LES TURCS DANS LA UERUKRIB
et devenir les rivaux des Bou-Aokkaz, auxquels le bey les avait opposés à dessein.
Ahmed-el-Kolli s'occupa aussi de la construction d'établissements publics dans la ville et de plantations à l'extérieur, notamment au Hamma. Enfin il fit commencer le fort d'El-Fesguïa. De même que la Tunisie, la province de Constantine respira1.
Les bbys d'Oran. Soumission de Tlbmcen. Ibrahim, bev de l'Ouest. — Dans la province d'Oran, le bey, Mohammed-El- Adjami, était mort, après avoir exercé l'autorité pendant un an à peine. Un certain Osmane, favori du dey, le remplaça. Mais l'ancien bey, Kaïd qui, nous l'avons vu, s'était réfugié à Oran, auprès des Espagnols, jugea le moment favorable pour essayer de reprendre le pouvoir. S'étant mis en rapport avec les Mchal et, ayant obtenu leur appui, il se rendit au milieu de ces Arabes et partit avec leur goum, au devant du nouveau bey, pour l'empêcher de pénétrer dans sa province. Ce fut auprès de Miliana qu'il se trouva en présence des Turcs. Mais, à la vue des Ottomans, les cavaliers arabes perdirent leur assurance et se décidèrent à abandonner Kaïd. Heureusement pour celui-ci que quelques Mehal, plus dévoués, lui fournirent un cheval avec lequel il parvint à gagner la campagne et, après diverses péripéties, atteindre Tunis, où il mourut.
Osmane prit possession de son beylik, à Maskara, où il épousa une petite-fille de Bou-Chlarem, nommé Kheroufa, personne de grand mérite, dont il écouta souvent les conseils ; il s'appliqua particulièrement à maintenir la paix et le bon ordre dans sa province. Les Mehal, devenant très orgueilleux, revendiquant même une prétendue noblesse militaire, opprimaient le pays. Il essaya d'abord de les ramener dans le devoir ; n'ayant pu y parvenir, il les combattit, les expulsa de leurs campements et força une partie de la tribu à émigrer vers l'est ; le reste se soumit et obtint de se fixer d'une manière définitive dans la province d'Oran. Tlemcen vivait toujours dans l'indépendance et, lorsque le bey Osmane eut terminé avec les Mehal et autres peuplades turbulentes, il prépara une grande expédition contre la ville rebelle. Rapidement et bien conduite, cette campagne fut couronnée d'un plein succès. Les troupes du bey s'emparèrent de Tlemcen, que le caïd Kedjcmel-Bedjaoui, élu comme chef par la population, essaya en vain de défendre. Ce malheureux caïd, ayant été fait prisonnier, fut en-
1. Vayssettes, I/ist. des beys de Constantine, p. 323 et suiv. — Féraud, Les Ben-Djellab (Revue afric, n« 155, p. 382 et suiv.).
HISTOIRE DE l'aFRIQUB
voyé à Alger où les Yoldachs, pour se venger de celui qui les avait tenus si longtemps en échec, le firent écorcher vif. Ces faits durent se passer entre les années 1755 et 1759.
En 1700, un certain Hasscn était bey de l'Ouest ; il avait succédé à Osmane décédé, sans doute, dix années plus tôt que ne l'indique Esterhazy. Il vint, à cette époque, verser le grand denouche à Alger ; mais il y fut mal reçu pour des raisons qu'on ignore et, se sentant menacé, s'empressa de reprendre la route de l'ouest; seulement, au lieu de rentrer à Maskara, il alla droit à Oran, se mettre sous la protection des Espagnols. Le gouverneur, Don C. de Cordova, l'accueillit d'autant mieux que le bey apportait des sommes importantes, des bijoux et objets précieux, et amenait des chevaux harnachés et des bêtes de somme, ce qui nous fait supposer qu'au lieu de se rendre à Alger comme les chroniques le rapportent, il versa son denouche à Oran, persuadé, à tort ou à raison, que le dey lui aurait fait un mauvais parti. De là, il ne tarda pas à rentrer en Orient.
Ibrahim, caïd de Miliana, fut nommé bey de l'Ouest en remplacement de Hasscn. Il amenait avec lui les fils de son ami. Osmane le Kurde, ancien bey de Titeri, qui les lui avait confiés en mourant. Vers l'année 1705, il nomma au poste important de caid des Flitta, l'un d'eux, Mohammed-el-Akehal (le noir), auquel une glorieuse carrière était réservée.
Le 6 juillet 1708, le nouveau gouverneur d'Oran D. V. Visconti, comte Bolagnino, ayant fait exécuter une razia sur les indigènes insoumis, au lieu dit « embuscade de Gomez », cette expédition, confiée aux Maures auxiliaires et à quelques fantassins, fut entourée par des nuées d'ennemis et perdit beaucoup de monde. C'était, on le voit, toujours le même système. Le 4 mai de Tannée suivante, 1709, la foudre tomba sur le fort Saint- André, en renversa une partie et tua plusieurs personnes1.
Maroc. Fin dit règne de Moulai Abd- Allah. — Nous avons laissé, au Maroc, Moulaï Abd-Allah, en 1750, restant pour la sixième fois maître du pouvoir. Instruit, enfin, par ses nombreux revers, le sultan parut se décider à vivre et à administrer d'une façon plus régulière et à écouter son fils Sidi Mohammed, dont le
1. Walsin Esterhazy, Domination Turque, p. 177 et suiv. — El- Djoumani, trad. Gorguos (Revvc afric, t. I, p. 405 et suit.) — Géuéral de Sandova), Inscriptions d'Oran (loc. cit., p. 198 et suit.). — Abbé Barges, Complément de l'histoire des Beni-Zeiyan, p. 498 et suiv.
