‹ Histoire de l'affaire DreyfusChapitre 19 sur 26 · II. 'UiK»., I, :Ciï, HoisilpITrc : rnla. Gon^e · texte numérisé non relu

II. 'UiK»., I, :Ciï, HoisilpITrc : rnla. Gon^e

';• Itiifl., III, riLi. l>(il(^>lo;iiii.' : ' l'our obtenir une ropie ilu tôlé^riimnie, le niiiiii-IËre iluri AITaircs élrnnijèrrs n'a eu ^uiï s'Diln'Ascr, iliiiislesToriiie^rviçuliùrea, au souf'-i'ecrt^tarinlirKliil licit l'osles et TÉU'itraptie». La piive a êlé rKlrunvi^c ut envoyi-c le joiv même où t^lle a été ilcini>n<lée, xf Tévrii-r i)*<j!i. Lu voiiri : elli" efl identique ii ccHp (|Hi a élé ili-cliiffri'-e. rn i*jt. nii utiiii il'Or«iy. • — Ui- mâmt-, B.tttot-Bviiuiiri',

(3) Cann., I, :(.ji, PaiKologiic. (Hétit dii Gonse au tOmoin.j

'4) Ibiil.. I, Tifu, Gon^e ; III, 5ii. Pali'oloiîuc.

iTouturoiij, l'aUcnlioii de Ititlot avait élé fâcheusement (■TOÎHée, par la lualailiosae do GoQsc et tant d« di*luaiches, sur la dépOolie de Paiiizzardi, et HeniT-- pea- Lait à la merci d'un incidoril. Il eût suffi d'une conver^ ' sntion forlUile entre Pai^ologue ot Billot.

IPai^ologuc, comme je l'ai i-dcoaté, avait objecté déjà la dépêche du 2 novembre à la version de Gonse « d'Henry que Urejfus n'avait pas eu de rapports direcls avec l'AUemaRne el que PaniKzurdi était l'inlBrin^ dinire. Pnui-tant. celle version inattendue, ces riante!' dans l'IiiKloire de la trahison, tantôt avec l'Italie, . l4)iilût avec l'Allemagne, et le trouble d'Henrj', qui! H avait noté, le joui' oii iis en parlèrent, tout cela s'était A" arrangé juequi» présenl dans son espi'it: Quiconque : T ou «ITaire à ilenry s'est Irompé sur l'extraordinaii* r paysan ; tonale prirent pour «n bon rusfre et le plus * droit des hommes. Ainsi Berlultia. Picquarl. De même Paléologlie. [I était aux premières logea pour bien v-oirl et n'a^'oil encore rien vu. Il croyait loujoura, sur IseM parole d'Henry, h la eulpaliilrli^ de Dreyfus.

Cette fois pourtant, Paliiologue, étant lui-même en cause, eût pu comprendre. Ces Iraduotiona de la dépêche chiffrée de i8;)4. d'une sincérité manifeste, d"où résullait que Dreyfus n'avait pas eu de rapports avec ritalie, si Henry, l'iine après l'autre, les avait fait disparatlre, c'est qu'elles étaient la condamnation de la lettre mystérieuse de i8;j6, où Panizzardi avouait qu'il avait eu le juif ù sou service. La fourberie lui fût apparue il travers le mensonge d'Henry à son eiidroit. La fameuse lettre était un faux, et le faussaire celui qui avait supprimé les versions aulhentiqucs de la dépêche.

L'accident eût élé d'autant plus grave que Billbt, qui su résignait volontiers •'1 être dupe, manquait d'es-

LA CBL'TIt DE XEMNE 599

toinao devant les complicités trop cyiii(|ues ci dniigerpuses. Faire usage d'une pièce douteuse et i-oiivrir un fansaairp avéré, ces deux vilenies n'engHffoiil jias au mftine degré la responsabilité, La peur cûl pu lui donner le courage d'agir honnêtement.

Henry, au début, iivait cm surilsant de supprimer la dê]M^ciie de lî^t'i, («irt-e qu'elle ne cadrait pas avec son faux de iHgtî. Il sapercevnit, h présent, qu'en Jetant au feu un cliilTon de |)apier, il n'avait pas aboli la possibilité de voir réapparniln) 1h version aulhonlique que l'aléolt^ue lenait en réserve. Il devenait, <lès lors, néce:«saire, puisque Billot s' acharnait h avoir la dép<k-he, de lui en fournir un texte qui le satisfit, ne fût pas en contradiction avec la pièce de iH^T» et permtl, en outre, de contester la vei-sion des cryptograiihes officiels, le jour où elle sortirait de radminislralion des postes ou du minisière des AITaires étrangères.

Il n'y il qu'un moyen d'uullicnliijuer un faux ; un autre faux.

l'ne telle estime ealouroit Henry que d'uiqiorlcr un malin à (jonse une vei-sion convenable do la dêJH'che. rien ne lui crti été plus nisé. Il l'aurait retrouvée tout à «roup dans un de ses dossiers, après l'avoir fait écrire par Ouénée, <iui n'était pas moins expert que Lemercicrl'icavd.

A la réfle?tion, il lui jinrut qu'û assumer encore une fois, ix lui tout seul, tous les risques, il jouajl gros jeu ; et l'idée lui vint de faire piirticiper à la fabrication du nouveau faux, dont il avait besoin, le seul ofTicier de rÉlat-Xlajor qui se fàl avisé, avec Picquart. de ,-*uspecter son autre faux.

On a vu { 1 ■ qu'Henry, en iSij'i. avait fait une copie de

(ij Vi.ir l. 1", ?'fi.

nOO HIGTOtKE 1W LAFFAIRG nBEYfUS

rébauclu'' primilive oii les cryptogrsphes avaient inscrit, sous les groupes chiflVés, ù lilre conjectural, iee mois arrêté, minisfire de la Guerre, preuve, relaliot^\\ AUenjayne. ,\fols excellents, accusateurs, niais, pari malheur, iuexiicls : ainsi le premier cliiiTrc do la dé"! pflchft (9i3). qu'on Qvail pris pour un groupe et Irudiiif^ nrreglalo, el qui n'f^lail qu'un numéro d'or(lre{i). An*] surplus, ct'tte version elle-même était TavorabJe Dreyfus : « On a arrCté le eapilHinc Dreyfus qui . pas eu do relations avec l'Allemagne (a). »

Cependant, avec le feuillet cryptographique dont lec déchiffreurs avaient, eu le lorl de se désaisir, l'instru-i meut g^néi-aleur des faux était aux mains de VÉlauM Major. Tous les milîlaires qui en ont eu connaissance, 4 ceux fiui avouent avoir connu le feudlel comme ceiuc-l qui Ift nicnl, se sont cramponnée, imbéciles ou dfr- ] lijynux, A i^ea premiers déchiffrements hypothétiques. La guïsmiére traduetion, donnée comme incertaine par le miniature des AITaircs étrangères, mais qui disculpait Dreyfus; la traduction définitive, passée au cribl.> de la contre-épreuve de Sandherr (3j, ils rejettent toul ce qui ne vient pas à l'appui de leur idée préconçue. Il n'y a de vrai pour eux que le faux, pourvu qu'il serve leurs passions el leur intérêt.

Sandherr, prisonnier de sa contre-épreuve, disait aux diplomates qu'il était d'accord avec eux {',) ; mais, entre officiers, ii exprimait des doutes (5) ; il fut associé,

■;i) llenne», I, Ou, Piiléotogiie. — Le jour même où le feuillcl fui crimiminiqiiiï à Sandlien-, on inlircfiita une nouvolJc dépêche i\a\ |)orl.iil le niirm^ro t)i'|.

;ai Rennes, t, 'yi, '.*'i, IttrlimH.hc-Vfniel: M, 60, Paléologue.

[Jl CHUTE DE MÉLIiNK COI

comme on sait, à la conslîlutioii du dossier secrcl de i89{, y inséra une fausse version de la dépêche.

Il n'esl pas impossible que celte fausse version ail élé, à cette époque, montrée & Du Paly comme étant la copie de la première traduction conjecturale des crjptographes. Ils avaient lu : « Dreyfus n'a pas eu de relations avec l'Allemagne (i). » Le copiste avait transcrit : « Le ministère de la Guerre a un rapport secret olTert ù l'Allemagne (2;. 1

Du Paty avait rédigé à ce sujet une note qui fui jointe au dossier des télégrammes (3). Henry l'y put lire avant do déti'uii'c tout lo pafjuet.

Ainsi Henry put, en toute sûreté, suggérer à Gonse d'avoir recours aux lumières de Du Paly ; en toul cas, (piaud Oonse lui demanda de .1 recueillir ses souvenirs », Henry était lii (41- (»onsc raconle qu'il se borna à écrire, sous la dictée de Du Paly, un texte qui n'aurait PU à SCS yeux (|u'uno « valeur indicative (Si ... I£n fait, bi cuisine du faux fui itioins sommaire : elle occupa plus d'une séance. La tiaducliou de Du Paly, celle qu'il avail rcpmdnile dans sa note de 1891, donniiit plciiu' satisraction. Faux ébonté, jmisquc les décbilTrcui's, ù aucun moment, ■■ n'avaient écrit, ni suggéré, ni même imaginé rien de tel « (t>j. Toutefois, par un bizarre scrupule. Du Poly refusai! d"y ajouter la pbase : Bimane prevemiln eminaarin, ijui avait figuré sur la deuxième version, iniiis à litre conjectural (71. et qui, d'ailleurs, n'inci'iminail pas Divyfus (en prison, depuis quinze

(1 tienne», I, To, TiC. Ucb IV Ibid, 11, lia;. [)u l'iilv.

3) Ihid, Il.aaS, Du Pnly

',) &(*«., I. *)7. IlifisdetTre : TjOi, Gonsi- ::.) m,l, 1. .V.;, Uoifi.lcITri-: Tiiil, GoiiPe. ift IhiJ., II. 1;: Henné». I, :«j,PaIéologu( ■; Voir t, I", 4''*-

eOt UISTOIRB DB' L'AÏPFAIRfi DREYFUS

jour», quand PftDizeardi envoya* sa dépêche). II Ia*d6claraît dOiuteuse. C^' donna lieu à une diecussion d^abord, pais' à uu'ébbange de lettres entk-e Gonse et lur(i).

Finalement; Gonse se détermina pour une nouvelle rédactîoni plus explicite; ob là phrase contestée fut rem-^ placée par une autire plus mensongère eneore : « Le ca* pitaine Dreyfus est' arrêté. Leministèredela^Suerrea la preuve de ses relations .avec TAlIemagne ; toutes me» précautions sont prises(a). »

II faut rappeler ici le texte authentique de la dépéche^ dont Gonse avait gardé un souvenir à peu près Odèlé (3), qui' avait été' noté par Du Paty {/%) et que Paléologue avait, l'Autre jour, récité k Henry v « 9î le capitaine Dreyfus n*a pas eu de relations aveo vous, il conviendrait de charger Fambassadeur de publier un détnenti officiel^ afin d'éviler les commentaires de la' presse. »

La nouvellepièoe, qui étayait si solidement le faux d*Henry, fut montrée à BoisdelTre et à Billot puis jointe au dossier (5); une note annexe portait que la pièce

(i) Paléolopue demanda à Gonse !*i la phrase sur rêiuissaire lui avait été dictée par Du Paly : u Je ne me souviens pluf* exactement, dit (îonse, il me semble, en elTel, que c'était cetle version. »» (CaHS., l, 'S{)i, l^aléologue-. Or, le contraire résulte du texte cpie Du Paty a produit dans sa note de Rennes : la phrase est signalée connue douteuse. II v insiste dans sa déposition- (III,r>ii.)

(•2) Du Paty déclaiv avoir dit (à (îonse^ que le huitième groupe chiffré ]>ouvait s? lire reUilions ou preuve, mais que les deux mots nepouvaienl s'appliquer à des groupes différents (/?p/ifie^^ III, r>i.'|). La distinction ligure également dans la note qu'il remit à Mercier ;ÏI, a-jS). I.es cryptographes avaient, en efîel, inditpié que le groupe VIII f)ouvail se lire Preuve ou nelafion. {Cass., m, 7)11 ; Hennés, I, r>f), Paléologue.

(3) CaKs., I, THm, r»0'|, (ion-^e.

(4) Hennés, III, v.!?S, Du Paty.

T) N" /i'i du dossier secret. — Cass., I, r)',7. Billol ; 552, Boisdeffrc; r)<)i, (lonse.

avait été reconstiiaée dé mémoire par Du Pâty, mais sans nulle mention, même pour la contredire, de la version authentique (i).

Le répertoire du dossier fut recopié pour Billot par un jeune officier qui admirait beaucoup Henry, qu'Henry avait pris en amitié et qui s'appelait Cuignet (2).

Billot, derrière un tel rempart et un rapport d'ensemble de son gendre Wattine (3), en collaboration avec Gonse, se sentit très rassuré. Rochefort, Drumont, furent avisés qu'on avait maintenant des preuves « qui pouvaient se peser par 100 kilos (4) ». Quand les amis de Drevfus reviendront à Tassant, on « déballera » tout.

Entre temps, quelques spadassins de lettres furent enrôlés pour les frapper par derrière, les punir d'avoir voulu un peu de vérité et de justice.

Le père de Zola, lieutenant, en 1882, à la légion étrangère (5), avait donné sa démission, sous le coup

(1) N'45du dossier secret.

(•2i Cass.^ 1, 338, Cuignet.

(3) Ibid.

(4) Intransigeant du 12 avril 1898.

(5) François Zola, « dont le père et le grand-père avaient servi la République de Venise comme capitaines »>, avait débuté comme lieutenant dans les régiment? italiens du prince Eugène. Démissionnaire en 1820, il se lit ingénieur et publia, à peine âgé de vingt-trois ans, un Traité sur le nivellement topoyraphique qui lui valut le titre de membre de TAcadémie de Pndouo. Il fut employé ensuite à d'importants travaux en Aulnclie. Il obtint, en i83i, d'être réintégré comme lieulenant dans la légion étrangère, à Alger. (Dossier François Zola, aux archives de la Guerre.)

r.t>i HISTOIRE DE 1,'affaire dreyfus

d'une accusation de détouruemenls, pour éviter de passer dcvanL un conseil de guerre, bltail-il l'auteur des malversations qui lui furent impulées, dans de menues nlFaires-de fouraitures, ou était-ce un sous-ordre dont In Temme passait pour sa maîtresse? Oùs que ce{|« femme filt arrêtée, il se livra, remboursa la somme qui manquait, n Nulle plainte juridique n'avait été déposée contre lui (i), •>

Il ressort des témoignages contemporains les plus liostiles que François Zola, s'il se puuit lui-même Il d'une heuri* de folie (a) ■', ou d'une complaisance coupable, protesta vivement de son innocence (3).

Il sp trouva un vieillard dt quatre-vingts ans, le général de Loverdo, pour déterrer cette faute de jeunesse dans ses souvenirs, ttanl enfant, il en avait entendu parler par son père, le premier général de Loverdo, qui avoit rc^u chez lui, dans une amicale iiitimilé, l'officier démJBfiionnftire (4). Surtout, il savait la vie si belle de

U) Lettre du duc de Ruvigû. gvuvcniPur gAn^rnl do l'Algérie,

au m a PI' cl 11 il Soull, minislri? de In (îuf^rre, d'Alger, le 17 oej)tornljii' iSa^: lotir* ilii g^iiOral Triiicl au mmisU-p, d'.Mgcr, le iS jiilllr'l. iffla. — RéiL'it Boalogue dans la lettre du colonel l'.nmbi-, rlicf >ir la légion étrangère, au gi^néral lluchet, ja juillet 1 W.'.. — r.jjt li'lti'cs, Binai nue la lettre de dt^mis^ion de Franr;(ii- 7.1' I l'i ■; jnilli-i iS3a, Turent successiveiucnl versées à

liii-i ! ' . \';.iire Zola contre Judet.) Elles Turent plus

tiii'i I I /.ol», par ordre du Rendrai de GallifTet. La

U'iii' ' ir-'i' fi H^ ppproduile pur Zola danfi son

nilii ■■■■'- '''i'i el auiv,): reliée de Combe

l'i ■'■■ /.c Pi»re d'Emile Zola, ij. i5,

11,17 irioiitalli'i '^.oi*i Trancs.

