I.'eNÇIÈTE de PEI.LIECIX
sur l'armée : " Elle est issue des enlrailles du pays; elle osl )>oumise, palieotc, patriote ; tous nos enfants sont sous los drapeaux ; songez à la France ! »
<irand soutagemenl que ees alïirmalions réitérées, solennelles, de Billot. Et Méline les confirma, jura (|ue « IcOonvernemcnt avait fait preuve d'une correction absolue ; il a eu un seul guide : la Loi ».
Le StVnal était tellement persuadé de la droiture de CCS deux hommes qu'il accueillit par des rumeurs Traricux quand le sénateur girondin se porta seul, bravement, au secours do Sclicurer. " montant J» l'assaut comme on fait lorsqu'on sent que l'on marche avec la vérité (ij ". Lasscmbléc murmura à ces simples paroles, expression d'une vérité banale : <c Les juges les plus sflrs d'eux-mêmes, les mieux intentionnés, ne peuvent-ils pas se tromper? L'infaillibilité n'est pas de ce monde (2). ■> Lui-même, étant garde des Sceaux, il a déféré à la ("our do cassation l' affaire Cauvinet l'afTaire Vaux. L'opinion publique s'esl-elle émue ? Ce qui est vrai pour la jusiice criminelle ordinaire, le scrait-îl moins pour la justice militaire? Il y a des pi-écédents, le sergent Lacr-oix, dont le procès a été revisé. ^Méline interrompt : " Il n'y a pas d'alTaire Droj'fus. u L'obstiné Vosgien se cramponnait 11 sa formule.
Et telle était, dans cette assemblée d'ordinaire sage el réfléchie, l'irritation contre Sciicurcr, comme s'il avait élé l'auleur des maux engendrés par le crime <pi'il avait dénoncé, que le Sénat eût voulu voter tout (ie suite, en finir avec cette insupportable histoire,
Quelques applaudissements à peine accueillirenl ces paroles de Trarieux : « N'accusons pas le courage civî-
'1: Btnntt, 111. 417, Trarieux.
:-j| Au compte rendu ufltcicl 1 » Bruit •.
que, fût-il malheureux ou égaré, de l'homme qui est venu tout à l'heure expliquer sa conduite. Il nous montre, cet homme, par son exemple, ce que Tâme humaine recèle parfois de générosité et de bonté. »
Le Sénat faisait à Seheurer l'aumône des circonstances atténuantes : c'était un brave homme, mais trompé par des coquins.
Scheurer, vaincu, ne voulut pas le paraître; d'ailleurs^ il avait emporté le point principal : Billot n'avait plus osé invoquer la chose jugée comme un obstacle légal à une nouvelle expertise du bordereau. Scheurer le constata : w Toutes les pièces seront versées au procès, nous a dit le ministre de la Guerre, y compris le bordereau qui est la pièce essentielle de l'instruction. Je ne demandais que cela et je prends acte de cette promesse. »
Les radicaux, très excités, Peytral, Baduel, Bernard ^ eussent voulu que le Sénat exprimât sa confiance « dans rcpuvre de la justice », et « prît acte >» seulement « des déclarations du Gouvernement », Cela fut repoussé (i). On vota, à l'unanimité (2), un ordre du jour qui w approuvait les déclarations du (louvernement »>. Il élait signé des présidents des trois groupes de gauche.
Le Sénat, à la différence de la Chambre^ ne s'était pas aplati sous le sabre (3), mais il n'avait pas été plus clairvu va uL
(1) Par 206 voix contre -5().
'*>; Par 2?.i voix.
i3; Le Provost de Launay lenla sans succès une diversion contre les journaux qui défendaient la revision. Il accusa Scheurer d'inspirer le F'ujaro et les auteurs de ces articles « de ne pas dire de race française, par consiMfuent d'tHrc incajvibïes de penser, de sentir eldcsouftrir conune nous», — conune lui..
L ENQUETE DE PELLIEUX 165
A la flétrissure dont nous avait honorés la Chambre et qui n'avait pas été infirmée par le Sénat, la presse ajouta ses injures ordinaires. Mais nous ne les lisions môme plus et, désormais, je m'en tairai, moins par dégoût que par ennui. Je ne raconterai plus que le drame ; j'en supprime le monotone accompagnement. Dès lors, le lecteur de cette histoire verra seulementles faits, avec tout le détail qui les rend vivants, alors qu'à l'époque où ils s'accompHrent, la grande masse du peuple prélait l'oreille surtout à l'horrible musique et s'en grisait. De jour en jour, ce concert devint plus bruyant, chacun chercha à tirer de son instrument le son le plus^afl'reux, et chacun y réussit à son heure : Drumont, Judet, les Assomptionnistes de la Croix , Alphonse Humbert , Rochefort et Cassagnac , qui valait mieux que ses émules, puisqu'il s'était d'abord écarté d'eux et «ju'il continua à mêler des paroles de bon sens à ses plus grossièi-es invectives (i). Cette mélopée ininterrompue de l'outrage, elle est au fond de cette histoire, comme le bruit de la vague dans les coquillages. Ne cessez pas un moment de l'entendre. Bien plus, si vous voulez juger ce peuple avec équité, d'abord, il vous faut oublier tous les faits aujourd'hui acquis, incontestés, dont les moindres vous eussent paru alors, à vous-même, d'invraisemblables calomnies; surtout, il vous faut les remplacer
(i) A la suite de la publication des lettres de M*"'' de Houlaiu y^ il mena une violente campagne contre le Figaro, « feuille prostituée, journal des traîtres, sefllinc de la préfecture ».
par les mensonges qui étaient alors la vérité légale, et par tous ceux, plus nombreux encore, qui étaient la vérité populaire, tels que le Syndicat, la conspiration contre TArmée, si bien que tous les promoteurs de la Revision vécurent deux ans sous la haine et le mépris. Cet effort de probité intellectuelle, si vous ne pouvez pas le faire, fermez ce livre.
L'instnictioii contrp Estcrhazy dura près d'un mois [\ décembre au 2 janvier), sans que rien en Iranspirât
L'ablation, d'aulanl pins, alla croissant.
Au iendomainde la séance où les promoteurs de la Révision avaient élé marqués comme de mauvais citoyens, Zola avait publié un troisième article. C'était le procès-verbal ■■ des jours tragiques >■ qu'il veniul de vivre, « exaspéré, dans la haine de la l>élisc et de la mauvaise foi, dans une telle soif de vérité et de justice qu'il avait compris les grands mouvements d'âme qui peuvent jeter un boui^eois paisible au martyre «. 11 osa faire le proi-ès des deux grands tyrans du jour ; l'antisémitisme (" ils sont une bande à faire ce métier, et le plus beau, c'est qu'ils le font au nom du Cbrist »'i. et la presse {« ta presse immonde, les journaux à un sou attelés à celte besogne exécrable de tuer loute générosité dans notre cher peuple di- Franee "].
