L'autre brouillon s'arrête l.'i
(Oi Cas*.. I. a?3. Rcrtulus : Cang., II. 33',, Inilr. Rerluta$, noies flai!<ie<> chez Esterhazy. scellé n- i. comtiiunii|uécs, le aj t^cp' trmhre iSrjS par le garde des Sceaux au procurpur (lénéral.
I9i- HISTOIRE DE L AFFAIRE DREYFUS
ses esprits, ou bien remonté par Henry, il envoya Christian , le lendemain matin , chez Du Paty. If avait joué, au préalable, devant son cousin et sa maîtresse, Tune de ses comédies, la figure bouleversée et dans un bruyant désespoir. S'il ne sort pas intact et insoupçonné de cette affreuse campagne, il ne survivra pas à son honneur amoindri. Il porte toujours sur lui, dans la poche supérieure de son gilet, une boîte en mêlai pleine de cyanure de potassium (i). Il se tuera donc, car, jamais, « il ne se laissera dégrader », mais en léguant à Christian sa mémoire à venger et ses papiers, avec mission impérative de les publier (2).
C'est ce que Christian fut chargé de dire à Du Paty.
Celui-ci, pâle et blême, entra dans une violente colère, allant et venant, parlant sans suite, tragique et comique, criant tantôt qu'Esterhazy était un autre Gribouille, tantôt un maître-chanteur.
Il était, d'ailleurs, préoccupé surtout de lui-môme : « Si vous parlez, dit-il à Christian, on ne vous croira paSr On pèsera votre parole et celle du colonel marquis Du Paty de Clam, appuyé par le général de Boisdeffre et par tous ses chefs. »
Christian, très convaincu que son cousin était un héros, répliqua bravement : « S'il est besoin de dire la vérité, je la dirai. Je sais que vous avez menacé, un jour, j^jmc Pays : « On peut toujours fermer la bouche à une femme bavarde ; il y a Saint-L^Azare. » Mais, moi, Monsieur, je ne suis pas une femme et je n*ai pas peur. On
(1) Enq. BertiilufiAi Ji\ù\\Ql i8()8, Chnstian: Kjjuillct, Esterhazy.
(•21 Dan» sa déposition l\ Londres i*' mars i<,>x)-, il dit: «< Jc me mis en coI^re: je reiHis alors une note m'annon(;anl que les experts reviendraient sur leur avi<, et il en fut fait ainsi. » — C'isii.y II, ?,5() : « J'ai invité Christian h aller chez Du Paty l>our le i>rier de presser le dépôt du rapport. »
L ACQUITTEMENT D ESTERHAZT 185
m'a chargé de vous faire celte communication ; elle est faite. A vous de réfléchir. ».
El, très content de lui-même, le bon jeune homme se retira (i).
11 fallut passer par oii voulait Esterhazy.
On régla, d'abord, Taffaire du bordereau. Couard, Varinard et Belhomme travaillaient au Cherche-Midi «avec Ravary », dans la môme chambre (2) ; chapitrés^ tour à tour bousculés et flattés, ils conclurent « à Tuna^ nimité » et « en leur honn3ur et conscience » que le bordereau n'était pas Tceuvre d'Esterhazy et qu*il présentait toute 1 apparence d'un faux^ « avec des parties de calques (3) ».
Belhomme — « Tidiol », au dire d'Esterhazy, — rédigea, en leur nom^ le rapport.
« Le bordereau, sans date et sans signature, lacéré en morceaux de forme irrégulière, apparaît, au premier coup d'oeil, comme un document suspect. » En elTel, « celle pièce est tracée sur du papier pelure d*une telle transparence qu'elle suggère immédiatement Tidée qu'elle a pu être calquée sur d'autres documents auxquels on aurait emprunté soit des mots entiers, soit des parties
(1) Cass., II, 23a ; Mémoire^ 70 et io3, Christian. — « Quelques jours après, dit Christian (II, aSa), une explication eut lieu entre Du Paty et M«« Pays, et celle-ci, au nom d'Esterhazy, désavoua mi démarche; je n'ai pas revu Du Paty.'» — Du Paty raconte qu'il mit Christian à la porte [Cass., II, n/>|. — Plus tard, Esterh.izy écrivit à Christian : « Du Paty ne t'ea veut nullement. » (II, 232,249.)
