‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 99 sur 174 · S TURCS DANS LA BEBBEBIB · texte numérisé non relu

S TURCS DANS LA BEBBEBIB

secret à s'emparer du pouvoir, moyen infaillible de dominer l'esprit d'un despote affaibli par lage. Bientôt Younos se vit enlever ses prérogatives et ses droits ; enfin ses frères Mohammed et Slimane le sommèrent de partir pour l'Orient (avril 1752). Il s'était retiré au Bardo, sous le prétexte de préparer son départ ; mais le 24 avril, suivi de quelques hommes dévoués, il pénétra, par surprise, dans la Kasba, s'en rendit maître, et se fit reconnaître par le diwan et les soldats.

Ali-Pacha, de son côté, groupa au Bardo ses adhérents, et chargea ses fils, Mohammed et Slimane, de s'emparer de diverses positions en ville et aux environs ; ils se rendirent alors maîtres du quartier de Bab-Souika. Mais, le 27, Younos se fit livrer les forts de La Goulctte et, au moyen de l'artillerie et des munitions qu'il y trouva ou qu'il exigea des navires au mouillage, il put répondre à la canonnade de son père. Averti par ce qui s'était passé à La Goulette, le pacha put empêcher les garnisons de Bizerte, Porto- Farina et Tabarka de se prononcer pour son fils et bientôt celui-ci se trouva bloqué à Tunis, réduit à ses seules forces et manquant de poudre. Peu après, ses frères entraient dans la ville, tandis que lui fuyait vers la montagne, du côté opposé.

Demeuré, encore une fois, maître du pouvoir, Ali-Pacha, afin de récompenser ses troupes, leur permit le pillage des chrétiens et des juifs et, durant cinq longues journées, Tunis fut le théâtre des plus odieux excès ; les consulats européens, à l'exception de celui de Danemark, ne furent pas épargnés. Tous les gens qui avaient pris part à la révolte de Younos furent recherchés, punis ou expédiés en Orient. Quant à Younos, il tomba, à son passage dans la région de Tebessa, entre les mains des Henanacha qui voulaient lui faire un mauvais parti, pour se venger du meurtre de Bou-Aziz ; mais il sut se faire réclamer parle bey de Constantine, qui le traita avec bienveillance1.

Alger. Evénements divers. — Assassinat du dey M'hammbd. Il est remplacé par Baba-Ali-Nekcis. — Nous avons vu, qu'à Alger, M'hammed-ben-Beker avait succédé en 1748, à Ibrahim. C'était un homme habile et pacifique ; il sut maintenir la bonne harmonie avec les puissances chrétiennes et résister, en 1749, aux instances de l'amiral Keppel qui voulait lui arracher l'ordre de cession de Tabarka à l'Angleterre. Dans la nuit du 7 au 8 sep-

1. Rousseau, Annales Tunisiennes, p. 146 et suiv. — Féraud, Les ffarars (loc. cit., p. 344 et suiv.). — Marcel, Tunis (loc. cit.), p. 190.

HISTOIRE DE I.' AFRIQUE

tembre 1750, la poudrière de l'Etoile sauta en produisant de grands dégâts. Le Danemark et la Suède furent chargés de remplacer les munitions perdues. La peste vint, en 1752, se joindre à ces maux et ravagea le pays durant quatre années. L'irritation causée à Alger par tous ces événemeuts et la diminution des produits de la course se traduisait, à chaque instant, par des mouvements populaires.

Sur ces entrefaites, dans le mois de septembre 1753, un capitaine de navire marchand français, du nom de Prépaud. fut amené à Alger par les reïs qui lui reprochaient de les avoir attaqués sans raison et de leur avoir tué une trentaine d'hommes. N'écoutant que sa colère, le dey le condamna d'abord à être pendu ; mais sur les instances de personnages haut placés, il consentit à réduire la peine à la bastonnade, en chargeant le khaznadji de surveiller son application. Le malheureux marin fut si durement frappé qu'il mourut le lendemain. Il en résulta des réclamations de la part du consul, et, enfin, son rappel en France, pour fournir des explications. 11 quitta Alger au mois d'avril 1754 et les musulmans ne doutèrent pas que la France ne fit demander satisfaction à coups de canon. Tout le monde était mécontent ; les miliciens résolurent alors de tuer le dey, dans l'espoir de calmer l'irritation française.

Le 11 décembre 1751, tandis que M'hammed était occupé à faire la solde, un Albanais, nommé Oren-Ali, s'approcha comme pour lui baiser la main et lui porta un coup de poignard au défaut de l'épaule, puis rabattit d'un coup de pistolet. Après cet exploit, il se coiffa du turban de sa victime et monta sur l'estrade en criant qu'il était le dey, que la course allait reprendre et que la solde serait augmentée. Le khaznadji avait été assassiné à côté de son maître ; mais bientôt, le Khodjet-el-Kheil et quelques oflîciers accoururent et massacrèrent les conjurés, dans la salle même du crime. L'ag a des spahis que nous connaissons déjà, Ali-Nekcis, appelé aussi Baba-Ali, et surnommé Bou-Sebâ parce qu'il lui manquait un doigt, le remplaça. Son premier soin fut de faire rechercher ceux qui avaient trempé dans le complot et de les livrer au bourreau. C'était, du reste, un homme ignorant et brutal, dont le mérite de son prédécesseur faisait encore mieux ressortir l'incapacité'.

Expédition algérienne commandée par lu bby db Constantinb

1. De Grammont. Itiêt. d'Alger, p. 305 et suiv. — De Voulx, Mort du pacha Mehammed-Khodja (Revue afric, n° 95, p. 324 et suiv. — Le nirinc, Le capitaine Prépaud (Revue afr., u« 87. p. 161 et suiv.).

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