LUTTES DALGER CONTRE LES PUISSANCES CHRETIENNES
nommé bey db l'Ouest. — Vers 1777 eut lieu la mort d'Ibrahim, bey de l'Ouest. Son khalife, Mohammed-ben-Osmane, qui s'était si bravement conduit lors de l'attaque des Espagnols, espérait le remplacer. Mais le choix du dey se porta sur un certain Hadj- Khelil, qui acheta sa charge au moyen de sacrifices pécuniaires importants. Peu après son installation à Maskara, il fit une expédition jusque sous les murs d'Oran. Une révolte éclata ensuite à Tlemcen. Ce mouvement était provoqué par un fanatique, descendant des Edricides de cette ville, nommé Sid Mohammed-ben- Ali. Le cherif, ou prétendu tel, avait son centre à Aïn-el-Hout ; il y professait des doctrines des Derkaoua, ces Khouane faisant vœu de pauvreté et d'abstinence et portant, comme livrés, des loques1. Il réunissait autour de lui Berbères et Arabes et annonçait la fin prochaine de la domination turque.
Voulant empêcher ce mouvement de s'étendre, le nouveau bey marcha contre les Derkaoua, qui l'attendaient en nombre à Aïn-el- Hout. Mais, à peine arrivée sous les murs de Tlemcen, l'armée fut assaillie par un violent orage. La tente du bey fut renversée ou peut-être frappée par la foudre et lorsqu'on voulut porter secours â Hadj-Khelil, il était mort. Il est facile de deviner le parti tiré de cet événement extraordinaire par le Cherif et ses adhérents qui l'attribuèrent à une manifestation de la volonté divine. Aussi le khalifa, Mohammed-ben-Osmane, qui avait pris Je commandement, jugea-t-il indispensable, étant donné l'état des esprits, d'entrer en pourparlers avec le marabout et de le gagner au moyen de présents, dédaigneusement repoussés par le saint, mais conservés par son entourage (1780). Mohammed-ben-Osmane rentra alors à Maskara et, cette fois, obtint sa nomination comme bev de l'Ouest. La province d Oran, comme le reste de l'Afrique septentrionale, venait de supporter, après des sécheresses prolongées et des invasions de sauterelles, une désastreuse famine, bientôt suivie par la peste. Le bey Mohammed, qui était un administrateur habile et devait mériter le surnom de Grand, s'appliqua à atténuer ces maux et ne larda pas à se signaler par son activité et ses succès'.
Luttes des Algériens contre les puissances chrétiennes. Pré-
1. Le fondateur de la secte des Derkaoua est un saint musulman du xi« siècle. Sidi-el-Àrbi, né à Derka, près de Fès. d'où le nom de Derkaoui, qui veut dire également m porteur de loques ».
2. Abbé Barges, Complément à l'histoire des Jieni-Zeiyan, p. 499 et suit. — W. Esterhazy, Domination Turque, p. 188 et suiv. — Gorguos, Notice sur le bey d'Oran (Revue afric, vol. I, p. 408 et suiv ).
HISTOIRE DE l/AFRfQUB
pondérance de la France. — Le dey d'Alger, qui avait eu la gloire de recevoir des félicitations spéciales de son suzerain le Khakan , à l'occasion de l'échec d'O'Heilly, ne jouit pas longtemps de son triomphe et eut bientôt à faire face à d'autres difficultés. Ce furent d'abord la famine et l'épidémie qui ravageaient l'Afrique et auxquelles l'Algérie ne put se soustraire. Le gouvernement de Charles III essaya ensuite, mais sans succès, d'obtenir une paix qui lui était si nécessaire dans la lutte entreprise par lui, de concert avec la France, contre l'Angleterre. En même temps le pape Pie VI organisait une véritable croisade contre Alger et y entraînait l'Espagne (1780). Le dey Mohammed, malgré son grand âge et son état de santé précaire, se prépara, avec une fermeté admirable, à faire face à ses ennemis ; il lança douze navires de guerre et adressa à Charles III un véritable cartel.