LES CIIER1FS HASSAN! AU MAROC (1757)
caractère pondéré exerça sur lui une action favorable. Ce dernier continua du reste à repousser les incitations, et même les prières ou les menaces, de ceux qui le poussaient à prendre le pouvoir. En 1754, le Maroc fut éprouvé par de violents tremblements de terre qui détruisirent plusieurs villes, notamment Meknès, en faisant de nombreuses victimes. Peut-être faut-il rapprocher ce désastre de celui de Lisbonne et même de celui d'Alger ; cependant, le* tremblements de terre de ces localités n'eurent lieu qu'en
Dans le cours de l'année 1756, le prince Mohammed, qui avait été renvoyé comme gouverneur à Maroc par son père, s'appliquait à relever les ruines de la Kasba ; il en fut empêché par l'indiscipline des Rchamna, population de gens grossiers qui dominaient aux environs et troublaient tout le pays par leurs brigandages. Il dut même chercher un refuge à Safi, où son frère Moulaï- Ahmed, gouverneur de Rabat et de Salé, vint le rejoindre à la suite d'une révolte qui l'avait chassé de sa résidence. Ce mouvement avait été provoqué par les Abid du Dokkala qui s'étaient transportés à Salé après avoir abandonné Mechra-er-Remel. Presque en même temps, le sultan se voyait réduit à quitter Meknès et à séjourner à Fès pour échapper à l'indiscipline et aux menaces des Abid. Peu après, Moulaï-Mohammed rentra à Maroc, s'y établit solidement et reçut la soumission de toutes les régions du Sud-Ouest. Il réorganisa ensuite son armée et groupa bientôt 4,000 cavaliers disciplinés, avec lesquels il effectua des expédiditions dans le Sous et le Tamesna et força partout les rebelles à reconnaître son autorité. Salé, encore en révolte, lui ferma ses portes ; mais, continuant alors son chemin vers le nord, il visita toutes les places jusqu'à Tanger, puis rentra à Maroc (1757).
RÈGNE DU SULTAN MoULAÏ-MoHAMMBD. Il PACIFIE LE MAROC ET
établit solidement son autorité. — Dans le mois d'octobre 1757, eut lieu la mort de Moulaï Abd-Allah, après un trop long règne, interrompu six fois. Moulaï-Mohammed, son fils, fut alors proclamé à Maroc et reçut les députalions des populations du Hou/., d'Ed-Dir, du Haha et du Sous, venant lui jurer fidélité. Fès, Meknès, les régions du R'arb suivirent cet exemple, car depuis longtemps on attendait l'avènement de Moulaï-Mohammed et il n'est pas douteux que, sans la grande influence que ce prince exerçait, son père n'eût pas terminé sa vie comme sultan du Mag'reb.
Cette fois, la confiance de tous était bien placée et l'espoir du
HISTOIRE DB l'aFHIQUE
peuple ne fui pas trompé. Mohammed rappelait son aïeul, par la fermeté du caractère, les aptitudes administratives et l'activité; mais il n'avait pas cette sauvagerie qui déshonorait la conduite d'Ismaïl, éloignant de lui toute sympathie. Aussi n'allait-on pas tarder à voir le Maroc retrouver les jours de paix, de tranquillité et d'opulence d'autrefois.
S'étant d'abord rendu à Meknès, il reçut la soumission complète des Abid, qu'il combla de présents ; puis il se transporta à Fès, où il fut bien accueilli par la population. Ce ne fut qu'après avoir rempli ces devoirs envers ses sujets qu'il alla à Dar-Debibar', pour prendre possession des richesses entassées dans ce séjour favori de son père. Les gouverneurs de province furent soigneusement choisis et les places de guerre reçurent des munitions et furent réparées. Un marabout avait essayé de soulever le pays des R'omara. Le nouveau sultan alla expédilionner dans cette région et, ayant arrêté le perturbateur, le fit mettre à mort. Moulaï- Mohammed vint ensuite reconnaître Ceuta qu'il trouva parfaitement défendue par les Espagnols. Il passa àTétouan et à Tanger, organisant partout l'administration et les forces militaires et visita Salé et Rabat, où il fit construire un débarcadère.
Dans le mois de septembre 1758, le nouveau sultan fit son entrée à Maroc et essaya de régler les différends qui divisaient, depuis longtemps, les Beni-Idracen et les Guerouane. Ceux-ci, aidés par les Oudaïa, avaient expulsé les précédents de leurs territoires ; mais de nouvelles et sanglantes luttes recommencèrent entre ces tribus, auprès de Meknès, où les Beni-Idracen avaient été cantonnés. Moulai-Mohammed ne rentra à Meknès qu'en 1760 ; peu après il se rendit à Fès et châtia d'une manière exemplaire les Oudaïa ; il les exclut de la nouvelle ville et les remplaça par des Abid. Les fauteurs de désordres furent soigneusement recherchés : on les lia deux par deux ; puis ils furent hissés ainsi par couples sur des chameaux et promenés par dérision dans les tribus jusqu'à Maroc, où on les incarcéra. Peu après, ils étaient débarrassés de leurs fers, conduits à Meknès et retenus dans une vaste caserne où on les forma au métier des armes et à la discipline. Ainsi ces misérables, qu'un Abd-Allah ou un Ismaïl n'eût pas manqué d'envoyer au supplice, se trouvèrent en situation de racheter leurs fautes, en rendant des services, et de vivre largement.
Quelques chefs, tels que Fennich, de Salé, qui avait autrefois empêché le souverain d'entrer à Maroc et le pacha El-Habib du R'arb, furent châtiés plus durement, mais s'ils expièrent des fautes personnelles, leurs familles n'eurent pas à en porter la peine et furent, au contraire, traitées avec douceur. Pendant lesannées 1762,