luss.j II, ir)'|, G.'illiiTcl
LA DKCLAHATION DK HL LOW 327
raniice. « Le chûlinienl des syndicataires de la Iraliison connuenrail (i). » (^)miiic le S(»crel avait clég^ardé soi- ^oiisemenl sur les charges alléguées contre Pic- (jiiart (•;>), le puJ)lic fut persuade que Taccusateur d'iîlslerhazy s'était compromis dans des manœuvres louches, (pfil s'élail vendu comme Zola et comme Scheurer.
Ainsi reluisait, d'un éclat tous les jours plus vif, riiooneur d*Eslei*hazy, et c'était un salutaire exemple cpie nul n'y pût porter atteinte impunément.
Les parlementaires, comme les officiers, travaillèrent à instituer solidement cet honneur devenu « d'utilité puhliijue (3) »,
J'avais adressé à Hillot, à la veilh» du procès d'Eslerhazy, une prot(»slation contre le huis clos. ComuK? j'avais aïy^wé cette lettre <le mon titre de député et de mil qualité de membre de la commission de l'armée, \r comte de i^onlbriand proposa à la commission de me blâmer (/§). J'étais absent de la séance. Il eftt été correct d'ajourner le débat. La majorité préféra aller vil(% adopta toulei'oisune auln' rédaction, d'un député républicain, qui exprimait seulement le regret (pie j'eusse signé ma protestation comnK^jel'pvais l'ait (5). J'envoyai ma démission au président de la commission, l'académici<*n Mézièies, en faisant observer que o je ne m'étais pas servi de mon litre* pour reconimand(»r au ministre
(i Inlrufisù/edul <lii \ féviMM" iS<jS.
(•»• Lihre Ptirulc «lu •>. ri ilu 3.
|3 Anatoli: I'iîanm:. LWnneau (famél/itislc^ v8G : «« Dos évéïie- HMMils. «im'oii «(JimiM'iircà citiin.iitn* <*( i|iii st'ront bitMilùl ôclairris, .uairiil iiiti'Ti''-><'' IKLit n riioiitit'iir «le H.kmiI. Il iiiiportnil irrainleniciil qiu' U.nml fut pur. ('cl honiKMir ôUuil (lulililé pu- I)li4|ur, <li.niiii s «'iTnrrail «le rinslitiier soliclemeiil. Los bons <!ilc»>ciis y Irnvailliucnl avec alIégiL'ssr. » 'i) .Ci j a II vit* 1" iS<)S.
T), Pro[)«)>ili<ni (rAnloiiin iN'ricr. — Voir p. i<»r».
328 IllSTOHlE DE L AFFAIRE DREYFUS
(le la Guerre un ami ou un clienl, mais pour plaider la cause de la justice, celle dame voilée »>.
Poincaré et Bourgeois prononcèrent, en province, deux grands discours (i).
L'ancien ministre radical dônon(;a « la campagne qui attristait tous les bons Français », renchérit sur « son ami Cavaignac » : « Le (jouvcrnemenl n'a pas montré la netteté d'altitude nécessaire... 11 faut mettre l'armée en dehors et au-dessus de toute discussion... » — Il eût pu aider à dissiper la douloureuse équivoque, créée par les prolect(»urs d'Esterhazy, exploitée par les ennemis de la République ; il l'accepte, au contraire, et Tentretient. — L'ancien ministre modéré lil avait étV^ le collègue de Mercier en iHcj^i) traita w d'agitation superficielle » cette grande crise morale ; ce n'était môme pas une «< crise de nerfs (2) »>.
« Ainsi vont les chefs de parti, s'écria (Uemenceau, suivant moutonnement les foules qu'ils j)rétendenl conduire. (Jui osera le dire la vérité sur loi-méme, ô peuple souverain, plus adulé, plus caressé, plii< mystifié (pie les monarques, les pré(léc(vsseurs (.*^ 1 n
Brisson, du moins, prolesla, dans une réunion mncjonnique, contre h» déchaînement des passions religieuses ; mais il resta encore dans le vai^iie des doctrines et (les méla]>hores :
(1 Lr !{<► jniivior i.S<>S : lioiiriroois à noy.il, |\)inc.in'' à Limoi^es.
