‹ Histoire de l'affaire DreyfusChapitre 18 sur 26 · LI-:S IDÉES rX)>TltL-IU^VOLi;TIONNA[RES · texte numérisé non relu

LI-:S IDÉES rX)>TltL-IU^VOLi;TIONNA[RES

saienl oa bons, mauvais ot douteux (i) ». D'autres montaient des pèlerinageii, des» croisades », faisaient les commis- voyageurs pour le culte fructueux de saint Antoine de Padoue (2). U'aulres enfin récoitaient des anmdncs, des souscriptions, mendiaient de [wrtc en porte, acceptant d'ailleurs les dons en nature comme Insécus sonnants, par exemple « .une demi-barrique de vin, juste de quoi prendre les forces nécessaires pour donner quelques bons coups de poings aux infâmes gendarmes (3) >.. Ils avaient fait vœu de pauvreté (i), se disaient « pauvres, très pauvres », « attendant tous les jours, comme les oiseaux du ciel, la becquée (5) » ; et ils étaient fort riches, avec leurs quatorze maisons, un fond de roulement d'un million et plus (6).

Ce trésor de guerre, leur grossièreté populaciëre, une impudence dans le mensonge et dans l'outrage qui dépassait celle de Drumont, une aclivilé infatigable, firent d'eux les clicfs apparents de la nouvelle Ligue. On peut croire que la Société de Jésus était derrière eux, les faisait mouvoir, mais il n'en exisle nulle preuve,

II) Rapport Liiv.-i.

» Procis, 42,43.

(3) Lettre du P. iKimcc au viciniilc de. Rouiifly, pJËco euit^ic h Bordeaux {ProrM. iij.

(4) Coutumicr den AssoniptionnUtcs (Proeèt, 34).

r>i Rapport du P. Pit'anI, ttupéripur ^ént^ral, â l'ouverture du rliiipili'c g^iii'nil Ipiiu à Livry le ng août 1893.

(Gj Proci», H, 44 4''>> '.t*- etc . — Ilfl étaient propriétaires de l'immeuble lie lit Bonne i'ro^RC. de deux tiAtela sia ou Coura-la- Roine, .t['heli>s .111 |irix lii- i.'jTti.ono franca, etc. Une seule niia- *ion cnfil.1 IJ74 .i|(i3 francs, le pMerinagC do Jéri^lem A.Soaoou, erux de Lourdes ï.Tnio.ooo. Le rnpimrl du P. Picard, jioiir 1%), accuse une dépen-^t- totale de S.Guo.ooo rancit l'p. 71. Le 11 110vcmbro xHijn, le commissaire de poltrc Pikluiiil. ijui pci'<|ui(>itionna au couvent île I.1 rue Frnnçnis-I" -.à l'imprimerie de In Croixi, trouva i.Sm.ooofrnncs dors ie coffre-forl du P. Ilippolyte. IProeii, i3-.! el suiv.i l.e procf-s-vcrlml de constat est ttignû du commiswairo elUc'. M. IlippoiTtc Saugr.nin «.

rji MI9TOIRE D£ LAFIPAINE IIHKyVUS

^iif que leur organisation était caliiui^o sin- celle dos • provinces ■ : des itgeal^ hiérurcliisi!'?; sur Ions les points , iki l4.-rri1 oiie, « afin de consLiUior unv Rdmintstraliun^ J une mairie et une jufilice de piûx à cùté de !h tnoiri^ cA J de la ju^lice de fiaix onlinaires «, el jusqu'à uiio p<ili<^j sccrële qui possédai! des milliers do dossiers, de fr^'-hes T de renseignemeiils, «ur les hommes eL les sociétûf alto- J naulsà chaque uolltige ^ledorjil |i).

Sixte-Quinl n'avait point caché, jadi?, son d6gaût dej la Ligue ; la suk brutalité des AssompUonDistearépu^na,^ sans doute, à Léou XIII ; mais, {wliliquc aussi lin qu'i)-^ -ètnit lettré délicat, italien de grande raccqur ncdi^dai^^ne aucun moyen d'action, il le.-* laissa faire, quille à U?s désavouer après la défaite ot à ne pa« les avouer pendaol*] Ui bataille. Eux se racerochaienl à sa robi; blanche, hiçirl qu'il eCil refusé son ostntnpille à leur cungr<^gatron (a)rl La direction générale qu'il avait donnée à tant da congrès, bânis par lui : act'epter la GonsULuUon, euLrer dans t» République pour en modilier peu k peu les loH, c't^tait leur jiro^rbiinnie ,-'{^ , iU se lliittaienl d'tflro, jiar excellence « les instruments dociles de Iff Providence el les enfants obéissants du Saint-Siège (^) ",

Un incident, qui ht grand bruit, mit en lumière la politique à double face du Vatican. Deux niiasi dominici couraient, depuis un an, les départements et y passaient en revue les comités et les confréries, avant ta grande lulle électorale. C'étaient dom Sébastien Wiart, général des CharUcux, el le propre supérieur

(I, Raintni-l L«ya.

(a; Prov^»,^! |l>«>cliirritiim <lu P, l'icjini;. La Croix. 147, etc.

(3 1 Le (^oinil* l'imtinucr.T à jimpag-pr l'ccuvi-c ilos Jiannes

^lecliniis, titnl diV-^iri^p par L^dm XIH. » lllappnri L.ith' — Pro-

i4, Itiipporl Uo P, l'icard pour iftfS (Proi-?*, 99 .

des Assomptionuisles, le père Picard ; ils se présentaient partout comme les délégués du Saint-Siège, les mandataires avoués et confidentiels du Pape, et les Journaux catholiques les reconnaissaient pour tels. Çuand Mélineet Hanotaux, harcelés par les réclamations de la presse républicaine, se plaignirent enfin à Rome, le cardinal Rampolla haussa les épaules : « (les deux moines, dit-il à Tambassadeur, joe sont chargés d*autune mission spéciale ; ils ont simplement recueilli de la bouche du chef de l'Église l'expression du vœu que les catholiques restent unis sur le terrain constitutionnel et sur celui des intérêts essentiels de la religion » ; prétendre le contraire, c'est « une simple manœuvre des ennemis de la bonne entente entre le gouvernement de la République et le Saint-Siège »; cela « ne mérite même pas un démenti (i) ». Et comme Tambassadeur signalait les manœuvres d'un prêtre, labbé Garnier, qui, lui aussi, se recommandait du Pape : t Voyez quelle impudence, s'écria le cardinal, cet abbé a obtenu un simple encouragement à propos d'une lettre complètement étnangère -aux élections î D'ailleurs, contre la mauvaise foi, rien ne sert (2) ! -»

D'aussi faibles démentis n'étaient point faits pour arrêter ces enragés. Chaque semaine, pendant toute cette crise de 1898, la Maison de la Bonne Presse \om\i plus de 2 millions et demi de publications diverses, soit, au bout de l'année, « i3o millions dé feuilles semées dans toute la France pour y porter la bonne nouvelle du Christ et mener le bon combat contre l'oppres-

(1) Lettre (le raml)as?ia<lcur de la République (-25 juin 1897) au minisire des Affaires étrangères. Méline en donna lecture .^ la Chambre, le :>i janvier j8<)8, au cours de la discuînsion du budget de« cultes.

