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el la plus belle de loulos les forces, la jeunesse.
Il avait fort indisjiosé mi^mc la paiiie la plus calme de l'auditoire, dans ces dernières séances, par une brutalité (|ui semblait voulue, de grands <^<'l a ts inutiles, comme s'il avait trouvé plaifir à se colleter avee Delefîoi^ue et j"i soulever les colères (i). Il s'appliqua, au contraire, dans sa plaidoirie, à faire preiive de mesure, il ne pas irriter les personnes (2j et à s'adresser à la* raison. Ce conirastfl entre les flots lumultueux qui, iiier encore, se précipitaient et celte ample et large nappe d'eau qui eoulait (ran<]iiillement, étonna ei plut.
Un artifice ingénieux l'aida beaucoup. Pour établir sa thèse : c. Souhaiter que Dreyfus ne soit pas <-oupable, ce n'est pas insulter l'arniée », il s'abiita derrière Cassagnae et donna lecture de plusieurs de ses articles. Cassagnac n'était pas suspect, puisque nul, pas même Drumont, n'avait plus violemment outragé les promoteurs delà Revision; d'autre part, nul n'avail flétri avec plus de force le huis clos et la communication des pièces secrètes. Signées de Ranc onde moi, ces pages eussent fait hurler la salle {'-i) ; signées dun si notoire défenseur de la Religion et de l'Armée, elles furent écoutées en silence. De même, quand il emprunta îi VAulorité le récit de la dégradation de Dreyfus, en faisant observer que te récit de la Libre Parole était identique. Il lut simplement ce long procès-verbal et
']) Encori^ Uans niuiljencc du nj, la dernière où l'on entendit d*s téiDuins (II, ifJM. 171J.
(3) « Il e'etToruc do ne hiesser personne. » (B.vurès. dans le Fit/an du 2.i révrier.)
13) Au ddbut de >ion [daidoycr, I.abori tivnit éiiumûri' teH dérenseurd de la Itcvisinn i[ue ■ l'argent n'n pas umciiè» ki, coinme Sctieurfir, Trnrieux, J;iurès... cl, — voulez -von s iiue je ta-tr^e protester lii Italie. — comme Joseph Reinuch...» £n efTcl, In salle protestu. \Proeit Zola, II, satj.)
un immense frisson traversa l'auditoire ; les juges, les jurés ne cachaient pas leur émotion ; les officiers étaient très pâles ; des femmes sanglotaient.
A quelque terreur de la lumière qu'on se fût heurté, le procès de Zola avait éclairé tout le procès de Dreyfus. Labori put retracer cette histoire dans un vaste tableau h fresque. Los lettres de Dreyfus à Den]ange sur ses entrevues avec Du Paty firent apparaître l'impossibilité morale des aveux. Ainsi Méline avait été un homme prudent quand il disait « (ju'on aurait discuté ces aveux, parce qu'on discute tout dans cette aiïaire ». Détestable hypocrisie : u Le nom de Thisloire qui est marqué au pilori le plus humiliant, c'est celui de Ponce-Pilate. »
Il ménagea les chefs militaires et, même, Esterhazy. Le bordereau est d'Esterhazy ; seulement, la livraison de ces documents sans valeur, qui ne compromettent pas le salut d6> la nation, constitue beaucoup moins « une trahison véritable qu'une escroquerie ». La pièce de Pellieux est un faux. Pour le faussaire, il le faut chercher « non pas dans les bureaux de THlat-Major, mais audessous, à côlé d'eux », cjuclque (;()in[)lice obscur d'F^slerhazy, « à le supposer coupable (i; » : après lui avoir i« fourni les documenls du bordereau •>, cet ami « le défend dans la bataille el t'abriquc pour lui ou l'aide à fabri- (\\wv <les faux lulélaires ». C'était rhy[)()lhèse de tous les reviàionnisles, mais nul encore ne s()U[K*onnait Ibuiry, ([uclquo Lenicrcier-Picard. ^* Alors, tout <leviendrait claii*, lumineux, (les braves i^énéraux, c(^s lovaux soldat^, j)leins de bonne loi, \ itMidi'în<*nt ici avec une «Milirrc ronfiance. (ye>l leur bonne loi ([ui m'épouvanl<\ •
I Ih'iîiaiiir»', ;'» I^mui«'<. «[uand il i»ail('r,i (rilrniv, (Miiploicra l«'< im'iiH's luécaiiliniis oratoire^.