Le journal, dans sa forme moderne, est, d'abonl, une maison de commerce qui vend du papier et de la publicité. Quelques concurrents (ValentinSimoud.Meyer), des
158 HISTOIRE DK l' AFFAIRÉ DREYFUS
ennemis personnels (Cassagnac), le haut Étal-Major et ses moines organisèrent une campagne de désabonnement contre le Figaro, De Rodays, père et beau-père d'officiers, devenu tout à coup « un insulteur de Tarmée », parce que ses collaborateurs avaient montré le fond de l'âme d'un traître qui appelait l'invasion de ses vœux et crachait sur la nation, n'y put tenir et quitta la partie. Il le fit sans grâce (i), mais non sans esprit de retour et sans avoir rec^ieilii de son trop fragile courage autre chose que des injures. •
dette désertion (plus bruyante en fait que réelle) du moniteur de la Revision parut, d'abord, désastreuse. Comment arriver, désormais, au véritable juge, au premier qu'il faille convaincre, selon Voltaire lui-môme, à l'opinion ?
Zola, V ne voyant alors aucun journal qui lui prendrait ses articles (2) », résolut de continuer sa campagne par des brochures. 11 en publia deux : une Leitre à la Jeunesse, appel aux étudiants du quartier latin, dont les prédécesseurs avaient manifesté pour toutes les nobles cauf^es et qui, eux, s'en allaient, par bandes, huer Scheurer; et une Lf//re à la France, d^'un beau souffle douloureux, mais qui parut familière, la France traversant alors une de ses crises où elle ne permet (ju'aux soldats de la tutoyer.
Cependant, ceux qui avaient bu de IVau de vérité ne pouvaient plus supporter d'autre breuvage, ils émigrèrent (bourgeois libéraux, quelques universitaires, des hommes de lettres et des artistes) à ceux des jour-
(i) Il déclarail, dans son article du i3 dccembro, qu'il se relirait nionientanémenl, «< parce qu'il n'avait pas toute l'opinion puMiqor pour lui et que la raison d'Ktnt lui en fai^^ait nn devoir ». Son co-gérant, Périvier, le remplaça. Il était également convaincu de l'innocence de Dreyfus , nitiis s'en taisait.
(21 La Vérité en marche, 38.
LACQriTTEMENT D ESTTRHAZY 15Î)
naux radicaux et socialistes qui avaient rompu avec les socialistes et les radicaux de la Chambre.
Lourde faute et, pour longtemps, irréparable des partis moJérès. Comme Ganse avait repoussé les avis de Picquart, ils écartèrent ceux de Scheurer, ne comprenant pas que leur intérêt, à défaut d'une pensée plus haute, leur commandait de ne pas laisser une telle cause aux mains de leurs adversaires. Forcément, elle y deviendra révolutionnaire : d'allure d'abord, parla révolte <|ui est le contre-coup de l'iniquité systématique; puis, la forme emportera le fond.
Le Journal des Débats, la Revae des Deux Mondes -d'autrefois n'eussent pas commis celle erreur. Au contraire. Charmes, Brunetière, Heurteau s'engagèrent violemment contre la Re vision, parlant le langage de la réaction cléricale, et perdant ainsi, avec le respect de leurs principes, leur raison d'être (i).
11 y eut, pourtant, quelques exceptions : Hébrard qui garda, dans le Temps, une neutralité bienveillante et; par le fait, très utile; Yves Guyot, au Siècle; et, ce qui étonna le plus, Cornély, qui avait quitté le Gaulois et que Saint-Genest, devenu aussi forcené qu'il avait été autrefois clairvoyant, présenta aux lecteurs du Figaro^ après le départ de Rodays, comme « un solide pa- . triote(î?) ». Il ne chercha pas à nager contre le courant, alors trop violent, le suivit au contraire, mais peu à peu répandit de l'huile sur les eaux.
Bien que Guyot eût protesté contre le huis clos du procès de 189^ et, déjà, eût ressenti une inquiétude,
(1) Au Journal des Débals, Heurleau el Charmes avaient commencé par hésiter ; Jules Dielz, quand ils se furent prononcés contre la Révision, refusa de les suivre, cessa loutc collaboration politique.
(2) 2'À décembre 1897 : « Bonne chance, camarade ! »
il n'élaii encore persuadé, comme Clemenceau, que de la nécessité juridique et politique de faire la Revision, mais sans opinion arrêtée sur le fond, esprit positif et pratique, très libéral, surtout économiste dans les moelles, et, dès lors, bien que breton d'origine, le plus anglophile des Français, il se méfiait des déductions psychologiques et ne voulait juger que sur pièces. Or, Billot a affirmé aux Chambres que Dreyfus n'a pas été seulement condamné sur le bordereau.
J'avais dit souvent à Mathieu Dreyfus qu'il fallait publier, coûte que coûte, les pièces du procès. Mais Démange, à qui le Conseil de l'ordre avait interdit de remettre le dossier de i8<ji à M"*" Dreyfus, refusait obstinément de s'en dessaisir. Mathieu finit par me communiquer la copie de l'acte d'accusation que Dreyfus lui-môme avait prise au Cherche-Midi et qui avait été déposée en lieu sûr.
On croira difficilement que Méline, ni aucun des ministres (sauf Billot), n'avait eu l'honnête curiosité de regarder, avant de s'engager, sinon toutes les pièces du procès de Dreyfus, du moins l'acte d'accusation de dOrmescheville. J'ai raconté, précédemment, que Darlun voulut prendre connaissance de la procédure et qu'il y échoua. Je fus informé que Méline, encore h la fin de décembre, était resté dans la même ignorance, soit (ju'il préférAt s'en tenir syslémali(iuen)entàlachose jugée, soit qu'il n'osAt pas réclamer de lîillol la preuve de ses dires. In ami commun lui ollVit, de ma part, Tacle d'accusation de d'Ormescheville, pour (lue, par lui-même, il en vît l'épouvanlabh» vide. 11 hésita, puis refusa. Je le portai alors à Yves (luyot. Le lendemain, le document parut dans le Siècle (i .
(il 7 janvior iSj8.
L'ACQClTTEMENlf Jd'eBTERHAZY - 161
La stupeur et rindignatioR, d*une part, la colère, de Tautre, furent égales. L'absurdité, le néant de Taccusation opérèrent, en quelques heures, plus de conversions que tous les discours.
Drumont réclama des poursuites contre Fauteur de cette divulgation. Méline trouva moins dangereux, pour 'une ioiSr de lui désobéir que de me poursuivre.
Scheuror eut une longue conversation avec l'ambassadeur d'Italie, qui lui certifia que les pièces secrètes, où Panizzardi était mis en cause, étaient des faux. Nulle information plus précieuse, puisque, d'avance, elle signalait les pièges, les embûches (i).
Démange ne se lassait pas de répéterqu'il avaitconnu seulement le bordereau (2). L'État-Major, après avoir •révélé la communication des pièces secrètes, n'osaitplus la démentir; que fût-il resté de l'énorme accusation ? On commença à se poser la question égoïste, salutaire : « Si une pareille violation de la loi et des droits humains est tolérée, qui assure qu'elle ne sera pas renouvelée demain contre moi ? » Quelques-uns aperçurent enfin que le droit du juste, de Tinnocent, d'un seul homme, est plus haut que les intérêts de toute une caste, de l'État; il est le droit universel, le Droit môme.
Et d'autres se lassèrent, s'indignèrent que les plus nobles idées de patrie, de défense nationale, d'honneur, <( que les mots les plus grands et les plus saints qui soient dans le langage des hommes (3) » fussent pro< fanés pour couvrir des habiletés de procédure, émouvoir et tromper les masses populaires.