(?. Même lettre.

Illï^TOIid^: DE LAPKAIRE DflEVFl!4

i seclïiirc d} ". El, chaque jour, des émissaires |iarlaienl dans loiites les directions (2), donnant le mol dopdrp, excîlanl les courages, secouant leurs torches jmr toute la France. Une circulaire invita les curés à devenir, dans chaque paroisse, les correspondants de la Croix (3), H eût été décent on pradenl de laisser les rttligieuses en dehors de la bagarre ; une autre circulaire demanda aux supérieures de toutes les communaulés l'obole des nonnes pour la ," guerre sainte {^) ". A celte date (avril-mai 1898), il n'y a pas en France de machine politique comparable à celle étrange société de n moines d'atFaireH >'. La grande initiative contreriïvolutioniiaii'e vient d'eux; celle conjuration à l'^lal permanent prend figure de gouvernement : les séculiers, .surtout les évéquea, ne les aiment pas, mais, terrorisés par les Croix, tremblant d'être accusés de tiédeur et de plisser pour suîipects, ils suivent ou se taisent, lis onl fait main basse à la fois Hur lu religion et, par l'Affaire, qui fait le tonds de leurs prédications et de leurs polémiques, sur le palriolisme. Les (ft cercles militaires catholiques, — \'(JEuvre Je Nolre-Dame-dea-Armies, qui -disposait d'un budget d'un million et demi de francs (5), — se mirent avec eux.

Spectacle étonnant, mais nullement nouveau : déjà, les moines de la Ligue s'étaient présentés comme « les défenseurs irréprochables des franchises nationales (6) n.

{i] La Croix (brochure). Sa.

[2) Procit. 6a, 63, etn. — L^Urc du P. Adéoilat (perquisition de Bordeaux, scpllé n- 2, pièce 6). — Sous un aulre scella, on trouve une liste de ces ^miseuircs. le iièrc Lazare à Dreux, le père Aloys h Lille, le pf^re Roger à Gnillfic, elc.

(3.! 1^1 circulaii'e |)arul dans la Croix et Tul portée à la Chambre par Dron dans son interpelbtion (la mnrs 189S).

(4) Circuliiirc <io l'alibt^ Gainicr.

ir>j Chambre des députés, i^ mars, di^cour!: de Dron.

(6) MicuKLET, Histoire de France, X, iift.

LES IDKES (.O^TRE'IlkVOLimON.N.VlilES 5T7

Le mol de <■ naiionalislcs » entra, vers celle époque, dans le vocabulaire politique pour désigner les acteurs de cette vieille pièce, remise sur l'affiche. Le mol eM de Georges Thiëhaud. L'an d'avant, il avait e\po«^6 Ji un journalisli^ juif un programme d'action commune '< contre le pt-ril protestant qui se lie au danger allemand ; nous appellerions cela les idées nutionalistes (i) ».

Mol trt^s habile, qui sonnait bien, commode pour lacher ce qu'on cHoît vraiment. Nombre de cléricaux prirent aussitôt ce pseudonyme, et, surtout, les patriotes de pi-ofession, les césariens, les anciens boulangisles, les bonapartistes mécontents île l'attitude réservée de leur silencieux prétendant. L'autre prétendant, le duc d'Orléans, eât voulu que ses amis marchassent au combat avc<: son drapeau ; à chaque occasion, il s'était manifesté, discourant, écrivanl des lettres publiques, proleslanl que l'armée, nienurée dans son honneur, et le pays, déchiré |iar les |>artis révolutionnaires et j»ar les cosmopolites, n'avaient d'autre salul que la monarchie. In jeune écrivain, d'un talent robusle., dialectieioH eiïronté, plein d'idées et de sève, Charles Maurnis. découvrira plus lard que << la munarchie, c'est le nationalisme intégral (21 ». .Mais, alors, il n'aviiil pas encore fait cette trouvaille. La Révululion n'a pas <;réé le patriotisme : elle l'a " dissocié » seulement de l'idée nionari'hisli- (3j. L'essentiel était de l'y associer A nouveau. On obtint du due d'Orléans qu'il donnfll licence à ses parti-^uiis de s'ail'ubler de l'équivoque co-

'.I [.fUi-e (lu -jr. in,ivs 1*17 i'i Maurkc Sclnvolj. cliriTli-ur ilu Pkitrt lie la l-oîre, :i N;inleT>. Schwob r("|»iiLssji les |ii'i)|i<'~itioiis lie Tliii^UiLirl, lixtil il piil>]in la U-Urc Aurore du i Kviicr iSqUi.

■j| It.iiis une rii'?ni> iriirtii'ks de la Giizellede France. j;irviiTniar=^ iKyj.

SjV.iMni., .\'vnrinrnl dt Itonaparle, l,te\

GTS HISTOIRE DE L AFFAIRE DR&YFU8

rurde partout ofi les élecleurs se seraient cabrésdevaoCJ un prggrararae monarchique. Une (ois dans la place, on avisera. 11 recommença ainsi, avec co bonlangisme' J anonyme, la intime ojiératioH où son père sY-lait perdu i h lu 9uil« de j'iiommc (|ui avait chassé le duc d'Aiimale ', de l'armée.

Drumont el Rocliefort se firent nationalisles ; Déroo— IMb aussi. Il Bvuil, de nouveau, renoncé aux letlres.

Les candidats républicains eurent la pudeur du mol, d'origine suspecte el devenu tout de suite réaclioDimiro..- MaJs, d'uulanl plus, ils firent leur la chose elle-même, df^clamant contre les prtHenduseimemisderarmôeot affirmaut l'excellence d'un verdict qu'ils savaient, pour le luoin.i, illégal. Ainsi ils enlèveront au national is me son vcJiiD et. d'iiltord, ils assureroni leur éleclJon.

Être élu, c'élail Ifi, gurlout, le fond de leur conscience.

Ces démoci'ales «nraîenl voulu, de jiropos délibéré. , démoraliser la démocratie, qu'ils n'auraient pas a^i an- J tremenl.

On allègue qu'après avoir commis déjji tant d'erreurs, les uns par manque de critique, les autres par défaut de courage, ils ne pouvaient pas tout à coup se révéler intrépides et perspicaces, perdre, à la dernière heure, le bénéfice de l'atlilude qu'ils avaient prise. Ils avaient trompé le peuple ou avaient été trompés avec lui ; il était trop tard ou trop tôt pour le détromper (i). Ces deux poussées, l'une cléricale, l'autre césarienne, parallèles et si rapprochées qu'elles se confondaient, éUienI alors trop fortes pour qu'on pûl leur laisser le monopote du patriotisme adjectival. Républicains el

(i) A la veille des élections, 26 consPil* R^néraux sur 87 émircnl des vicuk contre la Révision, les insulleura de l'ATiaée et de la justice militaire, etc. (Un avril 1898).