LE JLRY 475
Il essaya de ne laisser de côté aucune objection, lui beaucoup de documents et les commenta avec soin, des lettres de Dreyfus qui émurent beaucoup, le récit de Forzinelti, et termina par quelques phrases vibrantes en l'honneur de l'armée :
Ne vous laissez pas troubler! Ne vous laissez pas intimider non plus î On a parlé du danger de guerre qui nous menace ! Soyez tranquille, aucun danger ne nous menace, pour plusieurs raisons, dont la première est que les soldais que j'ai vus ici peuvent bien se tromper au cours d'une information judiciaire qui, après tout, n*est pas de leur métier, mais qu'ils se battraient bien demain et qu'ils nous conduiraient, je l'espère, à la victoire. Pour cela, j'ai confiance eu eux !
Surtout ne craignez rien, c'est l'énergie morale qui fait la force des peuples... Donnez par l'acquittement un exemple de fermeté.
Que votre verdict signifie plusieurs choses : d^abord, « Vive l'Armée ! >> — Moi aussi, je veux crier : « Vive l'Armée ! « — Mais aussi, « Vive la République ! » et « Vive la France ! » c'est-à-dire « Vive le Droit ! Vive l'Idéal éternel (i) ! »
Des applaudissements éclatèrent, mêlés à des clameurs. C'était la dernière audience. Dans l'impatience du verdict, les deux partis en présence avaient perdu toute mesure. Les officiers frappaient le plancher de leurs fourreaux. Au milieu du prétoire, Déroulède faisait de grands gestes, accompagné de Marcel Habert, ce même député qui avait promis à Démange d'intervenir à l'interpellation de Castelin pour révéler la forfaiture de Mercier.
1 Procès Zola. II, aicj h 4o3, Labori.
ils HISTOIRE DE L AFFAIRK DBEYFl'
Clemenceau pril la paiolc pour Perrei ,ieVAurore.
Il avait suivi, avec une aLtcnlîon soulenue, ces q«a- ' lorze audiences, assis derrière son frère ; et il n'avait plus un doute qu'Eslerliazy fûl un trallre, que le dossier rtocrel. auquel il avait cru (i i, était vide de preuves, que Pellieux avait produit un faux à la barre et que louU celts histoire était pleine de sottises et d'abominations. Cependant, il ne se résignait pas encore à l'innocence de Dreyfus. Certainement, le juif a commis quelque faute. C'est pour mettre k l'ombre l'auteur de cette faute que CCS imbéciles ont échafaudé ce monument d'horribles inepties, qu'ils y ajoutent toujours. Sinon, ils seraieaL par trop infâmes.
Et il commença ainsi ea plaidoirie : " Un homme est I.Vbas, peul-fllre le pire criminel qui se puisse concevoir, peut-être un martyr, une victime de la faillibilité humaine. " Il n'avait pas encore fait son choix. Il inclinait seulement à penser « qu'il y avait les plus grandes présomptions (]ue Dreyfus fût innocent », Il insista sur ce que ses doutes avaient étr lents à se former.
Il parla au milieu d'un vacarme continu que menait Déroulëde (qui, avec Millevoye, l'avait accusé autrefois de s'être vendu à l'Angleterre), sous une grêle d'injures, et il tînt bon, son visage ambré plus jaune encore que d'ordinaire, ]es yeux ardents, la voix mordante, mais troublé par l'incessant outrage et mal â l'aise à cette barre ob il paraissait pour la première fois. Depuis quatre ans que la tribune lui avait été fermée, il était devenu un grand écrivain, portant quelques-unes de ses fermes qualités d'orateur dans la littérature. Mais
(i) Aurore <lu ifjanvier i6<)S. — Voir p. 330.
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Il mOluil niiiiiitciianl it son (éloquence de la rliMoriijuc (iliommos df lettres.