(2} Bennes, If, 477, Couard.
(3) 26 décembre 1897.
186 HISTOIRE DE L ArPAIRE DREYFUS
de mots ». Pourtant, « il n*y a pas de calque pour celles des lignes du verso qui sont superposées à des lignes du recto ». « Mais le procédé du calque a pu être employé pour le recto tout entier et pour les autres lignes du verso », notamment pour celles qui contiennent le mot « manœuvres (i) ».
Évidemment, il se trouve dans le bordereau des « formes de lettres qui sont caractéristiques de récriture d'Esterhazy » ; mais il existe un contraste frappant « entre Thomogénéité de chacun des écrits d'Esterhazy, où le même type d'écriture se conserve d'un bouta l'autre sans défaillance », — il dit lui-même que son écriture est « très fantaisiste (2) », — « et les incohérences de toutes sortes relevées dans le bordereau, les hésitations, les reprises, la gène, la contrainte qui y paraissent ». Ainsi, la ressemblance incontestable et la prétendue dissemblance plaident également pour Esterhazv et révèlent la fraude.
« Supposons que le commandant Esterhazy ait fabriqué le bordereau : il est clair qu'il se sera efforcé de dissimuler sa personnalité graphique. » Or, Belhomme, Couard et Varinard ont trouvé dans le bordereau un nombre considérable de lettres « identi(iues à celles de récriture courante d* Esterhazy » ; donc, le bordereau n'est pas de lui.
u Peut-on admettre ({u'Esterhazy ait pris à tAche de reproduire des lettres identiques en les traçant avec une application soutenue, dans un écrit qu'il voulait faire attribuer à une autre personne ? » « L's double est celle qu'emploie habituellement Esterhazy, mais peut-on
11) Plus lanJ, Couard (Ozss., I, :xy\: Hennés II, ^485) cl Belhomme (Cuas.^l, :k)H} (lircnl que «« seulement quatre ou cin<i mois, laiil au reclo ([u'au verso, avaient pu ùlre calqués ». •21 Rapport lUwanj.
L AqiUITTEMENT D ESTERBAZY 167
supposer qu'un homme intelligent comme il l'est, -~ " relora ■>, dit ailleurs Uelhomme, — « n'ait pas remarqué quil donne lui-mt>me à cette lettre une forme spéciale ?» Dès lors, « pour déguiser sa peivonnaliLé graphique, il aurait adopté une autre forme, soit deux s ordinaires, soit un s long et un s simple ».
Ainsi, l'idée préconçue, suggérée, que l'habitude constante des espions, surtout quand ils sont intelligents, c'est de déguiser leur écrilurn, voilA lout le raisonnement de Belliomme, Couard et Varioard. Puisque l'écriture du bordei-eau est celle d'Esterhazy, Esterhazy n'est pas l'auteur du bordereau, lis révèlent ensuite quoi a été le procédé du faussaire, qui, lui aussi, est « un homme intelligent », vu qu'il a >i dissimulé aa personnalité graphique ». « Ayantenlre les mains quelques spécimens d'une autre écriture qui ressemble à la sienne ■' — c'est le manuscrit d'Eupaloria, — « il note les différences de forme qui existent entre les deux écritures et il compose un alphabet oîi il a soin d'insérer les formes spéciales des Jctlres qu'il a remarquées dans l'écriture qu'il veut iuiiler, en éliminant celles qui lui son! personnelles ; il complète, en outre, cet alphabet par le tracé des lettres doubles et surtout des lettres liées. "
Pourlanl. Couard, ni Varinard, ni Belhomme, n'expliquent pourquoi ce faussaire subtil a choisi une écriture qui ressemble à la sienne, — ni, surtout, pourquoi le véritable auteur de la trahison, ayant imité ou décalqué l'écriture d'Esterhazy dans la pensée manifeste, s'il est pris, de lui attribuer le bordereau, ne l'a pas dénonct''. Par un dernier i-estc de pudeur, ou par une abominable hypocrisie, ils ne nommèrent pas Dreyfus, feignant d'ignorer qu'un autre avait été condamné pour le crime dont ils disculpaient Esterhazy.
