Amsterdam
2. Et-Tordjeman, p. 70 et suit, du texte arabe, 127 et suit, de la trad. — L. Godard, Hist. du Maroc, p. 548 et suiv. — Elie de la Pri-
LBS TURCS DANS I.A BERBERIB (1766)
Osmanb. Révolte dbs Kabilbs. — A Alger, le vieux Baba- Ali continuait à exercer un pouvoir absolu dans les mêmes conditions d'excentricité amenant, à chaque instant, des complications avec les puissances étrangères. La peste ravageait toujours le pays et, à ce fléau, vint se joindre une sécheresse prolongée (1762). Tous les esclaves furent employés à des travaux pour rechercher et amener de l'eau et on les traita si durement par l'ordre du dey, qu'ils se révoltèrent le 12 janvier 1763. Mais ils furent bientôt écrasés et massacrés sans pitié. Ce fut sans doute en vertu d'ordres de Baba-Ali que, vers cette époque, le bey de Constantine, ayant mis en liberté le prince tunisien Younos, depuis si longtemps détenu à Constantine, et l'ayant éloigné sous le prétexte de lui donner un commandement, le fit mettre à mort dans une région restée inconnue.
Sur ces entrefaites, le dey saisit le prétexte d'un nouvel incident de mer pour faire arrêter le consul de France, Vallière, les principaux fonctionnaires et les équipages des bateaux marchands se trouvant dans le port. Il se donna ensuite la satisfaction d'envoyer tous ces prisonniers, chargés de chaînes, aux carrières où ils durent travailler comme des forçats. En même temps, il ordonnait au bey de Constantine de saisir les établissements de La Calle et d'arrêter tout le personnel, ce qui fut fait (sept.oct. 1763). Le gouvernement français ne pouvait tolérer de semblables injures, et, le 11 novembre, M. De Fabry était dans le port, avec deux vaisseaux et une frégate, pour exiger des réparations. Celte fois, on prit les précautions nécessaires afin d'éviter le massacre des prisonniers que le dey refusait de mettre en liberté, les considérant comme sa sauvegarde, et ce ne fut que le 8 janvier suivant que l'amiral français obtint toutes les satisfactions désirables. Le Khaznadar fut étranglé par l'ordre du dey, sous le prétexte qu'il avait conseillé les arrestations et, dès lors, le pavillon français fut respecté. La France, il est vrai, se montra une alliée sincère et l'on peut en juger par le récit du naufrage d'un navire algérien sur les côtes du Roussillon, vers la fin de l'année 1764 : les secours et les soins dont l'équipage fut l'objet, jusqu'à son rapatriement, causèrent le meilleur effet parmi la population d'Alger.
Baba-Ali se vit ensuite obligé de lutter encore contre les séditions provoquées autour de lui, par un de ses frères, puis il tomba
maudaie. Villes maritimes du Maroc (Revue afric, n°96, p. 465 et suit.). — Ambassade marocaine en Espagne (Gorguos). Revue afric, n° 30, p. 456 et siiiv. — Thomassy, Le Maroc et ses caravanes, passim,
malade et finit sa longue et triste carrière le 2 février 1766. Mohammed-ben-Osmane lui succéda. C'était un homme ferme et conciliant qui devait conserver le pouvoir durant 25 années, pour le bien du pays. Plusieurs séditions, qui éclatèrent dans les premiers temps de son règne, furent sévèrement réprimées et apprirent aux brouillons qu'il fallait compter avec le chef de l'Odjak. Les puissances européennes, sauf la France, durent augmenter le9 tributs qu'elles servaient, afin de combler le déficit des finances algériennes. Quant à l'Angleterre, elle se vit retirer le droit pour ses officiers de se présenter devant le dey, l épée au côté. De 1762 à 1765, le consulat de la Grande-Bretagne, avait été géré par James Bruce, dont les voyages ultérieurs acquirent à ce personnage une certaine célébrité.
