L'ENQUÊTE DE PELL|EUX
Le gouverneur de Paris avait confié Tenquôte sur Eslerhazy au général de Pellieux (i) ; les officiers en non- activité, qiii résident k Paris, relèvent du commandant du département de la Seine. L'enquOte faillit être escamotée en quelques heures.
La Chambre, quand elle entendit la déclaration de Billot, et le pays tout entier, quand il la lut, et le monde entier, avaient compris qu'il s'agissait d'une instruction approfondie et complète. Mais, comme Billot, peut-être sans songer à mal, s'était tenu dans le vague, Saussier, sous la pression de BoisdetTre, prit les paroles du ministre dans le sens le- plus restrictif. Il ne désigna pas Pellieux à titre d'officier de police judiciaire, mais de simple enquêteur, comme s'il s'agissait d'une dénonciation quelconque, pour une dette de jeu impayée ou
quelque aventure féminine, et il lui donna des ordres
(i) Eslerhazy dit qu'il en fut prévenu par Saussier. {Cass., T,
en conséquence (i). Mathieu Dreyfus sera sioiplement mis en demeure de fournir la preuve de son accusation (2). S'il n'apporte aucune autre preuve que récriture, Pellieux alléguera aussitôt, dans un rapport sommaire, qu'un jugement a attribué le bordereau à Dreyfus et que, « ce jugement ayant gardé toute la force de la chose jugée », il n'est pas possible, par respect de la loi, de procéder à une nouvelle expertise (3), Dès lors, il n'y a pas lieu de suivre.
Pellieux, Alsacien d'origine (/|), était de belle taille, l'air et le port élégants, le visage agréable, la parole facile, le son de voix énergique, d'accès prévenant, avec de la grâce dans les manières, l'œil doux, mais le regard fuyant qui savait devenir dur, l'allure souple et inquiétante. Il se piquait d'esprit et d'honneur ; mais ses deux grandes passions, la religieuse et la militaire, l'emportèrent à des actes indignes d'un officier et d'un galant homme.
Il avait connu Esterhazy en Tunisie et le tenait « pour
(1) Cela est avoué par Pollieux : « Le 16 novembre, je reçus du gouverneur de Paris l'ordre de faire une enquête purement militaire... Je fis venir M. Mathieu Dreyfus, il ne m'apporta aucune preuve d'aucune espace, rien que des allégations. Kn rtS'ililé. mon entpic^te était virtuellement terminée... Mon rapport a été remis le 20... Mais il paraît qu'il y avait eu erreur ou confusion, et (pie l'intention du ministre était que l'empiète que je devais faire fût une enquête judiciaire. »> iProcès Zo/a, I, 2/4^.)
{•2) Procès Zola, I, vt',^, 243, 330, 3:^7, Pellieux.
(3) ('/est ce que Pellieux dit à Scheurer et, textuellement, h Picquart au cours de la seconde entpiête judiciaire : « Je ne puis vous permettre d'entamer la discussion sur la possibilité de la confection malcrielle du bordereau j>ar Esterhazy, ce bordereau, à la suite du jugement, ayant (Mé attribué à Dreyfus, et celle «piestion ayant l'auturilé de la chose jugée. >• [Emiuête, •27 novendire, cote '^.o, i)rocès-verbal signé : IMjjjkl'x. Ducassi^; (grefller), Pic^itart.) Il tint le même discours à Leblois (jui protesta vivement, le 29 novembre. {Procès Zo/n, I, 273, Pellieux.)
(4i Né à Strasbourg, le 6 septembre 1842.
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un brave soldat (i) » D'autre part, homme du beau monde, clérical et très ambitieux, à bon droit, d*avancement, son intérêt lui commandait de Tinnocenter. *< Lui seul, dit Esterhazy, il fut honnête (2). »
Le jour môme où Pellieux fut désigné, Scheurer rendit visite à Saussier. Leblois, enfin, Tavait autorisé à tout dire au gouverneur. Mais Saussier refusa de l'entendre ; il l'eût fait la veille, mais il était dessaisi maintenant. Il fit un vif éloge de Pellieux. « Vous me connaissez depuis longtemps, dit Scheurer en prenant congé. — Vous êtes le plus honnête homme de France. — Après vous, mon général. (Il n'observa pas si Saussier rougit.) Eh bien, je veux vous dire que Dreyfus est innocent, qu'on le sait à l'État-Major, que Boisdeffre et Gonse sont des criminels. » Saussier n'objecta pas un mot (3).
Pellieux, le lendemain (4), fit venir Mathieu Dreyfus, l'accueillit avec courtoisie et lui demanda ses preuves. Mathieu lui présenta la justification de son frère, s'appliqua à montrer l'identité entre l'écriture d'Esterhazy et celle du bordereau, réclama une expertise. « Rien de plus juste, répliqua Pellieux pour l'amuser; votre malheureux frère a été condamné, en effet, sur des rapports d'experts. » Il convint aussi que les notes du bordereau étaient sans valeur, qu'elles n'émanaient pas forcément d'un officier d'État-Major. Quand Mathieu parla de la moralité d'Esterhazy : « Inutile d'insister, nous sommes fixés (5). »
Pellieux considéra que Mathieu lui avait apporté seuil) Ca<s., 11, 176, Pellioux. — En 188-2, Pellieux èUni major de In division du corps d'occupation en Tunisie. (2, Dép, à Londres (Éd. de Bruxelles), 85.