(3; Ullic du colonel c'omîie. — Voir p. O06.

■'4( P'Iil Journal du £1 mai 1S98, conversation avec le général de Lovenio: " Znla continua, daranl qualre ou cinq mois, son métier de |iii{uc-assicUe : il était attiré chez, nous par M<°' ...., etc. '< — A l'instruclioR Plory (nj août iSiiSi, Loverdo dépose que son pèro intervint en Tuvcur de Zola. 11 n'existe, au ministère delà Guerre, aucune trace de cette intervention.

LA CHUTE IlE MIIliNE GOî

François Zola, aprfts ce drame douloureux, loule de labeur et d'énergie, où il fut honoré de ramilié de Tliiers et de Mignel, son projet pour les forLificalions de Paris, qui est d'un précurseur (i), ses travaux au port de Marseille, le canal d'Aix, boi> œuvre qui porte son nom (2). Bien que le souvenir de son propre père eût dû l'arrêter, l'empêcher de violer cette tombe.

La chose horrible, beaucoup plus que l'action si basse tl'inviler les gens de l'Élat-Major h déshonorer le père dans son cercueil ei le fils dans son père (3), c'est que Loverdo, en leur envoyant sa dénonciation, crut rendre un suprême service alarmée, "la venger d'un Irallre('i)".

Les dossiers du personnel, conservés aux archives de la Guerre, sont lenus pour secrets; « constitués uniquement en vue des besoins administratifs (â) », ils donnent lians la poussière d'une véritable nécropole. A peine si (pielquL's historiens obtiennent parfois le privilège de les consulter. Mais toute arme, en ces tristes temps, était bonne. Billot ayant donné l'ordre de retherciier le <lossier de Trantois Zola, l'archiviste le remit à un envoyé d'Henry (0).

^1 < Il y pré 1:011 i an it l'cinplui <le~ torts «JtUach^s i[ui lui nrtu|ite après In KU<'''''Ctlc i>*7".

iï| 1.0 <-aiiiit Zuta fut ili-iriani d'uliltli' [>tililîi|iie le 2 miii iHH: Thiers »'y OLiit vivraient inU^rcseé.

(3i Z<>tn, A tii murt de son père 18J7 . avait sepl anii : il «^ ftisla ù lies uksti|ucrt " auxi|uellos loulc la jinpiilalion )>arliciihT ". {La Venté en mnn-he. v-SS.

(',1 La Vèrili en marrhe. -US.

il Lellri" <ie f-aviiignnc, jnitiiiitre de la Guerre, ou gnrilc d^s Sceaux, du -jij aoill t\MJIS. \lnslraflion Flonj.)

6 D^-larations de Ravcret, ehef, el d'tlennet. Biius-clief di-s nrchivcH ndiiiini«tralives de In guerre, à Zolri La Vérité en mureht, lûS et 1771. — l/envoyé d'Jlcnry rnl. sans diiiite. (irilK^liii. — La l'émise du diiHSier à Henry eul lii-ii ilun» le <:uiiJ'<'iiit de mari t»jK. lU-s U: M)uis ttuiv.iiil. un arlicle df la Patrie, ilu -iijnvril, fait allusion a l'alTnlri! dAiper, aux archives du la Guerre ({ui renroriiient des reiiseipneinenl^ édilianls " sur gihi^ieut'ii

H Les pièces n'étaient pas cotées, et il nen existait pas de bordereau (i). »

Quatre seulement (si Henry, cette fois, ne pratiqua aucune -suppression) étaient relatives à Tincident dénoneé par Loverdo : la démission de François Zola, une Jettre détaillée du colonel^ Combe, chef de la légion étrangère, une autre, fort courte, du général Trézel, maréchal de oamp etchef de TÉtat-Major à xVlger, et un rapport du duc de Rovigo, commandant en chef du corps d occupation,. au ministre de la Guerre.

Le colonel Combe, ancien soldat de TEmpire, qui sétait exilé volontairement en Amérique après Waterloo et n'était rentré en France que depuis la Révolution de juillet («), s'exprimait sur le cas de François Zola avec une grande violence. S'il convenait qu^une femme était au fond de l'affaire, il n'y trouvait aucun motif d'indulgence pour celui qu'il appelait ^ le vil instrument de toutes les turpitudes humaines » ; la présence d'un tel « individu » dans l'armée « eût souillé les regards des guerriers qui tiennent et estiment Thonnoiir ') ; son devoir, enfin, lui commandait de mettre le ministre en garde contre les |>rol^stalions de l'intri» fCant, quand il reviendrait ;\ Paris et ne manquerait pas <1(» se présenter ^< comme une malheurense victime de chefs ini({ues (3 ».

Ainsi rinsulleur «le l'armée (|ii'était Zola avait pour

ilcr^ |>ln?> iH>t<»iri'> n|)nl(>i;i>l(^s <l<^s IrailrCii <ni sur leur pareille ». Le <.l(>ssi<'r lui rosliluc |>;ir II^mu'v Ir 8 jjiin. (Noie signée H.\- \ i-.iîj:r .

(1 I)<''clar.ilinrj-« lU» H.'ncu'l cl «l'IIonnol.

;•' Miciu'l <.oml)<' ôl.iil «oIoim'I «lu 17 janvier i8i5 ; il coininaïul,!, «MJ |V'\ ruM" |S3 >, le cnrus (^xpéililjrmnaire d'Ancùno et fut i>l<'s-<'' iiiorlelleiiHMil. le i.'{ octobre iS^j, à lassaut de C^onslanlinc: il mourul le iT). Camifj.i. Il(n;s»«Kr, LAhj<''rie de i83o à i8.'|S, II. -^ss .

{Al \()ir Appendice III.

père un voleur qui, lui aussi, comme Dreyfus, avait cherché « à déguiser son infâme conduite en parlant de son innocence ».

Au contraire, Trézel opinait que « deux mois de détention et la perle de son grade étaient pour Tofficier coupable une punition suffisante » ; et Rovigo, en réponse à une lettre de Soult qui s'étonnait que François Zola «ùt été mis si vite en liberté, revendiquait la responsabilité d*une mesure humaine et juste ; u A quel titre pourrais-je signer un ordre d'informer contre un honime qui a rempli tous les engagements qu'il avait pris? »

Billot, à la lecture de ces documents, éprouva quelque .<iéception ; il fit demander s'il existait un dossier, plus grave, au bureau de la justice militaire ; on lui répondit que non (i).

Henrv s'est-il alors concerté avec Gonse? Boisdelîre avec Du Lac (2) ? Quoi qu'il en soit, Henry remit tranquillement au dossier les lettres de Rovigo et de Trézel, <;opia la lettre de Combe, mais en la falsifiant, et en forgea une seconde. Il supprima, notamment, de la première le passage relatif au payement intégral du déficit et l'histoire, qui expliquait tout, de la Dahla de caserne qui avait affolé le malheureux officier (3). La

(1) Déclaration de Ravcret; note (au crayons cote 14.

(2) «c Dans un établispemenl religieux du quartier de l'Europe, un ancien élève qui, vers ce temps (avril 1898^ rendit visite à un Père, son professeur d'autrefois, reçut de lui cette bonne nouvelle : « Oh! ZoK'k il n'est plus h craindre, il est fini, nous avons de quoi le tuer! » Um Vérité en marche, 3i3i.

(3) « Le sieur Fischer s'est ofTert à acquitter pour Zola le montant des délies au payement desquelles les 2.000 francs saisis dans la malle ne sufH&nient pas. Celle nlTre acceplée, tous les créanciers ont pu être payés, et le conseil d'administralion couvert du déficit existant en magasin... Fischer était marié et il avait existé longtemps entre lui, sa femme et Zola, des relations toutes particulières d'intimilé, de ménage et de eohahitation, qu'on pouvait diversement interpréter. On n'avait

IsrOlHE DE LAFIAIHE DHEÏFl'S

seconde lellre, sang date, où le colonel de la légion étrangère criLiquait vivement l'abandon des poursuites contre Zola, élaîl censée provenir des archives de Cotistantine où l'original en a été vainement rechercha (i). Henry porta enauilo ces deiixpiëcesàsonami JudeL('j!)qiii était particulièrement qualifié pour les présenter nu public avec une vertueuse et patriotique indïgnalîon. lîn eiïi'l, il ne s'était pus engagé pendant la guerre, comme l'avaient fait tant de ses camarades, s'était fait reformer en 1871, avait obtenu, en 1875, d'être nommé, en violation de la loi, sous-lientenaiit de réserve. el, 'es avoir démissionné fi t'époqne où les relations se .dalent avec l'Allemagne, n'avait repris son gradp, iSfto, que par une aulre faveur exceptionnelle et aie (3}, .Indel se chargea de faire éclater le scan- ... dans le Priil Journal, le matin mflme oh Znla reparaîtrait, à Versailles, devant le^ assises.

fait ueaiïcr qua li^s rfcun iternièrce, en cnvofanl Fisrber A l« Maleon Carrée ; le femme alla habiter Alger. ■ — Cavnignac.

(Ijiiis sa ll;Ur^^ tni ((ordp dps Sceaux. o«a dîi'i' : • La com|inralBon

écrit de la main du colonel Combe, ne fait ressortir que des dtlTérences peu nomlircuses qui ne dënalurent pas le text? orifnnal. i>

(1: Voir Appendice (II.

(a) JudeL dit d'abord que les lettres lui furent envoyées par un correspondant anonyme. Au procès qui lui fut intenté par Zola, il changea de version : « Je suis lié par le secret professionnel. Ce que je puis afllriner, c'est que les Jellres du colonel Combe existent ; j'en ai vu des copies. » iTrib, correH., 3 août i6r|8.) Il dit ensuite Unslr. Flory, 17 août), que • ses renseignements lui avaient été fournis par un témoin digne de foi". KfttcrliaKy, dans deux Icllres, des 25 et 3o décembre 1899, que j'ai sou« les veux, dît que ce fui lui qui. Je premier, avisa Judel.

(3i Mé le 11 janvier iK)i. réforme pour myopie par he conseil de i-cvision de Dijon, où son piTe commandait le bureau de recrulemenl, sous-lieu tenant d'artillorie de réserve le i5 octobre 1870, démissionnaire le 3i octobre i8»«, réintégré le 21 mai 1890.

La manœuvre contre Picquart fut plus grossière. Elle consista, à la veille des élections, à faire raconter par les journaux qu'il s'était rendu en Allemagne pour s'y rencontrer, à Carlsruhe, avec Schwarzkoppen, qu'il existait une preuve « matérielle » de l'entretien ; un agent les avait photographiés ensemble (i). Ces révélations s'échelonnèrent sur plusieurs jours, se confirmaient.

Le coup avait été combiné entre Henry, Esterhazy et Guénée qui, chargé de filer Picquart, avait constaté qu'il n'était plus à son domicile (2). 11 était, en effet, allé passer quelques jours chez une vieille amie de sa mère (3). Possien, ce journaliste à qui Picquart avait fait racheter autrefois un article en faveur de Dreyfus, annonça qu'il avait vu de ses yeux la photographie; elle existait, en effet, ainsi qu'une autre où Ton avait représenté le même Schwarzkoppen attablé avec Dreyfus.

Pellieux la vit aussi et en parla triomphalement à Esterhazy; il avait vu également le rapport de Tagenl.

Quelque dédaigneux que fût Picquart des injures, il se fâcha; il déposa une plainte en faux contre Possien (4).

Dans cette douloureuse histoire que je raconte, tant

^1) Échode Parisdu 25 avril 1898, Gaulois du 28, Jour du i«' mai :

« Le gouvernement sait de source absolument sûre... etc. »

Possien précisait que rcntrevue avait eu lieu le 5 avril. — Tra-

rieux écrivit à Méline <iu'il l'interpellerait, à la rentrée des

Chambres, sur cette histoire.

(2) Esterhazy, Dép. à Londres (Éd. de Bruxelles), ç)4 et suiv. — Voir Appendice IV.

(3) Cass., I, 210, Picquart.

(4)6 mai 1898. — Possien, rédacteur au Jour, interrogé par Bertulus, se retrancha derrière le secret professionnel (21 mai . De même Vervoort. — Bertulus interrogea également Guénèe « qui se contenta de donner un certificat d'honorabilité à Picquart». {Cass., I, 267.'

HlSTOine &E L AFFAIRE DHEVFL'S

de sotfise el de déloyauté n'a plus rien de nouveau. L'no impression finit, par s'en dégager, moins de colère que do monotonie. On ne s'étonue plus derien.Ons'habitiic, comme à l'air qu'on respire, àcelle colluii'ioD qui sp perpétue pourabtnier ou salir les défenseurs df Dreyfus, c'est-à-dii-p pour prolégerun (raltre avéré. Tonl ce qui !i'c!sl appelé la conscienc<>, le simple respect humain semblenl [icrdus.

Nul doulc, cependant, que les faussaires, et le plus hudacieux de tous, n'eussent parfois peur de leur œuvre.

Un incident singulier le montra.

Henry, on se le rappelle, avait peu de rapports directs avec Billot. Il est probable que, s'il l'eût vu plus souvent, il l'aut-ait dissuadi^ d'autoriser le général Rog%i à procéder k une em|uéte personnelle sur l'affaire (i). A quoi bon ? La mission une fois donnée, il fallut s'iqclincr,

Roget s<> mit à la besogne, questionnant beaucoup' Henry, qu'il tenait en grande estime, plein de méfiancr, au contraire. i\ l'endroil de Du Paly. el acharné surtout contre I^icqnarl. Il le tenait pour vendu au Syndical ; è, force d'entendre dire que le pelil bleu était un faux, il s'en était persuadé.

Il examina, en conséquence, la carie-télégramme avec beaucoup de soin et, comme il avait l'œil bon, il ne larda pas à s'apercevoir non seulement que l'écritiiro en était " déguisée et contrefaite », nullement semblable, comme l'avait cru Picquart, à celle de Srinvarrkoppea, mais encore que les lettres du mot Esterha/y, sur l'adresse, " n'étaient point liées entre ellea, mais ompfllées et baveuses (a) ■>, et, de plus.

irijui^ h l'pnqueie Pellie

écrites sur un grattage ». II suffisait, pour en être sûr, de regarder le /)e/// bleu « par transparence (i) *^• Nécessaiperaent, le jeune général vit dans sa découverte la confirmation des soupçons de Lauth, au sujet de l'arrivée frauduleuse de la carte télégramme, et Texplicalion de la dépêche Blanche où « Georges » était avisé par une confidente qu'on savait qu*il avait fabriqué le petit bleu.

Quand Henry avait procédé à son grattage, c'était précisément pour en faire accuser l'accusateur d'Esterhazy. S'il avait fait envoyer la fausse dépêche par Esterhazy, c'était pour amorcer l'accusation.

11 semble que le succès de son plan aurait dû enchanter Henry. Tout au contraire, Gonse, qui n'avait pu manquer de le consulter, refusa de « tenir aucun compte » des révélations de Roget (2). Ses yeux ne s'ouvriront, il ne verra le grattage qu'après la mort d'Henry. Henry en avait trop fait. Nul ne le soupçonnait encore, mais il se connaissait lui-même, et la peur le tenait. S'il avait, tous ces ^temps-ci, fabriqué de nouveaux faux, cest que ceux d'autrefois l'y condamnaient, parce

(i) Cass.f 1, 109, Roget: « Au mois de mai 1898, j'ai constalé... » — De môme, Inslr, Tavernier^ 2 et 12 nov. 1898 ; Rennes, I, 295, 33o.