\'i) " \"(ms iwcj. pu lir<' les mois ([n'iiii «le iiu'< <M»lh'Lrin's «le la (!lininl)n' a «liK ivrcmmont au «rlrlMc mmaïuici- ilali<'ii <l'Annun/.io : « KnrciKlarit visite à la i'raiicM', vou^avr/. ciu \iMiir \oir uiu» j(>li(^ l'iMniiH' : V(kis la liouvi"/. «laiis une < risr (!<• iierls. » Le Irait par honliour. n'c>[ pas loul à fail exact. Son- les ai^Mtalioii< supcriicielles.. . etc. ».
iîi Aurore «lu :>. fëviier. — Hane. dans le ,l/.////Mln 1 féNiier. Guyol dans le Siècle, ne furent pas moins sé\ères.
Ce qui rend la P'rancc jmcomparablo entre loiitcs les nations, c'est qu'elle a dégafi:é la personne humaine de toute eonsidéralion de naissance, de situation, de croyance. Contiiuions à représenter le droit de l'iiunianité. Le jour où la Fraiice ne sera plus cela, les peuples ne la reconnaîtront plus(i).
On s'étonne d'une hysiéri(jue qui, atteinte de cécité, voil un vide à la place occupée par un individu ou par un objet déterminés. Il faut s'étonner bien plus de ces grands personnages (|ui ne virent pas le crime, le complot contre la vérité, que les Russes eux-mêmes (non pas seulement les Anglais, les Scandinaves, les Allemands), dénonçaient durement (•> i.
La République française, alliée à la Russie, s'autocratisait (3j, devenait plus russe que la Russie.
('écité mentale ou cécité morale? C'est delapremière que s'accusèrent, plus tard, les pires aveugles. Mais leur confession est-elle <'omplète ?
En vain, Ranc, Lacroix, ohjurguaienl les radicaux ;
(i) Discours prononcé le 'M Janvier i8<»S, au Grand-Orient.
{'?.) XovoaU du 7.1CJ janvier : «< Tous ces embarras auraient pu être évités si le Gouvernement avait laissé aux tribunaux les complètes garanties d'une solution impartiale... Pour que la France revienne à une solution normale, il serait nécessaire d'en finir avec vc système d'illéj^alilé qui n'a que trop duré, de lever tons res mystères et de ne plus laisser l'ombre d'un <loute sur l'iniparlialilé de la Justice. Par malheur, il est impossible d'atteindre ce résultat sans imiuiétcr quelques personnes c|ui s'abritent à l'ombre de l'îionneur de l'armée. » — La faraude majorité des journaux russes tient pour la Hevision: la (iazelie russe, la Gazelle de Saint-Pétersbourtj, du prince Outcbton/.ky, ami d'enfance «lu Tsar, très bi<Mi en cour: le Fils <le la Pairie, journal populiste: le Messayer de ri'hirope,\i\ Iteruc Orienlale, la Sihérie, même l'antiséniite Xoroié-Wreniia i\ouveau Temps . Trois grandsjnurnaux seulement sont hostiles.: le Sviel^ la Gazelle de Moscou et le Gradjanine antifraiu;ais, du prince .Mechtcherskv.
(3^ Clemenceau, Aurore du 2<j janvier 1898.
830 HISTOIRE DK L AFFAIHK DREYFUS
Yves Ciuyot, Dopasse, les libéraux. « Vous perdez voire raison d'i^lre, écrivait (iuyol. aux modérés ; do quel droit, désormais, avec (|uelle autorité pourrez-vous imposer le respect de la loi aux anarchistes, à tous» les partisans de la révolution sociale? Les partis ne sont forts que par leur logi({ue ; ils périssent par leurs inconséquences (i). » En vain, j'évo([uai le passé — La pièce secrète du procès Danton (i>) ; — en vain Jaurès invo- (juait l'avenir; on vain Boulroux, la philosophie, I)uclaux, la science, multiplièrent les appels à la raison (3). Rien ne servait de rien.
Plusieurs qui auraient dû parler, ou mieux, aj^ir, Loubet, Fallièros, Bérenger, Waldeck-Housseau, Magnin, se réfugièrent derrière la fameuse excuse de Sieyès : « Qu'importe le tribut d(^ mon verre de vin dans ce torrent de rogomme (i^i)? » Ouand la Jolie, (relle-méme, se sera épuisée, ils entreront en scène, avec leur inlluence intacte, qu'ils auront gardée pour la République. Aloi^s, ils rétabliront Tordre, la justice. Les combattants de la première heure auionl re-;u troj> de coups, trop de bh»ssures, amassé Irop de haines j)Our pouvoir accomplir Tceuvre nécessaire. Kux, ils la feront. En ellVt, ils (enteront de la l'aire ; mais trop tard. Ils se sont eondaniiiés eux-mêmes à une ceuvre incomplèle. La grande joie, ils ne la donneronl j>as à la consciener Française. La grande tristesse, ils ne reliaceront pas de riiisloire de la HéjMibliciue.