(3) Mémoires de Scheuher.
(4) 17 novembre 1897.
(5) Souvenirs de Mathieu Dreyfus.
lement des allégations (i) et, dès lors, que « son enquête était virtuellement terminée (2) ». Pourtant Témotion publique était bien forte et, pris de scrupule ou par peur de la trop lourde responsabilité, il hésitait à s'en tenir là (3).
11 §'y fût peut-être décidé si Mathieu, sur ces entrefaites (4), ne lui avait écrit pour le prier d'entendre Scheurer.
11 n'était pas possible d'écarter le témoignage d'un personnage de celte importance ; Pellieux le convoqua donc pour le lendemain; mais, dans le courant de la journée, il manda Eslerhazy et lui fit le meilleur accueil. Il lui dit qu'il le laisserait en liberté et ne ferait aucune perquisition chez lui (5).
Eslerhazy lui débila son conte. Pellieux ne fît aucune objection, s'inquiéta seulement de ce manuel d'artillerie prêté par un officier juif. Il fit demander, en conséquence, au lieutenant Bernheim s'il était exact qu'il eût prêté le manuel à Eslerhazy, dans quelles conditions, puis à quelle date et par quelle voie son emprunteur l'avait restitué (6).
(1) Insir. Fnbre, .'|.>, Pellieux : « 11 se borna h renouveler l'acrusation, sans apporter aucune preuve h l'appui, et me demanda siniplement une nouvelle ex])ertise du Iwrderoau. »
(2) Procès Zola, I, 2^3, 887, Pellieux.
(3) « Je sent<nis que je ne pouvais pas m'arr<?ler. »
(4) " Du reste, sur ces entrefaites... »
(5) Dép. à Londres (i^^'niars 1900).
«)) Lettre du 19 novembre, siîrnée, «• j>ar ordre » du commandant Ducassé : « Charj^;!.^ de l'entpiiMe sur lalTaire Mathieu Dreyfup-Esterhazy, que vous connaissez cerlainemenl, je vous prie de me faire, par retour du courrier, une réponse aux questions suivantes : Est-il exact qu'à la fin d'août ou au commencement de septembre iSt/i, vous ayez envoyé au commandant Ksterhazy, major au j/J'- d'infanterie à Rouen, le manuel de tir confidentiel de rartillcrie ? Dans (juclles conditions ce manuel vous a-t-il été demandé ? A quelle date et par quelle voie vous a-t-il été renvoyé? Prière de me faire tenir votre répon-
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Quand Esterhazy prit congé, Pellieux le reconduisit et lui serra ostensiblement la main. Cette poignée de mains fut célébrée par les journaux patriotes (i).
Mathieu avait été enchanté de Taccueil de Pellieux. Scheurer, le lendemain, eut des doutes sur la sincérité du général. Il le trouva trop prévenant, lui donnant du « Monsieur le Président » à chaque phrase. « J'ai déjà fait remarquer à Mathieu Dreyfus, dit le général, que contester l'expertise qui a provoqué la condamnation de son frère, et en réclamer une autre contre Esterhazy, cela est contradictoire. » Scheurer, stupéfait, répliqua que cette prétendue contradiction, c'était toute raffaire ; ne pas faire procéder à un examen approfondi des écritures serait défier tout bon sens et toute justice. Pellieux, toujours souriant, se garda d'insister. Il demanda à Scheurer s'il avait des documents, un dossier. Scheurer répondit qu'il n'en avait point, mais qu'il l'engageait à faire venir Leblois qui fournirait toutes les explications nécessaires (2). II parla alors de Picquart, « que d'ailleurs il ne connaissait pas, avec qui il n'avait eu aucun rapport direct ou indirect » ; mais il tenait de Leblois « qu'il existait au ministère de la Guerre un dossier contre Esterhazy et que ce dossier contenait une pièce
se sous double enveloppe, sous le couvert du chef de corps. » — Voir le récit de cet incident par Pellieux au procès Zola : « On a appelé au témoignage d'un officier cjul, par liasanl, s'est trouvé être Israélite, etc. >»
(1) Jour, Malin, etc., du 19 novembre 1897.
(2) Inslr, Fabre, 111, ii3, 114, Scbçurer.