2) Instr. Tauerniery 2 nov. i898, Roget : «Je rendis compte au général Gonse de mes constatations ; il ne fut donné, à ce moment, aucune suite à ma communication, ni tenu aucun compte des convictions que je lui exprimais. Ce n'est que quatre mois

après » c'est-à-dire après la mort d'Henry. — Gonse, le

même jour, dépose « qu'il ne s'était jamais aperçu du grattage; il doit dire que jamais son attention n'a été appelée sur ce point »). — Roget n'a aucun intérêt à raconter qu'il a constaté le grattage dès mai 1898; Gonse a le plus grand intérêt à le nier. — Henry, précédemment, avait paru redoute^ que le « Syndicat »> fût renseigné sur son compte ; d'avance, il traitait de faux <« un dossier Henry » que la « bande » allait faire paraître [Libre Parole des i3 et i4 mars 1898).

: L AFFAIHfi rUtEVFTS

f|ue le faux appelle le faux ; mais le goût n'y éiail plus et il Ircssaillail à chaque fois qu'il entendait parler il'unc forgerie. Claretie ayanL raconlé dans un journal (]u'un escroc italien lui avait vendu de fausses lettres do prince Léopûld de Huhenzollern (i). Henry lui envoya Valdant.aux rcnseignementafa). D'autre pari, Pîcquart, depuis qu'il avait été chassé de l'armée, n'était plus le niénae. Il y avait laissé sa résignation : son courage de passif devenait actif; pour cette stupide histoire de la photographie de Carlsruhe, n'avait-il pas loul de suite porté plainte ? Il devait suffire, pour le moment, de l'allaqucr en dessous. Ce serait folie de l'attaquer en face, d'une lellf; accusation, d'étendre aussi démesurément le champ de bataille. E\, bien plus, la sagesse, pour Henry, c'était de s'en aller. Maintenant que le dos- i sjcr des faux était officielleinenl reconsfîLné, sous la | haute direction de Go[i«e et, avec la collaboration cj0 Du Paty, il n'avait plus rien à faire au ministère. II dit, en conséquence, à Boisdeffre (3) que sa santé d'homme d'action et de forte vie, de paysan accouliinié au grand air,déclinaitdans]'almosphèredesbureauXj qu'il eu avail assez, après cinq années, de ce métier de rond-de-cuir et de gratte -papier, et qu'il demandait à rentrer dans un régiment. " Et qui vous remplacera ? — Du Paty (4). «

i) Figaro du j6 tiiui i8ijS. — Je Ils celte observatian dans le Siiele ; •■ Du piËge où est lombé AL ClareKe, concluez à la praroodcur de c^uioù tombenl quotidicnneitienL certains [lersonnsges du minislëre de la Guerre, i.

\t} Ji LES Claiietie, La Vie ù Paris, 1S98, di. XX, in fine.

(3) Juin i»j8.

(4) Insir. Tavtrnier. 17 juin iHcig, Ou Poly ; 10 cl la juillet, Oonst el BoisdcITre. Ces deux dËposilions ayant été communiquées à Du l'atv : ■■ Jf eon*lnle, dit-il, qu'Henry a invité ses chefs II me ilonncr sa $>ucccssion avec ce qu'elle comportait, c'est à-dire In re^ponsiiliilili' des documenisde la S. 8., y compris le Taux qu'il a commis. » ^i3 juillet.)

Mais Du Paly, qui, lui aussi, avait assez de Taffaire Dreyfus, refusa. Il n'eût accepté une telle charge, une aussi redoutable succession, qu'en sous-ordre, avec un chef comme le général Bonnal. Sinon, il préférait quitter rÉtat-Major, aller en garnison à Nancy. Et Henry resta.

Nous avons laissé Christian Esterhazy fort préoccupé de son argent, depuis qu'il ne prenait plus son cousin pour un preux des anciens temps. L'escroc essayait toujours de le faire patienter, tantôt par de bonnes paroles : « Je t'enverrai de l'argent ces jours-ci... », tantôt par une belle indignation d'honnête homme : « Pour Dieu î rassurez-vous et cessez de manifester une inquiétude blessante et absurde (i) ! » Christian étant accouru un jour à Paris, il lui fit des billets et, pour montrer combien sa situation était intacte, le mena chez Pellieux, mais pas plus loin pourtant que l'antichambre (2), pendant qu'il entrait seul chez le général qui lui avait gardé, d'ailleurs, toute son amitié. Cependant la confiance n'était revenue ni à Christian ni à sa mère ; ils apprirent, avec surprise, que les billets du commandant n'ajoutaient rien à leur droit, exigèrent alors le remboursement immédiat des fonds. Sur quoi Esterhazy écrivit à Christian une lettre de rupture et à Mme Esterhazy que son fils était un polisson, qui entretenait des femmes de mauvaise vie (3).

Il espérait les intimider après les avoir si longtemps

(il Lellres de mars et avril 1898.

{2 CiiHiHTiAN BsTERiiAZY, Mémoire, 83.

(3) 14 avril iS<j8.

roiiiE DE ]. AiFAiiii::

dupés, el 5K proposait (l'cxpioiltT la peur de ces pauvres g(^n9, comme il avail abusé du leur créduHlé, mais sans réfléchir que la passion de l'argent, qui ab^Ul les plus intelligents, donne parfois aux plus limorôs quelque chose qui ressemble à du courage.

Christian, on elTet, lui rifpondil par une mise en demeure catî'goriqnc, partit pour Paris avec sa mère el se rendit, au diJholl^. chez la fille Pays (i). Eslerhazy, i< jnuanl avec un poignard .>), ne chercha plus à nier : " Il n'y a rien chez Rollischild ; si lu as cru h cette Lîs- Itùre, lu n'es pas forl ; si lu portes plainte contre moi, je fais une plainte contre vous pour usure, » Puis, comme Chrislian n'en croyait pas ses oreilles, il essaya, une dernièi-c fois, selon lu formule qu'il lui avait naguère prtichée, *de le niellre dedans ■> : ci Si vous voûte? me laisser du ((>mps, je vous rembourserai jusqu'au dernier MOU. avec inlérél de 5 pour loo, sur les sommes qui me reviendront de mes Atdmoiivs. « El il montrait un trailë oti figuraient les signatures de deux collaborateurs de Drumont (2). Mais Chrislian ayant répondu qu'il allait consulter un homme de loi : v Eh bien, merde I je me lue ce soir (3) ! »

Christian, qui commençait h se former, ne s'effraya pas; mais la perte de son aident lui paruL un si extraordinaire désastre qu'il refusail encore d'y croire. Il se raccrocha à celle pensée que les fonds étaient bien chez Rothschild et que le projet de son cousin était seulement de se les approprier pour un temps, -■ en attendant les versements de son éditeur (î) «. ()uand un com-

(1) 23 avril iRqS-

(al Gaston Mérj' et Itnjsnnilré. — L'éditeur Fovard lui remit i.ooo frjincM d'iivoiice. iCuss., 11 i83. Kslcrlioïv.)

[S; Ménwîiv.H',.

(4i /tic/., SJ.

mis (lu grand banquier le détrompa, il fui consterné.

Il avait menacé Eslerhazy de s'adresser t^ la justice ; pendant que sa mère se berçait encore de Tillusion qu'elle se rattraperait sur les bénéfices, qui ne pourraient manquer d'être considérables, des Mémoires sensationnels de son neveu (i), Christian se mit à la recherche d'un avocat. Le bon jeune homme allait chez Auffray, qui avait servi d'intermédiaire, en janvier, entre Eslerhazy et Mme de Boulancy, quand il rencontra un de ses amis {2) qui était révisionniste et qui, Tayanl chapitré, le mena, quelques jours après, chez Labori. Et il raconta toute sa mésaventure, non seulement la flibusterie dont il était victime, mais toute la collusion, dont il avait été témoin, entre Esterhazy et TÉlat-Major, ses propres rendez-vous nocturnes avec Du Paty, les faux télégrammes, ce qu'il savait de la fable de la dame voilée dont il avait écrit lui-même les lettres, le compagnonnage de Pellieux et du misérable. Il remit, en outre, à Labori, un paquet de lettres d'Esterhazy el l'autorisa à répéter ses confidences à Mathieu Dreyfus ; puis, le lendemain, il fit le même récit à Trarieux. Le sénateur, qui n'était pas tenu par le secret professionnel, informa Zola, Leblois, Picquart et moi (3).

Ainsi, tout ce que nous supposions, tout ce que le bon sens indiquait comme la seule explication possible du pitoyable roman que l'Élat-Major avait accrédité, tout

iT Christian, sur Pavis de sa mère, écrivit dans la soirée à Esterhazy : « Après i-^llexion, nous acceptons ce (jue vous avez proposé, c'osl-à-dire de p.irlerà notre notaire qui prendra avec vous les engagements etc. »

2 Herbin, avocat à la Cour d'appel.

.3 Souujnirn <le Mathieu Dreyfus. — Christian dit qu'il fil son récit à Trarieux « comme au sénateur de son département » (la Gironde;. — Ca/îx., I, 282, Bertulus : 101, Roget ; et Christian, <!ép. du 8 juillet 1898.

cola iHaiL v]',ii. eL le lémoin que nous envoyait le deslin, — puisque toul dans cedranie sliakespearien devait êlre f Irange el lerrible, — c'élaîL le proche parant du Iratlre lui-m?me.

Cependant, le premier mooienL de joie passé, il fallut se rendre compte que, si nous tenions enfin In preuve llagrante du crime de TLlal-Major, qui était lui-mémo une preuve nouvelle du crime d'Eslorliazy, nous n'avions aucun moyen assuré de la faire éclater. Tout reposait sur le témoignage de Christian, et quel témoigna^' h la fois plus décisif et plus Fragile '. Christian, dans une heure de trouble ou dans un accès de colore, avait pu faire ses confïdenoes h Labori et à Trarieux. Mais l'avoral Était tenu de s'en taire, et le sénateur de la riiroi)d<.i hésitait à n'exposer au plus uuli-ageanl démeuli. Christian pouvait revenir de lui-m^me à d'autres sentiments ou se laisser reprendre par le fourbe, ou par quelque moine qui lui ferait horreur de sa ronduitc. Quoi ! pour un peu d'argent qu'il avait perdu, il s'était fait le dénonciateur du pai-ent dont il portîiiL le nom, le pourvoyeur des juifs el des ennemis de l'armée !

Ceux d'entre nous qui passaient pour les plus téméraires étaient fort prudents de nature, ou .l'étaient devenus. Il fui donc décidé qu'on patienterait et qu'on chercherait, sans le brusquer, à amener Christian à déposer de lui-même devant lîerlulus. Le Juge avait été informé de l'incident par Pjcquarl et, lui aussi, il recommandait d'agir avec la plus extrême circonspection pour ne pas risquer d'ciraroinher ce précieux

En attendant, le ré<:H de Clinslian confirmait el précisait singulièrement les accusations de Pîcquart contre Ksterha^y et Du Paty, et mémo dans ce ((u'elles avaient d'inexact, puisque Christian tenait d'Esterhazy et de la

fille Pays que Du Paty était l'auteur ou l'inspirateur des faux télégrammes (i).

Bertulus, toutefois, ne laissait pas cPôtre assez em barrasse ; il avail, sur l'indication de Picquart (2), fait procéder à des comparaisons entre récriture de Du Paty et celle de la dépêche Blanche ; l'expertise avait été favorable à Du Paty (3). Le soupçon de Picquart se porta alors sur Mme Du Paty que Christian avait mise en cause ; l'expertise fut de nouveau négative. Pour Du Paty, il n'avait pas cessé de protester qu'il n'était pour rien dans l'affaire des télégrammes (4).

On se trouvait donc, de ce côté, dans une impasse, et pour une raison très simple : c'est que les faux télégrammes, imputés à Du Paty, étaient l'œuvre d'Esterhazy et d'Henry. D'autre part, comme les révélations de Christian, témoin personnel en ce qui concernait son cousin, ne laissaient place à aucun doute, le juge s'enhardit à faire ce qu'il avait retardé jusque-là : 5 citer Esterhazy lui-même. Pic<[uart l'avait accusé à nouveau d'être l'auteur des articles de la Libre Parole^ sous la signature « Dixi », et en avait fourni une très ingénieuse démonstration (.%). Un rapport de police donnait un renseignement identique (0). C'était sur Esterhazy qu'il faHait marcher.

Esterhazy, à ce moment, ne savait encore rien de la visite de Christian à Labori ; il pensait l'avoir intimidé, s'être débarrassé de lui, et il avait repris son train de

(i) CiiRfi., H, .?38, Clirislian Esterhazy.

^21 Ihid., H, -217, 23<). Picquart; 2^, Bertulus.

(3' Enq. Bertitliin, expertise (louderc, 28 février et 1*' mars iSyS. — Cass., Il, 3',, 38; Rennes, III, 5o4 Du Paty; Cas*., II, 2OS, Bertulus.

!'|i Casa., II, Du Paly, {Enq. Uertulua^ 29 mars iS

.0; Ibid., H, 221, Picquart '5 mai i8(jS).

;t); Rapport du comiuissaire Bernard {\ mai iH<jî>y.

4IS IIISTOIHE 1)L LArFAIHK DBEÏFLS

vie hiibilud, allant pi-esqi»- tous les jours chez Ppllieux .' (!uniincaiirB|ipurl (i) •., lui menanl des journalistes (,2 i, recevant, par son intermédiaire, les communications de Gonse, les portant à " ses Journaux », avec celles d'Henry qui lui étaient remises par t^iufnée (3), dUcoiirant jusqu'à une heure avancée de la nuit dans ics salles di^ rédaction et les cnfés.

Pourtant, il restait inquiet, terriblement Anervi'-. loujûura aux agiiels, à la Tatjon d'une lifit* tiaqu^e qui a dépisté une première fois les chiens, mais qui sait qu'ils reviendront el qui entend déjà leurs aboiements : et ni lleorj ai PelUcux ne parveniiienlà le rassurer. Pellieux avail tieau lui rappeler ce mol de Félix Faure : " liénéral, ce ne sont pas quinze cents gredina qui feront marcher la Fntuiv!» Il continuait k se méfier du Président de lu Itépublique qu'il faisait harceler par It-s t^eHir (le la Lilire Parole (^), el il redoutait surtout les quinze cents << grcdins », et principalement Picquarl. •-»

, el

<;i(iulier (Je l/nlfoiKi;/''; ' Il iH , ,1 ,ii i(éni!Tsl de Pellieux

III] arliclc de llirho <!•■ /■ ■ ; ..il iHyS;, qui déDOtii;aK

Paiiiïz.iriii roiunip n>aiii i- entre Dwyfus et

Schwarik(j|)penelrénM.ii: !■ -ji - .Vaxiniilienne. Chien

de guerre] dont «e ««■ia^ii'-iiL I>*~ .ai.itlt<:*:~ ilulien et allemand.

(îj E^lérhaz; a Joiut à ûa di^iusilion quelques-uns de ces billets d'Henry relatifs à des commonicntioDa A Taire A ta presse: « M'Quvoyer de suiLc au ministère détail sur demitre mite remise au général ; n'en parlez à personne... » • Le fanerai iGonse?) a remis au général de Petllcui;, pour que vous la raspîer passer dans uu de vos journaux, une noie. Portes cela.'i In Libre OM il V Intrantigeanl k voirm ciioix... Le général de Pellieux vous a-t-il remis quelque ciiuee aviint hier pour VÉeho de Paris ;* • — Il Trèquenlait également â la Pairie, a la Presse et au Gaulois.

