BOISDEFFRE ET PICQUART
C'est Boisdeffre lui-même qui dément que Picquart ait pu dire, le 5 août, à Lauth et à Junck : « C'est trop fbrt;
ils ne veulent pas marcher ; eh bien ! je leur forcerai la main. »
Je n'ai pu faire, dit-il, le 5 août, aucune observation sur l'inanité des charges que Picquart apportait contre Esterhazy, puisqu'il était alors dans la période active des recherches. Je ne crois donc pas que ce puisse être ce jour-là qu'on a entendu Picquart pousser l'exclamation en question. Il devait d'ailleurs être assez tard; si mes souvenirs sont exacts, je crois avoir voyagé par un train partant de Vichy vers midi et arrivant à Paris vers six heures et demie du soir, ce qui m'aurait mis chez moi vers sept heures (i).
Or, Lauth, après avoir essayé de fixer Tentretien de Bâle au 2 ou au 3 août (2), convient qu'il quitta Paris le 5 août (3), par le train de nuit (4), à 8 h. 20 (5) et que l'entrevue avec Cuers eut lieu le 6 (6).
Devant la Cour de cassation, il s'enfonce plus encore : il place (7) le prétendu propos de Picquart au lendemain de l'arrivée de Boisdeffre à Paris, donc au 6, — et le 6, Lauth était à Bâle, — ou, peut-être, au surlendemain, en précisant que Picquart se lavait les mains ! — et le 7, Boisdeffre était à sa campagne, dans l'Orne, ayant quitté de nouveau Paris le 6 (8).
Ainsi convaincu d'imposture par la chronologie, Lauth, à Bennes, essaye de tricher sur les heures ou les minutes, mais sans plus de succès. Il dépose (9) que le 5, avant de partir pour Bâle, « il resta tard au bureau, jusqu'à 6 heures et demie ou 7 heures », et que Picquart y rentra après avoir eu son entrevue avec Boisdeffre. Or, on a vu que Boisdeffre rentra chez lui vers 7 heures (10) et
^^i) Inslr. Fabre, 46.
(2) Ibîd,, 173.
(3) Rennes, I, 621, 63o.
(4) Inslr. Fabre, 173.
(5) Rennes, I, 63o.
(6) Jbid.
(7) ass., I, 422.
(8) Instr. Fabre, 59, Boisdeffre.
(9) Rennes, I, 63o.
(10) Inslr. Fabre, 46.
qu'il amena Picquart à son hôtel (1) pour y achever leur entretien. « Ou le lendemain », conclut Lauth, — le 6 il était à Bâle, — « je ne peux vous dire, c'est dans les environs. »
Picquart, le 5 août au soir, ne rentra certainement pas au bureau (2). Le lendemain, 6, quand il vint, il y parla tout naturellement à Gribelin de l'affaire des cent mille francs. Gribelin « était chargé des fonds ». Il lui dit qu'il en avait saisi le général de Boisdeffre, mais que le général n'en voulait pas parler au ministre, « qu'il ne voulait pas marcher ». « Peut-être, dit Picquart, me suis-je servi de l'expression. »
Il n'y avait, le 6, au bureau avec Picquart que Gribelin et Junck. Gribelin raconta le proposa JuAck, ou Junckle surprit, « pendant que Picquart était à son lavabo ». Puis Junck le rapporta, en le dénaturant, à Lauth et à Henry, quand ils rentrèrent, le 7, de Bâle.