Au fond de toute l'affaire, (en dehors du crime d'Eslerhazy et du crime d'Henry), il y a la grande faiblesse
(1) Rennes^ III, 420, Trarieux.
(2) Lettre à Ca&sagnac. (Aulorité du i^^ décembre i8()7, etc.)
(3) Procès Zola, I, 894, Jaurès.
humaine, Timbécile amour-propre : « Je ne veux pas m'ôtre trompé. » Quelques-uns commencèrent à confesser leur erreur. Ils s'aperçurent que cela n'était point si pénible.
Dans le monde des politiques, ce qui retardait surtout Taveu, c'était la proximité des élections: « Pourquoi cette affaire a-l-elle éclaté si tôt? »
Dès qu'ils en trouvaient l'occasion, les défenseurs de la Revision s'adressaient aux tribunaux. Aux époques de tyrannie, quand les assemblées tremblent devant le tyran « Un seul » ou devant le tyran « Tous », c'est au prétoire qu'il faut porter la bataille.
Trois procès (jalons vers la vérité pour le lendemain de la défaite) furent ainsi provoqués ou engagés :
ParPicquart contre les auteurs "des télégrammes qu'il avait reçus en Tunisie. — Billot, à la demande de Trarieux,avail ouvert une enquête sur l'origine de ces faux ; nécessairement, au bout de peu de jours, il déclara que les soupçons (sur Esterhazy et ses amis) n'étaient pas fondés (i); Picquart adressa au procureur de la République une plainte motivée (2).
Contre Mathieu Dreyfus, au sujet d*une prétendue
(i) Procès Zola I, 189, 190, Traricux.
(•2) Du 3 janvier 1S98, en faux et usage de faux. JI dénonçait Souffrain comme l'auteur du télégramme Speranza. — Pellieux dit H qu'il mit IMcquart en présence de sa propre certitude, qu'il avait acquise par une enquête à la préfecture de police n, que Souffrain, malgré ses dénégations, était l'auteur de la dépêche. (Procès Zola, I, 265.) « Une jeune iîlle employée au bureau de poste avait reconnu Souffrain dans une douzaine de photographies qu'on lui avait présentées. »» {Cass., I, io3, Rogct.) D'autre part, Pellieux contesta que Souffrain put être l'agent d'Eslerhazy, ce qui, au contraire, confirma Picquart dans ses soupçons. — En ce qui concerne le télégramme Blanche, Picquart porta plainte contre < inconnu », mais il se réservait de mettre en cause Du Paty. — Bertulus fut m requis », le y.8 janvier, d'avoir à instruire en faux, usage de faux et complicité contre X. {Cass.^ 1, r.îo.)
teolative de corruplion. — L'u sieur Penot et l'abbé Gayraud, député, racontaient que les frères de Dreyfus avaient offert à Sandherr une somme énorme [deuxcent mille francsou toute leur fortune], pouréloufTerrafTairc.
Il existait à l'Élal-Major, de la main même de Sandherr, un récit de son entrevue, très simple, émouvante, avec Mathieu et Léon Drcyfus(i). Celle entrevue avait eu lieu le i4 décembre 169^1, dix jours après l'ordre de mise en jugement , quatre jours avant le procès. Corrompre Sandherr n'cûl servi de rien. Billot, BoisdelTre laissaient dire. Comme Mathieu Dreyfus annonça son intention de poursuivre ses diffamateurs (Penot et M™ Sandherr), le garde des Sceaux trouva plus pratique d'ordonner une instruction et d'éviter ainsi un débat public (2).
Par moi, contre Kocheforl, pour diCTamation, et contre Lemcrcicr-Picard, pour faux et usage de faux. Non seulement je n'étais pas tombé au piège qui m'avait été tendu par Henry et Estcrhazy, mais j'avais gardé la fausse lettre ehifTrée qui était la 'preuve de la fourberie. L'agent, cherchant une revanche, alla chez Rochefort (3). Il raconta que je lui avais fai} fabriquer une fausse pièce pour perdre Estcrhazy (la lettre mftme qu'il m'avait fait remctirej, et, contre cinq cents francs, il en donna une copie. Le vieux pamphlétaire révéla triomphalement qu'il avait enfin la preuve matérielle de mes forgeries et des menées du Syndicat (4). Je rétablis aussitôt les laits (5) et déposai une double
|i| Cast., [!, a8o. — Cortlier, et Mercier lui-mi^mc, font un récil analogue ; Sandherr n'cul à repousser aucune oITre. {Bennt», II, 517 et Ki5.) — Voir t. I, 366,
{aj ^ décembre 1897.
(3) Soua le nom d'Emile Durand.
(4j InIraneigeanI (antidaté) des 25, aG et 37 décembre.
(Tij Dans le Temp» du ^.
plainte (i), comptant bien que, derrière Rochetorl et Lemercier-Picard, je trouverais Esterhazy et ses protecteurs.
Clemenceau réclamait, en vain, un procès conlre le Syndicat: « La lumière pour tout le monde; il n'y a que les stipendiés et les traîtres qui puissent la craindre (2). »
L'offensive, de nouveau, changeait de camp.
Rochefort avait commis une autre sottise.
Il s'irritait que le crime de Dreyfus fût « officiellement » réduit au seul bordereau, misérable pièce sans valeur, et redoutait que l'expertise, ordonnée par le Sénat, Tattribuàt à Esterhazy. Quoi ! patauger bassenjent dans cette chicane, quand TÉtat-Major avait les mains pleines de preuves décisives ! 11 n'y put tenir, et raconta ce que lui avait dit Pauffin ou ce qui lui en était resté dans l'esprit :
Dreyfus a écrit à l'Empereur d'Allemagne afin de lui faire part de ses sympathies pour sa personne et lui demander s'il consentirait à le laisser entrer avec son grade dans l'armée allemande. Guillaume 11 fit savoir à Dreyfus, par reniremise du comte de Munster, qu'il était préférable qu'il servît le pays allemand, sa vraie patrie, dans le poste que les circoaslaiiccs lui avaient assigné. Dreyfus accepta. Une des fameuses pièces secrcles est une lettre de rErapereui" d'Allemagne lui-même. Les originaux (sept lettres de Dreyfus, une de Guillaunie) ont été restitués au comte d(» Munster, pour éviter la guerre. Seulement, ils avaient été, au préalable, photographiés (3).
Le plus extraordinaire, c'est que, même dans la folie du temps, 1 éclat de rire fut général. Les révisionnistes
(1) 3i déce.Tihrc 1897.
(2) Aurore du 12.
(3; Intransigeant du 12,
l'acquittement d'esterhazy 165
se gaussèrent du vieil amuseur public; les amis de TÉtatmajôr n'étaient pas encore au point. Aux uns et aux autres, il parut invraisemblable que cette stupéfiante histoire fut le « coup de massue » tant de fois annoncé. Cependant, depuis un mois, elle courait les salons, les brasseries, les bureaux de rédaction ; bien mieux, une photographie de la lettre impériale circulait dans les cercles privilégiés ; le colonel Stolfel Tavaît vue de ses propres yeux. D'autre part, Boisdeffre avait recommandé de ne pas exposer cette pièce délicate au grand jour, et Méline, Hanotaux, se fâchèrent.