(4) Dfp. ù Londres (Éd. lieEpe]. y'p : » Devant l'inertie du Pré- Mdcnlrlc la Ité|ml)1ii|uc, j'ai prié M. de Roisandré de demamler II Mliic de Mai'lf! do i-appeler i\ Félix Kaurc le mol qu'il avitit dit au {jéuéralde l>ellii-ux. »

Pellieux n'avait pas besoin d'Eslerhazy pour cHre excilé contre Picquart ; il le considérait comme Yàme du «complot international », et il le faisait suivre étroitement, s'informant de ses relations et ne craignant pas d'employer des officiers à ces basses besognes. L'un d'eux consentît à aller interroger le concierge de Mme Monnier, cette parente de Picquart que le père Du Lac avait nommée à Boisdeffre, dont Henry avait fait Tune des dames voilées d'Eâterhazy et que Pellieux et Gonse avaient déjà dénoncée à Bertulus. Le concierge, plus scrupuleux que rofficier, refusa de parler et avertit sa locataire. Mme Monnier se rendit aussitôt chez le général de Pellieux et lui demanda de faire cesser des procédés aussi offensants.

Pellieux commit alors une action infâme. Il écrivit au mari pour se plaindre de la démarche de sa femme, qui s'était présentée à lui « comme la parente et Tamie de Picquart », et exigea de lui des expHcations verbales ou écrites. Faute de quoi, « il sera en droit <le considérer comme fondés les bruits qui ont couru et courent encore sur le rôle de Mme Monnier dans ce qu'elle appelle TAffaire (i) ».

(i) Cass., I, 235, Bertulus. — La lettre de Pellieux est datée du 6 mai 1898 : « Mme Monnier vient de se présenter chez moi pour se plaindre qu'un officier du gouvernement de Paris eût été prendre à son domicile des renseignements sur elle. Je lui ai manifesté mon étonneroent de sa démarche inconsidérée. Elle m'a fait connaître alors quelle la faisait auprès de moi parce que j'avais été mêlé à « l'AlTaire » et qu'elle était la parente et l'amie de M. Picquart. J'c«time que j'ai droit, au sujet de cjctte visite à laquelle je ne pouvais m'attendre, à des explications de votre part et je vous serais reconnaissant de vouloir bien me les fournir soit verbalement, soit par écrit. J'ajouterai encore que si je ne recevais pas de réponse, je serais en droit de considérer comme fondés les bruits qui ont couru et courent eni'ove sur le rùle de Mme Monnier dans ce qu'elle appelle Y Affaire. »>

S!0 HISTOIRE DE L AFFAiriE DUKÏFfS

L(! niari nVul pas de peine à justifier sa rcmine «lu rùlo niio Pollicux lui allribuait ; elle était enroro av«r liii el letiPH enfanta h la campagne, qu'elle n'avait pas quîH^'C A tVpoque où Eslerhazy se serait rcnconlré avec «I mj-stf^rieuBC protcplricc. Pellieux l'écoula, s'inclina <levnnt cet argument «Ucigif ou fit semblant, puis raconta tout A ICsterhazy (i) <|UJ venait de recevoir In f.-italton de lierlulus.

PelHcux, eorhnu' Eslcrlinzy et Henry, savait que Bcrtidus avait donii^ sn contiance A Picquart ; cortainemeiil il lui dira que fe bmidit est informé, et Picquart sarr*^tera net, frappé dans ses affection»*, pour écnrler un scandale.

Ce fut. en effet, la poinli» empoisonnée du discours {l'Estorliazy à Bertuliis. Il convint qu'il avait rensei^iiné Drumont, refit, jwur la centième fois, l'Iiisloire de ws rapport» avec l'inconnue qui l'avait docnnienlé, f' embrouilla dans quelques mentiongea et termina sur oet avertissement : " qu'une certaine dame venait de faire une démarche tellement inconsidérée qu'il y avail lieu d'espérer qu'elki se ilévoîJcrait {21. <•

Par malheur, Mme Monnier elle-même avait déjà signalé A Bertulus (3) la nouvelle indignité de Pellieux ii son égard ; le juge eut ainsi, au premier mot d'Esterha- 7.y, une preuve de plus que la collusion continuait.

Un autre que Bertulus aurait réfléolii que la lull*contre de tels adversaires deveuait une guerre au coulenu et qu'il y ruinerait sa car'riëre. Mais il s'était piqué lui jeu et, s'il avait fait capituler sa conscience devant rion inlérét, il n'aurait plus osé regarder l'un de ccu\

(li Dép. ù Londres, :, ma

il t:„x^.. [. a.i,, llcTluliis (3j IhUI., I, -^r.. Ilprltilii*.

r firtlre du général d<'

qui savaient la vérité. Il décida toutefois, et avec beaucoupde sens, qu'il ralentirait pendant quelque temps son insiruction afin d'endormir les soupçons dont il était l'objet. Il se contenta de demander au ministère de la Guerre, qui la lui remit, la lettre « Espérance (i) », et à Esterhazy, qui se déroba, les lettres de la dame voilée (2). Puis, très maître de lui, dans l'immobilité silencieuse du chasseur à l'affût, et malgré les impatiences qui venaient à Picquart, il attendit que Christian consentît à parler.

Ces incidents, l'espérance fiévreuse que Christian ne tarderait pas à livrer Esterhazy à Bertulus, décidèrent Zola h ne pas accepter la rencontre que Billot lui proposait pour le23mai, à Versailles. Les journaux alléguèrent, ce qui parut plausible, qu'au lendemain du scrutin deballottage, quand les passions électorales soufflaient encore en tempête, les vents du dehors pénétreraient dans le prétoire. Labori souleva une exception d'incompétence, inadmissible en droit, mais qui, étant préjudicielle, obligeait la cour d'assises, en cas de pourvoi, à ajourner les débats. Il prétendit qu'en ne citant pas Zola et Perrenx à Paris, le ministère public les soustrayait à leur juge naturel, le jury de la Seine où ils habitaient.

Le choix de Versailles, s'il avait été dicté par les raisons les plus basses, n'en était pas moins parfaitement légal. Le garde des Sceaux eût pu renvoyer l'affaire

(1) 26 mai 1898 [Cass., 11, aGg, Bertulus).

(2) 2 juin {Ibid., II, 270, Eslcrhozyj.

C22 aiSTOIRB DB L AFrMRe DBEVPUa

(levant les assises ilo n'importe quelle ville de France où avait élé mis en venle un seul exemplaii-e de Tarticle de Zola. La Cour se déclara corapétenle. Mais I..8bori ayant npoi^lé que ses clients se pourvoyaient en (Cassation, l'^rivier. qui présidait, et le procureur général Bertrand, l'un solennel et l'autre goguenard (i), durent s'incliner. L" sursis fut prononcé.

Les nationaliste», qui croyaient tenir une nouve-IIe victoire, mantreslèrenl nne vive indignation : c'était une reculade honteuse, l'aveu de la peur qui tenait ces dilTamaleurs cldeleurimpuissanceàsc justifier. Ils huèrent Zola qui, le niHtin, aviiltëté frappé au cfcur parrarliclc de Judet, l'éclaboui^sure inattendue qui salissait son nom et la mémoire de riiommi> dont sa nif-re avait gardé et lui nvaif enseigné le culte (a). Picquart Fut poursuivi pjir une bande de malandrins que la police laissa faire.

Eslerhaiy était venu à Versailles pourse livrer contre lui à des voie^s de fait. Il erra tout le jour devant la porte du Palais de justice, grommelant des menaces, lair d'un traître de mélodranu-. Oii observa que les officiers évitèrent son contact. Le soir, il envoya à Picquart une lettre outrageante : il se promènera, trois jours de suite, de telle h telle heure, dans deux rues qu'il désignait, pour lui infliger une correction ÇSj. Picquart, comme on peut croire, ne répondit pas à cette provocation de souteneur ; il dit seulement à un jour-

<i) Courd'as^isesdcSeine-et-Oise, sSmni i8g8, Bertrand : • Je m'incline ikviiDl la loi. tlonclatmiés ilevjint le jury de la Seine, fuyant devant le jury de Vers.iilles, MM. Zola et Perrenx ne seront pas jugés oujnui-d'hui, mnis la cause e^l jugâe. » — Périvier: « Vous avez ce que vous voulez? Tant mieux I » Il essaya aussi ilc réiorjuoncc ; i II n'y a rien au-dessus de la Irii, rien, rirri, jias nn>me M. Zola ! '•

? La Vèrilè fii marche, a3.',.

;3| Jour <iii ?,', mai iSy.S.

nalisle que, « s'il tombail dans un guet-apens, il saurait se dcfendre, mais il n'oublierait pas que son devoir était de respecter la vie d'Esterhazy » ; « cet homme appartient à la justice du pays et je serais coupable de Vy soustraire (i) ».

Le bandit, à la façon des bravi d'autrefois, attendit une occasion favorable. Un mois plus tard (2), ayant rencontré Picquart, il se précipita pour l'assommer, par derrière. Il était accompagné d'un maréchal des logis de dragons et armé d'un énorme gourdin. Picquart se retourna, frappa à son tour, fit rouler le chapeau de son assaillant dans le ruisseau et appela la police ; Esterhazy prit la fuite (3).

Une telle ignominie, les vilenies dont les journaux « patriotes » et « religieux » l'abreuvaient, la haine féroce de ses anciens compagnons d'armes, surtout son calme dans l'épreuve, une sérénité souriante de philosophe,accrurent les sympathies qui, du premier jour où il parut sur la scène du drame, étaient allées vers Picquart. A la réunion constitutive de la Ligue des Droits de l'homme el du citoyen^ qui fut présidée par Trarieux, assisté de Grimaux et de Duclaux ; puis, aux premières conférences qu'organisa Pressensé (4)i avec le

1) Siècle An 26 mai 1898.

2) 3 juillet.

3} Temps du /J ; récits de Picquart et du cantonnier Bla^y, témoin de l'incident. — L'article de Gaston Méry, dans la Libre Parole^ est intitulé : »< Picquart rossé par le commandant Esterhazy. »> Le collaborateur de Drumont reproduit avec joie la version d'Esterhazy : « Ce fut inénarrable. Avec une voix de femme, il se mit à me dire : « Vous n'avez pas de honte ! » Il s'enfuit. J'aurais dû lui mettre mon pied quelque part. Je le frappai de nouveau h plusieurs reprises. » Autant de mots, autant de mensonges d'après le récit de Blasy.

(4) Francis Dehault de Pressensé, né à Paris en i853, secrétaire d'ambassade, puis rédacteur au Temps ^ h la République française et i\ la Revue des Deux Mondes. Il était le fils du pasteur

IJiaTOinK DE LiFFAlHE DHEÏFUS

concours de quelques iiinis, Çuilliinl, Moihardt, P.sîchari, heureux de payer de leur personop pour une si noble cause, cliequo fois que le nom de Pîci|iiuri élait prononcé, les révisionnistes, dans la belle griserie de la butaille, l'acclamaienlcomme le Siegfried moderne qui avait entrepris de délivrer la Walkyrie endormie. Pour lui, s'il n'était pas insensible à celle popularité naissante, il en réprouvait alors les exagérations, t-vitait le briiil, soit modestie, soiL fierté, cl vivait chez lui, l.rés simplement, entouré ije ses livres, réflécliissanl beaucoup et dégageant peu h peu du soldat résigné qu'il avait été, un autre Picquarl ipic le premier n'eût [>as reconnu et qui ne se connaissait pas encore lui-même. II résista à ceux qui l'eussent voulu entraîner dans les rares salons qui s'étaient enriainmés pour le martyr de l'Ile du Diable ; malgré sa réserve, il n'y aurait pas échappé au ridicule qui s'attache au héros du jour, vainqueur ou vaincu, que les femmes s'offrent h célébrer ou à consoler. 11 fréquentait seulement quelques >< intellectuels » qu'il étonnait par la variété de ses connaissances. Dans le conseil, il faisait preuve dune extrême circonspection, d'un soin méticuleux du détail et plein d'une légitime méfiance; il s'alteitdait, de ses anciens cliefs, au pire,

Edmond de Preaecnsé, ancien représenlant de la Seine, sénateur et membre du l'inslilul, eL avail |)roresBi>, jusqu'en tSgtt, les opinions les plus modérées : - La République ne sera vraiment intangible que le jour où elle aura laissé les ralliés la (ïuuvemer. » {Revue dit Dtiu: Moniict, i5 février \9iCn-) Dans son livre sur le Cardinal Manning, il inclinait au catboliciame, » au remède du christianisoie surnaturel >■ et di^plorail ■> 1a conlagiou du ralionaliamc moderne ". Il s'est expliqué, à plusieurs reprises, avec une f;rande Trancliise, KUr les causes profondes de son évolution au socialisme: ce ru( l'alliLude de l'Ëitlise, « ¥a-aî i)ucli|iics cxccpUons admirables », el des partis conservateurs pendant l'AlTaire qui l'édilia : - J'avais rêvé. Le bruil de la liiilaille m'a réveillé. J'y ai couru. " [Aurore du 57 juil-

Scheurcr, atteint depuis quelque temps du mal incurable qui devait remporter, avait dû renoncer à tout rôle actif. 11 n'était plus qu'un conseiller, encore étonné de Textraordinaire tempête qu'il avait déchaînée, meurtri cruellement par la dure sottise des républicains et la résistance des chefs de Tarmée, mais plus passionné que jamais pour l'idéal de justice auquel il avait donné sa vie.

Zola répondit au Petit Journal par une apologie douloureuse de son père (i) et par une assignation. Judet n'avait encore appuyé son attaque d'aucune preuve que d'une conversation avec le général de Loverdo (2). Il réservait les lettres de Combe pour la reprise du procès. D'autre part, les trois experts, Couard, Belhomme et Varinard, que Zola avait accusés de fraude, d'imbécilHté ou d'aveuglement, le harcelaient, réclamaient 3oo.ooo francs de dommages-intérêts. Zola eût voulu faire juger raffaire par le jury ; mais la Cour de cassation décida que les experts ne sont pas des fonctionnaires et, dès lors, que la juridiction correctionnelle était compétente (3) ; et c'était maintenant la condamnation certaine, toute la laideur d'un procès d'argent, avec l'impossibilité légale de fournir la preuve.

Ce poète, qui avait l'âme si révolutionnaire, l'avait, en même temps, très bourgeoise. Depuis vingt ans, chaque fois qu'il lançait une bombe (la plupart de ses romans sont explosifs), il s'étonnait que les blessés se permissent de crier et qu'on ne le laissât pas se rasseoir tranquillement à sa table pour en fabriquer de nouvel-

^i) M Mon père », dans VAurore du 28 mai i8y8.

(2) Petit Journal du 25 mai.

{3| 14 mai i8r)8. — Zola s'était pourvu contre un jugement du tribunal correctionnel de la Seine qui, à la date ,du 9 mars, s'était d(>claré compétent.

lîSfi HISTOIRE DE L AFFAfBE BRETFUS

li'S. Ct'peuJant, il avait voulu son procès [bien qu'il lui soit arrivé de dire qu'il n'éliiit pas aulroinenl venu auseroura de Dreyfus injusLemenl conduniné que du pcinli-e Manel injusiâmeni méconnu), et il l'avait aimé coromf^ Itr plus heaii de ^ei* pni^iiie». Mais loul ce qui en 6tait ti^suUl^ cl qui n'était plus la grande aflaire, I oxcéclait, — lo Iracas des pi-lils procûs accessoires, le grimoire tics procédures, tant d'ennuis et di- misères, le botiUiverscmenl indt^fini de sa vie, si méthodique, tic travailleur acharné, Jiisigu'fi la plainte d'un colonel à la grande chancellerii> pour lui enlever sa décoration (il. 11 y avait des heure» où il regrettail de n'avoir pas suivi le conseil de Duclaux^, de ne pas s'fiire constitué prisonnier. On IVùl glorifia davnniage el il C-rrirait, ilnns le bi^n silence de si cellule, un aulre roman la).

