‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 100 sur 174 · L'ES TURCS DANS LA BERHERIB · texte numérisé non relu

L'ES TURCS DANS LA BERHERIB

contre Tunis. Prise de cbttb ville. Mort d 'Ali-Pacha. Mohammed, FILS DE HoSSBÏN, DEVIENT BEY DE TuNIS. — Le DOUVCaU

dey d'Alger était l'ennemi personnel d'Ali-Pacha qu'il avait connu en Tunisie ; aussi, son premier soin fut-il de charger le bey de Constantine, Hosseïn-Azreg-Aïnou, d'organiser une expédition afin de placer sur le trône de Tunis un des fils de Hosseïn-bey. Ces deux princes, Ali et Mohammed, furent chargés de réunir les contingents des tribus fidèles, puis un corps important partit pour Constantine, afin de se mettre à la disposition du bey de cette ville (1755). L'armée expéditionnaire était en route et avait déjà atteint Aîn-Chabrou, lorsque le dey d'Alger, cédant à une de ces fantaisies dont il était coutumier, expédia l'ordre de rentrer. Il est probable qu'Ali-Pacha avait fait agir ses amis auprès de lui.

A Tunis, le prince Mohammed, fils du pacha, qui avait de plus en plus accaparé l'esprit de ce vieillard, s'était débarrassé de son frère Slimanc par l'assassinat et dirigeait tout. Mais les princes tunisiens et le bey de Constantine n'avaient pas mis en mouvement un si important appareil pour s'arrêter ainsi ; trop de gens espéraient tirer parti de la campagne et il était bien difficile de les contraindre à rétrograder. Après délibération, les chefs résolurent donc de continuer, et Hosscïn-Azreg-Aïnou écrivit à Alger, en faisant ressortir avec tant de force les motifs qui l'empêchaient de revenir sur ses pas, que le dey, changeant d'avis, lui ordonna de poursuivre la campagne.

Marchant alors sur Tunis, l'armée arriva sous ses murs et en commença le siège. Après une série d'engagements où les Algériens eurent le dessus, ils y entrèrent de vive force (31 août 1756). Ali-Pacha et son fils Mohammed ayant été pris, eurent la tête tranchée. Ainsi finit un règne si fatal à la Tunisie : s'étant élevé par l'usurpation et la violence, n'ayant employé pour se maintenir que la cruauté et la ruse, Ali supporta, à son tour, le sort qu'il avait infligé à tant d'autres.

Mohammed, fils de Hosseïn, qui errait en proscrit depuis vingt ans, fut solennellement reconnu bey de Tunisie. Mais bientôt, l'arrogance du bey de Constantine, ses exigences toujours nouvelles, amenèrent une rupture entre eux. Menacé dans son existence, Mohammed-Bey alla se renfermer dans le palais du Bardo, tandis que son frère Ali courait à Sfaks pour grouper des adhérents.

L'armée algérienne s'empara alors de la Kasba, puis les soldats se répandirent dans la ville et, durant plusieurs semaines, infligèrent aux malheureux citadins les plus indignes traitements. Les consulats des puissances chrétiennes, leurs églises, l'hospice des Trinitaires et des Capucins furent pillés par eux. Puis ils entret. m. 25

HISTOIRE DE l'aFBIQOB

prirent le siège du Bardo ; le bey semblait perdu, lorsque son frère Ali, accouru du sud avec des contingents nombreux, repoussa les Algériens, les chassa de la ville et rétablit enfin la paix. Le bey de Constantine et son armée reprirent le chemin de l'ouest, après avoir obtenu de Mohammed-bey l'engagement de démolir les fortifications de la frontière et de servir à Alger une redevance en natureet en argent. Ainsi la Tunisie se reconnaissait une fois de plus vassale d'Alger. Le bey de Constantine rentra alors dans cette ville où il ne tarda pas à expirer des suites d une maladie dont il avait pris le germe en route (fin 1756). Un de ses officiers, Ahmedben-Ali surnommé El-Kolli (originaire de Collo) lui succéda