LES IDÉES CONTHE-flÉVOLUTIONNAIRËS B7«

réaction oaires élaat tous d'accord contre Dreyfus, léfjuiiibre est rétabli ; sur ce niveau partout abaissa, la lutte va s'engager entre les partis comme si Dreyfus n'avait jamais existé. Il n'y auni deconilit aigu qu'entre les vieux programmes d'idées ou d'intéréta. La République, à cette reculade, va perdre de son lustre, mais elle n'y périra pas. Dans cet obscurcissement des intelligences, ou dans cet avilissement des caractères, dan» celle cxti-éme misère morale, persévérer dans l'injusle erreur ne fut donc pas la pire des poliliques. Elle fui commandée par la logique des choses. 11 élail lameatablc d'avoir conduit les républicains dans cette impasse. Une fois dans ce dénié, à ce point précis, on ne pouvait pas reculer. Mettre maintenant en doute lu chose jugée, c'eût été abandonner la Répubbquc au busard, la livrer à l'ennemi. On prèla ce mot à un député socialiste : « Les partis ont le droit d'être lâches. •>

Un autre raisonnement n'eût pas été seulemcnl moins cru, mais la sagesse même : ■■ Les électeurs ne sont pas des juges; le sufl'ragc universel n'esl pas un tribunal: il ne lui appartient pas de se prononcer pour Dreyfus ni contre lui. » Il en résultait que d'avoir réclamé ta Bcvi.sion n'était pas une cause d'indignité.

Il eût fallu le dire, le crier. Personne ne l'osa. Quiconque, même désintéressé de la lutte, aurait tenu ce langage, fût devenu su-ipect. Waldeck-Rousseau, en recommandant de voter pour les amiâ du ministère, fil entendre queb|ues sévères avis, puis s'an-èta (i).

Itrisson signala le péril clérical avet.- beaucoup de force, tes appels quotidiens au coup d'Klat et à lu dictature, l'audacieuse tentative de reformer la Ligue en plein

'j I DiiM.'ours du a

Paris, « quartier 'par quartier (i) », les moines déchaînés, francs-tireurs et bachi-bouzouks de la Foi; et il répudia à nouveau l'antisémitisme, mais sans pénétrer plus avant, jusqu'à la cause, à la fournaise môme du volcan. Dans les réunions, quand on le pressait, il se bornait à répondre : <« Affaire Zola, affaire judiciaire; affaire Dreyfus, affaire judiciaire. Laissez-les dans ce domaine. Nous n'avons que faire d'en empoisonner la politique (!^). »>

Bourgeois, Cavaignac, qui devenait très populaire jouant au Robespierre du patriotisme, entreprirent des tournées oratoires. Bourgeois émit cette singulière théorie que, si l'armée doit être subordonnée au pouvoir civil, u celui-ci doit lui assurer qu'en aucun cas elle no sera Tobjel de critiijues (3) ».

Ils avaient promis tous deux d'aller soutenir à Saint- Jcan-d'Angely un candidat républicain (Réveillaud); ayant appris qu'il s'était montré favorable, dans un journal, à la Revision, ils rebroussèrent chemin (^).

(',l<Mn('n('Oîiu obsorvn (|ne les |)lns « avancés »', les .. j)oii(Mirs <lc prinrij)cs »», l'nrcnl lianlés, plus que les autres eciiididals répiildicains, .< par la rrainle de se laisser dislancer par les Césariens el les Jésuites (5) ». (L'exrn<e, (piils ailèj^ueroiil pins lard, c'esl (jue tant d'événenienls ik^ le^ aNaienI poini éclairés; el r'esl vrai de heauconj), esprits lK)riiés, oblii^, cl pauvres cœurs.) « Ils ani-aieiil |)n. puis^piiU sont les chefs, rallier le<

i iT) .iviil iS(,s. (■(Hiiilc r«''|iiihlir,iiii du X'* nrroiuIissiMnenl.

■.' ('.nnlci-i'ni('.'< juJiHijurs. •>] : ■ n.-ui-^ los ivniiions priviM's roiniiH' <l.iii-- les i(''iiiiiuii- jtiilili(|ii«'-, je iiir >nis Iruijoiirs oxpr-iinô am-i ■■

'.] l,\(Hi, '> .tv ril i'^".»"^ .

\ I.ihrr l'iii'olc, In!riin^ii/<'-inL J:rlair, Aurorf des 27, -^S ol '.^0 iiiMr>.

'> Aurore du l 'i m.ii.

LES IKKES OONTRK-HEVOLI-TIONNAIHKS :iM|

espi-jls autour de l'idée d'une justice léffalc ; ils ont pré- (M' so meltre en queue de lcurstroupe3dévoyécs(i). « L)i plupart [Pcllelan.tioblet.SamentMesureurJ ne firent aucune allusion f) l'Atlairo dams leurs professions de foi, réservèri-nl pour les réunions publiques les parole^* vibrantes qu'emporte le venl. D'autres crurent nécessaire de se lier par écrit. Dérouli'-de, dans un manifeste aux municipalités de France, les avait invitées « à exiger des candidats qu'ils s'opposeraient & toute revision du procès de Dreyfus, directe ou indirecte ,a) " ; les " défenseurs du traître .., il les faut cxclui'e ■• du servirc de la République ■', Aussitôl, un jeune avocat juif, Klotz. déclîira :■■ Patriote avant tout, j'ai flétri, dès la première heure, la campagne odieuse dirigée contre l'armée de la Hépubliquo et je prends l'engagement do voter contre la révision du procès Dreyfus [3). -

Un antisémite notoire, tieorges Berry. eut plus de honte. Il s'était écrié : « Oue Dreyfus soit innocent ou coupable, je ne veux pas de la Hevision/i ! ■■ Mais il démentit le projios.

L'idée abstraite de la chose publique est fort étrangère anxdémoiralit's. Tout le gros du parti républicain, oublieux des vieilles traditions libérales, s'enfonça dans une épaisse vulgarité. L'énorme masso rurale, surtout, dominée par la com-eplion la ])lus niatérialisto de l'intérêt, n'eiU pas soufl'erl qu'on lui parlai de justice. Un

'^ Aaroi-f <lu 'Mt mars i^ia".

:-j) 8 avril.

3t PmfcsriiDn de lui lU- L.-l.. Ktolz aux iHi>i-tcni'> de MuiitiliiliiT. — l'ni; cliVIiicitioii .-iiiniopiie fut platanlt'i^ il;uis lu Ganl. au nom d'un .iiilre t'iuidiiUil juif, t'nrnatid (In-iiiieux : mais il lu clri>nviiua. dr-rlara i|uV11u nvait éli' |ioséc ii siiti insu |>ar 'i<'!> nmis lro[> Z('Ii'> : l'un d'eux en lonvjnl. lAurorr du 3i iiiiii.:

'D /"'igoro du ï mai.

innocent coudamné, cela regarde les Iribiinanx. Poui les paysans, la Revision, c'était ia guerre.