il) Sit'rlc <lii 17 j.uivicr iS<|S. Ai»p('l :\u\ i'(''|Mil»li«",ilris lil)rr;m\. l.';iili(lr, duiir rNniMcnco roiU' «'I >iiii|t|«". rdinimMicc .•liiisi : <« One r.'iilrs-\<)u> .' niie loiil nos .i^sori.ilioiis dans <<'Ue r('(Junt."il)le .ilT.nr»' I)rc\ru>^ .' »
;•->; Siècle (In 7i IV'MÎJ'r.
'.\^ Temps (lu 17 j.uiNicr.
'ii Saimk-Bixvi:, f^diiseries^ \ \ 2i}\\.
L(» tribunal avait fixé au :>5janvicr mon procès conlro Hocheforl; la police s'obstinait à n<"!pas trouver L(»mcrcier-Picard. ('omnie je m'en plaignis à Bertulus, le juge sourit. 11 avail lancé un mandai d'amener contre le faussaire» ; le reste ne le concernait point. J'insinuai que iKtat-Major, la police étaient d'accord pour ne point s'embarrasser d'un témoin gênant. Bertulus n'objecta rien : <« Lemercier-Picard, me dit-il, viendra, un jour, vous trouver; vous n'aurez qu'à me prévenir; je l'arrélerai moi-même chez vous. » L'idée de tendre ce pièg<», même à ce faussaire, de livrer l'homme, entré, sans méfiance, sous mon toit, me répugna.
La prophétie de Bertulus se réalisa. Le nj janvier, je reçus une lettre de Lemercier- Picard. Il me faisait sa confession : « Je ne suis pas l'auteur du faux (Otto) ; je n'ai élé (jue rinstrument dune machination scandaleuse. Lié par des engagements jus(|u'au prononcé du jugement du premier conseil de guerre, je ne pouvais m'y soustraire, sans m'exposer aux rigueurs de ceux à qilije (U»vais obéissance... Aussi fidèlement (|ue possible, j'ai remj)li mes engagements, tandis que j'attends encore que <'eux pour lesquels je me suis exposé remplissent \os leurs. » Kn conséquence, et « se souvenant qu'il était israélite •», il offrait de me <locumenter << sur le rôle qu'il avait joué, à l'instigation de Hochefort,<rHenrv et de !)ii Paly. •» lia mis « en lieu srtr toutes h**^ j)ièces utiles à sa juslili<alion ». Il me téléphonera le hMid<»main «• pour connaître ma résolution (i) v.
I La loltn', «laltM* du 18, élnit signée Pirnrd.
L'homme était-il do bonne foi ? S'il est sincère, que ne se présenle-t~il au cabinet de Bertulus j)our y répondre à la plainte en faux que j'ai portée conire lui ? D'autre part, le soin que met la police à ne pas l'arrêter montre la peur qu'on a de bii.
Très perplexe, je consultai Mathieu Dreyfus, à notre conférence (juotidiennc. Il me déconseilla de ni'aboucher avec l'individu, redoutant une manœuvre. Celles ([ue j'avais déjà déjouées justifiaient ce souptjon. Quand l'agent d'Henry téléphona, mon secrétaire lui répondit que j'étais absent.
Quelques jours après (i), il écrivit une lettre anologue à Zola, lui demandant un rend(»/-vous, et se déclarant prêt à déposer devant la cour d'assises. Mais Zola, craignant, lui aussi, un piège, et sur le conseil de Labori, laissa la lettnî sans réponse.
C'est l'évidence que Le mercier-Picard avait alors maille à partir avec Henry. On sut plus tard qu'il avait mené joyeuse vie, depuis le commencement de l'hiver jusqu'à ractcpiiltement d'Esterhazy, comme un homme qui vient de faire une bonne alVaire; puis, et j)ré('isémentà cette épcxpu*, ilavail disj>aru(l(» son logis, laissiint des dettes et a|)rès avoir mis en cii'culalion de fausses traites {'>]. Si Zola ne Tavait pas éconduil (M si je l'avais reçu, il eùl proposé de nous vendre, un à un, des papiers fn^latés ou nuthcnliqucs, mais, en même temps, il eiH sollicité, en termes comminatoires, la surenchère de son complice.