60 nisToinK DI-: i. affaire dreyfus
qui prouvait la trahison de cet homme ». Puis, il dicta : « Il n'y aura ni enquête sérieuse, ni enquête loyale, ni enquête... — Complète, interrompit Pellieuxqui écrivait lui-môme — ... si le colonel Picquart n'est pas appelé à déposer. Son témoignage est indispensable (i). wPellieux observe : « Je sais que le général Saussier a parlé de le faire venir, mais je ne crois pas que ce soit dansles intentions du ministre (2). » Scheurer, vivement : « Ne vous laissez pas faire, général. Insistez. C'est votre devoir. 11 le faut. » Pellieux : « Grosse affaire. Le capitaine Dreyfus, puis le commandant Esterhazy, le colonel Picquart... » Et, de la main, il trace une ligne brisée qui monte vers le plafond : « Oui, dit nettement Scheurer, il y aura peut-être deux ou trois échelons encore à monter. Il vous appartient d'éviter un tel scandale en faisant la lumière. Aucun homme de bonne foi ne peut douter qu'Esterhazy est l'auteur du bordereau (3). »
En rentrant Scheurer nota sur ses carnets : « Ou Pellieux est un honnête homme, cherchant la vérité, comme l'a dit Saussier, ou c'est un fameux jésuite. »
Pellieux reçut pour consigne de « vider » Leblois, s'il ne réussissait pas d'abord, ce qui vaudrait mieux, à le faire taire.
Aux journalistes qui le harcelaient depuis qu'Esterhazy avait révélé son nom à Druniont, Leblois avait déclaré son intention de ne rien dire sur le fond de
(1) Jùiq. Pellieii.r, iS nov. i^j'. — Procès Zola, I, •.>^|3. l*<'Ilieiix. i'i) Prorèa EMerhcizy, ùv?., Scheun'r.
(3j Mémoireft de Sciieuher.
l'enquête de PELLIELX 61
l'affaire qu'aux chefs de Tarmée.!! commença par montrer à Pellieux un article de journal qui relatait sa réponse ; excipant de sa qualité d avocat (i), il lui demanda ensuite « s'il était autorisé par le ministre de la Ciuerre et par le gouverneur de Paris à recevoir ses confidences (2) ».
Le général répondit affirmativement ; puis, à mivoix, avec un peu d'émotion : « Je veux sauver le colonel Picquart. »
Leblois ne voulut pas comprendre. Pellieux, évidemment par ordre, lui offrait le salut de Picquart au prix du sacrifice de Dreyfus. Mais Tignominie d'un tel marché, dès le premier mot, aurait dû le mettre sur ses gardes. Au contraire, il se laissa aller à son impatience de servir la cause qu'il savait juste, et, pendant trois heures d'horloge, il rapporta à Pellieux tout ce qu'il avait appris de Picquart et beaucoup plus qu'il n'en avait jamais dit à Scheurer. Il lui montra les lettres de Gonse et convint, sur une insidieuse question, qu'il connaissait l'existence d'un dossier avec une pièce grave contre Eslerhazy (3). Il remit enfin à Pellieux, de la part de Scheurer, le billet anonyme d'Eslerhazy du 9novembre: « Piquart est un gredin (4). »
Le général le laissa aller, très attentif. 11 vit (ou voulut voir) des roueries dans les distinctions, parfois subtiles, de Leblois. La vérité, sur les lèvres d'un avo-
(1} Inslr. Fahre, 4*» Pellieux.
(2) 0. récit (le Leblois îi l'inslruclion Fabre (120, i3'|, i3y), csl cnlièreiiicnt eonfiriuô par I*ellieu.\ (i38). Au procès Zola 'I, 271). Pellieux chicane sur le caraclère conn(lenli<?l de la communication de Leblois?, mais convient qu'il répondit aflirnialivement à la question préalable de l'avocat. 11 nie seulement le propos relatif à Picquart.
(3, Procès Zola, I, 243, 944 î Instr. FahrCy 4»» ï3i. Pellieux.
(4; Voir t. 11, G67.
62 HISTOIRE DE l'aFFAIRE DKEYFUS
cal, prend parfois les apparences du mensonge ; le mensonge du soldat a souvent Tair de la vérité. Pellieux conclut que Picquart avait trahi le secret professionnel, entretenu son ami du petit 6/eii, et, par Leblois, dans Tombre, documenté Scheurer, déchaîné le scandale (i). ^
Quand Leblois, dans une chaleureuse péroraison, exposa que Thomme dénoncé par le frère de Dreyfus était bien le traître, Pellieux, risquant une pointe, l'engagea à réclamer l'arrestation immédiate d'Esterhazy. Mais l'avocat répondit qu'il n'avait pas qualité pour le faire (2).
Pellieux dit encore qu'il ne comprenait point pourquoi Picquart avait communiqué à un tiers de tels renseignemenls. w Dans l'intérêt de sa défense », reprit Leblois. Pellieux objecta que « Picquart n'était pas accusé (3) ».
Le lendemain, Pellieux consentit, avec beaucoup de bonne grâce, à ce que Leblois rédigeât lui-même un résumé très succinct de sa déclaration (4). C'e sont, quelquefois, les paroles qui restent. Pellieux rapporta à Saussier, comme il le devait, et à Gonse, tout le discours (le Leblois.
En fait, ce discours rassura Boisdelîre, qui n*ertt pas excédé le droit à l'hypothèse en supposant plus d'enlenle entre les divers défenseurs de Dreyfus. Si Leblois a dit la vérité, Picquart n'est nullement un révolté qui conspire et cherche en secret à avoir raison contre les chefs, à délivrer l'homme de l'île du Diable. (Vest seu-
(1) Procès Zola, l, v'/i'h '^-'i^- Inslr. Fdhre, \a, i3!i, 1^9, Pellieux. (21 Jnslr. Fabre, i3r>, Leblois. Cela csl confiriné par Pellieux
3) fnsir. Fahiw \'\ Pellieux.