Or, le faussaire « n'était pas un professionnel». Il a donc eu « besoin de consulter souvent Talphabel qui lui servait de guide, et, chaque fois qui! y jeta un coup d'œil, il se produisit un temps d'arrêt dans le mouvement de sa main et, par suite, des hésitations, des reprises et des retouches, comme on en voit tant dans le bordereau et comme on n'en voit pas dans les écrits reconnus par Esterhazy ».
Ce rapport « enchanta» FÉtat-Major (i) ; Du Paly s'empressa de le communiquer en copie à Esterhazy. Mais Esterhazy le trouva absurde, et, bien plus, « insuffisant».
Pour la fameuse lettre à M**"® de Boulancy, Charavay consentit à signer, avec Varinard et Belhommc, qu'elle « pourrait être l'œuvre d'un faussaire (2) ». Esterhazy se contenta de ce doute (3). Mais M"** de Boulancy,
{i) Billot {Cass,, I, i3; dit qu'il ne ccupa pas de Texperlise : u Je n'ai pas pu entrer dans les détails. »
(2)f^apport du 9 janvier 1898 au général de Pellieux: «Cette pièce nous parait être d'une origine très suspecte et nous sétnl>lc plutùt une imitation courante et à main levée de récriture du commandant Esterhazy qu'une pièce originale. >» — Procès Zola, II, 88, Pellieux; 84, Varinard. « Le rapport des experts, demande le président, a dit que c'était un faux, n'est-ce pas ? — Pellieux : Je no me rappelle pas exactement les termes. — Varinard : Je ne nie rappelle pas non plus les lerines exacts du rapport. — M« Cle monceau : Je crois que les experts ont dit que, s'il y avait un doute, il devait profitera l'accusé. >> (II, 89.) — Varinard, au lendemain de racquitlement d'Esterhazy, avait été plus calégori(iuc : « Cette lettre est faite de toutes pièces. Les retouches y sont nombreuses. Or, Esterhazy ne retouche Jamais son écriture; elle est entière comme son caractère. » Charavay y mit plus de réserve : « La lettre nous a parupIutnH l'œuvre d'un faussaire habile qu'un original. Elle exprime <les sentiments très spéciaux qui, à cette épo<iue. cela ressort de Tenquéte, ne pouvaient être ceux d'Esterhazy. Il y avait des doutes qui devaient prolltcr l\ l'accusé. » [Malin du i5 janvier
(3) Pellieux lui fit communiquer le rapport des experts {Procès ZoUiy I, /i83|. — Le 2\ décembre, Esterhazy avait écrit
l'acquittement d'esterhazy 18»
que Ravary s'était bien gardé de convoquer, regimba ; elle déclara publiquement que la lettre « du Uhlan » élail aussi authentique que les autres, qui avaient été reconnues par Esterbazy (i).
Ravary clôtura son instruction, le 3o décembre, sur ces paroles d*Esterhazy : « Je persiste à demander ma comparution devant le conseil de guerre qui, seul, peut faire éclater mon innocence et réduire à néant toutes les accusations de mes calomniateurs (2). «
Le geste, k en croire le juge, lui parut beau ; mais sa conscience lui commandait de rester étranger à toute considération accessoire. Il tient Esterbazy pour innocent ; il le proclame.
On Ta accusé, autrefois, d'avoir triché au jeu (3). II fait loyalement le jeu de l'État-Major.
Le rapport de Ravary, au contraire du rapport de d'Ormescheville, était destiné à la publicité.