Ces parades pairtotiqiies n'avaient point de contrepartie. Bien avant l'ouverture de la piîriodc électorale, te fut l'évidence t|oe toule résistance, sauf pour l'honneur, serait l'impossible. Un ancien collaboraleur de Casimir Perier, l'un des homme* d'avenir du parti modén', Maurice Lebon, ne voulant ni capituler avec sa conscience ni <Mre baitu après une lulle pénible contre ses anciens électeurs, renonça à demander le rcnouvcltemenL de ?oii mandat. Il écrivil " qu'iin grand parti comme le parti républicain ne peut impunément laisser violer les principes supérieurs du droit et do la justice; il perd ainsi toute raison d'être (i) ■>.

Quelques autres résolurent d'affronter ia lutte. Il'^ pensaient qu'être battu pour ses idées, c'est encore les servir; ce qui est grave, irrémédiable, c'est de ne pas se battre pour elles,

Dès février, beaucoup de républicains de CarmauK. qui avaient autrefois appujé Jaurès, s'étaient prononcés violemment contre lui (a), criaient à la félonie ets'autorisaient des députés socialistesqui avaient flétri les promoteurs de la Revision. Jaurès ne désavoua rien, se fit honneur de son intervention à la Chambre et aux assises; sa profession fut muette sur l'afTaire «Ue-méme, mais il y mit tous les mots séditieux : « Nosancétres de la Révolution ont sauvé la patrie en exigeant de tous les chefs l'obéissance aux lois républicaines; c'est nous aussi qui ferons la France forte et grande en la péné- Irant de l'esprit de justice. ■>

'■: Lcllre (lu «miirs 1898.

\i] Ln ig réviier. tu C.ciniit^ <t'nc1ion répu1>licaine, dans une nflicihc, lui pnvoya " l'expres-iion unanime de son profonil mépris. Vive l'armée ! Vive la R6|iiililique ! A bas tes traltreet •

J'élais, depuis huit ans, député des Basses-Alpes. Les ^conseillers généraux et conseillers d'arrondissement de Digne m'invitèrent à retirer ma candidature ; je m'y refusai :

La loi a été violée contre un homme que je n'ai jamais vu, qui m'est aussi étranger qu'à, vous-même; le fait aujourd'hui n'est plus contestable. Si une pareille méconnaissance de la loi n'est pas réparée, qui vous assure qu'elle ne sera pas renouvelée demain contre un autre*? Quand l'arbitraire et l'illégalité ont pénétré une fois dans le domaine de la justice, qui donc pourrait se flatter qu'il ne sera pas atteint, lui aussi, h son tour, selon le flot mouvant des passions et des haines, dans sa sécurité, dans ses biens ou dans son honneur?

C'est servir la cause de tous, et, surtout, des plus humbles, que de dénoncer l'illégalité. Notre protestation a été une première sauvegarde contre le retour possible à de pareilles pratiques. J'ai protesté l'un des premiers : quoi qu'il advienne, je ne le regretterai jamais. Si c'était à recommencer, je recommencerais. Je serais indigne, si j'avais agi autrement, d'avoir été le collaborateur et l'ami de Gambetta. Vous ne sauriez croire avec quelle sérénité d'Ame on subit les injures et les calomnies, quand on est pénétré, comme je le suis, de la bonté et de la noblesse de sa cause, et alors mémo qu'on n'aurait pas la certitude que, dans un pays qui s'appelle la France, dans le pays -de Voltaire et de la Révolution, la victoire finale ne serait pas acquise aux défenseurs du droit.

On trouverait diiricilement, dans l'histoire de ce siècle, une crise morale plus affligeante que celle que nous traversons aujourd'hui ; j'en soufl're plus douloureusement que qui <|ue ce soit ; cependant, j'en soufl'rirais bien plus si je m'étais réfuprié dans une commode abstention.

Je sais tout le prix qu'il convient d'attacher, dans une libre démocratie, au mandat de représentant du peuple. Je sais aussi, hélas! que quelques-uns y attachent un trop

S»i IllSTOmE DE L AFFAIRE DKEVFl S

grand prix, puisqu'ils sacrifienl k leur réélection I©up cunscience, dont ils élouffent le cri, vl le souci siipi-rieur (les intéi-éts de la justice.

U esl possible, comme on me l'a (ail dire, que je perde mon siège dans cette bataille ; il est certain que je garderai la satisractinn d'avoir fait mou devoir: c'est quelque chose.

Au surplus, si tous ceux qui partagent notre conviolioii|| ne s'i^taicnl pas tus, s'ils avaient agi comme ils Icdevaiejol Caire, ils auraient évité à ta F'raiice les angoisses et le»^^ huniilialions de ces trisl«s jours.

Ma profession de foi répéta les mêmes avertisse- !l menls :

J'oppose aux ci m Ire ruions de la République, la Ri^publique des droil^i de l'homme et du citoyen...

Colui qui câdeauxGnlralacmeDtfidc l'opinion, celui qui j dissimule, par peur ou dans uu vil intérêt personnel, ses j convictions, 'cetùi-lti esl indigne du titre de représentant ' du peuple.

Savoir qu'une JllâKatiti', i{u'une erreur "judiciaire a été commisi* — et se laire, c'est sV'u rendre complice.

Est-ce manquer de patriotisme que de vouloir que la France bonne et généreuse, Adèle à sa glorieuse mission, à sa raison d'Otre historique, reste à l'avant- garde "de l'humanité en marche /

Est-ce outrager la justice que de croire qu'un tribunal peut, de la meilleure foi du monde, se tromper et sur le fuit et sur le droit, de dénoncer une erreur, de chercher à ia réparer ?

Est-ce outrager l'armée que de la vouloir pure de toute souillure, que de s'aflliger si l'on voit maintenir dans ses rangs le vrai auteur du crime pour lequel un innocent a été fr.Tjjpé ?

L'honneur de l'armée, c'est nous qui le défendons.

La plupart de ces anciens amis qui me retiraient leur

LES inKES CO NT RE-HK VOL UTIO>N AIRES 583

confiance, étaient de braves gens, sans grande instruction, trompés par la presse et qui me croyaient devenu fou; quelques-uns élaienl des inlriganls ; l'un d'eux, au moins, qui était sénateur, était aussi persuad/; que moi-même de l'innocence de Dreyfus, C'tHaîl le fils de ce vieux docteur Prosper Allemand, qui avait représenté les Basses-Alpes à l'Assemblée nationale, l'un de ces médecins de campagne d'aulrerois, que Balzac a décrits et A qui n'a manqué qu'un plus vaste tliéiltre pour se placer au premier rang des célébrités de la science, retiré depuis vingt ans dans son village d'oii il ne bougeait pas, sans ambition que de faire du bien autour de lui, républicain et voltairien, ennemi impénitent des prêtres, mais vivant bien avec son cun^, avec beaucoup d'esprit naturel, une grande connaissance des hommes qu'il* devait Ji une longue pratique des paysans, et, sous cette apparente résignation des vieillards qui se sentent très proches de la fin, le fœur le plus chaud et l'intelliRencc toujours en éveil. Du premier jour, eu i8<)l, il avait soupçonné l'erreur judiciaire; l'initiative do Scheiirer, qu'il avait connu à Versailles, le remplît de joie. 11 n'avait plus que ce fils qui venait de se déclarer contre moi ; il rompit ave<: lui et rédigea un manifeste en ma faveur (i).

