‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 108 sur 174 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

PRÉPONDÉRANCE DES BEYS DE L'OUEST ET DE L'EST EN ALGÉRIE ÉVACUATION D'ORAN PAR L'ESPAGNE

Fin du règne de Moulai-Mohammed au Maroc. Son fils El-Yezid est exclu par lui de sa succession. — Succès du bey de l'Ouest Mohammed. Il fait une expédition heureuse h L'ar'ouate et Aïn-MAdi. — Succès de Salah-lley dans la province de Con^tantine. Ses créations. — Notice sur les lien-Djeltah, sultans de Touggourt. — Expédition de Salah-Bey à Toug^otirt. Son échec. Les Ren-Gana y remplacent les Bcn-Djellab. — Luttes de Salah-Bey contre les marahouts. — Situation d'Oran. Le hey de l'Ouest se prépare à l'attaquer. — Grand tremblement de terre d'Oran. — Siège d'Oran par Mohammed, bey de l'Ouest. Héroïque défense des Espagnols. — Le roi d'Espagne traite avec le dey. Évacuation d'Oran. Mohammcd-el-Kcbir en prend possession.

Fin du règne de Moulai-Mohammed au Maroc. Son fils El- Yezid est exclu par lui de sa succession. — Nous avons laissé, au Maroc, le sultan Moulai-Mohammed partageant ses soins entre l'apaisement des révoltes et la lutte contre les fléaux dont le pays était affligé. Son fils aîné, Moulai-Ali, chez lequel il avait toujours trouvé le concours le plus dévoué, mourut à Fès en 17X3. Les visées ambitieuses de son autre fils, El-Yezid, qui déjà n'avait pas hésité à lever contre lui l'étendard de la révolte, n'étaient un secret pour personne. Afin de l'éloigner, il le fit partir pour l'Orient, sous prétexte de pèlerinage, et profita de son départ pour se rendre à Tafilala, où les cherifs de sa famille étaient si nombreux. Il en expulsa les Aït-Ata, partisans de son oncle El-Hacen, et y établit plusieurs de ses propres enfants.

Pendant qu'El-Yezid était en Orient, Moulaï-Mohammed voulut envoyer de riches présents à La Mekke et à Médine ; mais, connaissant l'avidité de son fils, il prescrivit aux personnages qui en étaient porteurs de se joindre à la caravane de Conslantinople, afin de les lui soustraire (1783). Cependant, El-Yezid attendait au Caire l'arrivée de la caravane du Mag'reb ; lorsqu'il eut compris de quelle façon elle lui avait échappé, il se rendit, en toute hâte, à

HISTOIRE DE l'aFRI^UE

la Mckke et força l'envoyé de son père à lui remettre les présents destinés aux gens du Iledjaz (ceux de la Syrie, de l'Egypte et de l'Irak étaient déjà arrivés à destination). Il fallut recourirà l'Ouali (gouverneur) de la ville sainte pour lui faire reslituerune partiedu produit de son vol et cette atïaire causa un grand scandale dans le monde musulman. Le sultan du Maroc en fut particulièrement mortifié et profita de cette occasion pour renier et maudire ce fils dénaturé ; il écrivit ensuite â la Porte afin d'obtenir d'Abd-el- Hamid qu il expulsât El- Yezid de ses étals. En 17SS, le prince revint vers le Maroc, et s'arrêta chez Debbah, chef des Daouaouïda, dans le sud de la province de Constantine. Bien reçu par ce cheikh, qui lui donna sa lille en mariage, il continua sa route par les hauts plateaux, s'arrêta à Maskara chez Mohammed-bey, dont il n'eut qu'à se louer, et, enlin, pénétra dans le Maroc. Mais il se tint à l'écart de son père et, pour échapper à sa vengeance, se réfugia au mausolée de Sidi-Abd-cs-Selam.

Le règne de Moulai-Mohammed s'était prolongé assez paisiblement. Ce prince entretenait les meilleures relations avec la Porte et s'appliquait à rester en paix avec les Turcs d'Alger. Quant aux puissances européennes, elles n'avaient nullement à se plaindre de lui et il sut, dans plusieurs occasions, montrer son humanité à l'égard de naufragés chrétiens. Il css.iya même d'arrêter la traite, dont le port de Sainte-Croix du cap d'Aguer était devenu le centre. Grâce à Chénier, consul de France, il conclut, avec Louis XVI, plusieurs négociations favorables à nos nationaux et reconnut notre prépondérance. Mais son intervention dans le commerce des ports qu'il frappa de droits énormes fut très préjudiciable au développement des afTaires.

En 1787, une révolte ayant éclaté à Maroc, il y fit une expédition et pardonna aux habitants qui s'étaient enfuis et réfugiés au marabout d'El-Khammar. Il réduisit ensuite à la soumission les Ilaïaina encore en insurrection. Cependant, la présence de Moulaï- Yc/id au Maroc empoisonnait les derniers jours du sultan. Il résolut de l'arracher de son asile et était en route avec son armée, dans ce but, lorsqu'il mourut (avril 17U0). Il était âgé de »0 ans'.

Succès du Bey db l'Ouest, Mohammed. Il fait u.nb expédition heureuse a l'Ar'ouatb et Aïn-Madi. — A Maskara, le bey Mohammed-ben-Osman étendait chaque jour son influence et son

1. Et-Tordjcman. p. 84 et suiv. du texte arabe, 151 et suiv. de la trad. — Abbé Godard, Maroc, p. 559 et suiv. — Fcraud, Les Ben- Djellab (Revue afric, n» 160. p. 259).

