PRÉPONDÉRANCE DU BEY DE L OUEST
se virent bientôt repoussés de jardin en jardin, tandis que les murailles s'effondraient sous les coups de pioche. Les Douaïr se couvrirent de gloire dans ce combat ; mais les retranchements successifs, qui font la force des oasis, opposaient toujours de nouveaux obstacles et, bien qu'on fût, vers le soir, aux portes de la ville, le bey ordonna la retraite.
Cette brillante journée avait brisé la résistance ; les pertes des L'Ar'ouate et de leurs alliés étaient de 60 morts ou blessés et de 1 1 prisonniers ; des groupes entiers avaient en outre pris la fuite, ou n'avaient pu rentrer dans la ville. Le lendemain, le bey envoya un officier à l'oasis pour apporter des paroles de paix qui furent accueillies avec reconnaissance. Une députation des Oulama du lieu, portant le Sahih (ouvrage) de Bokhari, vinrent, humblement, au camp et finirent par obtenir l'aman, à condition de livrer aussitôt ce qu'ils avaient déjà promis, de donner des otages et de s'engagera servir le tribut.
Laissant les agents opérer le recouvrement de la contribution, le bey alla camper entre Tadjemout et Aïn-Màdi, pour y attendre les tributs de ces localités. Les habitants du premier de ces Kçar s'exécutèrent, mais, ceux du second paraissant plus récalcitrants, Mohammed-bey s'avança jusqu'à Aïn-Màdi, où toute résistance cessa aussitôt. Dans celte localité, les L'Ar'ouate vinrent remettre au bey 5,000 boudjou et 40 esclaves, promettant de livrer le reste à Maskara. En même temps, le contingent des Beni-Mezab arrivait, pour se mettre à la disposition du bey, espérant que celui-ci lui abandonnerait L'Ar'ouate ; mais il n'en lit rien et préserva au contraire cette oasis du pillage.
Peu après, le vainqueur reprit le chemin du nord-ouest et rentra sans encombre à Maskara, où il fut accueilli par de grandes démonstrations de joie. Celte heureuse expédition, dont le succès fut complété par le merveilleux qui accompagne toujours les entreprises lointaines, répandit au loin le renom de Mohammed-Bev. Le dey lui témoigna toute sa reconnaissance ; il noua, en outre, des rapports amicaux non seulement avec les autres beys d'Algérie, mais encore avec celui de Tunis et avec le sultan du Maroc'.
Succès de Sai-aii-Bey dans i.a rnoviNCE de Constantinb. Ses
1. Gorguos, Xotice sur le bey d'Oran (d'après le Djnumani). Revue afric. t. I. p. 405 et suiv. — Le oi' Uic. lixfxdttion de Mo/iammed-cl- Kébir (Revue afric). t. II. p. 32, 18.") et suiv , et t. III, p. 52, 286 et suiv. — Walftin Esterha/v. Domination Turque, p. 190. — Bresuier, Expédition de Chellala (Revue afric., IV' aunce, p. 175 et suiv.).
HISTOIRE DB LAFRIQLB
créations. — Dans la province de l'Est, Salah-bey continuait à déployer des qualités le plaçant à un rang au moins égal à celui de son collègue de l'Ouest. Comme lui, administrateur habile, il maintint toute sa région dans un état de soumission absolue et fit respecter son autorité jusqu'à ses limites les plus éloignées. Comme lui aussi, il s'appliqua à embellir sa résidence. Constantine qui était devenue, sous la domination turque, une réunion de masures, d'où émergeaient quelques minarets branlants, commença à se transformer pendant le règne des beys Bou-Hanek et Ahmedel-Kolli ; mais ce fut Salah-Bey qui lui rendit son cachet de capitale et la dota d'édifices tels que la mosquée et la medreça de Sidi El-Kettani (actuellement place Négrier) ; et la belle medreça de Sidi-L'Akhdar où se fait actuellement le cours supérieur d'arabe, sans parler de constructions particulières telles que son habitation d'El-Blate1 ; il parqua les Juifs, jusqu'alors répandus un peu partout, gênés et gênants, dans le quartier de Chara (rue Grand), qui devint leur Ghetto. 11 s'appliqua à attirer les savants et à fournir aux mosquées et aux zaouïa des revenus fixes, en revisant et recensant l'état des hobous ou biens immobilisés affectés à ces établissements ; trois sommiers conformes déposés chez divers fonctionnaires en conservèrent la liste ; ils furent retrouvés par nous à la conquête et fournirent l'état complet des immeubles domaniaux. Mais il ne borna pas son action bienfaisante à la ville ; car il fit planter dans les environs de grandes quantités d'oliviers et d'autres arbres utiles ; son nom est même resté au beau domaine de Sidi M'hammed-el-H'orab, créé ou remis en état par lui sur le le flanc du Chettaba au nord-ouest de la ville ; Bône profita aussi de son goût pour les travaux et les embellissements ; c'est ainsi qu'il essaya de drainer la plaine en déversant ses eaux dans la Seybouse, et qu'il créa le domaine de Zerizer. Partout, il poussa à la construction de moulins, en concédant, avec facilité, des chutes d'eau aux particuliers.
Ces soins divers n'étaient pour lui qu'un moyen d'occuper son repos, au retour de ses nombreuses expéditions. 11 parcourut plusieurs fois la région des Harakta, Ncmamcha et Henanecha, et contraignit ces indigènes, ainsi que les Oulad-Bel-Gassem deChcmorra, à l'obéissance. Ses relations avec la Tunisie étaient généralement courtoises, mais il traitait avec elle de puissance à puissance. En 1784, nous l'avons vu, la guerre faillit éclater entre lui et Ilammouda ; trois ans plus tard, de nouvelles difficultés surgi-