Mais Rochefort qui, par hasard, était de bonne foi, s'obstina malgré les démentis ministériels et la menace nette d'une poursuite (i). 11 expliqua que Munster avait exigé de Casimir-Perier qu'aucune allusion ne fût jamais faite aux redoutables pièces. Et ce fut aussi l'explication d'Henry, qui fit ainsi coup double (2). Il authentiquait l'absurde roman et coupait court aux polémiques, couvrait la retraite, après cette escarmouche prématurée.
Les faussaires, pour rompre les chiens, racontèrent que Lebloisse réservait de produire devant le conseil de guerre .un reçu donné par Esterhazy à l'ambassade d'Allemagne (3).
Peu à peu, Tidée de la faillibilité des juges, de la possibilité d'une erreur, entra dans les cerveaux: Ils rapprenaient à lire, comme ce membre de l'Institut, ce charmant Paul de Rémusat, qui, frappé d'amnésie, se remit, vers la soixantaine, à Talphabet.
(1) 12 et 14 décembre 1897.
(2) Écho de Paris des 18 et 25, Éclair , etc.
(3) Libre Parole^ Écho de Paris^ Patrie^ du i*"^ janvier 1898. — Leblois se rendit aussitôt au gouvernement de Paris et au ministère de la Guerre pour déclarer qu'il n'avait jamais eu de pareille pièce enli-e les mains. [Instr. Fabre, 202.)
166 HISTOIRE DE l'aFFAIRE DKEYFUS
On raconta à ce peuple, doucement, par voie d'allusion, les erreurs judiciaires d'autrefois. Un jeune professeur (Raoul Allier) lui dit, en quelques pages très simples et émues, « Voltaire et Calas » ; je fis l'histoire de Raphaël Lévy, juif lorrain, brûlé vif à Metz, en 1670, pour meurtre rituel, puis réhabilité, par-ordre de Louis XIV (1), quand son innocence eut été démontrée par Richard Simon avec l'aide des plus honnêtes gens de la Cour, Hugues de Lyonne et le prince de Condé.
D'autres publications semblables suivirent : VAfyire du commis militaire Fabus par Bergougnan, une histoire générale des erreurs judiciaires, par Varennes et Lailler.
Pourquoi ces erreurs, ces réhabilitations, seraientelles le privilège exclusif du passé ? On tira peu à peu de Foubli les règles du droit.
Ce grand mouvement des cœurs qui, plus tard, deviendra irrésistible, commençait à peine. Dans cette première période, la seule idée de justice ébranle les esprits. Quelques-uns seulement (des femmes) devinent, voient Dreyfus lui-même, pleurent sur lui, sont obsédés par ridée de son martyre. Pour la plupart, il n est encore qu'une abstraction, en «attendant qu'il devienne, dans la balaillc grandissante, un symbole. L'homme n'apparaît pas encore. Lucie Dreyfus me refusait toujours les lettres de son mari, où chaque ligne crie l'innocence. Elle voulait, pour elle seule, son trésor. Le sloïque soldat eût-il approuvé qu'on livrât au public ses eflusions, sa détresse ?
(1) Louis XIV évoqua l'affaire dcvanl le Conseil d'Ktat, par arn^tdu iSavril iftjo. L'évocalion,(lans ranciomlroit, participait à la fois de ranti(|ue translalio litis ci do la inodorne Cassation: elle signifiait que le Hoi tenait pour mal rendus les jugements et arrêts qu'il avait retenus.
Là France avait alors le cœur dur. Sa bonté, sa générosité naturelles semblaient mortes. Cependant la férocité, qui sévissait parmi beaucoup de défenseurs d'Esterhazy, préparait déjà la réaction de la pitié. Lebon dépassa le but en se vantant d'avoir, depuis le début delà crise, aggravé le régime du prisonnier (i). On décrivit, avec trop de froide cruauté, la « cage » de Dreyfus. L'île tragique commençait à se dessiner à Thorizon.
Pour le moment, dans la fraction de la jeunesse qui s'émeut, dans le monde universitaire, parmi les ouvriers des grandes villes, le premier élan, si timide encore, vers la justice, est surtout une révolte de la raison.- Vraimenl, on veut en faire trop accroire. Au début, le roman amusait ; il devient stupide. « On nous prend pour trop bêtes ! » Puis, les partis de réaction triomphèrent trop vite, les jeunes aristocrates, surtout les cléricaux. Depuis le jour où de Mun avait été maître de la Chambre, fouaillant et faisant marcher le Gouvernement, ils se croyaient sûrs de la prochaine victoire, avançaient la main vers le pouvoir. Cela fît réfléchir quelques-uns. Et, aussi, Tarrogance de trop d'officiers, leur morgue, leur mépris affiché de tout ce qui ne porte pas un uniforme galonné. 11 y a, dans Stendhal, une phrase terrible sur « la halte dans la boue qui a fait les généraux si insolents (2) ».
Depuis le début de l'affaire, dès 1894, l'angoisse du doute a été arrêtée chez beaucoup, non seulement parce que Dreyfus est juif, mais parce qu'il est riche. Dans la
(1) Dépêche coloniale du 26 novembre 1897 : « Pendant que l'on discute en France raffairc Dreyfus, le Gouvernement ne néglijçe pas d'assurer la garde du condamné de l'île du Diable. Le nombre des surveillants a été porté de 7 à i3. »
(2) Lucien Leuwen, 8.
poétique populaire, ces catastrophes ne peuvent, atteindre que les pauvres. 11 en fut de*niême quand le mouvement commença pour la Revision. Les socialistes d*abord,-i-.Vivianî(i),Jaurès(2), — dirent comme Drumont: a On n'en ferait pas tant pour un pauvre. » Cela aida à la légende du Syndicat. On commença h y moins croire du jour où il suffit d'exprimer une opinion libre (sur les perquisitions chez Picquart, sur les lettres à Mme de Boulancy) pour être aussitôt traité de « vendu ». Chacun savait de soi qu'il n'avait pas reçu d'argent. En serait-il de même pour les promoteurs de la Revision ?
La désertion (momentanée) du Fig'aro donna à penser. Quoi ! cette volte-face pour quelques centaines de désabonnements I Les juifs ne sont-ils pas assez riches pour compenser cette perte ? Ou serait-il vrai que Zola n'a point été payé ?
La lettre de Zola à la Jeunesse ne resta pas sans écho. IJn groupe de jeunes gens lui répondit par une adhésion publique :
Nous ne savons si Dreyfus est innocent ou coupable ; mais, tous, nous voulons que cette affaire soit conduite avec impartialité. Qu'importent les arguties parlementaires ou les colères ridicules d'une Chambre qui s'imagine qu'oQ résout une question judiciaire avec un ordre du
(i) Lanterne du 3o novembre 1897.
(2) Petite République du 11 décembre: « Si la terrible sentence avait accablé un pauvre homme, sans relations, sans fortune... Autour du procès, ce sont deux fractions de la classe privilégiée qui se heurtent; les groupements opportunistes, protestants et juifs, d'un côté, les groupements cléricaux et militaires^ de l'autre, sont aux prises. » Dans le même article, où les contradictions abondent, Jaurès dénonce la communication des pièces secrètes « comme le crime des crimes » ; Mercier et ses associés sont « des Judas qui trahissent le droit de l'humanité n.
jour emphatique?... L'opinion publique? Qu'est-ce aujourd'hui sinon Topinion de la presse? Et quelle presse (i)f
Les signataires n'étaient pas encore bien nombreux ; mais, tous, dans leurs milieux, avaient cette autorité que donnent, parmi les jeunes hommes, le talent à son aurore el le caractère déjà formé.