Il y relatait, sans en rien mettre en doute, et non sans admiration, les aventures d'Esterhazy et de la dame mystérieuse « qui avait d'abord exigé de lui le serment de respecter son incognito ». Il louait le commandant de
à Pollieux une lettre pressante au sujet de « l'expertise Boulancy». Pellieux lui répondit le 29 : <« Le général de Pellicux a l'honneur de faire connaître au commandant Esterbazy que les experts n'ont pas encore déposé leur rapport.... etc. •» [Scel- 1rs Derlulus, q3.)
M Temps du 'j3 décembre 1897.
{•2) CoKs., II, 120, Esterbazy.
(3) Droits de Vllomnie du 12 janvier 1889; Aurore^ etc. D'ailleurs, on n'en fournissait nulle preuve.
n'avoir pas hésité à se démunir du document libérateur, « s'en remettant à ses chefs du soin de défendre son honneur menacé ». « Les conclusions, si catégoriques, des experts infirment péremptoirement l'accusa tion portée par Mathieu Dreyfus ». Esterhazy déclare « qu'il n'a jamais vu le bordereau avant qu'il lui fût présenté » par Pellieux. « Alors que l'identité des écritures serait encore plus grande, cela ne prouverait encore rien », car Esterhazy, à Rouen, n'a pu se procurer de renseignements ni sur les troupes de couverture, ni sur Madagascar, etc. Assurément, « la vie privée d'Esterhazy ne saurait être proposée comme modèle aux jeunes officiers ; toutefois, de ses écarts, môme les plus répréhensibles », on ne saurait déduire qu'il est un traître. « L'impartialité » fait un devoir à Ravary de constater que les notes militaires de l'inculpé sont excellentes.
Puis, en regard de ce panégyrique, un acte d'accusation en règle contre Picquart. « Non seulement les dépositions des témoins présentent de nombreuses contradictions avec lesdirosde Picquart, mais elles révèlent, en plus, des faits extrêmement graves <:ommis par cet officier dans le service. » Suit un vigoureux résumé des dépositions d'Henry, de Lauth et de Gribelin contre leur ancien chef. Notamment, Picquart « a profilé de l'absence d'Henry pour se faire ouvrir l'armoire de cet officier et s'emparer d'un dossier contenant des pièces secrètes » ; plus tard, Henry l'a vu « compulser, avec Leblois, ce dossier d'où sortait la photographie de la pièce Canaille de Z)... ». <* Si l'on considère que c'est une pièce identique qui a été renvoyée au ministère de la Guerre par Esterhazy, on est amené fatalement à se demander si la corrélation qui existe entre les deux faits n'est point le résultat de celte indiscrétion. »
L ACQUITTEMENT D ESTKRHAZY 191
Il est vraisemblable que le pelil bleu esl un ilocumenl frauduleux. <i Lecomle Eslcrhazy proies le de loules ses forces contre les procédés inqualifiables employés par Picquarl (|ui, sans mandai aucun, s'csl livré l'i dos invcstigalions odieuses sur sa vie privée, a jclé les soup(;on!i sur ^on honorabilité et commis des illégallilés monstrueuses, en violant sa correspondance, allant jusquà faire perquii^itionner dans son appartement pendant son absence, o — On croirait lire rhistorique de l'enquéle Pellieux, dont Ravary célèbre « la remarquable impartialité •>. — Enfin, Picquapt « pourrait bien avoîrétè l'âme de la campagne scandaleuse qui vient de se produire et dans laquelle il aurait ou l'habileté de se dis-^imuler et de laisser les autres porter les premiers coups ». Ravary ■■ n'a point la mission de faire le procès de Picquart ; mais il appartiendra i*) l'autorité militaire d'examiner et d'apprécier ses actes et de leur donner la suite qu'il appartiendra (i) ».
Le commandant llervîen, comme Ravarv, concluait au non-lieu.