, Vl Jnslr. Fahre, i3r>. j'iI, '2\>y Lehlois.
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lemenl quand il a été menacé par Henry et pour assurer sa défense que Picquari a eu recours à Tavocat,
et avec quelle discrétion I Quand Leblois a entretenu Scheurer, c'est à Tinsu de Picquart. Mathieu n'a pas connu par Scheurer le nom d'Esterhazy.
On eut, d'ailleurs, de Picquart lui-môme, incapable (BoisdeflFre le sav^ait) de mentir, la confirmation des dires de Leblois. Quatre jours avant la déposition de l'avocat, le jour môme où Mathieu dénonça Esterhazy, le ministre avait télégraphié au général Leclerc : « Le gouvernement a reçu des lettres l'informant que le colonel Picquart a fait des révélations à des personnes étrangères à l'armée ou leur a communiqué des documents au sujet des faits relatifs à son service. » — Scheurer avait entretenu Méline des lettres de Gonse ; Méline en avait parlé à Billot. — Picquarb répondit qu'il n'avait fait de communications qu'au seul Leblois et dans quelles circonstances (i).
Cependant, pour réservé qu'ait été Picquart, s'il est interrogé, il dira la vérité , et le danger est là. Lui seul, en effet, connaît d'autres preuves de la trahison d'Esterhazy que le bordereau. Or, Scheurer exige que Picquart soit appelé à Paris poury déposer; sinon, l'enquête sera déloyale et une comédie !
On s'aperçut aussi qu'Henry avait commis sa faute habituelle de frapper un coup de trop. S'il n'avait pas fait jeter, par Esterhazy et Drumont, le nom de Picquart à tous les vents, il eût été possible d'étouffer dans le huis clos de Pellieux la protestation de Scheurer. Maintenant, le public, mis en goût, demande Picquart. N'oublions jamais que nous sommes à Paris, entendez : au théâtre. Esterhazy est un personnage de théâtre,
(i) Cass., I, 200; II, 213, Picquart.
« rinnocent de TAmbigu ». C'est une raison de son succès. Le mystère qui entoure le nom, brusquement révélé^ de Picquart a excité de même les imaginations. On était las des autres acteurs du drame, du peu tragique Leblois, de Scheurer devenu aussi impopulaire, en quelques jours, que moi-mômc. Qu'est-ce que ce jeune colonel, accusé par les uns des pires méfaits, salué par les autres comme le justicier idéal? C'est à lui que la dame voilée a dérobé le document libérateur; on la connaîtra par lui. Pourquoi a-t-il été relégué en Afrique ? Pour la première fois, les amis de Scheurer se trouvent d'accord avec Topinion en réclamant l'audition de Picquart. Le parterre veut savoir quelle figure est derrière ce nom, ce masque énigmatique. Pour applaudir ou pour huer ? On veut voir.
Cette curiosité devint vite impérieuse. La veille encore, au Conseil des ministres, à l'Elysée (i). Billot, affectant un grand dédain pour la naïveté de Scheurer et attestant que Mathieu n'avait fourni nulle preuve, pas même un somblant, annon(;ait la fin imminente de Tenquôte et de cette pileuse tentative. Picquart étant très occupé en Tunisie, il serait fâcheux de le déranger de sa mission, de le faire, pour si peu, venir à Paris. Billot proj)osa l'un de ses moyens termes ordinaires : une commission rogatoire.
Les ministres, presque tous favorables à Esterhazy et qui ne s'en cachaient pas, trouvèrent la combinaison excellente ; mais il eût fallu la brus(|uer et s'en taire. Au contraire, les journaux raniioncèrent, et les ministres eux-mêmes dans les couloirs des Chambres. Le coup rata.
Hn effet, dès que Scheurer fut informé de la dé-
1) iS iiovciiibro 1897.
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loyauté qui se tramait, il pria Tun de ses collègues du Sénat, Jules Siegfried, de faire une démarche pressante auprès de Félix Faure. Si Picquart, qui sait toute ia vérité, n'est pas appelé à Paris, un tel déni de justice sera porté aussitôt à la tribune du Sénat. Je tins le même langage à Tun des minisires, Turrel : il parut, troublé ; je le quittai sur ces mots : « Vous êtes indignement trompés par Billot. Mais ni lui ni personne n'est de force à étouffer la vérité ; elle éclatera malgré tout ; alors, vous et vos collègues, les dupes comme les autres, vous serez déshonorés. » Turrel informa Sléline de ces propos comminatoires. Clemenceau écrivit que « ce serait trop simple de livrer un officier en pâture à la presse et de l\ii refuser le droit de venir présenter sa défense (i) ». Picquart, spontanément, avait sollicité par télégramme Tautorisation de venir déposer à Paris.