Une lettre de quelques lignes produisit une impression profonde. Le jour même où je fis paraître Facle d'accusation de 189^, Scheurer demanda à Duclaux ce qu'il en pensait. Nul, depuis Pasteur dont il était le successeur, n'était estimé à Tégal de ce grand savant, modeste et simple, qui vivait dans son laboratoire^ dédaigneux des honneurs, épris seulement de science. Buclaux répondit :
Je pense tout simplement que si, dans les questions* scientifîques que nous avons à résoudre, nous dirigions notre instruction comme elle semble l'avoir été dans cette aflTaire, ce serait bien par hasard que nous arriverions à la vérité. Nous avons des règles tout autres qui noua viennent de Bacon et de Descartes : garder notre sangfroid, ne pas nous mettre dans une cave pour y voir plus clair, croire que les probabilités ne comptent; pas et que cent incertitudes ne valent pas une seule certitude. Puis, quand nous avons cherché et cru trouver la preuve décisive, quand nous avons même réussi à la faire accepter, nous sommes résignés à l'avance à la voir infirmer dans un procès en révision auquel, souvent, nous présidons nous-mêmes.
Avec Duclaux, c'était la Science elle-même qui entrait dans TAffaire : les moines eux-mêmes n'osèrent pas dire que la Science se fût vendue aux juifs.
(1) Temps du 6 janvier i898.
Saussier avait confié rinstruction contre Esterhazy à un vieux commandant retraité, du nom de Ravary, dont on racontait de fâcheuses histoires, petit et chafoin, mal tenu, d'esprit obtus, et qui, sauf la consigne, ne comprenait rien. Il était assisté du même greffier qu'avait eu d'Ormescheville, Vallecallc, intelligent, sournois, qui en pensait plus qu'il n'en disait.
L'instruction de Ravary fut le recommencement de Tenquôle de Pellieux. Il entendit les mômes témoins ; en plus, Junck, Gonse (à la demande formelle d'Esterhazy qui eût voulu aussi Boisdeffre) ; et, à la requête de Mathieu Dreyfus, quelques civils (i). Mêmes accusations, aggravées, contre Picquart, accueillies avec la même faveur. Môme roman, embelli, d'Esterhazy, écouté avec la môme déférence. Et même collusion (2).
Au début, Esterhazy, sans force de résistance, s'était remis à trembler ; Henry, d'une autre trempe, le secoua :
Soyez donc tranquille. Ravary sera mandé à la boîte et il sera stylé. On lui fera voir tout ce qui est nécessaire. C'est entendu; tout marche très bien (3).
En efTct, Gonse fît venir Ravary, lui montra le faux
(1) Picquart déposa les 9, 10, i3, 28 et 29 décembre ; Henry le 10; Gribelin le 11 et le i5 : Lauth le i3 ; Gonse le 14; Junck le iG.
(2) Cass.^ I, 586; Dép. à Londres, 5 mars i9^x), Esterhazy.
(3) Dép. à Londres j i^r mars 1900 ; lettre signée If y. — Boisdelîre affirme n'avoir été " mêlé en rien h raffaire Esterhazy ; l'instruction s'est faite sous la direction de Saussier ; il s'est tenu absolument à l'écart ». {Procès Zola, l, 139.)
d'Henry. Et Du Paty, aussitôt, de rassurer Eslerhazy :
Oui, on a fait venir R... et on lui a montré tout ce qu'il fallait. Ce que dit votre avocat est stupide. Exécutez absolument ce qui vous est dit et n'en sortez pas (i).
Désormais, et tous les soirs « sans exception », Ra-** vary adressa à Gonse le coippte rendu de ses auditions quotidiennes. Quelques heures plus tard, Henry ou Du Paty en transmettaient le résumé à Esterhazy et lui indiquaient les réponses à faire ; quand il avait un renseignement spécial à demander, il envoyait sa maîtresse où son cousin chez Du Paty. Il connut ainsi toute la marche de rinslruction.
Vous serez interrogé demain, lui écrivit Du Paty. sur vos rapports avec Schwarzkoppen. Maintenez-vous absolument sur le terrain qui a été convenu, et ne vous laissez aller à entrer dans aucun détail (2).
Ainsi fut fait (3),
Mathieu Dreyfus raconta les propos de la fille Pays à Tarchilecte Autant, quand Esterhazy fît mettre son bail au nom de sa maîtresse et parla de se tuer.
Eslerhazy, prévenu, envoya Marguerite chez Autant, le sommant de tout nier. Elle adressa des lettres de menaces au propriétaire de la maison (4).
De même, pour V Alibi-office, pour la lettre anonyme à Hadamard (5).
(0 Ca$8.y ï, 5^7, Esterhazy.
(2) Note du 14 décembre 1897. {Dép.à LondreSy^ mars lyoo.)
iZ) Instr. Ravary, i5 décembre. (Cass.^ II, iiS.j
(4) Procès Zola, II, 176, Stock.
(5) Instr. Ravary, 20 décembre, Mothieu Dreyfus.
Esterhazy, « le chapeau enfoncé sur les yeux, le pardessus relevé », fit irruption au bureau, bouscula le tenancier de Tagence : u Je suis le commandant Esterhazy ; on me jette à la tête un tas de sales histoires ; on m'accuse d'avoir fait partir de Lyon une lettre de menaces ; vous savez bien que ce n*est pas moi (i). « Quand Ravary la lui présenta, il dit, effrontément, qu'il la voyait pour la première fois (2). On fit disparaître l'employé qui en avait pris une copie pour la préfecture de Police.
Pour infirmer Tauthenticité de la principale de ses lettres à M"*" de Boulancy, il dit qu'il a l'habitude d'orthographier le mot UhlanawecVh devant Tw, « à la hongroise », ce qui n'a aucun sens, le mol étant d'origine turque, de Oghlan^ « jeune garçon, page, cavalier (3) ». Mathieu requiert la saisie, chez un avoué, d'une lettre d'Esterhazy où se trouve cette phrase : « Ces canailles (des créanciers) auraient besoin du bois de la lance d'un uhlan prussien pour savoir comment l'on traite des soldats. » Il nie toujours (4).
Mathieu verse au dossier la lettre d'Esterhazy à Weil, de juin 1894: « Je ne puis soustraire mes pauvres petites filles à la destinée qui les attend que par un crime (5). » Ravary trouve la lettre très belle : « Comme cet homme aime ses enfants ! » Il refuse longtemps de faire citer Weil, malgré l'insistance de Picquart (6). Quand il l'appelle, il l'interroge sommairement. Weil raconte
(1) Procès Esterhazy, 1G4, Ferret-Pochon.
(2) Insfr. liavanj, 21 décembre, Esterhazy.
(3j Louis LÉ(;Eit, Méni. de la Société de linguistique, V, ^\. — Littré, à tort, fait venir Uhlan de ula, lance « en polonais »». Lance, en polonais, c'est lani^a ou kopja.
(4) Procès Esterhazy, i'|3, Mathieu Dreyfus.