Tyrannib db Baba- Ali dey a Algkb. Révoltes Kabilbs. — Le succès de l'armée algérienne en Tunisie acheva de troubler la cervelle de Baba-Ali. Il devint insupportable à tous, mais particulièrement aux consuls européens ; après avoir maltraité celui des Pays-Bas, il s'en prit au représentant de la France, M. Lemaire, le chargea de chaînes, l'envoya au bagne et lui fit subir les plus indignes traitements. 11 cédait, dit-on, aux incitations du consul anglais, qui lui promettait le concours de sa nation pour reprendre Oran. La Grande-Bretagne était alors en guerre avec la France. La prise de Minorquc, arrachée aux Anglais dans une belle et courte campagne, fit une grande impression à Alger et le consul Lemaire obtint alors sa liberté (1756). Les Yoldachs, craignant les représailles de la France, ourdirent ensuite un complot contre le dey ; mais il en fut averti et livra tous les conjurés au bourreau.

Le pays avait encore à traverser d'autres crises. Le 1" novembre 1755, des secousses de tremblement de terre s'étaient produites ; elles durèrent avec intervalles pendant près de deux mois, causant de graves dégâts. Elles correspondaient avec celles de Lisbonne, dont elles semblaient être le contre-coup et se reproduisirent pendant les années suivantes. La peste sévissait toujours. Puis ce furent des révoltes dans l'intérieur : la région des montagnes kabiles de Tenès était en feu, tandis que les Berbères du Djerdjera, refoulés naguère dans leurs montagnes par le bey Debbah, prenaient leur revanche depuis la mort de celui-ci, et se répandaient dans les vallées environnantes. Le 16 juillet 1757, ils s'emparèrent de Bordj-Bou-R'cni, après un combat sanglant dans

1. Rousseau, Annales Tunisiennes, p. 157 et suiv. — Yayssetles, Hist. des beys de Constantine, p. 310 et suiv. — Féraud, Les Jlarars (loc. cit., p. 346 et suiv.). — De Grammont, Hist. d'Alger, p. 310. — Marcel. Tunis, Inc.. cit., p. 190 et ruiv.

tBS TURCS DANS LA BBRBÈniB (1750)

lequel le caïd du Sebaou fut tué. Dans le mois d'août, Bordj- Bouira subit le même sort et, jusqu'à la fin de l'année suivante, ces régions furent pillées et dévastées par les Kabiles. Il fallut une campagne en règle pour les forcer à rentrer dans leurs limites. Une colonne de troupes d'Alger commandée par Cherif-Ag'a, une autre, amenée de Médéa par le bey Safta, et, enfin, une troisième, celle du bey de Constantine, furent nécessaires pour obtenir ce résultat. Le fort de Bou-R'eni fut relevé et les postes réoccupés. Les troupes turques, surtout celles de Constantine, éprouvèrent de grandes perles ' .

RèûNB DE MoHAMMBD-BbY A TUNIS. Sa MORT. SoN FRBRB ALI-

Bet prend en main la direction dbs affaires. — Après le départ de l'armée algérienne, Tunis, oubliant les maux passés, n'avait pas lardé à reprendre sa physionomie habituelle. Mohammed-bey était aussi bienveillant que son prédécesseur l'était peu; il gagna bientôt le cœur de ses sujets. Un capidji de la Porte était venu à la suite des derniers événements faire sur place une enquête ; on prétendait que des sommes considérables, détournées par Younos, avaient été gardées, soit par le bey de Constantine, soit par le dey d'Alger ; pour que cette affaire ne pût être éclaircie, Younos fut mis dans un caveau, sorte d'in-pacc, par Ahmed-el- Kolli ; la tradition rapporte même qu'il annonça sa mort et qu'un cadavre fut enterré comme étant le sien. L'affaire des consulats devait aussi être arrangée et l'envoyé ottoman y parvint. Enfin il contraignit le bey de Tunis à payer à Alger les frais de la guerre, et à s'obliger au service d'un tribut annuel.