Mais Saussier, qui tenait dans la comédie le rdlc du chef loyal et sévère, repoussa les conclusions du juge instructeur (2). 11 motiva, avec beaucoup
(i| Il.-ivary communiqua hou rniiport A Bcrtuliii: qui lui dit : " Tiuil i|iic vous nnure/, |ias établi ijoc lu pelil blta est un faux, rt i|ue ce faux est l'ojuvre de Pic<iuart, rien ne lient. - {Cott., \, -Jau.l
(al \u piocèfi Zola i|, aO?!, Pellieux dit que SnuMHJer rofuM de rendre l'<ir<lonn.ince de non-lieu, » malgré ru|iiniiin ilit lieaucoup li'aiilorité^ ^n|ii>rieure3 j< lu Hicmie », que Snufli>ier voulul que l'itITaire nlliU jusqu'au lioul ctqu'EKlerîiuïyfai jugt^ par ecij jiaîi'!', elt. l'ellicuii convient, d'iillleurs, qu'Kîiler&nïy ne 8C préscnto pas dcvnnl le conseil « tomme un urt-us* ■■. GiUot iCoft., I. i3i jifTimie qu^il 1ui!>i<a S.iussier entlirement libre de Sit ■It'd'^ion. A Itenned (I, i;4:- ■' raconte i|ue ' 1v ministre», réunis autour du chef de lÉt.il, le 1" jimvier, incHnaienl ù acucplcr le non-lieu », mais ■< qu'il conféra ave>; Snus
de soin, son ordonnance: « Attendu que Tinstruction n'a pas produit, sur tous les points, une lumière suffisante pour proclamer, en toute connaissance de cause, la non-culpabilité de Tinculpé ; attendu, en outre, qu'en raison de la netteté et de la publicité de Taccusation et de Témotion qu'elle a occasionnée, il importe qu'il soit procédé à des débats contradictoires...» En conséquence, le gouverneur de Paris renvoyait Esterhazy, comme cela avait été entendu avec lui, devant le premier conseil de guerre {i ).
Ainsi, la collusion continuait à s'habiller de probité et d'honneur, pareille à ce personnage de roman, qui, sous de longs cheveux blancs, semblait le plus vénérable des hommes. On lui arracha un jour sa perruque et l'on vit une face de forçat.
Ce[)endant les juges sauront, par Saussier lui-même, qu'une ordonnance de non-lieu a été proposée; pourquoi Saussier l'écarté, — afin que la réparation soit plus solennelle; — et, dès lors, ce qu'ils ont à faire.
Ce fut le dernier acte militaire de Saussier. Quinze jours plus tard, Timpitoyable limite d'Age Talteignil (î>). Les sociétés militaires et patriotiques, un peuple immense, défilèrent, une dernière fois, devant le vieux soldai, et les voix de la renommée le célébrèrent comme U' modèle descitovens et des chefs. Un décret du Près!dent de la République, sur la proposition de Billot, le
sior cl lui laissa la lihertt^ que la loi lui acconlait -. Saussier, après avoir délibéré longuement, se serait écrié : Aleu jarta r.s//
(1) Ordre de mise eu jut^^ement du 2 janvier i8<jS. — Hochefort dit (lue le renvoi d'Ksterhazv devant un conseil de uucrre était » un acte de colossal l)on plaisir •», une ^ infamie •>; de même, Drumont. (lassagnac injuria « le Syndicat juif -, aflirma u (pi'Esterhazy n était pas le traître -, mais ajouta : «« Le procès s(»ra un procès de complaisance. »
v>) iT» janvier iS<jN.
mainlinl, Iiors cadre, dans la première section de l'Élal- Major.
II cul honlc cl soulTrit, mais en sccrcl.
Mercier, vers cette ffioque, commit, par pnicaution, un nouveau crime ( i ). On se souvient qu'au lendemain de la condamnalion de Drcyfufi, il avait ordonne de disloquer le dossier secret et brûlé lui-même la notice biograpliiqoo qui avait fait la conviction des juges. Il fui pris de peur quand il connut par BoJsdefTre la désobéissance d'Henry et que Picquarl avait eu entre les mains les pièces secrt'les et le commentaire de I>u Paly. Bien que cette note imbécile n'eût pas servi, elle était la preuve de la forfaiture, (ionse. d'ordre de UoisdefTre, la remil à Mercier qui la jela au feu i';:).