Si je ne l'avais retenu, il m'aurait accompagné dans toutes mes tonriiée>i, où presque toutes les portos se fermaient devant moi. pendant que la canaille des villages me poursuivait de ses linéos et, sans les gendarmes, m'aurait fait, plusd'unc fois, un mauvais parti. Il me fut impossible de parl^u' dans une seule réunion ; disque je paraissais sur l'eslrade, un concert de vocifé-

^ i> Un (^i.Tivi<Li] an^ïluts, lieoi^ns Iturkiwc, a|i|>u1le celle lettre ■ un poteau inJicîiteur sur la roule de Hionni'ur. " {Thr Drey-

5Si> umroiiiii ne LAFFAinh: dreïpl^

rations écialait, les poings se crispaient, ilfallail lever la séance. Je réunis à peine un millier de voix ( i ).

J'étais, avec Zola, le plus insulté dos défenseurs de Dreyfus; mais quiconque se Tût prononcé pour la Révision, toute autre circonscripUon lui eût fait la même conduite.

Comme les radicaux se montraîenL aussi nationalistes dans leurs discours que les nationalistes, et comme les modérés cachaient à peine leur envie de rétrograder. l'olTensivc avait changé de camp. Le parti républicain, pour avoir aMiqué quelques-uns de ses principes essentiels et reçu son mot d'ordre de ses ennemis dans une telle alTaire, parut, et fut en effet, paralysé. On connaît l'histoire de cet homme qui vendit son ombre au diable. Les républicains, de môme, avaient vendu leurombre, — peu de chose, rien que la poésie, l'Idéal de la République.

Marché de dupe, et pour tous. Les socialistes ont voulu ménager Drumonl; les antisémites les rcrncnt de tontes parts, débauchent leurs troupes. Les radicaux se sont llallés d'apaiser la démocratie césarienne; elle grandit à leurs dépens. Les modérés ont entrepris de concilie^ les conservateurs; maintenant, « le minimum de concessions réelles et tangibles >' que réclament les cléricaux, c'est le silence sur -< les lois intangibles, c'esl- À-dire sectaires» ; le comité Juslice-Égaiilé donne pour consigne d'i<exclure impitoyablement tout candidat qui fera des déclarations en faveur de ces lois n. Au scrutin de ballottage, il demandera des garanties effectives, l'engagement écrit (2), et, partout où il

{il Exactement iït3. J'avais été élu, «n 1881J, par 5.645 voix et réélu, en iSifl, par j.iiio.

(a) Ghriilairo liii Coniili Jiislice-h'galilé. — Profès, fig, flo, scel- \é-i de Moulins, i?lc. : OF.uvre élccloralc, hullclin du Comité du

LES IDEES CONTRE-REVOLUTIONNAIRES n87

les obtiendra, fera voler pour les « mélinisles (i) ».

L'action du ministère se fit peu sentir. Méline eût voulu appuyer les conservateurs ; Barthou s'y refusa.

Le résultat fut, pour la première fois depuis vingtcinq ans, un temps d'arrêt (2). Les statistiques officielles accusèrent un gain insignifiant de (juatre sièges ; les républicains, dans presque toutes les circonscriptions, n*avaient pas encore été serrés d'aussi près. Toutes les fractions du parti perdirent quelques-uns de leurs chefs : les socialistes, Jaurès (3), Guesde, Gérault-Richard; les radicaux, Goblet; les modérés, Develle(/5), Darlan. Par contre, les nationalistes el antisémistes firent passer leurs principaux meneurs, Millevoye, Déroulède, Cassagnac, Drumont, élu triomphalement à Alger (5),

Le ministre des colonies, André Lebon, fut baltu. Il y avait à Parthenay une centaine de révisionnistes; ils votèrent pour un royaliste, le marquis de'Maussabré, plutôt que de mettre dans Turne le nom de Thommc qui avait torturé Dreyfus.

(1) Lclire du P. Adéotlal: « Manœuvres pour faire passer les mélinistes. » ProcèSf n»8.)

(2) Les élections eurent lieu les 8 et 22 mai 1898.

(3) Sollicité de se présenter à Paris, au scrutin de ballottage, Jaurès déclina les ofTres de ses amis: il allégua sa santé et son désir de se vouer, hors du Parlement, à Téducation et à l'organisation du parti socialiste : « Jamais le parti socialiste n'a eu un plus grand besoin de tout son idéal. La France est comme attard<^e aujourd'hui en une crise [d'érjuivoque el d'impuissance. »»

(4' Develle avait laissé paraître sous son nom un- appel où on lisait: '< J'ai toujours réprouvé la campagne antipatriotique des soutiens du traître Dreyfus... Je donnerai l'appui le plus énergique aux mesures (pii auront pour but d'assurer le respect de la chose jugée. »> 11 n'était pas l'auteur de cette affiche, mais il n© la désavoua pas, bien que convaincu déj,*» de l'erreur judiciaire. Il n'en fut pa< m)in'4 b:ittu par un antisémite, Ferrctle.

!'>) Les officiers et les musiques militaires prirent part à des manifestations antijuives.

' CHAPltREX LA OUUTU 1>V ■riBUSIS-

: ^BbtaTHÎtlâ préoccupation il u ioïKk'niain et 1^ de ronln>. LM^reavèe'soceéaaivr's qu'on lui wa nies de la calpabUiU de DreTj'iiH. venaient dej difTérenls. Il prescrivit à Gonse <Ig faire un « classement méthodique et rotioanel » de toutes les pièces, secrètes et autres, qui avaient Irait à l'AITaire (ij.