Itoclieforl. le matin, aviiil publii^ l'arlicle de Clcniencpau, au lendemain delà eondaiiination de Dreyfus, ofi il regrettait qu'on ne l'eiU pas fusillé. Clemenceau en donna lui-raOme leelure ol en fit la base de Hon argument : quil n'avait pas à se prononcer sur la culpabilité de Dreyfus, mais que Dreyfus avait été condamné en violation de la loi ; tpie " le droit de tous se trouve en péril quand le droit d'un seul a été lésé » ; qu'«iine illégalité est une forme d'iniquité, puisque la loi est une garantie de justice ■■ ; dès lors, que la revision s'imposait.
La thèse était belle. Au début de la crise, avec Démange, j'avnii^ pensé que l'annulation du jugement devait être |ioui-suivie de préférence à la revision. En Angleterre, il n'y aurait pas eu d'autre question. Plus tard, dans les temples sereins de la ("our de cassation, l'argument repremlra tout son |>oids. Mais, à cette heure, ("llemenceau [larut restreindre le rlimup de bataille cl reeuler alors ipi'il :i 'élevait.
Il dit plusieui-s cho.ses justes et forh^s : sur la raison d'I'ltal " qui se comprend avec Louis XIV el avec Napoléon, avec les hommes qui on! un peuple dans la main et le gouvernent selon leur bon (daisir », mais qui n'est qu'une contradiction dans la démocratie ; sur » la Bastille intérieur-c qui est demeurée au fond de nousmêmes apivs ([ue nous avons détruit l'autre » ; sur K la pire des (ruliisiins. parce que c'est la plus commune, la trahison de l'esprit français qui. par la propagande de In jusiice el de la tolérance, s'est fait un si beau renom dans le monde .1. Cependant, sa parole ne porla pas, iJes rires éclatèrent quand, montrant te Christ au-de.ssus delà Cour :« La voilà, lu chose jugée;
on Ta mise au-dessus du juge pour qu'il ue fût pas troublé de cett^ vue. C'est à Tautre bout de la salle qu'il faudrait placer Timage afin qu'avant de rendre sa sentence, le juge eût devant les yeux l'exemple d'une erreur judiciaire que notre civilisation lient pour la honte de l'humanité. » 11^ dit aux jurés : « A vous cle prononcer moins sur nous que sur vous-mêmes. Nous comparaissons devant vous. Vous comparaissez devant l'histoire (i) ! »
Une réplique de l'avocat général. Tancé pour sa mollesse, excité par les reproches, il grimpa, celle fois, à l'éloquence. Prenant pour texte la fin de la plaidoirie de Labori : « Les insulteurs sont obligés de se cachor ici derrière l'armée, en criant : « Vive l'Armée ! » Et aux jurés : « Prenez pour guide l'âme de la pairie I » Labori lui répondit: u Je n'accepte pas que, même du banc de l'accusation, une parole d'insinuation ou d'a«taque monte vers moi, malgré la hauteur du siège d'où elle part. »> Et, lui [aussi, il rappela u î\ la justice du peuple qu'elle allait rendre un jugement histo-' ri que ».
Le jiiii:emenl historique fut rendu au bout de irenlocinq minutes. A la majorité — par huit voix, dil-oii, contre (juatre (!>), — Zola et Perrenx étaient reconnus coupabh^s. Sur les circonslanct^s atténuantes, le jury s'était divisé, six pour, six contre {\\).
Un hurlement de joie accueillit ce verdict. On enlendil ce mugissement du dehors, où de longues clameurs éclateront aussitôt. Dans la salle, dans les couloirs, sur les places (»l les ru(vs qui entourent le Palais,
(i) Prui'èx Zuln, II, \o\',\ \'.\'>>, ( iloiiKMicciu . {■.>) Juiirnul dcA hchdls «lu ■.'..") iV'M'ici" iS<.^s.
Ç.h l)oii l«' >il<'in'f ilii v<*r(lir|, les rirronsl.-ujcc^: .illrniiaiilos <l('vaiil v\re prnn(»n«'éos à l.i iD.tjorih'.