Scheurer, qui était allé pa^^-cr queUiucs jours on .VIsace, et Zola, quand je leur annomjai la conclusion des experts, n'y voulurent pus croire (J) ; Monod se demanda •' si l'on n'avait pas donné aux experts un faux fac-similé (1) "- Ouand ils surent ([ue mon renscîgne-
(I; Arl. ISijilu CoJe [..^iial.
y- Cam.. l, CmW ; II, 3.^.1. (loiisi; ; II, 33^. Mcreipr. — - Le fnit, dil (ion^'C. ^'l'j^l |>nsai' lia dOi'ùnibi-e 1K117. •
.3> Srlicui'c-r m'iVrivit ; « Je ne criiii' [km à rhiatiiirc d'iin rii|i|Kirl ilî-ravuriilili' ilf-' rx|ivrU, jmri'i- c]ui>. juiu|n'A preuvv du conlrnlro, jv ne i-rciis |i:ii< Ji In ('0<|uiiii.'nt' di> rcn lii>U lioinmcs.. Nous d*|tond<mH de irois runifcionres... 0 r.cpendani, il étiiil iiiijuk-l, mai* Kons licn rofn^tlirr - de la campufjnc di- jusljrc et ti'lioniieur i|u» ntiat^ nvuns entrejiriiac ou milieu d'iniivouitlileii )>n)i!>inns i>i d'inl^ri'U tin'pri*nb|pfl v. (De Tliann, le wj diScembrit ifijj.i
'il Xole» in-y/ffK.
ICI HISTOIRE DE i/aFFAIUE DREYFIS
ment (i) était exa>ct, ils ne doutèrent pas de 1 acquittement d'Esterhazy.
Nul, d'ailleurs, n'en doutait plus; elles uns, déjà, triomphaient, pendant que les autres se préparaient à de nouveaux combats (s).
Méline et ses principaux collègues se payaient de rillusion queTacquittement d'Esterhazy serait la (in de l'agitation qui troublait, depuis deux mois, la sécurité de leur règne. Au contraire, l'ardeur des partisans de la Revision re loubla. Pour beaucoup, c'était la première fois qu'ils assistaient à la préparation systématique d'une iniquité ; ils en ressentirent une cruelle et salutaire douleur; d'autant plus ils s'enlhousiasm^renl de justice.
Leurs aînés avaient connu d'autres défaites, d'autres revanches du droit. Scheurer parla en leur nom :
Ce qui me reste de force et de vie, je l'ai mis au service de l'innocence opprimée; ce don de moi-même n'est pas
(i) Je le tenais de Mathieu Dreyfus, qui le savait du greffier Vallecalle.
(2) De Scheurer : <« Ouel soufflet appliqué sur la joue de la France par les Jésuites ! C'est cela qui me fait souffrir! •» liJi décembre.) « Je no me sens ni découragé ni en détres^^e. Jai eu un moment de désespoir après avoir reçu votre lettre sur le résultat de l'expertise. J'ai \ivement ressenti la responsabilité (pie j'ai encourue à l'endroit du martyr de l'île du Diable et j'ai fait l'examen de ma conduite depuis le commencement de la lutte. Le lentlemain, j'avais repris ma sérénité et ma confiance dans la justice immanente. Ne m'avez-vous pas raj)pelé récemment que lalTaire Calas a duré trois années ? Je sais bien (pie le mort pouvait attendre... Je me résigne, sans ptMne, A tout ce (pi'une déf.iitc pareille peut me réserver et réserver à ceux qui m'ont aceom])agné. Mais rien ne me fera renoncer, mon cher ami, à l'(euvre commencée: j'y ai mis toute ma réflexion et tout mon ((Pur... Seulement il faut savoir attendre; c'est ce qu'il > a de plus diflicile pour nous autres Français. •» (Du 3 jan\ier iSyH.i