En 1767, une révolte générale, commencée parla tribu desFlissa, se propagea à toute la Kabilie. L'ag'a, ayant marché contre les rebelles, fut mis en déroute et se réfugia à Alger, après avoir perdu 300 hommes tués ; mais il n'échappa à la mort du guerrier que pour périr de la main du bourreau comme coupable de lâcheté. Le dey le remplaça par Si Ouali, Khodjet-el-Kheil. Les révoltés avaient élu comme chef un marabout, Si Ahmed-ou-Saadi ; toute la région comprise entre Dellis, Djidjeli et Sétif le reconnut et lui envoya ses guerriers. Il fallait frapper un grand coup ; le dey donna au bey de Constantine l'ordre d'envahir le pays insurgé, par l'est, et à celui de Titeri, d'y arriver, par le sud; enfin il chargea l'ag'a Ouali d'y pénétrer par l'ouest avec les troupes d'Alger (1768). Une grande bataille fut livrée, dans laquelle les Turcs perdirent 1,200 hommes avec l'ag'a. La victoire restait donc aux Kabiles, qui l'achetèrent au prix de pertes considérables. Le dey essaya alors de traiter, mais inutilement, et bientôt les Kabiles se répan dirent, comme un torrent, dans la plaine de la Mitidja, mettant tout au pillage, jusqu'aux portes d'Alger. Dans cette ville l'effervescence était grande ; plusieurs fois, le dey Mohammed faillit être assassiné. En 1769, l'armée turque, conduite avec prudence, parvint enfin à repousser les Kabiles vers la montagne ; puis, des querelles s'élevèrent entre les Flissa et les Nfaatka : ils en vinrent aux mains et employèrent les uns contre les autres toutes leurs forces, selon la tradition berbère, au lieu de profiter de leur victoire antérieure. Un grand nombre d'esclaves musulmans, précédemment détenus en Espagne, et qui avaient obtenu la liberté en vertu du traité de 1767, contribuèrent au désordre, car on n'avait pas voulu les recevoir dans les villes. Jusqu'alors, en effet, l'Espagne ne rendait pas ses captifs musulmans et, lorsque des corsaires étaient pris par des Espagnols, on les considérait en Afrique
LES CIIER1FS HASSANI AU MAROC (1769)
comme morts ; leurs successions s'ouvraient et leurs femmes pouvaient convoler à de nouvelles noces *.
Alliance de Moulai-Mohammed avec lb grand ciibrif de la Mekkb. Il s'empare db Mazagan et expulse les Portugais. — Tous les gouvernements de la Berbérie semblaient chercher, avec une louable émulation, à nouer, avec les nations européennes, des alliances durables, comprenant qu'ils ne pouvaient continuer à vivre isolés, en état de guerre permanent contre tout le monde.
Moulai-Mohammed, le sultan marocain, avait des visées encore plus hautes. Grâce à son titre de cherif, il était en relations très intimes avec le grand cherif de la Mekke, qu'on appelait le sultan Serour. En 17G8, Moulaï-Ali, un des fils de Mohammed, partit pour l'Orient, afin d'y effectuer le pèlerinage et de conduire une de ses sœurs, accordée en mariage à Serour. La caravane qui les emmena était chargée des présents les plus riches pour le cherif et les principaux personnages du Hedjaz et de l'Iémen. Cette magnificence eut un grand retentissement en Orient et le renom du sultan du Maroc se répandit au loin.
Un seul point était demeuré entre les mains des Portugais sur le littoral océanien ; c'était Mazagan, ou El-Bridja, et cette occupation précaire, maintenue par une sorte de point d'honneur, était, pour le Portugal, une source intarissable de difficultés et de dépenses. Moulaï-Mohammed, n'ayant pu traiter avec cette puissance, résolut de mettre fin à ce dernier vestige d'une honteuse domination. Il réunit une armée considérable, pourvue de matériel et de munitions, et vint, au commencement de l'année 1709, mettre le siège devant Mazagan. Des canonniers bien dressés couvrirent de projectiles la ville et le fort où la garnison portugaise, forte d'un millier d'hommes, se défendait courageusement. Mais l'ordre de l'évacuer arriva de Lisbonne, et le gouverneur stipula une capitulation honorable, lui permettant d'enlever ses armes et même ses canons et d'embarquer la population. Cette petite colonie fut transportée en Amérique et ses membres fondèrent une cité à Saint-Jean de Macapa, près de l'embouchure du fleuve des Amazones.
Moulaï-Mohammed prit aussitôt possession de Mazagan dont il
8. De Grammont, Ilist. d'Alger, p. 313 et suiv. — Berbrugger, Epoques militaires de la Grande Kabilie, p. 124 et suiv. — Playfair, Relations de la Grande Bretagne (Revue afric, n° 132, p. 419 et suiv.). — Naufrage d'un Corsaire algérien (documents officiels), Revue afric, n° 93, p. 219 cl suiv.
398 BISTOIBB DE LAFHIQUE
fit sauter les fortifications. Ainsi il ne resta plus un pouce de terre appartenant au Portugal en Mag'reb et cette puissance ne larda pas à conclure, comme les autres, son traité de paix avec le sultan cherifien1.
9. El-Tordjeman, p. 78 et suiv. du texte arabe, 143 et auiv. du texte français. - Abbé Godard, Maroc, p. 554.