La nouvelle Chambre se réunit le i" juin et, tout de suite, le petit groupe des nalionaliâtes et des anlîsémiles, compact el résolu, en fut le maître, sans même parler, rien qu'à porter ses voix à droite ou à gauche. Dès la première séance, après le discours du président d'âge, Dfumont et ses amis poussèrent leur cri de' guerre : « A bas les juifs (3)! »

(i) PIninle du colonel Perrassier, en non nom et au nom d'anciens milil.iires memlires de l<i Légion d'honneur. Le duc d'AucrsUedt s'emprcï^sn de répondre i[ue leur plainle eerait soumise au Conseil (i"juin i8<,)8).

'5; C'est ce qu'il me dit à maintes reprises; « J'aurais fait, lou-i les matins, une hcnre de bicyclette dans la cour et j'au' rais IrAV.iillé le reste du lemps. »

(3i Séance du i^' juin i8y8.

Ui CUUTE DE MELLNE 627

Jamais assemblée ne débuta par plus d'incohérence. Le I'"' juin, elle nomme Deschanel à la présidence contre Brisson ; le i4, elle renverse Méline ; le 3o, une majorité de cent voix salue Brisson, battu hier, aujourd'hui président du Conseil.

Méline, au lendemain des élections, s'était cru vainqueur; Félix Faure, sortant de la réserve constitutionnelle, s'était félicité, dans un discours à Saint-Etienne, que le pays eut approuvé sa politique, « une politique raisonnée et sage (i) ». Il n'y avait plus qu'à renouveler, à cimenter plus étroitement le pacte avec la droite, à gouverner, comme on avait fait voter, contre les radicaux et les socialistes.

Brisson, à la fin de la précédente législature, en excommuniant les « perfide» », c'est-à-dire les ralliés et leurs garants, avait jeté le gant au centre. Il était légitime que le défi fût relevé. Les modérés (qui avaient repris le nom de « progressistes ») décidèrent de présenter un candidat à la présidence, « sous peine, leur dit Poincaré, <le débuter par une abdication ».

Il eût pu briguer le fauteuil et, de même, Ribot. Mais, soit qu'il leur répugnât de solliciter pour euxmêmes le concours indispensable de la droite et des nationalistes (les modérés n'étaient que deux cents), soit qu'ils craignissent une défaite, ils proposèrent Deschanel. 11 ne fut élu d'abord qu'à une voix, refusa, fut réélu à quatre voix (2) et monta au fauteuil au milieu des cris de colère et des injures de toute la gauche.

C'était alors un homme jeune encore, qui devait sa

[i] Discours du 29 m.ii 1898, au banquet de Sainl-Kticnne.

{2) Par 2S-A suffrages contre 278 2 juin . La veille, il avait obtenu 277 voix contre 27G. Il fut réélu ensuite président définitif par 287 voix contre 277 à Brisson qui avait posé, une troisième fois, sa candidature.

liipiile TorLune au nom de son père et à sa propre Iiabileli! à manœuvrer entre les partis, d'un joli talent on I loire, bien qu'apprêté et trop académique, qui nVHail

dénué ni de caractère ni de courage, et qui en avait toutes let^ apparences, ci, aussi, une probité solide, di> .: l'application au travail, une bonne grâce toujours au

I beau fixe, et un remarquable esprit de tonJuile. Il

) siégeait depuis! pi ' d' ans à la Chambre où il

- comptait ses succt ses apparitions, savamment

I espacées, A la Iribum , 1 y ortait à la fois un air «le

jeune premier et une connai; ance, parl'ois^ approrondîe. ?* des sujets les plus ardus ; i i diseur plus habile : ambi-

tieux de parvenir aux honneurs, il nVn paraissait poin' ' pressé ; surtout, à tra\ ml de crises qui avuieiil

j^ déchiré la République, .. ^ait su, tout en reslanl

I as^ez Terme sur les prin es, demeurer bien avec

I l«ut le monde. Son père, ai énat, avait pris parti réso-

luiuent pour la Révision; oti iie put jamais arracher »u f fils imc déclaration publique. Dans les couloirs de la

Chambre, j|uand il se trouvait avec des adversaires de la Revision, et dans les salons, où il était recherché, il faisait chorus avec les défenseurs de l'Armée (i) ; mais 'il ne tourna jamais le dos aux défenseurs de Dreyfus, toujours aimable, se lamcnlont sur cette cruelle division de la conscience française ou se taisant d'un air entendu. S'il était trop intelligent pour n'avoir pas discerné les signes d'une erreur judiciaire, i\ était surtout convaincu

(i) Il s'eiprima en ces termes dani; l'alloculion qu'il proDonçn comme président détlnitir: i Je suis assuré d'Être l'interprète de rassemblée tout entière en adrcsB.int l'eipreesion de ses ardentes sympathies h nos .nnnées de terre el de mer. •> ~ n ne dit pas .- Il l'nrmée, selon la formule d'alors, pour éviter d'avoir l'nir de prendre parti, — La Chambre applaudit Millevoje interrompit : " Vive -farméc i \ bas les traîtres I » (Séance du iSjuin [agS.)

qu'il était une des réserves politiques les plus précieuses de la France; dans l'intérêt même du pays, il ne devait pas compromettre dans cette bagarre la fortune d'un homme d'État tel que lui. Il rêvait, comme Cavaignac, de rÉlysée. La droite l'avait adopté.

La chute de Méline fut la réponse des républicains de gauche à la coalition qui avait porté Deschanelà la présidence (i). Tous leurs orateurs (Millerand, Bourgeois, Trouillot, enfin Brisson), dans Pinterpcllation sur la politique générale, dénoncèrent l'alliance obstinée, persistante de Méline avec la droite ; les partis de réaction gouvernaient le Gouvernement, et chaque jour on leur livrait quelque chose de l'esprit républicain. Cochin et Cassagnac convinrent que telle avait été la politique des deux dernières années, Cassagnac pour la condamner, car il voulait reprendre sa liberté d'action, Cochin pour se féliciter d'avoir pu assurer ainsi la défense des intérêts conservateurs et catholiques. Mais Méline s'obstina à nier qu'il eût demandé les concours qui lui avaient été spontanément, disait-il, accordés, et repoussant, contre toute évidence, l'accusation d'être le protégé des hommes du Seize-Mai, il refusa de prononcer la parole qui aurait rompu l'alliance.

Celait laïque Brisson l'attendait. Quand Méhne eut emporté de haute lutte un premier vole de confiance (2), Brisson fit proposer par deux de ses Heutenants (3) de n'approuver, pour l'avenir, qu' « une politique appuyée sur une majorité exclusivement, répubUcaine... » La

(1) Cassagnac dit nettement que, s'il avait volé pour le fils d'un proscrit de Décembre, c'était pour cimenter « la coalition de tous les conservateurs contre les radicaux ». (Séance du i4 juin 1898.)

(21 (let ordre du jour, si^né de Ribot, Charles Dupuy, Poincaré, Leygues et Jonnart fut adopté par ^^xp voix contre n-j?..

(3; Henri Uicard et Bourgeois (du Jura).

HtâTOIRB DE tAPrAIRE OREtl'Ce

fiiotioD, combaltue par Mélinr. fui adopli^e (i }. Druinonl el sps amis votèrent avec la gatichn : u Parce que la haute banque, la juiverie, avaient imposé à Fdlix Fuure el, à Mélioe, dans l'affaire Dp^yfus, une altitude équivoque [a), >• Déroulède, qui s'abslinl, avait prircrsé. dans une intcrruplion, les gricTs des nationalistes : ilsréclamaient <■ le départ de M. Billot (31 «.

Ainsi loroba Méline, l'un des hommes qui aurBieiil pu servir le plus utilement la République, s1l n'avait pas, à Bon insu, perdu le sens et l'esprit républicains dans la fi-équentalion de ses alliés économiques, les protectionnistes. Il avait de rares et précieuses ipialitég, Je cou- , rage, la décision, le sens poIUii|nG b, la Guizol. Mais ît^M souci des basses combinaisons parlementaires lui fit ' perdre de vue l'Idéal sans lequel la Itépublique ne sérail quel'éliquctle du plus faible des gouvernements. Il eût pu ne cramponner au pouvoir ; on lui en donna le conseil ; il était épuisé par doux années de luttes incessantes et t ne se sentait pas la force de continuer. Ses pires fautes, celles qui cboi-geront le plu'î lourdement sa méTnoire. il ne les avait pas commises sous la pression seulement de la droite, mais des radicaux qui le renversèrent.

La crise ouverte par la démission de Méline dura douze jours (i6-a8 juin).

Sauf DrumoDt, personne, dans ces deux séances, n'avait fait allusion ù l'alTaire Dreyfus. Ni Ribot, qni .tavail à quoi -i'en tenir depuis Toiiglemps il), ni Bour-

ili-'a

iajfi.

(a) Séance du i', jui

(3) Séance du i3 juin.

(41 II avait dit à Cliaulcnips, (lÈs iSijf; ù son retour d'Amérique, que Dreyfus l'iail probnUlemcnl innocent. Depuis que Scheurcr avilit commencé sa campagne, il ne cachait pai^, ilans les conversations dp couloirs, que ses doutes d'autrefois ètoicnt devenus une qu:isi-certilude.

geois, dont les doutes n'élaienl pas moins anciens (i), ni iMillerand, qui, dans son discours, avait regretté Téchec de Jaurès (2), ni Brisson lui niOme, n'aYjaient osé aborder d'un mol le redoutable problème. Cependant, TAffairc avait pesé sur tout le débat, car c'était elle qui avait fait de Méline le prisonnier des États-Majors et des moines, et, maintenant, elle pesait plus durement encore sur la crise ; aucun des parlementaires à qui Félix Faurc oflVit le pouvoir ne se dissimulait que la politique resterait empoisonnée, que la vie ne serait pas vivable, tant que ce cauchemar opprimerait les consciences et déchaînerait les passions.

L'eussent- ils méconnu, la presse le leur aurait rappelé. D'une part, les révisionnistes, qui considéraient la chute de Méline comme une victoire, redoublèrent d'ardeur et quelques-uns de violence, Gohier, surtout, d'une fureur croissante, qui croyait servir la vérité en employant les armes ordinaires du mensonge. D'autre part, les nationalistes et ceux des radicaux qui compagnpnnaient avec eux, enjoignirent d'avance au futur (louvernement d'en finir avec le Syndicat et dénoncèrent comme « dreyfusard » quiconque, parmi les personnages consulaires qui furent appelés à TÉlysée, leur était suspect de tiédeur (3).

Ce qui ajoutait à l'obscurité de la situation, c'est que les votes de la Chambre, contradictoires et équivoques, ne donnaient aucune indication nette au Président : dans le premier, les modérés et la droite s'étaient prononcés pour la politique de Méline; le second, dont l'appoint avait été fourni par les antisémites

(i) Voir t. Il, 182.

{•A} Séanco du i3 juin 1898.

(3i Ainsi Hibol et Peylral (Libre Parole, Aulorilé des 17 et 18 juin, Dépêche fdc Toulouse) du 24, etc.).

IllSTOmE DK

fl les césaricDs (i). indiquai) l'uriGnlation à gauciM

llibot, puis Sarrien ol Peylnal déclinftrenl le pouvoj ou ^chouiTCiil h mcllro sur pied un gouvcrneniont.

Ubds ce désarroi, leaonlisémileael les c^atiritfiis. ceux qui, avec Rochefortel Drumoiit, flvaicnl roproebi h M<'-line »a faiblesse envers les dt^fenseurs de Dreyrus, savaient seul^ ce qu'ils voulaient : ils exileraient le yortereuiUe de la Guerre pour Cavaignac et iiv désespéraient pas de le voir premier ministre.

Us Iff sentBi6nl leur honirac, résolu à tout pour briser les mii^i^rables qui récilamaient la justice égale pour tous, ait besoin pour leur mettre la main au collet cl les livrer à une juridiction d'exception.

Les radicaux, le sachant |)opuluire, l'appuj'aient.

Sarrien, tout de suite, lui avait offert la succetiision de Itillot; Peylral commença par s'adresser à Saue^sier qui Bc déroba ; il revint alors ii Ciivaigniic qui, sentant sa forée, parla en mattre, exi^>u que Freycinet ne fit pointH partie de la combinaison, fl

Seul, pnpmi les halsseurs de vt^rîlé, Eslerliazy se nK^fUt^ de Cavaignac. Il se connaissait en hommes,' et Ina de ses amis, camarade de Cavaignac à l'Ëcole polytechnique, lui avait ainsi défini le personnage : a Une bourrique, à mine austère, qui prend son entêtement pour de l'énergie, un sectaire en carton, ambitieux, haineux et sans courage, qui, h la première occasion, perd la télé (2). » Il avertit Drumont que ce « Robespierre- Jocrisse » ferait regretter Billot.

Au contraire. Félix Faure souhaitait l'avènement de

(1} Drumonl, Marcel Habcrt, Morinaud, Ferrette, Cliarlcs Bernard, Cbkh<>, Gautliier (de (^liigny^, Firniin Faurc, Mirmaa, Eriii^sl Hocbc, faiilin Méry, .Mphonse llumbcrt. Le Hérissé, Stanislas Ferranil. elo.

;i) Deetout de l'affaire Dreyfus, bo ; Cass., T, 5oo.

Cavaignac. Il paraît certain qu'il n'offrit à Brisson de former un cabinet qu'avec l'espoir de le voir échouer (i). Libre alors, après avoir démontré l'impuissance du vieux chef radical, il se serait adressé à l'homme qui incarnait « la défense de l'armée » et qui l'eût débarrassé de l'Affaire.

Brisson hésita d'abord à accepter la lourde tâche qui lui était tardivement proposée (2). Il s'y décida, ensuite, en raison même des périls de la situation, après avoir consulté ses amis. S'il restait hostile à l'idée révisionniste, il s'effrayait p'our la République de l'audace des césariens qui ne se cachaient même plus pour préparer leurs mauvais coups et qui soufflaient la révolte aux chefs de l'armée, pendant que le Gésu la soufflait aux moines et aux prêtres. Pourtant, il donna le ministère de la Guerre à Cavaignac. Il distribua les autres portefeuilles à des radicaux (dont Bourgeois, Sarrien, Lockroy) et prit lui-même celui de l'Intérieur (3). La déclaration ministérielle, très modérée, muette sur les principaux articles du programme radical (revision de la Constitution, séparation des Églises et de TÉtat, impôt du revenu), fut ferme, au contraire, sur [la question cléricale et les menées des prétoriens : « Nous sommes

(1) « Quelques-uns pensèrent et dirent que le Président de la République ne lui offrait la mission de former un cabinet que pour démontrer publiquement son impuissance à y réussir. >• (André Daniel (André Lebon), L'Année polit Ujue, XXV, 248)

(•2) Note Ilavas du 25 juin 1898 : * Il a fait remarquer au Président les dirflcullés nouvelles, résultant pour lui du temps écoulé et des négociations antérieures. »

(3) Le ministère du 3o juin 1898 était ainsi composé : Présidence du Conseil et Intérieur, Brisson ; Justice, Sarrien ; Affaires étrangères, Delcassé ; Finances, Peylral ; Instruction publique. Bourgeois ; Commerce, Maruéjouls ; Travaux publics, Tillaye : Agriculture, Vigcr ; Guerre, Cavaignac ; Marine, Lockroy ; Colonies, Trouillot.

et les céeariens (i). )ncli(|uait l'urienlaiion h gauche.