Billot, Boisdèffre plièrent. Une note officielle annonc^a que l'enquête du général <le Pellieux allait continuer et que Picquart serait entendu. Billot télégrapliia au général Leclerc de faire partir immédiatement le colonel et de lui demander sa parole qu'il ne coiimiuniquerait avec personne avant d'avoir été entendu par Pellieux (2).
Ce n'était qu'une escarmouche de perdue ; on prendrait sa revanche.
Dru mont raconta que Billot, pour t^lro agréable à Scheurer, avait invité Picquart à rester en Tunisie ; mais Méline avait ordonné de le faire venir (3).
Le même jour, Pelheux remit son rapporta Sausr^ior. Il concluait ainsi : <t Aucune preuve contre h» commandant Esterhazy ; une faute grave relevc'c contre le
'Il Aurore du 20 novembre 1897.
(2) Cas». y I, 201, Picquart.
(3) Libre Parole du 28 novembre.
colonel Picquarl qui a donné connaissance de renseignements so.îrcla à un tiers non qualifié et lui a remis des lettres de Tun de ses chefs, ayant trait uniquement il une artaire de service (r. » Or, le récit de Leblois, qui devenait ainsi le premier réquisitoire contre Picquart, il Tavait reçu à titre confidentiel (2).
Toutefois, comme oa l'informa de la dernière décision de Billot, il deman:la que Picquart fût entendu, ainsi que cela avait été réclamé par Sclieurer.
Ce premier succès, si vivement emporté, encouragea les partisans de la révision. Encore bien peu nombreux, — quelques milliers d'esprits sains qui avaient échappé à la contagion, deux ou trois douzaines d écrivains, de savants et de politiques, — ils comprirent enfin que la justice ne descend pas du ciel, qu'il la faut conquérir. Il leur en eût moins coùU* de défendre tout de suite leurs avant-postes. Mais, désormais, cha<jue jour, ù chaque combat, à chaque défaite, ils gagneront des adhérents, élargiront la trouée de lumière.
Ce fut Zola qui donna le premier coup de clairon.
Depuis quelques jours, l'étonnante aventure l'avait pris tout entier , dans son cœur de poète et <riiomme. 11 se passionnait pour « ces documents d'une beauté tragi([ue >, ne connaissait rien qui fût « d'une psychologie plus haute (3) m. 11 venait d'achever son
(i Prrx'èii ZoUi, I, •-'.V',. INilIioux. •> 11 lavuiia lui-inOme Jnslr. Fahre^ f^i,. !i l'ujaro du 2r>nuvenil)rc 1897.
L ENQUÊTE DE PELLIEIX C7
triptyque (Lourdes, Rome, Paris), méditait ses Quatre Évangiles. « Si j'avais été dans un livre, je ne sais pas ce que j*aurais fait (i). » Cependant, il hésitait h se lancer dans la bataille, étranger à la politique.
Sous la tempête, Scheurer, fort de sa conscience, recommençait Clermont-Tounerre : a Que peut-on nous opposer? Des injures. Nous nous tairons (a). » Zola lui écrivit : « Votre attitude, si calme au milieu des menaces et des plus basses insultes, me remplit d'admiration. Vous livrez le combat pour la vérité; c'est le seul bon, le seul grand. Même dans Tapparenle défaite, la victoire est au bout, certaine (3) ».
La semaine d'après, Fernand de Rodays, directeur ilu Figaro, lui raconta qu'ayant assisté à la parade d'exécution, dès ce jour, il avait cru à linnocence de Dreyfus. Zola proposa d'écrire trois articles qui, dans sa pensée première, seraient trois portraits : Scheurer, Dreyfus, Picquart.
Du premier de ses articles, qui parut le 25 novembre il dit lui-même : « On y remanjuera que le professionnel, le romancier, était surtout séduit, exalté, par un tel drame. Et la pitié, la foi, la passion de la vérité et de la justice, sont venues ensuite (^i). » L'article commence par ces mots : « Quel drame poignant et (juels [)€rsonnages superbes!» En sera-t-il le poète ou, lui aussi, l'un des héros? 11 lignore encore. 11 raconte ridée du doute chez Scheurer, la hanlise sans cesse renaissante, u la minute redoutable »où il a tenu la ccr-
(i) C'est co qu'il m'a dit à plusieurs irpriscî?, nvec une louchante sincérité.
(2; Astiemblée des représentants de ta Commune de Paris, 3u juillet i789(SiGiSMOND Lacroix, Arfes de la Commune, I, Tu .
(3) Lettre du 20 novembre 1897.
(J. La Vérité en marche, 3.
titucle ; puis, re projet, si noble, <le laisser au Gouvernement « le mérite d'éln^ jusie en réparant nue erreur » : « tout en faisant son œuvre, il disparaîtra luim(Vmc », sans même «< l'ambition de se faire gloire d'avoir apporté la vérité » ; enfin, Tanière déception quand il trouva les cœurs sourds, et ce silence, « souverainement beau », depuis les longs jours « où tout un peuple affolé le suspecte et Tinjurie ». <« Dressez donc cette figure-là, romanciers î » Lui, « dont c'est le métier de se pencher sur les consciences », il salue cet homme, cette vie nette, « de cristal », sans une tare, sans une défaillance. Heure triste où de tels citovens, Thonneur d'un peuple, sont méconnus, où, « la délation étant partout, les plus purs et les plus braves n'osent faire leur devoir, dans la crainte d'être éclaboussés » ! « La nation entière semble frappée de folie, lorsqu'un peu de bon sens remettrait tout do suite les choses en place. » Mais « la vérité est en marche et rien ne l'arrêtera plus ».