(5) /6/(/., 1^5, Mathieu Dreyfus. — La lettre lui avait été remise par le grand rabhin (Cass.yl, 3io, Zadoc-Kahn).
(6) Procès Zotaj I, lifi, Picquart.
î, ACQUITTEMENT D ESTERHAZY 173
les emprunts qu'il a consentis à son ancien ami, l'argent qu'il a recueilli pour lui chez de riches juifs, lu quête avec le grand rabbin et Tabbé Seigneur (i). Esterhazy réplique : « Tout ce que dit le témoin est faux ; je lui dois de l'argent, c'est vrai, mais je le lui paierai (2). » Il ne conteste pas la lettre, mais s'étonne (et Ravary avec lui) qu'elle soit aux mains de Mathieu.
Un coiffeur a raconté à un journaliste (3) qu'Esterhazy, quelque temps avant d'être dénoncé, est venu dans sa boutique, qu'il a tenu d'étranges propos : « Un grand scandale va éclater, Dreyfus est innocent. » Mathieu rapporte ce récit à Ravary : « Il y a des exemples de criminels qui, poussés par un besoin irrésistible, font des conGdences. » Il demande qu'Esterhazy soit confronté avec le garçon qui l'a rasé (4). Esterhazy nie encore (5), et la confrontation n'a pas lieu (6). « Connaissez- vous Mademoiselle de Comminges? — Je ne fréquente aucune femme du demi-monde {7). » « Tout cela, lui dit Du Paty, n'a aucune espèce d'importance. »
Alors que les dépositions de tous les témoins lui sont communiquées d'avance et qu'Henry et Du Paty se concertent avec lui sur les réponses à faire, Picquartni Leblois ne savent rien des principales allégations portées contre eux par Henry, Lauth, Gribelin et Gonse (8). La surprise leur en est réservée pour Taudience. Ravary, comme Pellieux, traita Picquart en accusé, mais
(1) Jn&ir. Ravary, 29 décembre 1897, Weil.-
(2) /6/d., 3o décembre, [Cass., II, i20y.
(3) Paul Marion, ancien rédacteur, à la République française.
(4) Inslr. Ravary, 20 décembre, Mathieu Dreyfuj*. (5) /6id., 21 décembre, Esterhazy (Cass., II, iiy).
(6) Procès Esterhazy, i45, Malhieu Dreyfus.
(7) Insir. Ravary, 8 décembre, £âlerhazy.
(8) Cass., I, 204, PiC(iuort.
d'un ton bonhomme, Tair d'un portier-consigne qui est gêné d'assister à une querelle entre des chefs. Il l'interrogea sur ses relations avec moi, qui ne 1 avais pas vu depuis cinq ans et comme si j'étais le chef du Syndicat.
Picquart lui dit que « les témoins ne sortiraient de terre que si Esterhazy était arrêté ». Il répondit que « les chefs n'avaient pas jugé à propos de le faire ». Il refusa en conséquence de procéder aux recherches et aux confrontations que réclamait le colonel. Quand Picquart lui rapporta que, déjà^ en Tunisie, Esterhazy était soupçonné, que le colonel Dubueh^ le fils du général de la Rocque, le commandant Sainte-Chapelle en pourraient déposer, il grommela : « Esterhazy, nous le connaissons mieux que vous ! » Mais il ne fit même pas mention de ces indications dans son rapport (i).
Il refusa encore d'ordonner des enquêtes dans les villes où Esterhazy avait tenu garnison, bouscula Mathieu Dreyfus qui insistait : « Vous n'allez pas nous faire un réquisitoire? » Mais il fit le gracieux avec Scheurer et avec moi.
Il m'arriva d'égarer, dans un compartiment de chemin de fer, ma serviette de député ; les employés (2) la fouillèrent avant de me la rendre. Elle renfermait des (locumenls parlementaires (un rapport sur TÉtat-Major), des fac-similés du bordereau et de l'écriture d'Eslerhazy et de Dreyfus que j'avais fait voir à des collègues. Un « inconnu » signala aussitôt à Tézenas « qu'il avait vu, lui-m(>me, dans ma serviette, des lettres d'Eslerhazy découpées, retouchées, maquillées ; dans certaines parties, l'écriture se trouvait surchargée de bandelettes couvertes d'écriture ». L'avocat s'échauffa, conféra
(i) Procès Zola, I, 29'), 3'|8, Picciiiart.
i2) Ceux du train cl de la gare de Meaux.
avec Esterhazy qui, déjà, connaissait rincidenl et réclama la comparution des employés. « La Compagnie, sans doule,leur a imposé le secret, sous menace de révocation immédiate; rafTaire est très grave (i). » L'allégation parut stupide à Ravary lui-môme. Eslerhazy menaça de commencer une campagne de presse s'il n'était fait droit à sa requête (2). On capitula encore; Du Paty lui écrivit (3) :
Oui, faites passer un article dans ce sens, mais sans insister. On citera les employés de la gare et le télégraphiste*
En effet, le lendemain, le Petit Journal publia la sensationnelle révélation et la presse s'émut des contenus terrifiants de ma serviette et de cette preuve nouvelle que je suis un faussaire. Les employés du chemin de fer furent appelés à déposer (4).
Pourtant, Ravary se garda de me citer ; mais j'allai de moi-môme le trouver et je lui remis ma serviette et son contenu, qui fut, par lui et par le greffier, reconnu conforme à la description qu'en avaient faite les employés (5). Dans la petite chambre du Cherche-Midi, lourdement chauffée, où il tenait ses assises, Ravarj% obsé-
(1) Lettre de Tézcnas (du 10 décembre 1897) à Ravary. (Cass.,\\, -229.)
(2) « Le général Billot ne veut pas de cette audition gênante pour son ami Reinach ; mais mon droit est absolu. » [Dép. à Londres.)
(3) i4 décembre.
(4) Instr. Ravary^ i5 et 16 décembre, Dupré, Vandembossche, Royne [Cass.^ II, 299 à 3o3). Les autres employés déclarèrent n'avoir aucun souvenir précis. Ravary avait rendu une ordonnance prescrivant de saisir ma serviette (qui m'avait été rendue le soir même).
(5) 18 décembre.
quieux, d'un ton humble, quand il eut reçu ma déposition, se plaignit des journaux qui avaient ébruité et dénaturé celte sotte histoire dont il ne devait rien rester. Il s'excusait, se confondait. La conversation s'engagea, ■et toute Teffroyable nullité du pauvre homme m apparut, chargé de cette terrible affaire dont il ne comprenait rien, sinon que le bordereau avait été décalqué ou photographié (i) et que Dreyfus devait rester coupable, puisque le ministre de la Guerre affirmait que le juif avait été justement condamnée II m'avoua qu'il connaissait la communication des pièces secrètes aux juges. Les juifs ont tort de se solidariser avec Dreyfils ; ils eussent mieux fait, « si puissants, si riches », de le faire évader. La preuve qu'Esterhazy n'a point trahi, c'est <iu'il est toujours sans le sou ; or, l'Allemagne paye bien (2). Et il parlait du commandant avec un grand respect.