Uiljol, puis Sarrien ol Poylrnl (léclioèreii 1 I*» [utuvoir ou échouèrent tt nicLLre sur pied un gouvenieiiionl.

Dans cp (li^sarroi, les antisi'miU's et les c^'-saricns, loue ceux qui, avec Hochefort et Drumont, avaient reproché k MC-llne sn faiblesse envers les dt^renscurs de Dreyfus, savaient seuls co qu'il» voulaipnl : ils exi^^eaiml le jkm-tefouillo de la Guerre pour Cnvaignac et lu- désespéraient pas de le voir prcmiei linisli-e.

11m le aenfaitnt leur homnii;, résolu à tojt pour briser \fs misérables qui réelamaïent la justice égale pour tou5, au bcsoiu pour leur mettre la main au collet el les livrer 6, une juridiction dVxcept

Les radicaux, le sacbani >uluire, l'appuyaient.

Siirrien, tout de suite, lit offert la succession de

Billot ; Peylral eommenç,. s'adresser à Saussîcr qni se déroba ; il revint alors h avaigaac qui, senlanl sa force, ]>ar]B en maître, exigo gue Freycinei ne fit poil partie de la combinaison.

Seul, piirmi leshal^scurs de vérité, Eslerbazy se nu^fià^ de Cavaignac. Il se connaissait en hommes,' et l'un de ses amis, camarade de Cavaignac à l'École polytechnique, lui avait ainsi défini le personnage : « Une bourrique, à mine austère, qui prend son ent£t«ment pour de l'énergie, un sectaire en carton, ambitieux, haineux et sans courage, qui, à la première occasion, perd la tète (a) . » Il avertit Drumont que ce « Robespierre-Jocrisse » ferait regretter Billot.

Au contraire, Félix Faure souhaitait l'avénemenl de

(i) Drumonl, Marcel Mabcrt, Murinaud, Ferretlc, CliarlcR Bernard, Cbiehf, Gnulhicr (deCk-igny;. Firmin Fuure, Mirman, ErnoBl Roelie, Paulin Méry. Atphonnc Iluraberl, Le Hériset', St«-

nislue Ferrand, etc.

(î) Deitouf de l'affaire Dreyfus, bo:Caes.. I, 5oo.

lA CHUTE DE MELINE G33

Cavaignac. Il paraît certain qu'il n*offril .^ Brisson de former un cabinet qu'avec l'espoir de le voir échouer ( i). Libre alors, après avoir démontré l'impuissance du vieux chef radical, il se serait adressé à l'homme qui incarnait « la défense de Tarmée » et qui reill débarrassé de TAffaire.

Brisson hésita d'abord à accepter la lourde lAche qui lui était tardivement proposée (2). Il s'y décida, ensuite, en raison môme des périls de la situation, après avoir consulté ses amis. S'il restait hostile h l'idée révisionniste, il s'effrayait pour la Ilépublique de l'audace des césariens qui ne se cachaient même plus pour préparer leurs mauvais coups et qui soufflaient la révolte aux chefs de l'armée, pendant que le (iésu la soufflait aux moines et aux prêtres. Pourtant, il donna le ministère de la Guerre à Cavaignac. Il distribua les autres portefeuilles à des radicaux (dont Bourgeois, Sarrien, Lockroy) et prit lui-même celui de l'Intérieur (.*^:. La déclaration ministérielle, très modérée, muette sur les principaux articles du programme radical ^révision de la Constitution, séparation des Églises et de TKtat, impôt du revenu i, fut ferme, au contraire, sur |la question cléricale et les menées des prétoriens : « Nous sommes

(1) « Quelques-uns pensèrent et dirent que le Président de la Républitiue ne lui offrait la mission de former un rabinel que pour démontrer publiquement son impuissance à y réussir. » (Andhé Dam kl (André Lebon), L Année polilhjut\ XXV, 'a.\H.)

(•2) Noie Havas du 2,") juin i8f)8 : * Il a fait remarquer au Président les difficultés nouvelles, résultant pour lui du temps écoulé et des négociations antérieures. »»

(V; Le ministère du 3o juin i8«>8 était ainsi composé : Présidence du Conneil et Intérieur, Brisson : Justice, Sarrien ; Affaires étrangères, Delcassé : Finances, Peylral ; Instruction publique. Bourgeois ; Commerce, Maruéjouls : Travaux publics, Tillaj'e ; Agriculture, Viger ; Guerre, Cavaignac ; Marine^ Lockroy ; Colonies, Trouillot.

et les césariens (i). iiitliquait l'orientation it ^uchc

Hiliol, puis Sarrien ot Pt^vlral déclinèrent I« pouvoî ou échouèrcnl à metlro sur pied un gouveriieriieat.

[iHDs ce désarroi, lesnntis^mileset lescf-sarieae. Ion ceux qui, avec Rocliefort cl Drumont, «vnicnl reprocli< A MHine Ha faiblesse envers 1ns dt^rcnseurs de Dreyfus savaient seuls ce qu'ils voulaient ; ils exigeaient le per tefouille de la Guerre pour Gavaignac et ne d^sespé raient pas de le voir premier uiiiiisire.

Ils le sentaifnl leur homiiic, r6solu à tout pour brisci les niJAiSrables qui récrlamaienl la {usticc égalo pour tous, lu besoin pour leur mellre la main au collet el Wa livrer

une jiiridielion trcxreptioii.

Les radicaux, le saehiint {Hipuluire, l'appUYaient.

Sorrîen, tout de suite, lui avait offert la succ-os^ion de

îllot ; Peylrai commença par s'adresser à Saussicr «juî

dérolia ; il revint alors h CiivaigDfTc qui, sentant m 'orcc, parla en inollrft, exigea que Freycinel ne fit point

trtio de la conit)inaison.

Seul, parmi les haïsseurs de vi5rilé. Eslerhazy se mélïa de Cavaignac. Il se connaissait en hommes,' el Tnii de SCS amis, camarade de Cavaignae à l'Ëcole polytechnique, lui avait ainsi défini le personnage : « Une bourrique, k mine austère, qui prend son entêtement pour de l'énergie, un sectaire en carton, ambitieux, haineux et sans courage, qui, b la première occasion, perd la télc (2). " Il avertit Drumont que ce « Robespierre-Jocrisse M ferait regretter Billot.

Au contraire, Félix Faure souhaitait l'avènemenl de

(1) Drumont, Marcel Ilabcrt, Morinaud, FerretUt, CliarlcR Bernard, Cbirh^, Gaulbier (de Cliigny). Finiiin Faure, Mirman, Ernrsl Roche, Paulin Méry. Alphonse Ifumbert, Le Hérissé, Slaniulae Ferrand, Ptc.

(a) DtÊiou» de ta/foire Dreyfus, bo; Caai., I, 5oo.

Cavaignac. Il parait certain qu'il n'offrit à Brisson de former un cabinet qu'avec l'espoirclele voir échouer (i). Libre alors, après avoir démontré Timpuissance du vieux chef radical, il se sérail adressé à l'homme qui incarnait « la défense de Tarmée » et qui l'eût débarrassé de l'Affaire.

Brisson hésita d'abord à accepter la lourde lAche (fui lui était tardivement proposée (2). Il s'y décida, ensuite, en raison même des périls de la situation, après avoir consulté ses amis. S'il restait hostile à l'idée révisionniste, il s'effrayait pour la République de l'audace des césariens qui ne se cachaient même plus pour préparer leurs mauvais coups et qui soufflaient la révolte aux chefs de l'armée, pendant que le Gésu la soufflait aux moines et aux prêtres. Pourtant, il donna le ministère de la Guerre à Cavaignac. Il distribua les autres portefeuilles à des radicaux (dont Bourgeois, Sarrien, Lockroy) et prit lui-même celui de l'Intérieur (3). La déclaration ministérielle, très modérée, muette sur les principaux articles du programme radical (revision de la Constitution, séparation des Églises et de TÉtat, impôt du revenu), fut ferme, au contraire, sur [la question cléricale et les menées des prétoriens : « Nous sommes

(1) « Quelques-uns pensèrent et dirent que le Président de la République ne lui offrait la mission de former un cabinet que pour démontrer publiquement son impuissance à y réussir. » (André Daniel (André Lebon), L'Année poliii(/ue, XXV, 248.)

(2) Note Ilavas du 25 juin 1898 : * Il a fait remar(|uer au Président les difflcultés nouvelles, résultant pour lui du temps écoulé et des négociations antérieures. »

(î) Le ministère du 3o juin 1898 était ainsi composé : Présidence du Conseil et Intérieur, Brisson ; Justice^ Sarrien ; Affaires étrangères, Delcassé ; Finances^ Peytral ; Instruction publique^ Bourgeois ; Commerce^ Maruéjouls ; Travaux publics, Tillaye : Agriculture, Viger ; Guerre, Cavaignac ; Marine, Lockroy : 60/0nies, Trouillot.

et les césariens (i|, indiquait l'uricnUtion h g^auctie

nibot, puis Sarricii ol Fcytrol déclinèrent \f pouvui on éthoii^rcnl à nioUrP sur pied un gouveruèmunt.

Dans fc dt^aarroi, les anliâ/imites el ies cf-surifas, loui ceux qui, avec Fiocheforl et Drumont, «vaivnL reproch* h M<^line sa faiblesse envers les défenseurs de Dreyfus iiavnicnt senU ce qu'ils voulaient : ils exigeait^nl le ]H>r- Icfpuille de la Guerre pour Cavaignac el iic dése»pi<" raicnl pas de le voir premier minisli-o.

lU le eeutaiï-nt leur homme, rC-solu Ji tout pour briser les misérables qui ri^plamaienl la justice é^alv pour lous, au besoin pour leur mettre la main au collet vl les livrer h ime juridiction d'exception.

Les radicaux, le sachant [lopuluire, l'Hppuyaienl.

Sarrien, tout «te suite. lui avait offert la succession de Billot; Peylral commenta par s'adresser à haussier qui se d^'rubu ; il revint alors k Cavaignac qui, sentant sa force, paria en mottre, exigea que Freycinel ne fil point '' irtio de la combinaison.

Seul, parmi leshaïssours de vi5ril6. Eslerha/.y se méii» de Cavaignac. Il se connaissait en hommes,' et l'an de ses amis, camarade de Cavaignac k l'École polytechnique, lui avait ainsi défini le personnage : « Une bourrique, à mine austère, qui prend son entêtement pour de l'énergie, un sectaire en carton, ambitieux, haineux et sans courage, qui, à la première occasion, perd la teic (2). » 11 avertit Drumont que ce « Robespierre-Jocrisse » ferait regretter Billot.

Au contraire, Félix Faure souhaitait l'avènement de

(1) Drumonl, Marcel Habcrt, Morinaud, Ferretlc, Cliarlcn Bernai-d, Cbirhi*, Gnulbier (île Clngnv). Firniin Faure, Mirman, Erncsl Roche, Paulin Méry, Alphonse llumbert. Le Hérissé, Stanislas Ferrond, elc.

(a) DtMoun de Falfaire Dreijfui. bv-.Cosi., I, 5oo.

lA CHUTE DE MELINE C33

Cavaignac. Il paraît certain qu'il n'offrit à Brisson de former un cabinet qu'avec l'espoir de le voir échouer (i). Libre alors, après avoir démontré l'impuissance du vieux chef radical, il se serait adressé à l'homme qui incarnait u la défense de l'armée » et qui l'eût débarrassé de l'Affaire.

Brisson hésita d'abord à accepter la lourde tâche qui lui était tardivement propoèée (2). Il s'y décida, ensuite, en raison même des périls de la situation, après avoir consulté ses amis. S'il restait hostile à l'idée révisionniste, il s'effrayait pour la République de l'audace des césariens qui ne se cachaient même plus pour préparer leurs mauvais coups et qui soufflaient la révolte aux chefs de l'armée, pendant que le Gésu la soufflait aux moines et aux prêtres. Pourtant, il donna le ministère de la Guerre à Cavaignac. Il distribua les autres portefeuilles à des radicaux (dont Bourgeois, Sarrien, Lockroy) et prit lui-môme celui de Tlntéricur (3). La déclaration ministérielle, très modérée, muette sur les principaux articles du programme radical (revision de la Constitution, séparation des Églises et de TÉtat, impôt du revenu), fut ferme, au contraire, sur [la question cléricale et les menées des prétoriens : « Nous sommes

(1) « Quelques-uns pensèrent et dirent que le Président de la République ne lui offrait la mission de former un cabinet que pour démontrer publiquement son impuissance h y réussir. » (AxDRÉ Daniel (André Lehon), L'Année politique, XXV, 248.)

(2) Note Ilavas du 20 juin 1898 : * Il a fait remarquer au Président les difflcultés nouvelles, résultant pour lui du temps écoulé et des négociations antérieures. »

(3) Le ministère du 3o juin 1898 était ainsi composé : Présidence du Conseil et Intérieur, Brisson ; Justice, Sarrien ; Affaires étrangères, Delcassé ; Finances, Peylral ; Instruction publique, Bourgeois ; Commerce, Maruèjouls ; Travaux publics, Tillaye ; Agriculture, Viger ; Guerre, Cavaignac ; Marine, Lockroy ; Colonies, Trouillot.

ft les césariens (i). indî<juail l'oricnlation â g^nuchc

nibol. puis Sarrien cl Pcytral déclinèrent It^ [tuu%'oi ou échoiiironl h mettre s«r pied un gouvei-iienient.

bans vu désarroi, les iintis^'iniles et It-sci'-iSEirîi'ns. loui ceux qui, avec Iloclieforl et Dmmonl, avaient reprocht h MC'Iine sa faiblesse envers les di^rontieurs de Drcyrutu savaient seuls ce qn'ils voulaient : iU exigeaît^nt le |iortefouille de la Guerre pour Cavaigiiac et ne désespéraient pas de le voir premier miuîslrtt.

Ils le sentaient leur humiuc, résolu k toit pour Itriser les miï^i^rables qui r^i'Iamaient la justice égale pour loue, an besoin pour leur mettre la main au collet et le» livrer à une juridiction dVxceplioii.

Les radicaux, ie sucbant populaire, l'appuyaient,

Sarrien, tout de suite, lui avait offert la sueee^^sion de Billot : Peytral rommença par s'adresser à Saus^icr (|ui

d/-rotia ; il revint alors ù (]tivaignfic qui, sentant sa force, parla eu iiiallre, exijfea que Freycinet ne fit point

,rtie de la combinaison.

Si'mI. parmi loshaf^seurs de v«^rilé. Eslerhazysc m{-tia de Cavalgnac. Il se connaissait en hommes,' et l'an de ses amis, camarade de Cavaipnac à l'École polytechnique, lui avait ainsi défini te personnage : a Une bourrique, à mine austère, qui prend son cnLétement pour de l'énergie, un sectaire en carton, ambitieux, haineux et sans courage, qui, à la première occasion, perd la tête (2) . » !1 avertit Drumont que ce « Robespierre-Jocrisse " ferait regretter Billot.

Au contraire, Félix Faure souhaitait l'avènement de

(i) Drumonl, Marcel llalicrt, Morinoud, FerretUt, Cliarlen Bernard, Cbirh^, Gnutbier (ileCl.iainy). Firmin Faure, Mirman, Êrncel Roctic, Paulin Méry. Alphonse llumbert. Le Hérissé, Stanislas Ferrand, de.

;a} Dtitoun de ra/Jaire Dreyfus, bo; Cast., I, 5oo.

LA CHLTE DE MELINE C33

Cavaignac. Il parait certain qu'il irofîrit à Brisson de former un cabinet qu'avec l'espoir de le voir échouer (i). Libre alors, après avoir démontré Timpuissance du vieux chef radical, il se serait adressé à l'homme qui incarnait u la défense de Tarmée » et qui l'eût débarrassé de TAlTaire.