Henry mil quelque temps à former ce nouveau dossier: les pièces secrètes de iSg^j, celles qui avaient été communiquées aux juges et celles qu'il avait visées dans sa notice biographique, mais sans les y annexer [2) ; une trentaine de notes de Guénèe « sur la moralité de Drey-

(i| Cnts.. I, M, Billot; 557. RoisdcfTre; 'lOi, Gonee. — Gon»e " pl.na les iiiiîces ilans lorûre Ue leur arrivée au minislère de la (îucrre i il les tctla on intcrivunt sur chacune d'elles iin miinéro iliirdre pt en |i.-ira|ihaTit de sa main chaque numéro -. iCtiss., T, Xj6. CiURnct.;— Cclraviiil dura environ six eemauiee, de lu lin d'avril au eoinmenoeMienldi- juin 1898,

(3, Voir l. l", 30o.

fus '> ; un billel de la comtesse Marie <le Munster arec ces mois : « On a trop jasé -■ ; un billet de Panizzardi : « J'ai revu M. Dnbois... (i) » ; un loi de fragineiils informes, an tf rieurs au procès de Dreyfus, venus par le cornol. ; soixanle-qualorze pièces, postérieures à la condiimnalion du juif, lettres ou fragments de lettres volés dans les ambass.ides, traitant di< sujets parfaitement étrangrers à l'affaire, surtout d'histoires de femmes ; une correspondance obscène, de grosses plai- S8nleriesgerinani({uesdccorpsdegardc(2) ; le dossier dit des aveux i.'t); et ses principaux faux, les trois lettres de Panizznrdi et de Scliwarzkoppon, <{u'il avait fait fabriquer pur Leiiiercier- Picard ; le brouillon, postdaté, tic la letlre de l'attaché autrichien d), cl cette autre lettre de rattaché allemand où il avait gratté un nom d espion pour y subs'tiluer l'initiale de Dreyfus (5); en tout, trois cent iroixiinte-trcize pièces. Il garda en rt'servc (d'accord, apparemment, avec tjonsc cl lïoisdcffre) les i>hotugrapliies du bordereau aniiolt'. Mercier s'en clait fuit remettreun exemplaire (Cl). Kstcrhazy en avait uu autre.

Oonsc travailla de son coté.

Le général Lebelln de Dioune avdit eu Dreyfus suus ses ordres à l'École de guerre ; il l'avait très favorablement nulé : " ("onduite très bonne, Icnue très bonne:

{I. Cag».. I, 371. ruJKiicl.

'.a Noiiilirc île cci» li-ltres sont ilvsfiiiix manifrstvs.

(3) Il y nviiil ajuiilé ou l'c Hil flonse. une note du conlrùlcur l'evrolliM wir wi .■onviTs.-iIjoii, Ju C> jHiivîcr lêip. avi ' dant niii^riii, et uni.- lettre il'uii conucillur muiiii'i) qui. lui iii]-^:'i. avnil «rrilendu jiat-ler lic* avi'u\. ^< i3;.

,4) Voir p. iii.

1,5.. (7«iw..l,;(7a, «Uiignel: l!J,i/), Boitilloii. — Piti fiicr secret.

i.G; ChiimlTc Jl" IJ.'|>ii1i'S, 7 avril njrfcl, .liscmii-s

cHraclorc facile, très bon onicîer. cspril vit; 1res apte au service de l'Étal-Major (i). ■> Gonso ayaiil fait xea'ir de Dionnt', le général n'hésila paa (t ^'iniW^ev A Jiiiméiiie un démenti ; il signa que " le juiT Dreyfus n, Je» lÉcoIc. lui avait élé suspect :

' Sa manière d'Hre haineuse et ciiss«nlp ist ses prcipoaa

I inconsidérés lui avaient atlîr/' l'antipalhit- de ses profo»-»

] seurs cl de ses camura^k's. 1! disait nnlaminent qm

l Alsscienâ étaient plus lieureiix son:» 1» iloinination alle-9

i mande que sous Ib donnnufinn rran<;sise. Joune muHé, '

iic craignait |>as de »€ montrer avee (li>s lilles. J'ai au (loi ruprochcb ù lui taire k ce sujet. S'il (Mail l'objet de l'ani-^ igositiS cela tenait il iîon détesUble caractère, 4 l'tnteni.^ ^. [léraiice de sun lM«g«Ke et à une vie privée sans rlitfnil^ J et nullement A sa religion {2).

Un répétiteur à l'Ëcole (polytechnique, d'Ocague (3)^ qui se raniuait l>eMUCOup. uvaît rai-oiilé k Gonse {^] que Painlevé, le uialliéinatieien. savait de Jiieqiies Hadamard, maître de conférences à la Sorbonne, que celuici, parent de Dreyfus, avait eu des renseignements fâcheux sur le condamné de l'Ile du Diable. Hadamard avait seulement dit à Painlevé (5) qu'il avait couru, dans

(ilAnnéeP i8yi-i8yv. — Ca^».. III, r*0,

[■M Dëclaralion dalie du 1" juin iSijS. {Cast., 111, 585. — 1. 371, Cuignct; Rennei, II. iSo, Lebelin de Uionne.)

(3) C'était lui ((ui avait mené UoiadcITrc chez la princesse Mathilde jiour la convaincre de la culpabilité de Dreyfus. (Voir 1. 1, 34i).) — J'iivai^eoniribué â le Taire décorer.

1^1 Caêê., 1, 7:>r>, d'Ocii(;ne ; Rennes, 111, Z\i>, Gonsc.

Ç>) Ca$$., I, 7717, Iladuiniird : « M. l'iiinlcvi-, mou camarade de eollèfte et de l'i^cole not-inale KUpcrieure, Tut L'har)(é (en i8g6| de me dissuader de me présenter à une pbco de répétiteur k l'Iitole polyLeelinique.â c;mse de ma i);irenl^, très éloignée, arec lirevrua. " IJc même, l'ainlevé. |l, 7^8.)

la presse, des bruits sur la vie privée de Dreyfus ; pour lui, il était convaincu de rinnocence du malheureux, son cousin éloigné, par alliance, et qu'il n'avait, d'ailleurs^ vu qu'une seule fois.

Painlevé, averti par un journaliste que le récit de sa conversation avec Hadamard avait été gravement altéré, se rendit chez Gonse. Il croyait alors à fe culpabilité de Dreyfus, parce qu'il croyait que l'État-Major en avait des preuves certaines ; mais, comme il était aussi honnête homme que savant, Tidée qu'un propos de lui, inexactement rapporté, fût devenu une charge, lui était odieuse ; il s'étonnait, au surplus, que le sous-chef de rÉtat-Major, armé, comme il devait l'être, de témoignages formels, s'occupât d'un simple racontar. 11 insisUi donc, avec beaucoup de force, sur les affirmations répétées d'Iladamard au sujet de l'innocence de Dreyfus ; la phrase relative à la vie privée du condamné, son interlocuteur « l'avait dite précisément pour montrer qu'il n'apportait dans l'affaire ni sentimentaUlé ni esprit de famille, et pour bien établir la valeur intrinsèque de ses arguments (i) ». Gonse l'écouta^ de l'air benêt qui lui était habituel ; dans ces conditions, le récit de Painlevé n'apportait rien de nouveau et n'avait aucun intélérêl ; il ne lui demandait même pas de le mettre par écrit i2).

Painlevé parti, Gonse rédigea en ces termes, qu'il affirmait être « textuels » et avoir été confirmés par le mathématicien, en présence de d'Ocagne, la déclaration d'Hadamard : « Je n'ai pas voulu dire que je croyais Dreyfus innocent ; d'ailleurs, depuis son arrestation, nous avons eu, dans sa famille, connaissance de certains faits

(i) Rennes, 111, 334 et suiv., Painlevé. (2) Ibid.f 335, Painlevé ; 34o, Gonse.

de sa conduite qui font que nous ne pouvons pas répondre de lui (i). » Il signa, et ce fui une nouvelle pièce secrète.