PBtl'ONDKRANCR DU 1»EV DR I. OUEST (1785) 121

autorité. Apres s'être appliqué à atténuer les effets de la grande famine de 1780-81, il s'attacha à doter sa résidence des établissements publics qui lui manquaient, sans négliger pour cela ses fortifications. Puis il donna les mêmes soins à Mostaganem où son jardin de Kacherou devint, pour l'époque, une véritable merveille.

La soumission absolue était exigée des tribus, même les plus indisciplinées. Or, un groupe de brigands, les Achache, établis à l'ouest de la province, sur la limite du Maroc, étaient un objet de terreur et de danger pour tous les honnêtes gens : il marcha contre eux, les razia et les dispersa ; les Mebaïa et OuIad-Ali-ben-Taleha, de la même région, furent aussi contraints de se soumettre.

Les Ilachem refusaient depuis longtemps de reconnaître l'autorité des bevs. C'était, au cœur du bevlik, un novau de résistance en même temps qu'un refuge assuré pour tous les vauriens. Le bey Mohammed les combattit sans relâche, jusqu'à ce qu'il eût brisé leurs forces ; après quoi, il les incorpora dans le Makhezen, afin d'employer leur ardeur à un meilleur but. Les Flitta et les Harar furent également domptés.

lin même temps, le bey Mohammed ne perdait pas de vue Oran, bien résolu à saisir l'occasion de s'emparer de cette ville. Le blocus avait été maintenu par ses prédécesseurs ; il le continua et vint, en 1780, jusque sous les murs de la ville dont il coupa la conduite d'eau. En septembre 1781, il tenta un nouveau coup de main sur Oran et faillit réussir. Le courage du gouverneur, Don P. Guelfi. et la constance de ses soldats le firent échouer.

Ces luttes incessantes, dans toutes les directions, entraînèrent naturellement le bey vers les régions du sud. Le Kçar de Chellaladu-Nord, dans les hauts plateaux, bravait, depuis longtemps, son autorité, sous le prétexte qu'il dépendait du Maroc. Il y lit une expédition, en passant par le Kheïder, avec une armée de sept mille Turcs pourvue d'artillerie, et un grand nombre de cavaliers auxiliaires arabes. Le Kçar rebelle fut enlevé d'assaut et sévèrement châtié.

Les o:isis qui entourent, au midi, le Djebel-Amour étaient alors dans une indépendance voisine de l'anarchie, rendant la situation de ces régions fort précaire â tous les points de vue. L'Ar'ouate, Aïn-Mâdi et la chebka du Mezab se faisaient une guerre sans trêve ; le bey Mohammed résolut d'y intervenir. Avant réuni ses contingents de troupes régulières, de cavaliers du Makhezen et de goums auxiliaires, il quitta Maskara le '20 janvier 1785, et marcha vers le sud-est, recevant partout la soumission des tribus, parlicu-

HISTOIRE DE l'aFHIQUE

lièrement les 0. Khelif et Harar de l'est et de l'ouest, qui lui apportèrent des vivres pour ses hommes et ses animaux de selle et de bât. 11 passa à Menzel-cl-Beida, puis à Kheneg-cl-Melah où les troupes exécutèrent une r'azia fructueuse sur des dissidents. A Taouila, il trouva des grains en abondance.

Parvenu sur le sommet de la montagne, à El -K hier, la colonne fut assaillie par la neige et souffrit beaucoup. Enfin le bey atteignit le Kçar d'Afïou où les 0. Sa la h et les (). Yakoub de l'est et de l'ouest lui apportèrent leur soumission et leurs présents. A El- (iada, à l'extrémité du Djebel-Iiached, au lieu dit les sept douars, un nombre considérable de dissidents étaient massés, pleins de confiance dans l'ûpreté du lieu ; mais les goums et les troupes les eurent bientôt cernés et faits prisonniers. Le bey avait lui-même dirigé l'assaut et après son succès, fructueux en butin, il s'était montré modéré à l'égard des vaincus.

De Debdaba, où il était campé, il envoya son khalifa s'emparer du Kcar de Zenina qui avait, auparavant, bravé un bey de Titeri. Les habitants de Tadjemout et d'Aïn-Màdi lui adressèrent, dans cette localité, une députation pour lui présenter leur soumission et se reconnaître ses sujets. Mohammcd-bey fixa le tribut qu'ils auraient à fournir ; puis, continuant sa route, campa a Aousselaoua où il reçut un mïad (députation) des cheikhs des Heni-L'ar'ouate, offrant la soumission du pays et s'obligeant à lui livrer 100 esclaves, 5,01)0 soultani (pièces d'or), deux cents haïks et quatre chevaux. Le bey leur lit bon accueil, les renvoya avec promesse de l'aman, et leur remit des insignes d'investiture.

Se ravisant ensuite, il jugea qu'il devait leur imposer l'obligation de servir un tribut annuel et envoya vers ces gens un de ses olliciers, porteur d'une lettre dans ce sens. Lorsque le messager fut parvenu dans l'oasis et eut donné connaissance du désir de son maître, ce fut une explosion générale de colère, parmi ces braves Sahariens ; tous coururent aux armes et se préparèrent au combat, tandis que l'envoyé parvenait, non sans peine, à fuir. Aussitôt, le bey vint camper au Men/.el, et prit ses dispositions pour l'attaque. L'oasis est protégée à l'est et à l'ouest par des hauteurs. Les Asker occupèrent la colline de l'ouest, d'où ils tirent un feu plongeant sur la ville, tandis que les quatre canons de la colonne l'attaquaient du côté accessible. Des hommes, armés de pioches, furent chargés de démolir les murs formant plusieurs enceintes. Les cavaliers des Zemala occuperaient le bas de la montagne au sud. tandis que, du côté de l'ouest, à gauche de l'artillerie, se placeraient les Douair; le Makhczen de l'Est devait se tenir au nord. Au point du jour, le signal de l attaque fut donné et les L'Ar'ouate

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