RÉVOLTE DES AB1D AU MAROC
leurs provinces, comblés d'honneurs. Un contingent de kabiles, des Beni-GoulTi, qui s'était augmenté démesurément, surtout depuis le départ des Espagnols, se montra très exigeant et le dey ne s'en débarrassa qu'en gorgeant de cadeaux ces auxiliaires ; il est vrai qu'on les fît ensuite tomber dans des embuscades et qu'ils périrent presque tous avant d'atteindre leur pays1.
Révolte des Abid au Maroc. Ils proclament lb prince Ybzid. Le sultan apaise la révolte et punit les Abid. — Pendant qu'Alger était le théâtre de ces événements, les Abid, depuis trop longtemps tranquilles, se révoltaient au Maroc ; voici à quel propos. En 1775, le sultan envoya à Meknès un de ses officiers, avec ordre d'y réunir mille Abid et de les conduire à Tanger, où il devait les établir à demeure. Mais ces nègres, après avoir voulu tuer leurs chefs, se mirent en révolte ouverte et se livrèrent à toute sorte d'excès. A celte nouvelle, Moulai-Mohammed, qui se trouvait à Maroc, fit partir son fils El-Yezid, pour Meknès, en le chargeant d'apaiser la sédition ; mais à son arrivée, le prince se vit saluer par les Abid du titre de sultan et commit la faute d'accepter cet hommage et de distribuer aux rebelles de l'argent et des armes. Puis, se mettant à leur tête il marcha contre les Oudaïa qui avaient refusé de le reconnaître et l'attendaient avec les
1. Berbrugger, Relation turque de l'expédition de 1775 contre Alger (Revue afric., n° 45. p. 172 et suiv.). — Expédition d'O'Reilly, par le major Darlymple (Revue afric , n° 25. p. 31 et suiv.). — Relation de l'expédition, par l'amiral Mazarrcdo (Revue afric., n° 46. p. 255 et suiv.).
— Relation confidentielle du général G. Bucli (Revue afric, u° 49, p. 25 et suiv.). — Lettres d'O'Reilly et de Castejon (Revue afric, n° 66, p. 458 et sui»\). — Relation du maréchal de camp de Brias (Revue afric, nu 50, p. 94 et suiv.). — Berbrugger. Documents (Revue afric, n° 48, p. 408 et suiv.). — Féraud. Expédition du comte O'Reilly (Soc arc», de Constaritiue. 1865. p. 47 et suiv.). — Le même, 2« Récit indigène (Revue afric. n° 51. p. 180 et suiv ). — Bresnier. Récit indigène (Revue afric, n" 47, p. 334 et suiv.). — Zahrat, trad. Rousseau, p. 161 et suiv. — Gorguos, Notice sur le bey d'Oran (Revue afric. t. 1, p. 407 et suiv.). — De Voulx, Expédition d'O'Reilly d'après un document turc (Revue afric. t. III. p. 436 el suiv.). — \V. Esterbazy, Domination Turque, p. 185 et suiv. — De Grammout, Hist. d'Alger, p. 326 el suiv.
— Rosseuw Saint-Hilaire. Hist. d'Espagne, t. XIII, p. 128 et suiv. — Vayssettes. Hist. des beys de Constanline, p. 337 et suiv. — Féraud. Expédition d'O. Reilly, partie légendaire (Revue afric, n° 52, p. 303 et suiv.). — Cheikh Bou-Ras, trad. Arnaud (Revue afric, n» 150, p. 473 et suiv.).
HISTOIBB DE L'AFRIQUE
Idracene et les Guerrouane. La rencontre eut lieu à El-Mechta et fut assez meurtrière surtout pour les Abid.
Bientôt, le sultan arriva en personne, avec les Abid fidèles et les contingents du Haouz; mais, dès qu'il approcha de Meknès, son fils prit la fuite et alla se réfugier dans la Zaouïa de Zerhoun.
Après un pèlerinage au tombeau d'Edris, Moulai-Mohammed fit son entrée à Meknès, où les Abid, suivis de leurs enfants qui portaient des Korans pour apaiser sa juste colère, vinrent le recevoir. Ce furent ensuite les cherifs et marabouts qui lui amenèrent son fils El-Yezid et obtinrent, pour lui, le pardon. Il se contenta d'exiler les personnages les plus compromis ; quant aux Abid de Meknès, il les expulsa de cette ville et les établit à Tanger, El- Araïche et Rabat. Mais ces nègres indisciplinés ne tardèrent pas à se lancer dans la révolte (1776). Cependant leurs caïds Ech-Cheikh et El-Ahrar, s étant rendus maîtres de cette rébellion, envoyèrent les meneurs les plus compromis au sultan qui leur fit couper, à chacun, un pied et une main.
Moulaï-Mohammed se rendit ensuite à Rabat, puis il envoya chercher les Abid, établis précédemment sur le littoral, sous le prétexte de les ramener avec leurs familles et leurs biens à Meknès: mais, lorsqu'on les eut tous groupés à Souk-cl-Arba, il les livra aux tribus arabes ou arabisées de ces régions (Sofiane, Beni- Hassan, Malek, Kholt, Telik), en leur disant: « Que chacun de vous prenne un homme, une femme et leurs enfants ; le mari labourera et moissonnera, la femme moudra, pétrira et ira à l'eau et au bois et les enfants garderont vos troupeaux ! » Telle fut la punition infligée à ces rebelles : ils perdirent la liberté dont ils faisaient un si mauvais usage et les biens dont ils avaient été comblés. Malheureusement, les sultans du Mag'reb ne pouvaient se passer de cette force, si puissante et si dangereuse; les tribus indigènes ne tardèrent pas à se livrer sans opposition à leurs instincts de rapine et le sultan devait se voir forcé de rappeler auprès de lui les Abid.
Le Maroc fut désolé à partir de 1776 par la famine, résultant d une sécheresse prolongée, suivie d'invasions de sauterelles et d'épidémies. Il mourut un grand nombre de personnes ; Moulaï- Mohammed s'appliqua de toutes ses forces à atténuer ces maux.
En 1777, il fit la paix avec la Hollande et renouvela le traité de 1752, mettant fin à une guerre qui durait depuis cinq ans'.
Révolte des Dbrkaola a Tlbmcen. Mohammbd-brn-Osmanb est
1. Et-Tordjcman, p. 81 et suir. du texte arabe, 146 et suiv. de la trad. — \j. Godard, Maroc, p. 557 et «uir.