D'Ocagne raconta encore à Gonse que Dreyfus avait été rencontré à Bruxelles, « quelque temps avant son arrestation », par un ancien camarade de TÉcole polytechnique « et qu'il n'avait pas paru empressé à se faire reconnaître par lui (2) ». Or, la ren^contre de Dreyfus avec Lon(juely datait de i883 (3) et, surtout, « n'avait inspiré à celui-ci aucune réflexion particulière (4) ». Le délateur savait que Dreyfus était accusé d'avoir eu des rapports avec Scbmettau. Il serrait la corde.

Gonse invoqua également le récit du domestique d'un agent d'espionnage à Bruxelles, Pomier, qui aurait vu chez son maître, « des plis portant la signature de Dreyfus, venant de Paris et relatifs à la mobilisation »>. Un policier de Nancy le tenait d'un infirmier ivrogne, qui Pavait entendu raconter, à l'hôpital, par ce domestique; l'infirmier était mort (5).

(1) Pircc <)«) (lu <U)Ssier s«'cr<M, «laU'O du S innrs iX*,j^, sii^nrc : (ionse. — A I^Miiio^ : « I>.'ins m<i ix'nstV. il n'otnil ]ki.< quostion (le faire un l«''inoi^ii.'iir(\ une |)i("c(» (l(\ju<ticc. >';ill, 3'|<».( — Dev.uil la <i()Ui' (k' cas^alioii, lloirel iwix'il dénos»'' en cos lornu^s : ■< Il a «'lé t'lal)li an nioincnl du piocf-s, (»u \)cu après, «pie M. Iladauiard. l)('au-p('r(' de Dreyfus, avait eu à ])ayer dcr^ délie'-; pour son cendre. Il avait ni('*rne hMui à ce pi'opos, à M. Pain- 1(''\(''. lui j»rop()«^ ^iuMilicalif. » I. '">7'./ A Rennes, mis nu pied du mur \M\v Paiide\('', Uol'cI convint (piil avait fait du heau-prre de Dievlu^ el de son pdil cousin pai" allianecun seul persoiinaire.

•' ^'(/.ss., I, 7r>r», d ( )i'.iLiii<'.

') h'i-nnr^. II, iS',. Ihcxln-: ■ (.('lait au moment de Texposilion d' Viii^tcrdam. • Loinpicly d(''clai'(' (pi'il rencontra Lïrevfus da[i> nti rcsianiatil. • a niic «'•poipic (juil lui en^t diflieile de li\(M . ('(is.<.. I. .">i'| ; /ù'N'ics. 11. is',.!

\ f'.iisfi., 1. ;»i ',, Lontpicl \ .

■) Pi("cc iM'i du do->.icr >ecrt*l. — ■■ 1 "inlirmier Schériei*pas'?ail pnnr a\oir ili.'d»il udc de iM.irt». >; ('.<iss., III, i;!», lîallot-Jieaupré.i

LA Clll'TK »K MhLINE figs

Gonse avail chargé Hcnrj' de s'informer tic Pcimier; la police l'eul vile Irouvc (i) ; il démcnlit foriiiellemenl 1rs propos qui lui étaient prêtC-s, toute celte liisloire. Henry supprima le rapport, raconta A- Gonse, qui mainliiil le sien, que l'homme avail disparu sans laisser de traces ■■•i).

C'était un des trucs ordinaires d'Uenry, M» suffisant pour tromper Gonse ou quiconque préfirnit i^trc trompé. II l'avail déjà employé, en iSfj^, quand Mercier lui dit de chercher ù la direcUon de l'arl illerie le dossier relat if A l'obus à la mélinite { )). Gunsc reprît aussi cette all'airc, n'ayant encore, en tout et pour tout, que cinq fragments calcinés d'une lettre sur papier pelure, la copie, croyaiton. dune instruction secrète sur le chargement des obus |/|y ; il ne doutait pas que Bertillon reconnaîtrait, sur un papier analogue à celui du bordereau, lécrifure du juif.

Co. fut une d»icepti(Mi quand l'anthropométreur s'y refusa (5, ; ilenry, cette fois, n'osa pas esiamolcr le rnpporl ; mais Gonse ne voiilul pas en avoir le dénienli el persista il imputer celle autre trahison à Dreyfus (i..

Le capitaine Rému^nl, ancien camarade de Dreyfus, fui plu» accomniodanl. II consentit à écrire que Dreyfus avait cherché !\ se procurer de faijon suspecte des renseignemenis sur l'obus Itohin. On n'avait aucun indice que l'ubus Hnbin eOl été livré ti l'Allemagne, qui

î» [*ii'PO 7:1 ilu •liis-'Ier. — Oijw.^l, liî, Rogi-l ; :W1..|. CiiiL-'iiel. (ri; Kn|i|iorl ilii m juin itWH ; pii-ce H2. fil II ne chiuiKoa pa* un mot ii sn unie 'lu i3 mai iSyS , ajouta |ins, pn /loiiliicriplant, rex{in'p>fU>n U'un iloutr.

594 IIISTOIKE DE L AFFAIRK DREYFUS

fabriquait depuis longtemps des Schrapnell. Gonse n'en conclut pas moins qu'une trahison avait dCi être commise et que Dreyfus en était rauleur (i).

Une autre affaire, oii Henry, à son ordinaire, avait supprimé une pièce qui le gênait, le mena plus loin qu'il ne Tavait cru.

Gonse n'appartient pas à la race des malfaiteurs de grande envergure. Au besoin, il ment comme un autre, se parjure, authentique des faux ou y collabore sournoisement. Toutefois, sa sottise n'est pas qu'apparente, son air de bêtise est lui-même menteur, et il a des scrupules de vieux soldat discipliné ou craintif. Ainsi fît-il observer a Henry qu'une pièce -importante manquait à son dossier, la dépêche du 2 novembre 189^, de Panizzardi à ri^lnt-major italien. 11 se souvenait qu'il en avait oxi<l('' plusieurs versions ii^

Henry, qui se gardait bien de tout dire à Gonse, fit

U HcMiiiisril raconl.ul <|n<' I)reyrii>, ét.inl à l'Krole J'î giiorro, lui .'ivail .««Iressr une lollrc pour «loinniulcr » ces reiisoiu^nomcfils (lcstin«'*s à son i)r(>r«^ss<Mir «rarlillcriequi <i«sir«iil se tenir au rtturaut <los iri\ «Milio?i-i riouNi'llos >. i Pièce 71 «.lu (l()>sier. Mai- il ne produi-^il Jamais la loUrr, cjuil citait «le inénioire (rV/x.s\, m. :{:»7, Mnrtiar.l cl «l<ml l)i(»vfu-; na j^çardé aucun souvenir*. (!('lail son lrri(^ <|i]i avait < porl»'* le rvnseignenienl •• à (iiiheliii. /^•/JA?<■.^•, II. :k)i. — Iii'n'ii'.<. III. ■•:>'). </énéral Deloye : M I/iin ciilcur de iOhii-, M. Hnliin. .1 «Icrlaré spontanéinenl qiie l)r<'vrn- ne lui av.nl jainii- lim (|«Mn;in(l<* di' ses atïaire.'S, rien, i-KMi, rien, «'nrin-c licu. — I .e< Alie-n nnls ont <leu\ Schrapnell, I nn i\r iS(|i, janire d»' iS<»t'>. (■.cjni ci n'a rien «le couiniuii ave<-, r«»lMi< iVani-ais de 1S7',. Cis.^.. I, ://,, llarhnaiin.i v \'oir I . I*^ v'|."> <d sni\ .