Surccsentrefaites, une révolte des nombreux esclaves ou renégats espagnols, pour la plus grande partie déserteurs des bagnes (présides) d'Afrique, éclata à Alger. Ces malheureux, exaspérés par les mauvais traitements qu'ils supportaient et ayant perdu tout espoir d'obtenir la liberté, tournèrent d'abord leur fureur contre le vicaire apostolique M. Cosson, qui fut frappé de plusieurs coups de couteau par un nommé Picard dont il recevait la confession. Le consul de France devait être assassiné en même temps, mais on put arrêter ces forcenés, dont les plus coupables furent pendus. Cependant, l'effervescence qui régnait parmi les captifs ne fut pas absolument calmée et il fallut le changement du consul français pour y arriver.
La prise de Minorque par la France (fév. 1781), l'expulsion des Anglais des Baléares, avaient donné à notre nation, dans la Méditerranée, une prépondérance qui s'affirmait de plus en plus à Alger. Presque toutes les autres puissances étaient en guerre avec les Barbaresques et essayaient en vain d'obtenir la paix. Charles III multipliait ses efforts dans ce but ; mais le souvenir de l'expédition d'O'Reilly était encore trop récent et il n'essuyait que d'humiliants refus. Ce fut alors que, tombant dans une erreur dont nous avons été si souvent victimes, il s'adressa au sultan de Constantinople et signa avec lui un traité politique et commercial, dans lequel les possessions turques d'Afrique étaient comprises. Inutile d'ajouter qu'à Alger, comme à Tunis et à Tripoli, le firman de la Porte fut dédaigneusement repoussé».
Bombardement d'alger par les Espagnols en 1783 et 1784. —
1. Rosseuw Saint-Hilaire, Hist. d'Espagne, t. Xlll, p. 160 et suiv. 188. — De Grammout. Hist. d'Alger, p. 331 et suiv.
BOMBARDEMENTS d'aLGBR PAR LBS ESPAGNOLS (1783) 413
Conclusion db la paix. — Ne pouvant arriver à une solution pacifique, Charles III résolut d'avoir encore une fois recours aux armes. Dans le mois de mai 1783, on apprit à Alger qu'une nouvelle expédition se préparait dans la péninsule, et aussitôt le dey prit ses mesures pour résister de son mieux. Les beys de Maskara et de Titeri reçurent l'ordre d'envoyer tous leurs contingents; deux chaloupes canonnières furent construites avec hâte et enfin, les esclaves, dont on avait tout lieu de craindre la révolte, furent expédiés, au nombre de 1548, à Médéa.
La flotte espagnole, forte de 10 vaisseaux ou frégates, 25 barques ou chebeks et 40 chaloupes canonnières, plus un grand nombre de bateaux de toute sorte, quitta le port de Carthagènele 13 juillet. 11 ne s'agissait que d'un bombardement. Don Antonio Barcelo reçut le commandement de l'expédition. Le gros de la flotte n'arriva dans la rade d'Alger que le 29; les forts arborèrent aussitôt leurs drapeaux en les appuyant de coups de canon à boulets ou de bombes lancées par les deux chaloupes, car la flottlle algérienne était sortie. Le lendemain et le surlendemain, il y eut quelques engagements sans importance et, peu à peu, tous les navires espagnols arrivèrent et prirent position.