En effet, Esterhazy * le prenait de haut avec lui, l'étourdissait de sa superbe : « On a cherché à me discréditer, à me déshonorer. Alors que j'étais l'objet d'une enquête et que je dépendais de la justice militaire, dans l'impossibilité de parler ou d'agir pour me défendre, mes adversaires n'ont pas craint de déverser sur moi, publiquement, les plus abominables outrages. C'est là une conduite infâme et (|ui est sans exemple chez tous les peuples civilisés ; l'accusé est sacré (3;. »
(i) Il luc <iil, nolamment, que le bordereau, comme la lettre à M™e de IJoulancy, avait été fahn<iu<'' par le procédé indiqué <lans lartiele d'Kmile Gautier (Voir p. 1171; I>terhazy lui en avait fait la démonstration.
(2) Il tint le même raisonnement à Mathieu l)n\vfus.
(3j Jnstr. Hiivarij^ S décembre 18^7. (Cass., II, 117.)
L ACQUITTEMENT D ESTEBHAZT 177
Cependant une peur le tenait : quel sera le résultat de l'expertise ?
Ravary, comme Pellieux, a accepté, saris discuter^ ses mensonges : la dame voilée, le manuscrit d'£upatoria. Mais il existe, au moins, une preuve matérielle de «on crime : le bordereau. Si les experts le lui attribuent, il est perdu.
El rÉtat-Major avec lui. Boisdelîre, Gonse, Du Paty, surtout Henry, ne sont pas moins inquiets que lui : tout s'écroule s'il se trouve seulement deux honnêtes gens parmi les experts.
Pellieux, précédemment, avait confié l'examen de la Jettre « du Uhlan ( i ) » à trois hommes de l'art : Chara vay ; un vieil inspecteur d'académie, Belhomme; un architecte devenu expert, Varinard. Ravary, assez logiquement, leur voulut confier l'expertise du bordereau. Charavay se déroba : il avait, en 189^, attribué le bordereau à Dreyfus. Il fut remplacé (mais seulement pour le bordereau) par Couard, paléographe, ancien élève de Técole des Chartes, jocrisse savant, patelin et jovial, autrefois protégé des juifs de Metz, depuis antisémite, avec d'utiles parentés dans l'Église, et père lui-tnéme de deux prêtres, les abbés Joseph et André.
• Les autres (Varinard, Belhomme) hésitèrent à accepter cette nouvelle mission. Ils ne voulaient pas être
il) Pellicux Tavait mise sous scellés, à la suite de la conCror. talion du 3o novembre entre Eslcrh.izy et M*" de Boulancy qui,^touH deux, signèrent avec lui sur l'enveloppe.
amenés, malgré eux, à s'occuper de Taffaire Dreyfus. Il fallut, pour les décider, rintervention d'un magistrat, Beaudoin, président du tribunal civil de la Seine : « Sur les cinq experts inscrits au tableau, leur dit-il, trois sont récusables pour avoir été consultés en 189^ ; il ne reste que vous deux (Couard était expert à Versailles) ; de plus, deux ministres viennent de déclarer au Parlement qu'il y a une affaire Esterhazy, mais qu'il n'y a pas d'affaire Dreyfus (1). » Une telle parole, tombant de si haut, calma, sinon leurs scrupules, du moins leurs craintes.
On tint d'abord leurs noms secrets, « pour empêcher les démarches que pourraient faire auprès d'eux les amis de Dreyfus ». Mais TÉtat-Major comptait bien les « travailler » ; Esterhazy en reçut l'assurance. Du Paty lui écrivit :
Les experts sont désignés; vous aurez demain leurs noms; ils sçront vus, soyez tranquille. Tenez-vous en absolument à ce qui a été décidé (2).
L'équité, le bon sens voulaient que les experts comparassent le bordereau à récriture de Dreyfus et à celle d' Esterhazy. Ainsi l'avaient entendu Scheurer, le Sénat, le monde entier. On décida de leur faire comparer seulement l'écriture d'Eslerhazy à celle du bordereau. Gela simplifiait l'opération, facilitait la fraude.
«Tézenas, avoue Esterhazy (3), n'était pas au courant de la vérité. » La naïve crédulité de cet homme subtil apparut tout entière dans la lettre qu'il adressa un matin à Ravary. 11 demandait, « très respectueusement,
(1) Pennea, II, 067, Belhomme.
(?) Dép. à Londreiij i^»* mars uyyo.
(3) Même déposition.
L ACQUITTEMENT D ESTERBAZY 179
mais orficiellemenl et fermement «, — pour satisfaire l'opinion, et dans l'inlérât de son client, qui doit sortir blanchi de l'épreuve, — que 1 ccrilure d'Ëslcrhazy E(lt cxpcrtis<;e avec celle de Dreyfus (i).
La lettre de Tézenas était partie quand Kslerhazy arriva chez l'avocat qui lui conta l'incident. Dsterhazy fit la grimace , mais n'objecta rien el courut au Cherche-Midi, 11 y entrait comme chez lui, en maître, les portes s'ouvrant devant lui, salué très bas. entouré de i'eslime de tous les officiers et commis. Il trouva Kavary dans son antre enfumé, avec le commissaire du gouvernement (Her\'ieuK le greffier Vallecalle elle vieux Belhomme, tous très agités.
Kavary, brusquement, interpella le fol qui voulait se perdre : « Quest-ce qui prend à votre avocat ! Voici ce quil m'écrit. (11 montrait la lettre.) Je ne le suivrai pas sur ce terrain. Vous pouvez l'en avertir. Je refuse de faire droit à sa demande. «
Esterhazy prétend que cette colère de Ravary l'amusa beaucoup. Comme il voyait Havary résolu Ik repousser la comparaison entre l'écrilurc de Dreyfus et la sienne, i) joua, à bon compte, l'homme (}ui ne craint rien. Ces fantaisies lui étaient familières: "Je ne crois pas, dit-il j) Ravary, que vous puissiez refuser ce que vous demvide Tézenas. u Ravary répliqua que c'était son droit; en tous cas, qu'il le prenait; et il fit appel au commandant llervieu qui approuva. IJelhomme, se levant, protesta " formellemenl et solennellement « : « Si la défense persévère dans .sa demande, je refuse de me prêtera une pareille manœuvre et je me récuse (-2).
Esterhazy, dans ces moments, et avec raison, se sentait moralement supérieur à ses protecteurs.
Il prévint Tézenas de cette querelle. L'avocat ne cacha pas sa surprise. Le soir, Henry, Du Paly rappelèrent Esterhazy à Tordre pourcetle bévuedeTézenas( i ). L'autre, tranquillement, reprit qu*il étail nécessaire de mettre son défenseur « au courantdo certaines choses ». Il lui' raconta donc qu'il avait consulté « ses amis du ministère » (c'était sa formule), et qu'il ne fallait, à. aucun prix, rouvrir l'affaire Dreyfus, car de grands dangers en résulteraient. Tézenas se laissa persuader. Il s'était pris d'une grande amitié "^our Esterhazy, Tinvitait à déjeuner.
Il fut moins facile de convaincre les exports. Boisdeffre, Gonsc, pensèrent à faire la part du feu. Que la lettre « du Uhlan» f ûtou non attribuée à Esterhazy, à condition qu'on fît traîner l'expertise jusqu'après l'irrévocable acquiltement, il leur importait peu. Ils exigeront seulement que le bordereau ne soit pas de lui. L'honneur d'Esterhazy les laisse froids ; l'essentiel, c'est d'éviter la revision, que Dreyfus reste à l'île du Diable.