Zola, malgré ses millions de leclcuis, neUiil pas populaire. Dans son œuvre immens<», oii il a voulu tout peindre, il a montré trop souvent le bas et le répugnant de la nature humaine; de plus, il voitgros et cette main puissante est lourde. L'auteur de tant de tableaux hideux ou sales est bon, comj)alissanl à la misère, indulgent, en<-ore tout vibrant, bien (jifil s'en défende, de ri(U»al romantique. Kl celle àiiie, parfois naïve, simple, trèsdroilc, 1res honnéle, si vous avez le fil conducteur, vous la rclroiivcMN'Z dîuis Ions ses livi'(\s, même dans ceux qui onl <'aiisé \r |)lns de sriindale ou de (légoûl. Mais 1(» h'cleur ordinaire ne Tv déconvi'c pas, ni nièiue des crilitjues pénétranls. Lcun* sens du l>eau s'irrile deceth* recluM-ehe perpéluellcMlu laid, leur goût (le la propriété se révolte contre tant d'onlures, leur
l'enquête de PELLtElX 69
pudeur contre trop d'indécence et, snns qu'ils osent se l'iivoucr, Imir inquiète conscience contre une si lerril)le divination de ce qu'il y a de bouc au fond de la I>i>tr humaine. On lui panloiinemil demonlrer rhumtne nu; il monli-eriiomme intérieur. "Je sais, disait iinniDralisle, ce que c'esl qu'un bonnette homme; c'est alTreiix ■. Zola le triiil trop. D'aillem-s, sans autre philosophie qu'un lourd fatalisme physiologique, il ne connaît qucles forces aveugles de la nature ; il n'aime, n'adore que les énormes symboles. Et, comme il n"est épris que de vérité (bien qo'il lui arrive souvent de prendre l'exception pour la r6gle et qu'il généralise, lui qui a fait des méthodes expérimentales sa poétique, avec une injuste prorapliluile) ; comme nul ne fut jamais raoin.s courtisan, ni des puissances d'en haut, ni de celles d'en bas, ni des soldats, ni du prêtre, ni du paysan ou de l'ouvrier, ni du bourgeois ou de l'artiste, ni de l'ar^^ent, ni du travail, ni même de la Vertu fragile et de l'éphémère Iteaulé ; cl comme il dit crûment, avec une brutalité voulue, ses visions et sa pensée, chacune de ses vingl mille paLîcs lui a fait, el successivement <lans toules les coiiihes sociales, des milliers d'ennemis. Tous, les uns après les autres, l'ont accusé de les avoir calomniés. Kncore s'il avait pris l'adroite précaulion de montrer, comme dans les livres d'enfants, le bon élève bien si(ie A côté dn méchant garçon. Mais ce n'est pas sa maiiiérc. et, s'il s'essaye dans la pureté, il la fait impure. Dès lors, de longues rancunes, de sourds désire de vengeance, couvaient contre lui dans toutes les classes comme dans tous les parlis, parmi les aristocrates et dans la démocralle. chez les amis comme chez les cxploileurs de ce p<'uple qu'il a, tout à la fois, méconnu et connu trop bien. 0)mmc l'étranger dévorait ses romans et croyjiit y trouver une peinture d'autant plus exacte ([uelle était |ihis
cruelle de la France, il n'y avait pas seulement des rhéteurs, mais d'innombrables braves gens pour détester dans cet Italien d'hier un détracteur de son pays d'adoption. Parce qu'il a raconté la débâcle de l'armée comme un géologue dirait la débAcle d'un glacier ou d'une montagne, avec la même sérénité scientifique et épique, il a commis un crime contre la patrie. Et ce poème de l'armée vaincue, d'année en année, lui a été reproché avec plus de fureur, parce qu'il avait, dans ses deux derniers ouvrages, analysé l'hystérie religieuse (le Lourdes avec la même science impitoyable que l'aicoolisme de « l'Assommoir », et disséqué la Home papale avec le même scalpel aigu que le Paris des (< Hougon- Macquarl »(i). Les moines, plntôtque de l'excommunier comme impie, ameutaient plus sûrement contre lui en le dénonç:anl comme un mauvais français. Naguère, irrités de ce inan(jue de goût qui est, parfois, le propre du génie, des artistes délicats, des classiques sévères ont durement traité Zola. « Sa gloire est détestable. Jamais homme n'a fait un i)areil elfort pour avilir Thumanilé. Jamais homme n'a méconnu à ce point l'idéal des hommes. Son œuvre est mauvaise, et il est un de ces mallieuroux dont on peut dire qu'il vaudrait mieux <{n*ils n(» fusscMit pas nés (!>). »> On va décrocher ces vieilles armes.