Le 1" août, vers trois heures de l'après-midi, le bombardement commença avec vigueur et les batteries ou chaloupes y répondirent de leur mieux, sans grand résultat de part et d'autre. Le lendemain, dans l'après-midi, l'action reprit des deux côtés et, malgré les efforts des assiégés, les chaloupes espagnoles s'approchèrent assez pour que les bombes tombassent dans la ville. Elles y causèrent de graves dégâts ; l'une d'elles éclata même dans le palais du dey (la Djenina) ce qui décida celui-ci à se transporter avec sa famille à la Kasba. Le 4, le 6 et le 7, le bombardement recommença. Les chaloupes espagnoles s'avancèrent courageusement, malgré le feu croisé des batteries et les mouvements offensifs de la marine algérienne, le plus près possible de terre et couvrirent la ville de projectiles. Le huit, 3,752 bombes et 3, 833 boulets avaient été tirés par les Espagnols et les soutes étaient vides ; l'amiral fit faire les préparatifs du départ et, le 9 au matin, la flotte mit à la voile. Trois ou quatre cents maisons endommagées, parmi lesquellesle palais de la Djenina, une galiote algérienne coulée, environ 200 musulmans tués, tel fut le résultat de cette attaque. Les fortifications avaient peu souffert et il est très certain que la résistance énergique du dey fit son salut; on avait tiré d'Alger de 12,000 à 15,000 coups de canon.
Ce n'était que partie remise, des deux côtés on se prépara à la lutte pour l'été suivant ; les munitions et les pièces de canon furent fournies à Alger par la Suède, le Danemark et la Porte. Le 8 juillet
HISTOIRE DE L APRIQL'B
1784, la flotte espagnole fut signalée. Elle était forte de 130 voiles: cette expédition était une sorte de croisade soutenue par le pape et à laquelle un grand nombre de personnages avaient pris part. Le même amiral, Don A. Barcelo, la commandait. Partie de Carthagène le 28juin, la flotte mouillait, le9 juillet, dansla rade. Mais leschaloupes algériennes, muniesde mortiers, couvraient les approches du port.
Le 12, au point du jour, 03 chaloupes espagnoles s'avancèrent en ligne sous la protection des galères: les chaloupes d'Alger reprirent aussitôt leur poste de combat, et bientôt la lutte s'engagea. Vers onze heures, le vent dissipa la fumée, ce qui permit de voir la retraite des chaloupes espagnoles. Cet engagement parait n'avoir pas causé de grands dégâts de part ni d'autre. Le 15, nouveau combat dans les mêmes conditions. Le lGau matin, la lutte recommença et parut être plus fâcheuse, comme résultat, pour les Algériens; le même jour, vers quatre heures du soir, les chaloupes espagnoles revinrent au nombre de 72, et s'approchèrent assez pour que les batteries du rivage pussent tirer efficacement sur elles. Le lendemain, 17, nouvelle attaque par les Espagnols formés en trois divisions; enfin ces attaques furent renouvelées le 19 et le 21 ; après quoi, les munitions étant épuisées, la flotte se prépara au départ ; le 23, il ne restait plus un vaisseau ennemi en rade.
Cette fois, les Algériens avaient le droit de se féliciter de leur courage, car aucun navire ennemi n'avait pu s'approcher assez pour qu'une seule bombe atteignît la ville. Mais que dire de la mollesse et de l'impéritie des Espagnols qui lancèrent sans aucun succès 15,000 projectiles et ne purent même pas forcer la ligne des chaloupes algériennes ! Les consulats avaient été soigneusement protégés et la ville n'avait été le théâtre d'aucun trouble sérieux pendant cet exercice d'artillerie en rade.
Le gouvernement espagnol, ne voulant pas recommencer de semblables expériences, entama des négociations pour la conclusion de la paix ; mais les Algériens, fiers de leurs succès, n'y étaient nullement portés; Dans le mois de juin 1785, le comte d'Expilly et l'amiral Ma/arredo vinrent à Alger pour essayer de vaincre les résistances; ils n'y parvinrent que grâce â l'intervention du consul de France, M. de Kercy, et en sacrifiant les intérêts, presque l'honneur de l'Espagne. En effet, l'abandon d'Oran, dont la conquête et l'occupation avaient coûté tant de sang et d'argent à cette nation, y était stipulé. Le traité définitif ne fut ratifié que le 14 juin 1786. Les autres puissances curentalors à supporter les entreprises des reïs et contribuèrent ainsi à payer les frais de la guerre
1. Féraud, Les attaques des Espagnols contre Alger (Revue afric,