La Tunisie commençait à se remettre de toutes ces secousses, lorsque Mohammed-bey mourut subitement (11 février 1759). Il laissait deux enfants en bas âge : Ismaïl et Mahmoud. Ali-bey, leur oncle, prit en main le pouvoir, après s'être engagé solennellement à le restituer à l'aîné de ses neveux, dès qu'il serait en âge de régner. C'était un homme énergique et intelligent qui s'appliqua à rendre au pays sa force et sa tranquillité. Il était très populaire et la Tunisie n'eut qu'à se louer de son passage au pouvoir. Les traités avec les nations européennes furent confirmés ou renouvelés ; les meilleures relations s'établirent, et en 1703, Tunis reçut successivement la visite des flottes anglaise et française.

1. De Grammont, Hist. d'Alger, p. 311 et suiv. — Robin, Organisation turque dans la Grande Kabylie (Revue afric, n« 78, p. 139, 1 40).

— Berbrugger, Epoques militaires de la Grande Kabylie, p. 121 et suiv.

— Vayisettes, Hist. des beys de Constantine. p. 324.

Cette fois il ne s'agissait plus de satisfactions à exiger, mais d'échange de courtoisies et de cadeaux et, si le canon tonnait, c'était en signe d'allégresse. Des fêtes brillantes furent données à cette occasion, à La Goulette et au Bardo. Venise obtint, peu de temps après, un traité d'amitié ; mais la prépondérance resta toujours à la nation française, dont les représentants furent dispensés de l'obligation du baise -main et du changement de chaussure avant la présentation. L'Angleterre avait obtenu la même faveur1.

Ahmbd-bl-Kolli, bby db Constantine. Lbs Ben-Gana. — Dans le beylik de Constantine, Ahmed-el-Kolli, prince guerrier et bon administrateur, avait, par des expéditions réitérées, fait régner partout son autorité. Nous avons vu qu'il fut entraîné jusque dans le Djerdjera pour coopérer à la pacification de la Kabilie. 11 y éprouva des pertes sensibles et parmi ses principaux officiers, le cheikh-el-Arab, El-IIadj-ben-Gana, fut tué.

Ce nom de Ben-Gana paraît ici pour la première fois. Jusqu'alors la fonction de Cheikh-el-Arab était restée dans la famille des Bou- Aokkaz (Daouaouida) ainsi que nous l'avons dit. Mais à l'avènement du bey Ahmed-el-Kolli, la situation changea. Ce dernier était l'époux d'une femme appartenant à une famille religieuse de Kabilie, les Ben-Gana, dont le centre se reporta à Redjas, près de Mila. Une de ses belles-sœurs était femme du cheikh-el-Arab, Ali-bou-Aokkaz, et il est naturel que les hautes relations ainsi créées aient poussé un des membres de la famille Ben-Gana, nommé El-Hadj, qui avait commencé à se faire connaître des tribus du sud, lors d'un pèlerinage, à s'élever et à jouer un rôle politique. Son influence grandissant, les témoignages d'amitié que lui prodiguait le bey, son beau-frère, dont il avait reçu le titre platonique de cheikh-el-Arab, ne tardèrent pas à susciter la jalousie de son autre beau-frère, Ali-Bou-Aokkaz. Après avoir rompu toute relation avec Ahmed-el-Kolli, ce dernier se jeta un beau jour, sans crier gare, sur le campement de Ben-Gana qui se trouvait auprès de ses protecteurs, branche rivale des Bou-Aokkaz, l'enleva et contraignit son compétiteur à se réfugiera Constantine. Peu après eut lieu l'expédition de Kabilie, où Ben Gana trouva la mort. Son tils, Mohammed, recueillit son héritage avec le litre de cheikh-el-Arab. Tel fut le point de départ de la fortune de9 Ben- Gana qui devaient jouer un rôle dans la province de Constantine

t. Rousseau, Annale* Tunisiennes, p. 162 et suiv. — Féraud, Les Harars, loc. cit., p. 350 et suiv.

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