(i' Lci Irllii' est <I.iI('m' du i><) j.iiivior iS<|S r| siizin'c Lciikm*- (•i(M'-Pi«'ar<I.
• •^.1 Hrrit (lo la jjroprirtairr «le I liùlol i\c I»iii\t'Ih'>- ou I,<mih'Iri(M-l*i«',Mr<l lot:,!, jn^ituri'n janvici- iS<rS, s(Hi< !•' nom do Louis \ oririH'S : sa niaiircssc raroul.i «pu" sj»u ami av/iil uiir IVuio souuuo r>.(K>o francs) " «.pTils avaient mangée cn^fondjJe «. {Inalr. lie ri ni us.)
r..\ DHCLARATION DE BULOW
.\fon iilVain^ dovanl la nouvième fliaiiibre Uni doux au(li(MK.'(»s (i). Après raiidilion de nu»s témoins (Berr, à qui LoniercuM'-Picard avail ivmis la fausse pièce, el Hane <jue j'avais avisé, le jour niéuie, (juc le document élail for<cé), la cause et a il entendue. Rocliefort, très nerveux, dut reconnaître (ju'il avail remis cinq cents francs au faussaire ([ui l'avait berné.
Barboux, dans sa plaidoirie, fit surtout le procès de l'anlisémitisme ; il rappela que j'avais toujours défendu la tolérance et, même contre m(\'< amis, politiques, la lil)erté desautn*s. Jt' n'en étais point récompensé. (Vesl ce qui donne leur prix aux luttes pour les idées.
I /avocat de Hochefort, Desplas, célébra le palriotisme de son client : racontant la visite de Pauffm, il dit (pie " le ministère de la (iuerrc avait fait porter le drapeau français chezHoehefort, parce que, nulle part, il ne pouvait être mieux défendu que là. » Il fil aussi 1 elo«<"e du « brave commandant Kst(»rhazy » et m'injuria tant i[u\\ put (î>). A plusieurs reprises, le public, très nombreux, manifesta. Le président Ricbard menara de faire évacuer la salle. A la sorlie, Rochefort fut acclamé c»l je fus liué. Des avocats en robe, des ^ens du monde, des étudiants calbolitpies criaient à tue-léle: «.Mort aux juifs! A bas les traîtres I A bas Reinach (3) I »>
Comme il résultait à l'évidence du procès que Lemercier-Picard avail été rinslrument de plus gros personnages, Berlulus demanda des renseignements sur son conq)leau ministre de la (iuerre et send)la vouloir pousser ralVaire. f/esprit d'investigation élaitc»» que ces mi-
li] -C» j.iiivior ri •;•. février iS<|S.
{'j.) " Il i\ litlArnlcmtMil, avec 1«» scalpel «i'or <lo son ironie, dèrlii«|ii<»lè Vousoiil*. - [Libre Parole du 3 février. , 3 Erlair, Petit Journal, Rappel^ (iatilois, olr.
lilaires redoutaient le plus. Billot se hAla (l'écrire au juge <' que Lemercier-Picard n'avait jamais élé employé par ses services et que toutes les (hSclaralions de cet individu étaient absolument fausses, ainsi qu'un officier de rÉtat-Major en avail déjà avisé, verbalement, le procureur de la République (i). >> Puis, le surlendemain, lancien agent reçut une lettre dont chaque ligne trahissait une vive inquiétude (2). Son correspondant feignait d'avoir appris qu'il venait d'être convoqué chez Bertulus, ce qui était un mensonge grossier, puisque ce juge l'avait fait vainement chercher par la police. Il continuait en ces termes :
Il faut, à tout prix, vous soustraire à cet interropfatoire. Si muet que vous puissiez 01 re, la moindre indiscrétion serait fatale. Imitez en cett^. circonstance l'altitude du principal intéressé. Je ne puis encore me prononcer sur votre rérlanialion. Dans tous les cas, trouvez vous demain soir, A onze heures, villa Saïd (chez Rochefort). Je m'efTorcerai de vous faire obtenir satisfaction.
Un mot encore : de voire silence dépend votre avenir.
La lellrf^ était signé(» d'un 11 suivi d'un signe bizarre I 3!. Elle n'est pas de l'écriture d'ilenrv, (jui écrivait peu cl, comme on sait, avait plus d'un scribe à ses ga^es.
1) K(Mlr(^ (lu ?> f«''vri«M* i^^^S.
