‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 110 sur 174 · PRÉPONDÉRANCE DU BEY DE LEST · texte numérisé non relu

PRÉPONDÉRANCE DU BEY DE LEST

rent, sous le prétexte que des Constantinois, voulant échapper à la vengeance de Salah-Bey, avaient trouvé asile à Tunis. Il écrivit même au dey d'Alger pour se plaindre que le bey de Tunis attirât chez lui des gens de ses provinces, provoquant ainsi une véritable émigration. Grâce à cette façon de présenter les faits, l'autorisation d'entreprendre une expédition lui fut accordée ; et bientôt, on apprit à Tunis qu'une armée de 6,000 hommes se concentrait à Constanline. Or, les Tunisiens étaient à peine débarrassés des attaques des Vénitiens, et une nouvelle guerre ne plaisait à personne. Aussi le bey s'empressa-t-il d'écrire à Alger pour obtenir contre-ordre, offrant les satisfactions qu'on croirait devoir exiger. Il se soumit au paiement d'une forte indemnité, au bey de Constantine, auquel, en réalité, il ne devait rien, et, vers la fin de cette même année 1787, les bonnes relations étaient rétablies.

Quelque temps auparavant, le cheikh du Ferdjioua, Mohammed- Chelr'oum-ben-Achour, après avoir donné asile au proscrit Ilassen, fils de l'ancien bey Bou-Hanek, lui avait fourni les moyens de gagner Alger, puis Maskara. Salah-Bey résolut de tirer vengeance de cet affront ; il envahit le Ferdjioua sur différents points ; mais il y rencontra une résistance inattendue, et, changeant de tactique, s'appliqua à détacher, un à un, les partisans de son ennemi. Cela fait, il confia l'autorité à Maggoura-bou-Tar'ane, chef de la branche cadette des Oulad-Achour, ce qui devait être la source de luttes acharnées dans cette famille1.

Notice sur les Ben-Djellab, sultans de Toucgourt. — Sur ces entrefaites, Salah-Bey fut entraîné, comme son collègue de Maskara, à effectuer une expédition vers l'extrême sud. Voici dans quelles circonstances.

Nous avons vu précédemment que l'oasis de Touggourt et une partie de l*Ouad-Rir' obéissaient à une famille féodale, celle des ISen-Djellab. Les Oulad-Moulate, Arabes se prétendant d'origine noble, formaient le Makhezen des « sultans » de Touggourt. La proximité des Daouaouïda avait naturellement amené entre les Ben-Djellab et eux des alliances. Nous avons vu aussi qu'une fille du bey de Constanline, Redjeb le Turc, nommée Oum-Hani, était arrivée à prendre le commandement de cette grande tribu arabe vers le commencement du xviu" siècle. Pour venger la mort de

1. Vayaaeltea, Hist. des bejs de Constantine, p. 434 et suiv. — Féraud, Ain-Beida (Revue afric, n° 96, p. 409 et suit. — Le même, Ferdjioua et Zouar'a (Revue afric, n« 127, p. 8 et suiv.).

HISTOIRE DE l'aFHIQUB

son frère, Oum-Hani parvint à attirer Slimane, sultan de Tou?gourt, à une fête dans le cours de laquelle elle le tua ; puis elle marcha sur l'oasis, défît en rase campagne et tua Mohammed, fils de Slimane et, étant entrée à Touggourt, confia le pouvoir à un certain Mohammed-el-Akehal, de la branche cadette des Ben- Djellab. Sous le règne de ce prince, les Juifs, nombreux dans l'oasis, furent contraints, sous peine de mort, d'accepter la profession de l'Islamisme et formèrent le groupe des Mehndjerine qui y existe encore.

Après la chute d'Oum-IIani, les 0. Moulate renversèrent et mirent à mort Mohammed-el-Akehal et le remplacèrent par Ahmed, fils de Mohammed-ben-Slimane, qui se rendit à Biskra afin d'obtenir l'investiture du bey Keliane, s'y trouvant alors. Mais, pendant son absence, un de ses frères nommé Farhate s'était emparé du pouvoir et à son retour il ne trouva que la mort. Peu après Farhate était assassiné par un esclave et le pouvoir restait entre les mains de son frère Brahim, âgé de 15 ans. Sous son autorité, Touggourt et l'Ouad-Rir' recouvrèrent le calme ; mais il était très pieux et, sur la fin de sa vie, il partit pour l'Orient afin d'effectuer le pèlerinage, laissant le pouvoir entre les mains de ses deux fils, Abd-el-Kader et Ahmed, sous la tutelle d'un marabout.

Ce fut le moment choisi par Khaled, fils de Mohammed-el- Akehal, soutenu par les O. Moulate, pour s'emparer du pouvoir en répandant la fausse nouvelle de la mort de Brahim. Maître de Touggourt, Khaled, à la tête d'une bande de pillards, alla mettre à sac toutes les oasis jusqu'à Ouargla ; mais il fut entièrement défait devant cette ville et périt obscurément (17*2i). Abd-el-Kader, fils aîné de Brahim, revint alors de l'Ouad-Souf, et soutenu par les Troud, monta sur le trône de Touggourt. Il mourut sept ans plus tard, laissant cinq fils en bas âge, dont les plus connus furent Omar et Mohammed, issus de son union avec la fille du cheikh El-Arab, Ali-bou-Aokkaz. Ahmed, leur oncle, conserva momentanément la direction des affaires, mais, lorsque Omar eut atteint l'âge d'homme, son tuteur, Farhatc-bon-Bou-Aokkaz, frère de sa mère, arriva à Touggourt avec lui et le plaça sur le trône, après avoir expulsé Ahmed. Celui-ci se réfugia à El-Oued, dans le Souf. et ces régions sahariennes obéirent pendant quelque temps à deux chefs. Une semblable situation devait amener la guerre entre eux et nous avons vu le prince tunisien, Mohammed-Bey, dans sa fuite vers le sud, tomber, avec le cheikh des Menanecha, au milieu de leurs luttes, y prendre part contre Ahmed, et obtenir l'appui d'Omar et celui de Farhate pour gagner Alger. Ahmed succomba au chagrin, et laissa quatre fils, dont deux furent

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