Mais Esterhazy ne l'entendait pas ainsi ; il lui fallait tout son honneur.
Les experts, l'ayant fait venir chez Ravary (2), lui communiquèrent les pièces de comparaison versées au dossier pnr Mathieu ; il les dénia toutes. On lui présente une pière : <« C'est étonnant, dil-il, c'est bien mon écriture, mais je suis certain de n'avoir pas écrit cela. » Une autre pièce : <( Je n'y comprends rien, tous les faits qui sont relatés là sont exacts, mais ce n'est pas mon écriture. » Ils s'inclinèrent, lui firent ensuite plusieurs dictées en allemand et en français. Il écrivit «légèrement, sais htsitation et, à ce qu'il leur parut.
(1) Casa.^ I, r»87. Kslerhazy.
{'?.} Cdsa.f I, r)0(5 : /'einef, II, 4?'), Coiinrd : 571, nelbommc.
L ACQUITTEMENT D ESTCRi^AZY 181
avec toute la franchise possible ». 11 leur parut aussi que les traces d'influence germanique abondaient dans l'écriture française d'Eslerhazy, qu'au contraire quand il écrivait en allemand, Tinfluence française dominait dans son graphisme; dès lors, que « son écriture était un mélange des écritures allemande et française (i)».
Toutefois, ils repoussaient encore Thypothèse du décalquage qu'Esterhazy, Ravary, TÉtat-Major eussent voulu leur voir adopter, parce qu'elle était déjà admise par le public.
Comme les experts, au cours de cette séance, ne lui avaient pas parlé des lettres à M™* de Boulancy, Eslerhazy s'en plaignit à Du Paty. Précédemment, il avait prié Ravary de faire expertiser par Bertillon la lettre a du Uhian », « qui était fausse ))^ et les autres, qu'il avait reconnues pour authentiques devant Pellieux, mais dont il affirmait maintenant « qu'elles avaient été maquillées et truquées (2) ».
Du Paty essaya de le faire patienter :
L'cxpcrt-chimiste, lai dit-il, sera vu. Les autres marchent ti'èsbien. Je tâcherai de faire ce que vous demandez. En tous cas, cela ne viendrait qu'après le conseil de guerre (3).
Cette dernière phrase mit Esterhazy en éveil. Il devina le plan de TÉtat-Major : le faire acquitter sur le bordereau, le perdre avec les lettres à M"* de Boulancy, —
(i}/îtf/ines, II, 570, r»7i, Belhoinmc. — En fait, il modifia plusiieurs des signes camcléristiques de son écriture, boucla ses /*, redressa les M majuscules. (Note de Mornard.)
(*2) Dép. à Londres^ 5 mars igoo.
i3l Lettre du 8 décembre 189;. (Pièce o'^ 17.)
182 IIISTOIBG DE l'aFFAIRE DREYFUS
c est-à-dire, àlafoisse sauver etsc débarrasser de lui (i). On ne lui en fait pas aisément accroire. De ses grands yeux sombres, profonds, où brûle un feu de volcan, il voit très clair. Il décida de ne s'en fier qu'à lui-môme, de se renseigner directement. Il alla, de son pas léger, chez Belhomme, qui passait pour le « chef des experts » et qui ne fit nulle difficulté pour le recevoir (2).
Il eut vite fait çle se rendre compte que Belhomme était « gâteux » ; en effet, l'expert ne s'était pas encore résigné à croire que le bordereau avait été décalqué sur l'écriture du commandant (3), et il lui attribuait la lettre «du Uhlan»). Donc, ou Du Paty s'illusionnait, ou il trompait Esterhazy.
Il s'en retourna, plein de craintes ; lui, qui écrivait avec une facilité vertigineuse, il s'y prit à deux fois pour rédiger sa mise en demeure à Boisdeffre (4). Il garda d'ailleurs, car il pensait à tout, les deux brouillons et lés cacha dans une potiche japonaise sur la cheminée de sa maîtresse.
Bête qui s'est vue dix fois forcée par les chiens, sentant sur lui leur haleine et leurs crocs, et dix fois déjà, par miracle, a échappé à l'hallali, il se crut perdu ce soirlà el, tout en rusant encore, cacha mal-sa peur:
Que dois-je faire puisque les experts se refusent à con-
(11 C(/.s\s'., II, --^50, Esterhazy; f)ép. à Londres (Éd. de Biuxellos), 71 : «< Je trouvai étrange que les experts» obéissent si rapidement à l'impulsion qui les dirigeait dans la (juestion du bordereau et fussent si longs h se décider dans l'autre affaire. »> En effet, ils étaient saisis depuis le 3c> novembre de la lettre « du Uhlan », et, seulement depuis le 12 décembre, du bordereau.
(2) Cette visite est avouée par Belhomme : « 11 vint me conlirmer ses dires «levant Uavary. »> Jiennes, II, r>73.i
(3) /?e/ïnc.s, II, 573, Belhomme:" (Testée (pic désirait Esterhazy. »» i'i Casa., I, •î'.î'i. Bertukis : « Il me répondit: ♦« O^ sont des
notes destinées à un général. > Il n'a pas dit à quel général. »
L ACQUITTEMENT D ESTERHAZT 1S5
dure comme vous ras|iâriez?(i) Dois-jc demander, commo Tézcnas le voulait, comme c'est mon droit (a), une expertise avec l'écriture de Dreyfus et reparler du décalque î Bcllionime est un idiot; il n'y à qu'à le regarder (3). Doisje exiger la contre -expert! se Berlillori î Tous ces gens-là vont m'assassiner (4)- Ne peut-on, cependant, démontrera Ravary et aux experts que je n'ai pu écrire les termes de la grande lettre Boulancy ? (5) Si les experts concluent que le bordereau est de moi, il m'est impossible, pour ma défense, de ne lias m'offorcer de démontrer que c'est Dreyfus qui est l'auteur du bordereau. Comprenez donc bien quo si vous «-tes véritablement les maîtres de l'instruction et des exi>erlB, je ne puis que m'en rapporter absolument à vous; mais que. si cela vous écliappe, comme je le crains, je snis dansl'ubligation absolue de démonirer que le bordereau est calqué par Dreyfus sur mon écriture (6).
Celle menace de réclamer la comparaison entre l'écriturc de Dreyfus et lu sienne était ingénieuse. Il avait été le iémoin do la colère de Ravary et d'IIcrvicu, quand Tézenas. innocemment, en avait fait la proposition, et Belhomme avait dit alors qu'il renoncerait plutôt à faire Texpertise. En effet, les experts consenlaient bien à décharger Esterliazy du bordereau, mais ils avaient scrupule de l'attribuer formellement à Dreyfus. Et l'Étal^ Major ne pensait pas qu'il on pAl demander autant à la science ou à la conscience de cos hommes.
Eslcrhazy, d'ailleurs, ne s'en tint pas là. Ayant repris
|i| Variante, sur l'autre brouillon: « Comme vouh le pensiez. -
it) Cetf cin'i mol» sont supprimée! sur feutre brouillon.
(3) Varinnie : • (^ Belhomme est com|ilélement «Atcuii. •
j{l Vurîanlc : * M'nssnssincnl ".