{'A. I.cllic (In r» iV'vi'ici : « Monsieur, jappronds h lin^lanl (\uo vous n\<'/. rlr cdiivoipH'' p.ii' M. I^crliilns pour lundi Je 7). »
3 Cotlo Iclhc lui li'ouv(''«' <iau< \o pdrldVuilN' «le L<MU«Mcior- Picani. après sa lunrl voir p. r>)'n. I,o '/>/;//».< du '| Miar-iiS«)S en publia la d(Mixi(MU(' phra-^r. Selon Séverine, qui \ il eel éli'an«ie hillel dans le eahinet de llerlulus, il sj'iail siL^né II. K.. <les inilial(\s d(Ml >J"lierort. (lelui-ci dénienlit (pie le hillel. (pii n esl j>as de M >n(''erilure. lïitd»^ lui. {.lù'/iode. /\//-/s.la L'lj!'i' l'arolc et nnlnin- .<!i/rftnl dii-eid alors «pie la lelli'e élail siirnée de mes inili.'>Ies >
LA DECLARATION DK Bl'LOW 335
Lomorrior-Pictird ohlinl, sans <lonto, quoique salisfaclion. Mais il avait |)ris conscience de sa force.
La veille <lu procès ch» Zola, Drunioul cl (luérin afli chèrenl un placard uienacani (i) : '« La population hounèW H patriole de Paris fera elle-même sa police ; elle pren<lra elle-même sa défense »>, si les juifs s'obstinenl dans l(»ur «« infAme enlreï)rise conire la patrie». Audiffred, député de la Loir(\ président de VAssociation républicaine, avait écrit précédemment que « l'inlérél <le la République el des israélitx»s commandait aux insli- ^aleurs <le l'alVaire Dreyfus <le s'arrôler Iîi (9.) ». ('assagnac, qui savait Dreyfus innocent, écrivait : « Entre les juifs <4 nous, il y a la l^atrie ('\). »
Certains juifs se laissénMit inlimider, se firent tout pelils (^1). Us n'él<iient pas tous de la lif<née de Judas MacchaUée. Heaucoup se rappelaient ces mélancoliques, si cruellement douloureuses paroles de Moïse Cohen de Tordésillas : « Ne vous laissez jamais emporter par
J. R. IVaprès \q F'ujaro^ la signature était illisible ; seule, la lettre initiale II avait pu être dôrhlITrée. Lo Journal des Débala dit netlomcnt que la loUrc initia U» H figurait seule au bas du document. (7 niars.) i/Z/îZ/Yz/zx/V/can/ reproduisit cette version» mais n'y insista pas, ot il iiNmi fut [dus question dans aucun journal. L'idée, (Tailleurs, ne vint alors à personne que ce pût tUre le jiaraphe d'Henry, dont il avait été si souvent question au procès Zola. — La lettre, (lui m'a été communiquée, est dune éerilui-e miiK-e. ronde, assez grande et, visiblement, contrefaite. Le signe qui suit l'initiale H ressemble au sif/mn grec, avec une longue boucle.
(1 Lihre Ptirulr du «> féNrier iS<)S.
(•>.) Lettre au Temp.'i, 3 février.
3; Atilorift' du \.
4> \.o Cifiuloia publia une lettre dont le signataire. Fernand ILitisbonne, < réprouvait énergitpiement la stérile campagn<' <pii tend ;'i jeter b» discrédit <ur rarmée dans laquell(> il ,»vTit eu riionneur de servir en 1.S70. .. (-?:>. janvier.) La lAhre Parole répondit (|ue « ces subterfuges avaient fait leur temps », et qu'elle refusait «le croire au patriotisme <« de- juifs qui ruinent et pourrissent le pay-i ■. •>; janvier.)
voire zMc au point de proférer des mois blessants, car les chréliens possèdenl la force el pourront faire la vérité à coups de poin/a^ (i). »
A l'île du Diable, Dreyfus s'affaiblissait beaucoup ; il écrivit à sa femme, au commencement de l'hiver, que « tout s'épuisait en lui », que « son cerveau s'affolait (î>) ». Deux mois durant (novembre, décembre), aucune lettre des siens.