'i) (iAssAGNAC ; " De SCS mains impiii'os, qui cssnyèronl de tfoiiillorla Koiinlos <!<• Mario cl la llouio de SaiiiL-Pit'rre.... etc. » 'Aulorilé du il) jainitM* iS(>s.)
{•2 Anaum.i: l'itAMiK, /.'/ r/'.' ////*'/v///'c, I, v.lîr», article sur /<ï Terre (|u'il appelle « le>^ (iéoiiiJjpKv^ di» la crapule •' : <■ M. Zola itrnore la beauté des uiols cfuinne il iLMHue la beauté iU^< choses... l\ n'a pas de i^oùl... Il a coiuhlé celle lois la mesure de l'indéceiice cl de la i4:i'0s<icr«'|é. >■ Juixeiueril imu ui()in> sé^è^e sur le Ji(h'i' : '< S'il fallail absoluiuenl choisir, à M. Zola ailé, je préférerais eFic()r(* M. Zola à quatre palle*^ .. H |oiid)c à «dinque instant dans l'absurde et le nionslrueux. » — Ilanc n'avait pas
l'enquête de PELLIELX 71
C était Tétrange fatalité qui pesait sur Dreyfus qu'aucun homme populaire n'cmbrassût sa cause et qu'aux haines, factices on sincères, qui pesaient sur lui s'ajout^issent toutes les haines qu'avaient accumulées ses défenseurs.
Mais, aussi, cette parole de Zola était si haute et si claire, elle sonnait, après un silence si prolongé, avec un tel éclat que tous ceux qui étaient convaincus de Tinnocence de Dreyfus ou qui en avaient seulement le soup- ^'on, furent réconfortés et ceignirent plus fortement leurs reins pour la lulle.
Comme tous les hommes qui ont beaucoup d'ennemis, Zola avait des amis passionnés; ils Je suivirent. Une parlie de la jeunesse des écoles, petite minorité encore, mais énergique et résolue, fut secouée d'un premier frisson.
Zola, insensible depuis longtemps aux injures, riposta aux atUques par un second article (i), et, cette fois, alla droit au monstre lui-môme, au fanlôme du u Syndicat ». 11 empoigne, sans peur des représailles, les inventeurs de la légende : les bureaux de la Guerre, qui s'obstinent à couvrir les personnages compromis »>, et, surtout, « cette presse immonde, où se mélenl les passions et les intérêts les plus divers », et qui, volontairement, a déchaîné ^< fa folie jmblique». Puis, tout
été moins ilur pour IM«»ommo/r: « Les travailleurs n'y valent pas mieux que les fainéants... Paresseux ou non, ivrognes ou non, hommcf* et femmes, les pei-sonnages de M.Zola sont égaleinenl ré]»ulsif:<... Dans tout r.e nion(l«%<|ni j^rouille eFi pleine hou*', pa» un éclair d'intellifcenee ni d'esprit... Le peu])le ne serd j>as si mauvais que cela... .Je me rap|)elle, en mai 1H71, un bataillon qui défilait sur les boulevards. Les féilérés, revenard des avantpostes, marcliaienl «l'un pas k-ste. une branrlie de lil.is lleuii au bout du fusil. Il y a des Heurs au faubourg;, niais M. Zola ne les a pad vues. »
(i) Figaro du i«' décembre i8<)7
de suite, rargnmeni topique, le plus cuisant : « Ce qui me tracasse, c'est que, s'il existe un guichet où Ton touche, il n\y ait pas quelque gredin avéré dans le Syndicat. Voyons, vous les connaissez bien : comment se fait-il qu'un tel et celui-ci, et cet autre n'en soient pas?» Quelques hommes travaillant à des lieues et sans se connaître, mais marchant tous par des chemins divers au même but, '< se sont rencontrés fatalement au carrefour de la vérité, au rendez-vous de la justice ». Voilà tout ce «< noir complot ». Ils ne veulent (prune œuvre de suprême réparation » ; ils se sont jetés au travers de ceux qui '< sont en train de faire commettre à la France, à elle la juste, la généreuse, un véritable crime »; et ils mèneront la campagne jusqu'au bout, « même si des années de lutte sont nécessaires». «De ce Syndicat, ahl oui, j'en suis, et j'espère bien que tous les braves gens de France vont en être ! »
En effet, de nouvelles recrues rejoignirent, non pas, comme de l'autre cùté du champ de balaille, par masses compactes, mais des isolés, des indépendants, partis, eux aussi, comme les chefs, des quatre bouts de l'horizon, étonnés de se trouver ensemble, mais, aussitôt, unis étroit (Miient.
Kt, de part et (l'autre, dans une même excitation, ap{)arnt chez les simples soldais celle manjue des convictions profondes, l'impossibililé de comprendre que quiconque ne pens<» pas exactemeni comme vous, puisse avoir raison ou, même, ne* soit pas aliéné. Et, pis (Micore, l'absurde prélenlion ([ue les t\mes se sont classées nalurelh^mcnt : les unes en haut, les autres en bas.
