; lettre du 29 juin à Alphonse de Hothscliild.)

M HISTOIRE DE L AFFAIRE DREYFrS

soldat, dernier n6 d'une lignée si illustre, sur leurs cadavres (i).

Ce»rouplet de mélodramje lui était familier; la perpétuelle menace 4ie « se faire sauter le caisson » deviendra Tun de ses moyens de trouver de l'argent ; il écrira encore : « L'intolérance stupido d'une famille sans cœur, la conduite immonde de mon oncle, la santé de ma malheureuse femme, la destine'^ qui attend mes pauvres petites filles et à laquelle je ne puis les soustraire que par un crime, tout cela est au-dessus des forces humaines; je ne manquais pas de courage, mais je suis à bout de forces morales, comme de ressources matérielles (*î).'>

Au surplus, Esterhnzy ne sollicite pas un don, mais un simple prêt. Il promet son dévouement éternel, offre, en garantie, une assurance sur la vie et rhéritage de son oncle, âgé de plus d<î quatre-viiigl-s ans (3). Comme preuve de ses disgrâces, il joint à sa requête la fausse lettre du vieux Heauval (^i).

Hothscliild ayant tardé à répondre, Esterhazy envoya à \V(»il, sur papier ï>elure, une copie de la lettre qu'il avait adressée au <• tout-puissant (5) » financier et le supplia d'inlervenir. Gelui-ci lui offrit de solliciter le grand rabbin, ce <iu'Kslerhazy accepta (< avec «ne infinie gratitude ». 11 a enlen<lu le rabbin <' à la cérémonie faite après la mort d'André Oémieu-Foa, et il a (Minservé de son discours si élevé le plus respectueux souvenir ((>) ». «. Dieu veuille que votre amitié, qui me

(i; n 11 ne nie reste pins <iiriin parti ;i proiulrô. c'est de tuer les miens et de nie tuer avec eux. " (M<^nie lellre.)

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