Brisson hésita d'abord à accepter la lourde tâche qui lui était tardivement proposée {2). Il s'y décida, ensuite, en raison même des périls de la situation, après avoir consulté ses amis. S'il restait hostile à l'idée révisionniste, il s'effrayait pour la République de l'audace des césariens qui ne se cachaient même plus pour préparer leurs mauvais coups et qui soufflaient la révolte aux chefs de l'armée, pendant que le Gésu la soufflait aux moines et aux prêtres. Pourtant, il donna le ministère de la Guerre à Cavaignac. 11 distribua les autres portefeuilles à des radicaux (dont Bourgeois, Sarrien, Lockroy) et prit lui-même celui de l'Intérieur (3). La déclaration ministérielle, très modérée, muette sur les principaux articles du programme radical (re vision de la Constitution, séparation des Églises et de l'Étal, impôt du revenu), fut ferme, au contraire, sur [la question cléricale et les menées des prétoriens : « Nous sommes

(i) « Quelques-uns pensèrent et dirent <iue le Président de la République ne lui offrait la mission de former un cabinet que pour démontrer publiquement son impuissance à y réussir. •• (AxDRÉ Daniel (André Lebon), L'Année poliiûjue, XXV, 248.)

(2) Note Havas du 20 juin 1898 : * Il a fait remarquer au Président les difficultés nouvelles, résultant pour lui du temps écoulé et des négociations antérieures. »

()} Le ministère du 3o juin 1898 était ainsi composé : Présidence du Conseil ei Intérieur, Brisson ; Justice^ Sarrien : Affaires étrangères, Delcassé : Finances^ Peylral ; Instruction publique, Bourgeois ; Commerce, Maruéjouls : Travaux publics, Tillaye ; Agriculture, Viger ; Guerre, Cavaignac ; Marine, Lockroy ; Colonies, Trouiilot.

cl 1rs césariens (i)- iu(li(|>>ail roricnlatioii » gauche. i Itibol. puis Sarrien el Peylral (lécliiiùrenl le pouvoir

I ou échouèrenl à mettre sur pied un gouvcriiement.

I Dans ce désarroi, les antisémites el Icsc^sariens, timt^

I ceux qui, aven Hoclieforlct Drumonl, avaient reprochi^

I à Mi^line sa faiblesse envera les iléfeuseurs d« Dreyfus,

I Ravaicnt seuls co qu'ils voûtaient : ils exii^eaivnt le por-

> tereuiUe do la (iucrre pour Cavaiganc ut ne tlésefiiié- ' raient pas do le voir premier miniatre.

> lU le seiilaiétii leur homme, résolu à to:it pour briser

iles mi>;«!-rables(|iii nklantaieiit la justice égale pour tous, an besoin pour leur mellrp la main au collet ot le» livrer I à une juridiction d'exception.

i Les radicaux, le sachant populaire, l'appuj'nivnt.

'J Sarrien, tout de suite, lui avait offert la succession de

i Billot ; l'eylral commença par s'adresser â Saussîer qui

I se déroba: il revint alors à (Javaignac qui, sentant «a

Ton-c, parla en maître, exigea que Froycinet ne fil point 4 partie de la combinaison. fl

Seul, parmi leshaï^seurs de vérité. Eslerhazysc méfU^ de Cavaignac. 11 se connaissait en hommes,' et tna de ses amis, camarade de Cavaignac à l'École polytechnique, lui avait ainsi défini le personnage : « Une bourrique, à mine austère, qui prend son entêtement pour de l'énergie, un sectaire en carton, ambitieux, haineux cl sans courage, qui, à la première occasion, perd la tête (2). » Il avertit Drumont que ce « Robespierre- Jocrisse » ferait regretter Billot.

Au contraire, Félis Faure souhaitait l'avènemcnl de

(1) Drumont, Marcel Ilabcrt, Morinaud, Ferrelte. Cliarlof: Bernard, Cbicli<>, Gautbicr (de CIngny), Kirniin Faure, Mirman, Ernest Ruche, Paulin Méry, Alphonse llumbert. Le tlérissé, Sta-

nii'luB Feri'and, pIc.

{ij Oettout de l'a/Jaire Dreyfut, bo ; Cas*., I, 5oo.

JJl chute de MtLINE 033

Cavatgnac. Il pamtt certain qu'il irofTrit fi Brisson de former un cabincl qu'avec l'espoir de le voir ùchouer (0- Libre alors, après avoir démontré l'impuissance du vieux cher radical, il se serait adressé à l'homme qui incarnait •' la défense de l'armée » et qui l'eût débarrassé de rAffaire.

Brisson hésita d'abord à accepter la lourde tflcbe qui lui était tardivemeal proposée (2). Il s'y décida, ensuite, en raison même des périls de la situation, après avoir consulté SCS amis. S'il restait hosUle h l'idée révisionniste, il s'effrayait pour la Hépublîquo de l'audace des césaricns qui ne se cacbaienl même plus pour préparer leurs mauvais coups et qui soufilaient la révolte aux chefs de l'armée, pendant que le Gésu la soufflait aux moines cl aux prêtres. Pourtant, il donna le ministère de la Guerre à Cavaignac. Il distribua les autres portefeuilles à des radicaux (dont Bourgeois, Sarrien, Lockroy) et prit lui-mOme celui de l'Intérieur (Si. La déclaraliou ministérielle, très modérée, muette sur les principaux articles du programme radical prévision de la Constitution, séparation des Églises et de l'Étal, inipùl. du revenu), fut ferme, au contraire, sur [lu question cléricale et les menées des prétoriens : " Nous sommes

(1) u Quelques-uns pcni^trcnt el direnl ([Uf le Président de la République n^ lui offrait la mis^iion de former un cal>incl que pour démontrer (lubliijuenienl son impuissance Ji v réussir. » [Andbë Danfel (André Lehon]. L'Année poliliqae, \\V, 348.)

(-J) Note Havat du ï5 juin 1808 ; • Il a Tait remanguer nu Préi'i- (lenl les difficultés nouvelles, réaullaol pour lui du temp^i ér.oulécl des négociations antérieures, n

(t; Le minisUirc <lu 3o juin i8<jS était oinsi composé : Pritidi.'nce du Connell et Intérieur, Brisson ; Jaxtiif, Sarrien ; Alfaire» élrangiret, Delcassé : Financet, Pej-trnI ; Inutraelinn publit/ue. Bourgeois ; Commerce, Maruéjoul» ; Triii'aa.r public», Tilliiye : AjrifuUurt, Viger ; Guerre, Caviiif^nac ; Marine, Lockrov ; c'otoniM, Trouillot.

04 HISTOIRE DU LAFFAiRE DKEVFUS

réélis à dérendre énprgii|uoraeiit conlro toute Icrtititlivc d'ooipièlement l'iDdépendancu de la sociëlé iaïqac el la sHpi-éraalic du pouvoir civil (i). ■>

Les nationalistes n'en accueillirent pas moins bien le nouveau cabinet. El ils dirent pourquoi, Drumont ilans son jonniâl (fl), Déroulède à la tribune : " Parceque Cavnif^nac i^tnit minisire dfi la Guerre, et que c'iïtiiil une garantie (]ue l'Iionneur de l'armée, l'honneur du pays seraient sauvegardés (3), »

Cavaignae prolestâ modealenaent que Brisson pensait connue lui " sur les graiuls inti^rèla nationaux don! il avait la ganle >• rX que, sur le reste, il pensait comme Brisson .

Billot, avant de quiltor le ministère de la Guerre. avnil cru Imuverrocca'îion de rentrer en grâce auprè:> lie Drumont.

On a vu que les amis d'Esterhazy demandaient, depuis sis mois, que je Tusse révoqué de mon gi-ade dans l'armée territoriale {\). Billot objectait seulement que j'étais député. Dès que mon mandat fut expiré, le premier article que j'écrivis lui fut signifié avec une mise eu demeure de Castelin ; il me déféra aus^^itcM h un con-

(0 ^«.-itico 'Ju 3o iuin iSgS.

{■i) Libre Parole ju ag: " Le Président du Conseil est une quanliti' néglifïonble, un mannequin sur lequel s'ae^aicra Cavaignac. ■■ — De même le Gaulois, Ylntransigeant, la Palrit, lea

{3)3<)iiiîii. —L'ordre du jour deconliance futvoté par 3i6 voix (dont Di-roiili'de et Drumont) tonli-c 2o3. (i) Voir p. Ji'j.

soil (l'enquélc de région « pour faute grave contre la discipline (i) ».

Deux jours plus tard, Tinculpation fut changée : « Pour avoir, en dehors de la période d^activilé, publié contre ses chefs un article injurieux. » Billot s'était aperçu que la première formule ne pouvait être appuyée d'aucun texte ; il invoquait, pour étayer le second, un décret de 1878 (2).

Toute la force de cet article, sur les Enseignements de r Histoire, était dans l'idée, qui me hantait depuis longtemps (3), que TAllemagne choisirait son heure pour sortir la preuve décisive du crime d'Esterhazy, les cent et quelques lettres du traître qu'elle avait à Berlin, et pour les lancer au visage de l'État-Major, à la veille d'une guerre. Il existait un précédent terrible qui aurait dû être inoubliable et que je racontai. Gomnfie Bismarck l'avait fait en 1870 pour la note de Benedetti sur la Belgique (4), quelque successeur du chancelier de fer

(1) Mon mandai expira le 3i mai ; mon article sur les Enseignements de VHistoire parut le 4 juin ; l'annonce (Je l'interpolla- Uon de Ça^lelin k mon sujet fut publiée dans le Jour du 8 ; l'ordre de me déférer à un conseil d'enquête est du 12.

(2) Le paragraphe 9 de l'article 22 du décret du 3i août 1878 vige le cas d'un officier de la réserve ou de l'armée territoriale qui, « en dehors de la période d'activité, aurait adressé à un de ses supérieurs militaires ou publié contre lui un écrit injurieux ». Ici encore, dans la seconde convocation qui me fut adressée, le texte du décret fut arbitrairement modifié.

(3) Elle obsédait aussi Zola qui s'en expliqua plus tard. (Aurore du 12 septembre 1899.)

(4) Le 20 août 1866, Benedetti, ambassadeur de France à Berlin, avait communiqué à Bismarck, sous la forme d'un traité d'alliance, un projet de l'Empereur relatif à la Belgique ; il demandait à la Prusse le concours de ses armées pour s'emparer de ce pays neutre. Bismarck demanda à Benedetti une copie de ce traité. Le 29 juillet 1870, il l'annexa à la circulaire qu'il adressait aux puissances pour dénoncer la niauvaise foi du gouvernement impérial.

CB} IIISTOIIIlî DE I. AFFAIRE DKEYfUS

Rniiexernil à une circulaire dipluiimltquB les pajtiprs tl'EsIcrhnzy. « El voilà, dcvonl le monde entier, awutife (l 'imposture cl da Monifl, convaincus en l^ut oa« tl<! la plus iiijufttiliable des erreurs, les rhers In1^nlc de celte armée qui va sp bnllrc (i) ! » Aussi bien n'^tniii-j<> pas seul à éprouver cette «raïnlc; elle uvaïL été ^galt^meiit fnrmulée. comme un avorliti>iGmeDt, dans tine revue »ngliiisc. pnr Conybenre, le savant orienlalisle d'Oxford, l'i^B ami de la France, éliras informé de l'a (Taire Dreyfus: « L'empereur (luillHume tient entre ses mnins tm.* armi' avec laquelle, quand il trouvera une or<-a«ion favorable, il pourra briser TÉtat-Major et détruire, pour une génération, la foi du peuple frani;aîs dans les rhcf:s de son armée (2). »

Conybcarc précisait (jiie la sôrie de dociimonls vendus fi l'AllemiiKne par E^ttcrhazy, tous de la ni?me écriluro que le bordereau, sYlcndail jusqii'A iSyO Dreyfus, à l'Ile du Diable, n'a pu les 6crire. « Heu^ reux lee Français s'ils psuvenl faire justice saos ui jtareîlle intervention ! ■)

Dillol r«]t;vfi ces ciUiiions cl le passage suiiaul de mon article : <• Ainsi, l'homme dont le' cotodel de Schwarzkoppen disait au colonel Panizzardi : « C'est mon bomme ! » c'est le même dont le général de Pellieux se félicitai! d'avoir provoqué l'acquittement, contre lequel le général Billot, minis[re de la Guerre, n'a pas osé sévir, même après l'aveu des lettres à Mme de Boalancy, et à qui les officiers de l'État-Major, témoins A la cour d'assises, ont été condamnés, par ordre, à donner la main. »

Qui, dans cette phrase, avais-je injurié? Billot, en

effet, n'avait pas osé sévir contre Esterhazy (i), et jerc-. produisais les propres paroles de Pellieux, sous la foi du serment, au procès de Zola (2).

Je pensai d'abord engager l'affaire au fond, en citant des témoins, Saussier, Hanotaux, Picquarl, Esterhazy lui-même, dont les réponses ou le silence confirmeraient mes allégations. A la réflexion, il me parut préférable de m'en tenir à la question de principe et de récuser la compétence du conseil d'enquête.

Billot en avait confié la présidence à un vieux soldat, le général de Kirgener de Planta, excellent homme qui maugréait de la corvée, mais qui n'en était pas moins décidé à donner Tavis que le ministre et l'opinion attendaient.

Je présentai ma défense en quelques mots :

Si j'ai diffamé quelqu'un, qu'on 'me traduise devant les tribunaux qui sont chargés de juger les diffamateurs. Et si je n'ai diffamé personne, — et je n'ai ni injurié ni diffamé qui que ce soit, — alors il importe, non pas à moi seul, mais à tous ceux qui tiennent une plume dans ce pays, que je ne laisse point porter atteinte en ma personne, par une voie détournée, aux libertés qui sont établies par la loi.

J'ai le droit, comme citoyen libre d'un pays libre, de discuter les actes de l'autorité militaire comme ceux du pouvoir civil. J'ai usé de ce droit depuis plus de vingt ans; j'en ai usé, étant déjà officier de rarniée territoriale, contre des personnalités militaires qui, quelle que fût la vivacité de mes polémiques, n'ont jamais cru pouvoir me le contester. Le général Boulanger lui-même n'a jamais osé me déférera un conseil d'enquête.

(1) Cais,, I, 548, Billot; II, 17O, Pellieux.