L(vs écrivains socialistes conmiinrnt une m'ave faute. La plupart n'étaient eiurore ni pour Dreyfus ni contre
l'e\QUÊTE de PELLIEIX 73
lai 11), mais, habitués à gucllerles sctindales, dès qu'ils purent constata la peur do Billot i» avancer sur un sol crevasse, « d'où l'on exhumera des trahisons aux premiers coups de piorhe >■, ils commencèrent aussitôt \v^ procès de l'armée olle-mtïme : " Ju.s<|u'idors, elle était iularte;ilèlail presque impossible do ladiscutersansèlre lraiK'destins-/(a/r/e. Voici que soudain tout le prestige militaire se dissipe, que la vieille institution est ébranlée. Et i>ar qui ? Par des conservateurs. Ce sont des conservateurs qui déconsidèrent la haute armée. La Révolution a des ressources imprévues (a) ".
Assertion inexacte, car Scheurer et ses amis en étaient encore à supplier les chefs de î'armée de ne pus confondre son honneur avec l'intérêt d'K.sterhazy; Zola, très politique, avait écrit : » Cette affaire est la plus simple du monde; il n'y a pas d'autre difficulté que de reconnaître qu'on a pu commettre une erreur et qu'on a hésité ensuite devant l'ennui d'en convenir (3) ». Ma «■onséqucnee, la boiirffe.disic et toute celle grande majorité du p<'uple qui n'était passocialistereeueillircnt seu- IcmenH'tlpre parole des révolutionnaires, et elles y trouvérenl une raison do plus, ou un pn'-textc, lie rester )M)urdes à la justice.
Les l)oui^eois libéraux d'avant la lui Kalloux eus-sonl été les premiers ii prendre parti pour une (elle cause ; ds n'eussent pas laissé à JauK's. lour à tour imprudent et plein de sens, l'honneur déerire : ■■ Il s'agit de savoir si, sous un prétexte quelconque, |U'étcxte
I l'elile lUpuMiqat des a'i et -id novembre iBy;, — Hoiinnet. clniis la Lanirrne 'ju tS. inrlinc à irroire I>rp\Tiis iiiiiiici-iH : i>i>ltelun. le Icnileriiain, re^rcUe i|uu Rillol ii'iiit pnN loiiverl Kslertinzv <|iii semble .ivoir àXi ■■ dans ri]ii|iii>'slliiliLéi<e livri-r il renneini les (locumcnls » i^tiiini<^r(-f iiu liDrJemiii.
(a) J.-iurfeM. dnn» In Umttrne (hi a8 noveialire .
l3; Figaro An -jii novemlire.
7\ IllSTOlRK DE I. AFFAIHE DREYFUS
de juiverie, ou de drapeau, ou de pairie, des juges militaires peuvent saisir el frapper sans garanties légales un citoyen quel qu'il soit; voilà la question, la vraie, la seule (i) o.Mais les Dufaure, les Léon Say (ti) elles John Lemoinne n'avaient pas laissé d'héritiers.
Dès que liillot eut consenti au rappel de Picquart, Pellieux reçut l'ordre de procéder, comme officier de police judiciaire, h une seconde enquête (3).
Boisdelîre, sans [)lus larder, avisa à « mettre k Tahri la conscience» >» de cet officier qui devenait un juge. Il le manda au ministère, et lui fit ('ommunicjuer par Gonse la lettre dePanizzardi oii Drevfus élîiit nommé, et d'autrès faux (\).
(i) Pelile République du 'Mi novcml)re i8<)7.
(î>) liéon S«iy, dès i8y'|, avait ou le sonliiuciittiue Dreyfus était innOL'onl. Il ino L- iit à Fiioi-nH^nu» ot à I)i(Mi d'aulrcs.
(3; •.>.! novcinhn» iS*)-. — Prorc.^ Zola, I, '?/i\. I*olli<Mix.
Cil Hogel a in-étondu dovuiil la Cour de rassalionque l^ellieux « n'a ou joiiriaissanic du faux Henry (pi'au nionient du procès Zola ". Mais le ((uilraire résulte : r de la «•onversation, à In date du .mi r'ovenibre. où Pellieux demanda à Sclieum* si Billot i\o lui avait pas fait v(»ir, comme à lui-im^me, une ])reuve cerlain<' do la eulpahililé d<» Dreyfus Mémoires de Schhliier) ; — •.>' de la leltre <le Pellieux à (lav.U'i^nar. on date (lu 3i août 1898, au liMidemain des aveux d'lleru\v ; Dupe de trens sans honneur ne pou vaut axoir eonfianee en reiix <ie mes chefs (fui
m'oid l'ail Iravaillor sur des faux, je demande ma mi>e à la re- Irailo >' : — A* d<' la conversation de r*elIi<Mix avoe. un rédat'Ieur du (iduhtis, (i. de Maizière. 2 se|)lendu(' i%Sj: le journalislcî racoidi' qu<» la pièce» fut <'omnumiquée à Pellieux, " pour mettre sa eonscienee à I abri ». par le k«*»i<'J'«i1 <i<>nse. au cours do I encpièle sur Ksterha/.y ; 4' de la dépositiim d'KsLeiiiazy ■ ut) février içKn, à Londres: (jui racoide. é\idemment d'après Henry, que