LA aiIUTE DE MELINE 695

semblant de rochercher le dossier des télégrammes ; il rapporta ensuite ([u'il ne le retrouvait pas (i).

Il comptait que Gonse n'en demanderait pas davantage. Mais Gonse en référa à Billot (2), et Billot, après s'être fait expliquer Tallaire, dit que rien n'était plus simple ; il n'y avait qu'à se faire délivrer une nouvelle copie du télégramme par le ministère des Affaires 'étrangères qui l'avait déchiffré (8).

Henry, qui se fût découvei^t en objectant à cette démarche (4), se rendit donc chez Paléologue ; le diplomate répondit qu'il n'était point qualifié pour remettre, même en copie, une pièce de cette nature ; il était nécessaire que le ministère de la Guerre adressAt une •demande au ministère des Affaires étrangères.

Voici Henry, à nouveau, loin de compte. Une communication officielle du télégramme qui disculpait Dreyfus, était tout ce qu'il redoutait. Par bonheur, Paléologue, compatissant à sonennjii, mais incapable d'en soupçonner la cause, ajouta : « Je vous ai récité tant de fois ce télégramme que je peux bien vous le réciter une fois de plus ; libre à vous de l'écrire sous ma dictée f5). »>

Henry ne se le fil pas dire deux fois, remercia Pa-

(1) Cass., 1, 391, Paléologue ; 507, BoisdePfre; 56i, Gonse ; lïenneSf llI,2->8, Du Paly : « Le dossier des télégraramee adisparu. m — La version ofilcielle de la dépêche du 2 novembre avait élé

-communiquée h Sandlicrrpar Deiaroche-Vernet. {Rennes^ 1, 52.)

(2) Cais.^ 1, Tx)-, BoisdelTre ; '/ti. Billot; 562, Gonse.— Gonse place ces divers incidents après la confection de la pièce. n«» 44 du dossier secret; rerreur est manifeste, mais intentionnelle. BoisdelTre, sur ce point, est en contradiction formelle avec

•Gonse,

(3) Cas*., 1, 391, Paléologue; Tx);, BoisdelTre. (4'. Ibid., I, .')C>3, Gonse.

i5) Ibid., !, 391, Paléologue. (Fin avril ou commencement de •mai 1898.)

5tM> IIISTOIHE DE L AFFAIRE DREYFUS

léologae, écrivit sous sa dictée le texte de la vei^sion authentique ; puis, tranquillement, ayant encore la copie en poche ou l'ayant détruite en route, retourna chez Gonse : « Ces messieurs, lui dit-il, n'ont pas voulu me donner le télégramme (i). » Il crut encore que l'affaire en resterait là.

Gonse, comme de juste, rapporta cette réponse ô Hoisdeffre et à Billot. Boisdeffre ne voulut rien savoir; mais Billot dit qu'il s'en chargeait, que lui-même, au prochain conseil des ministres, il demanderait h Hanotaux la copie de la dépêche, à titre personnel (2].

C'était, d'ailleurs, le plus sûr moyen de ne rien avoir. Hanotaux, en effet, fit à Billot la même réponse que Paléologue h Henry : que les affaires d*État ne se traitent point ainsi, à l'amiable ; qu'il en existe un sage protocole ; qu'en particulier, « cette affaire a été déjà réglée et qu'elle ne saurait faire l'objet de communications/)ersoMAîe//es, si confidentielles qu'elles puissent être (3) >». * '

On ne voit pas qu'Iianotaux, à l'exemple de l^aléolomie, ail sujrg^'i'é ;i l^illot de réclamer officiellement l;i (iépécho. (lelle alVain* l'eimuyail beaucoup. 11 avait (MI de grosses (lii'iiciiHés avec l'ambassadeur d'Italie. Il en aurait de nouvelles -;i celui-ci, |)ar (juelque indiscrétion, apprenait (|uc les dépêches de Panizzardi avaient été inlerceplées.

I)"aulre i)ait, liillol sObslina, soit qu'il eût (pielque

1 f'.d.'^.'i., I. ;î<h. r.il<''(»lni:nc ; :):.j. lîoisdclTro : r)<>3. (.l<>ns«». • H'iil., I. i>->7, lioi-.l.'lTr»'.

:; IhiiL. I. :.V'- I-illol. — I);i|.i('< BcM^lcfflT I. .V>7.. Iliuiot Mix /iiir.nt -iiiij'If'iiK'nl rcCn-r l.i rominnnic.-ilion pour d<\s l'ai- >nn-^ lie «(HiN <Mi,nH<' •li|»li>iii,iti«|iir. \)r intHiio (ion.se ;1, ôiVi . lVil<'uloi;ui' n'.i cniiini l.i «Iriuarrlic rjuc ]),ir un rét'il de (uni>o I. -^«jv.;. ll/iimlaux. «laii- sa «It.'po-ilioii. passe rineident sous sd«'nce.

LA CHUTE DE MÉLINE dU7

arrière-pensée, soil entêtement de chasseur. Il prescrivit à Gonse « de se retourner du câté des posles et télégraphes ii) ».

Ici encore, il eût suffi de suivre la procédure rég^ulière, c'est-à-dire de demander, par lettre officielle, au sous-secrétaire d"Élat des postes (Delpcuch). une copie de la dépêche de Pani7.zardi. Le soir mâmc, la copie eût été Iransmise.

tionse, par surcroît, commit une singulière bévue. Soufflé ou non par Henry, au lieu de demander la copie ou le décukjue qu'il aurait eu aussitôt <2.>, il réclama « l'original l'i) », la dép<>che elle-même. Dolpeuch lui expliqua " qu'elle avait été détruite, comme toutes les dépêches, au bout d'un certain temps., et qu'il était impossible de satisfaire à sa demande l'i) «.

Henry avait eu souvent alTairc à l'administration des postes ; il en connaissait les usages.

L'idée ne vint pas au sous-secrétaire d'État d'offrir, spontanément, le décalque. CeiU été un gros embarras pour Henry, bien que les postes n'eussent pu donner que le texte cliilVré. Billot, butté romme il l'était, se serait adressé aux cryptographes du ministère des Affaires étrangères, qui avaient la clef, et tout cmquiiit.

Ainsi, ta sotlisi' îles uns. l'incurie des autres ou leur demi -complicité, tout ce qu'on appelle le ha.sard, mais lo hasard bien dirigé, servaient de nouveau Henry.

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