Le rapport de Deniel, en octobre, avait paru très inquiétant à Boisdeffre ; le bourreau relatait divers propos de Dreyfus, les uns d'un vaincu, les autres d'un penseur trop perspicace : « Je suis une victime expiatoire. — Si j'ai réclamé une pharmacie (qui lui fut refusée), c'est que je crois avoir le droit, à un moment choisi par moi, de mettre On i\ une agonie qui se prolonge comme à plaisir. Je p(»rds ma lucidité el je crains la folie... S'il y a des coupables, ils sont au ministère de la (iuerre, (jui m'a désigné comme victime pour cacher lesinfamic^s commises (3). »
En décembre, il fui très malade. Il dit au docteur Debrieu : « Je suis à })0ul de forces. .le préfère mourir que de perdre la tête el de divaguei". .le mcm vais... .le vous demande le moyen do me souhMiir |)endanl un mois encore. Si, alors, je ne recois pas de nouvelles de ma famille, ce sera la lin... Du reste, je ne crains pas la
fO ï SIDOINE Loi:n, Polcnusle:^ ./"/A' ^' rfirrliens en Frunoe el en h'fijKif/ne. (l;uis la fierue des J^ludes Juii^es, I. XVIII. •21 I.olliM's (les 2 oclohn* cl 2:^ (IcmmmiiIh'O iSijj. i^î) Ilnpport (!ii 7 octobre 1S97. [Hennés, I, '.Ki\.:
LA DÉCUAJtATlON DE UULOW . 337
morl... Soiilaj^ez-moi (i)... »> Kl encore : « Je ne tiens [)liis debout, je suis rendu {:i). »
Le docteur, en lui mettant un sinapisme au cœur, lui dit : u Ne vous laissez pas abattre, espérez. » Aussitôt, Deniel : *» On ne s'occupe plus de votre atVaire depuis trois ans ; vous êtes oublie. »
Kt la brute* entraîna le docteur, lui faisant des reproches.
Désespéré, Dreyfus a<lressa deux nouvelles suppliques au Président de la Répiddique, le ao décembre et le \t>. janvier, — le lendemain de racciuittemenl d'Est(M'liazy (.S'i.
Félix Faure les transmit à Billot, vers l'époque où HoisdelVre t»t lionse corsaient le dossier des aveux, où Méline aftirmait solennellement que Dreyfus avait avoué.
Dans Tintervalle, le ij janvier, le prisonnier reçut les lettres <|ue sa femme lui avait écrites en octobre et novembre : elle lui disait (|ue « l'horizon s'éclaircissait», ([u'elle « aperc(îvait le terme de l<»urs souiîranccs ». «' Si tu pouvais, (!0UHne moi, te rendre conqjtc des progrès acctunplis, du ch<Mnin que nous avons fait, comnu* tu te sentirais soulajiçé !... Cela me brise le c(eur de ne pouvi^y* te raconter tout ce (|ui fait (|ue j'ai tant d'espoir! » Il la crut, bien que; devenu scepliiiue aux douces paroles. 11 sentait surtout, aux vexations plus fré([uentes. à la sinveiliance plus rigoureuse, (|ue quelque chose Si» passait. « Un souflle <I(î terreur régnait autour de lui. » 11 s'en rendait compte par l'attitude des gardiens (\),
1 11 tlôccinhiT is<j7. iHnjiporl do Deiiiel ; Uennes, î, 254-) (2, \- (Irreinhro.
!^ (aiss.^ III. 'A'i-j.
«4* Cimj Annt'vR de nut r/>, ityi.
338 iiiSTOiRE DE l'affaire dueyfus
Le 16 janvier, il écrivit encore à Félix Faure :
Je renouvelle ràon appel suprême au chef de TÉtat, au ministre delà Guerre, si Ton ne veut pas qu'un iunoceul» qui est au bout de ses forces, succombe sous un pareil supplice de toutes les heures, avec la pensée épouvantable' de laisser derrière lui ses enfants déshonorés (1).
Les lettres de sa femme, comme ou l'a vu, ne lui étaient plus transmises qu'en copie. Henry en supprimait maintenant tout ce qui eût pu réconforter le malheureux. Il laissait à peine subsister quelques formules qui, n'ayant rien de précis, semblaient banales. Des événemcats qui remplissaient le monde de son nom et dune infinie pitié, Dreyfus ne savait rien.
Un jour, il entendit deux gardiens qui, derrière la palissade, causaient entre eux : « Ah ! si celui-ci n'est pas reconnu innocent, personne ne le sera ! »
L'hiver, puis le printemps se traînèrent lourdement ; il resta dans Tig^norance de tout. A Télé seulement, vers la lin de juillet, comme il était retombé malade, l'un des gardiens, dontlenom resttM-a oleniellenienl inconnu, comme celui du bon Samaritain, murmura : « 11 y a un homme qui s'occupe de vous. »
il) Cans.^ III, 3*27.