'^2) Lettre à Esterhazy du 12 janvier 1898 ; Procès Zola, I, .>/i7, Pellieux: « Si j'ai participé à cette œuvre d'acquitlenierit, j'en puis fier. »

tnSTOIRE DE LAFFAIEtS DHEYFVS

.le li^'raontrai encore (ou le tentai) que lo cas visé par letl^creldo 1S78, c'élail celui d'un orficierqiii, {lourdes tnolirs particulier»), personnels, aurait iujuri<5 un de ses chef» liii>rarclu<iucs sous les ordres du(|uc'l il avait i-lé placé. Un officier, un noldat, rentré daaa ta vie civile, n'a point, hors des périodes d'acUvité, de siipérieviri mililaires (ij-

Ënlln, sons abordi-r le tond, mais pour démontrer ma bonne foi cl lo bien fondé de mes craintes, je donnai lecture d'une lettre que j'avais rei;uéle matin mAme difConvbeare. Il y affirmait,!^ nouveau, quel'btat'MajorfKiiif:iits élaiL menacé de voir i>ublie.r par des journaux élraugers les fuc-similés des doeuiueuls qn'Ësterhazy avait vendus à rAJleinagnc et qui étaient de sa main. Kl il ajoutait ce détail alors inconnu : « Sehwarzkoppcn ne niera pas qu'il donnait une mensualité de deux mille francs ii son informateur habituel, le commandant Eslerhazy ta), h

Les officiers m'éeuulércnl en stteaee : j'eus l'impretf-^^fl sion de parlertine langue qu'ils ne comprenaient pttiv^| ,,,m„Jjelrar<li.:

. DiSnonccr l'écueil, ce n'est pas iè faire surgjr : je l'ai signalé. Savoir ce que je savais, ce dont je suis certain, et

(1) Ce Tul la Ihëse de moD avocat, Mornard, quand je me pourvus devant le Conseil d*ËUtt conlrc le décret qui me révoquait, [.audience du ii> novembre igoï.) Le commissaire du gouvernement, Arrivière, atHuidonna l'accusation en ce qui concernait le ministre de la Guerre ; mais il soutint que le géoéral de l'eltieux, comniaiidanl la place de Paris, Atait mon supérieur hiérarchique, en vertu Ac l'arlicle lig du règlement du 16 juin 1897 : « Les ofllcicrfl de réserve el' de l'armée territoriale dans leurs foyers sont placés pour tout ce qui coocernc la police géncrnic, la discipline, In conduilc el la tenue, sous U haute autorité ilu fjénéral coinmaadonl In subdivision de région dans laquelle iU r<^sidenl. " Le Conseil d'Étal adopta celle thèse el

;a,! DO\foL-d, le aS juin iScjH.

ne pas lo dire, c'eût été une lâcheté. Si je m'étais lu, bien des tristesses, bien des amertumes m'eussent été épargnées. Mais j'eusse eu le mépris de moi-même (i).

II n'y eut guère que Clemenceau et Guyol pour pro lester, au nom des principes, contre le précédent d'une semblable poursuite {2). Mais la lettre de Conybeare, reproduite par la presse du monde entier, eut un im mense retentissement. Les douze deniers de la trahison, les deux mille marks par mois, devinrent, entre les mains des révisionnistes, une arme terrible. El, encore une fois, Esterhazy baissa la tête ; Schwarzkoppen n'opposa aucun démenti.

Ces incidents se déroulèrent pendant la crise ministérielle. Le conseil d'enquête ayant conclu conlj-e moi (3), Billot eut juste le temps de faire signer par Félix Faure et de contresigner lui-môme le décret qui me révoquait de mon grade. II n'eût pas voulu, bien que démissionnaire, en laisser l'honneur à Cavaignac.

(1) Vers la Justice parla Vérilé, i36 et suiv.

{•2) « Si, sous prétexte de ficrvice niilittûre, on peut mettre les Français au régime de se voir enlever leur grade dans Tarméo, parce qu'ils auront écrit quelque phrase dont un général ne sera [»as content, notre Gouvernement, de quelciue nom qu'il s'appelle, n'est en réalité qu'un césarismc de prétoriens sans César. Et si les radicaux eux-mêmes n'ont rien h dire contre un tel état de choses, ils sont dignes dès aujourd'hui du sort qui les attend... »> {Aurore du 2.'i juin.) — Le Speclalor (de Londres) intitula l'article où il rendait compte de l'incident : « La Terreur militaire en France. » — La Gazette de Saint-Pétersbourg {Vedomosti, n*» i56^ critiqua vivement la décision de Billot : « Elle soulève la question de savoir s'il est défendu h tous les Français appartenant à la réserve et à la territoriale de s'occuper des questions politiques concernant la France. »

(3/ 24 juin i8<)8.

PROCÈS-VERBAL d'aUTOPSIE DE LE5IERCIER-PICARD

Nous, soussignés,

Paul Brouardel, doyen et professeur de médecine légale à la Faculté de Paris,

Et Jules Socquet, docteur en médecine de la Faculté de Paris,

Commis par M. Bcrtulus, juge d'instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d'une ordonnance, en date du 12 mars 1898, ainsi conçue :

« Vu la procédure commencée contre X...

" Inculpé de faux et usage de faux ;

« Attendu la nécessité de procéder à l'autopsie du cadavre du nommé Leemann (Moïse), dit Manin, dit Lemercier-Picard, etc., déposé à la Morgue ;

• Ordonnons qu'il y sera procédé par MM. Brouardel et Socquet, docteurs en médecine, lesquels après avoir reconnu Fétat où se trouve ledit cadavre diront : 1* les causes de la mort ; •2" si cette mort a été volontaire ou non. c'est-à-dire si Leemann 8*est pendu ou a été pendu ; 3" si, avant la pendaison, il n'avait pas été mis à mort par un moyen quelcomiue, absorption de poison, etc., etc. »

HISTOIRE nS L .\FFAtRB DREYFL'S

S(.'riiii'Til priSntnhlemeiit [irété, avnns proci'tl^ à crllc iiiilii|i>iii' If lo mars 1898.

fi.nimcii rrlMcnr du corps. — Le catlnvrc i-sl celui d'un liomiiii'ili' lailir moyenne (i m. 61^) paraissant vijronn^ux ot likii luiistitui?. Lu rigidilt* cadavénquc a complèU'inviil (]is|iiii-u el la putréfaction oKt à (leiiTe comiuenci^c, nu iii- V(Hiu du con pt sur la rà^ion aalérieure de la poîli-Jno.

Nous relevons siip ce cadavre les signes i-t cicatrices suivantes :

Le [trëpiicc a éti^ circoncis.

LciliiiTiiâtre »ntéro-poslérieur du t-r^uw. uiemiri^ oin. i!)5 cL le dînmëlre bi-parii^tiil o m. ifia.

A 4 ccntimttrrw au-dcssas de lu purlic cxturnc liu smircil ganctio et h 1 eenliniètre en (ielioi-s dr la bo&se fronlak' gauclie, no Irouvp «ne cicatrice irrtîgnlîèrc, tr*s aticieunc, mesurant u centimi''trcs de hauteur sur 1 c6iitiniëtrc (leltii-gi-ur.

Les ulicvunx l'ommencent A grisoniiei', surtout ait niveaa de la région droite de la ti^lc. ^M

L'œil droit prdBontc un Blrabismc convergent cflltaul:â^| en dfdans. Il n'y" l'ns irercliyniOso aous-ronjonctivnle. tJ^ langue est placée en arrîèi'c des arcades dentaii-es et conserve l'empreinte des dents. On ne constate aucune érosion de la partie supérieure de la langue, ni aucune trace

de morsure récente. Le sont branlantes ; il manque l'a riourc gauche. A la mûchoir

molaires supérieures ntderniùre molaire sup^ inrérieui-c, if manque tes ics et l'avant dernière

trois dernières molaires g molairo droite.

La poitrine est velue.

Sur la face jinlérieure de l'ahdomcn, !'ioni.o4 au dessus de lombiiir et à o m. oiù à droite de la ligne médiane se Imuvo un pelîl nievusde '.ii\ i millimétrés de dinmétro.

A l;i région snpi'rieuredu ilns. hi eonlimélres au dessus de l;i 7- vcriébrc ci'rvii'ale el ;( o m. ooii ft ganclie de la li(jlie médiane, pirlile cicnlrici' de o m. o^ sur o m. oo.").

Sur la face dorside de l'indr'x de la main gaiictio, A la

partie supérieure do la première phalange, se trouve une cicatrice courbe, à concavité inférieure, mesurant 2 centimètres de longueur.

Sur la face palmaire du médius de la main gauche, au niveau de la 3« phalange, cicatrice linéaire de 2 centimètres de longueur.

Sur la face dorsale de la main gauche, au niveau du deuxième métacarpien, se trouve une estafilade de om. 17 de. longueur, presque transversale, extrêmement superficielle, n'intéressant que les couches épidermiques, sans sufTusion sanguine sous-jacente.

Jambe (jauche. — A la partie inférieure et externe de la jambe gauche, sur une étendue de o m. 07 en hauteur et de o m. 06 en largeur, se trouvent cinq petites érosions superficielles de quelques millimètres de longueur chacune. Autour de ces cinq petites érosions, l'épiderme forme un bourrelet ; au-dessous de ces érosions, pas de suffusion sanguine sous-jacente.

Jambe droite. — A la même hauteur et même région que sur la jambe gauclie, se trouvent quatre petites érosions semblables, sans sulTusion sanguine.

Ces petites érosions, constatées sur la face externe des deux jambes, peuvent être considérées comme des érosions pos/-mo/7em, et avoir été faites lors du transport du cadavre à la Morgue ou dans les différents examens qui ont été faits, chacun de ces examens ayant nécessité la sortie et la réintégration du corps dans le cercueil.

A 4 centimètres au-dessus et en arrière de la région Irochantérienne gauche se trouve une érosion superficielle, mesurant o m. 07 de longueur, doublée d'une légère suffusion sanguine dans les couches superficielles du derme. Celte érosion, obliquement dirigée de haut en bas et de droite à gauche, se termine en pointe à ses deux extrémités et mesure, à sa partie moyenne, 1 centimètre de largeur.

Cou. — Un siHon, obliquement dirigé de bas en haut et d'avant en arrière, fait le tour du cou. En avant, ce sillon

1I18TOIBE DE L'APrAIilE ÏMIETFUfa

eBlsitué juste au^lessusdacaiiilayetlqrrblde. Bâ arrière, Im deux cdiésda sillon laïasent im eqiece;lii>re de o m. oti ce quiindiqueqaeleplam deransedeTsiteetroiiTer en avant ' et. le n'orad en arrière. Ce sillon est étroit» parehemfaiév H mesure dans sa partie profonde de a è 8 milUaièlres, et» en comprenant les bords, 5 à 6 miUimètrea. Lea bords dn , sillon sont colorés» mais la putréfaction peniavolr entraîné cette coloration. A s centimètres an-dessaa du sillon et è 4 centimètres de la ligne médiane et k gaacbe, se tnivfe une érosion très sdperBcielle de o m. 004 Bans anfl^oa sanguine sous-jacente. Rien à droite ; ancnna trace de coups d'ongles, d'érosions analognee sur la région dneao, en arrière des oreilles» ni sur la face.

Sur les autres parties dn 'corps» on ne constate ancnne trace de violences appréciables.

Ouverture du eorp$, — Coa. — Dans le tiasn oellnlaire sous-cutané, au niveau dn sillon et au con, on ne constate aucune trace de suffùsion sanguine. Pas d^épanchement sanguin dans les muscles peauciers ni an-^ieasous et dans les fibres des muscles stemo-mastoidiena. U n^y a pas de déchirure des artères carotides; ni d*épancfaement sanguin dans la gaine des vaisseaux du cou.

Sur la face antérieure de la colonne vertébrale, dans le tissu cellulaire, se trouvent trois petites suflTustons sanguines, dont deux situées à gauche de la ligne médiane et mesurant, la supérieure o m. 012 do diamètre, Finférieure o m. oo5.

La troisième, située à droite, au même niveau que la supérieure gauche, est presque punctiforme.

Il n'y a pas de fracture du cartilage thyroïde, ni de l'os hyoïde.

L'œsophage est sain.

La trachée est remplie de spume bronchique.

Il n*y a pas d'épanchement dans les cavités pleurales ; les poumons sont sains et ne contiennent pas de tuber* cule. Il n'y a pas d'ecchymoses sous-pleurales.

Le péricarde est vide ;pas d'ecchymoses sous-péricardi-

que». Les venlriculeë du cœur renferment un peu de sang liquide, pas de caillots. Les valvules sont saines.

L'estomac est vide, sa muqueuse est saine.

Le foie est sain, il pèse i.gSo grammes; la vésicule biliaire ne contient pas de calculs.

La rate est saine et n'est pas difAuente.

Les reins sont sains et se décortiquent facilement.

Pas d*épanchenient dans la cavité abdominale. Les intestins paraissent sains et renferment un peu de matières fécales pâteuses.

La vessie renferme 60 centimètres cubes d'urine ; sa muqueuse est saine.

Sous le cuir chevelu se trouve un petit épanchoment sanguin en arrière et au-dessus de l'apophyse mastoïde droite». Les os du crâne ne sont pas fracturés. Les méninges ne sont pas congestionnées. Le cerveau, le bull)e et le cervelet sont sains ; ils ne présentent aucune lésion ni tumeur.

Kn vue d'une analyse chimique, nous avons placé les viscères dans des bocaux, scellés et cachetés.

Conclusions : !<> La suspension a eu lieu pendant la vie. Les lésions sont celles que Ton trouve dans lasphyxie par pendaison ;

2® On ne constate aucune trace de violences sur les différentes parties du corps permettant de supposer qu'une lutte ait précédé la pendaison.

Signé : BnouAnuEL, Socçuet.

LE TÉLÏtiGRAMME Dl 2 NOVEMBRE 189V

Voici le début de la note que Du Paty. au début du procès de Rennes, fit remettre à Mercier :

Deux vcraiaiisde ce lâIt^)ijaiiimo oui e^lé rouinipti h In fiacrrr

Version n" i :

ArreHtalo cnpiLann Dreyfus; ininietro Jellu Giien-n tromlo relaxions (ou proba) 8egr<' te ofTcrtc Gcrmnnia. Cnea inalrulla cou ogni scci'eU» (ou rrscrva], Blmaitt [irturnuto embmnri».

Gonsp, d'aiifrc [)arl. !i la Crmr ili- rn^sntmn (i). di^posp en ces termes :

J'bI le eouvenir d'un premier leslc uA il Atalt dil A peu près

I. CapitHine Dfcyru» arrêté ; prâcaulions priHcs ; minislèn' île \a Tiiiurrr Instrull ilans le plus grand secret des relations aver... i|i' !4iippriiiic la piiîflsancei, 6inis&aîre prévenu.»

l-:i jr n'ni pas le souvenir que ce premier texle ait fttO rnni' iitiiiïi'pK- «ui-le pnpfer â cases ayant seni â la tradiicUon.

Op. ce que Goiise n|)[)ellc le premier Inxle, r'cst pn>cîstfmeiil l'ébanclic crypLognipIiique off les mots t^ttiicnt intlfqui^s Sx tllre conjeeliiral ; cl c« prcinior le\le de tioiise esl, comme on voit, identique b la version n° i de Du Pnly.

Il et) rosiiKe que i/urliia'aii, dés lAiff, nvail cnnipostt un /■(riiJ' preiiiiiT le\l(' nii ^'rotiiiaiil, rlaiis un sens prédiMerminé, les mots qui étaient indiqués sur l'ébauctie et en y ajoutant la dernièiv phrase, indiquée comme doiitonse, de la deuxième version des afTaires étrangères.

Un conseiller à la Cour de cassation eut, le 27 janvier 1899, une intuition du faux:

M. le général Cionse pourrail-il nous dire si la dépêche qu'il a eue sous tes yeux comportait des corrections ou était d'une écriture courante et sans ratures ? El, dans ce cas, Rait-il de qui émanait cette écriture?

Gonse répond ;

Je ne m'en souviens en aucune fa^on. Je ne peux pns dire de

'0 Canii., I, jTi^, Gon*e.

qui était l'écrituro et je ne vois pas, dans ma mémoire, le papier qui m'a été présenté (i).

Mercier dispose de même que le feuillet cryptographique ne lui a jamais Hé communiqué ; « la traduction lui fut présentée sur papier blanc ordinaire, en écriture courante (2). »

La version définitive des Affaires étrangères est ainsi Veproduite par Du Paty dans sa note :

Version n" 2 :

Si le capitaine Dreyfus n'a pas eu de relations avec vous Ihbas, serait bon de faire démentir officiellement pour éviter commcntaii*es presse.

Puis, Du Paty ajoute :

Il n'y a pas eu de version adressée par écrit à la Guerre des Afiaires étrangères.

Or> le contraire a été formellement établi ; la version définitive fut oiriciellement transmise au ministère de la Guerre (3).

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