‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 11 sur 174 · CONQUÊTES ESPAGNOLES EN BERBERIE · texte numérisé non relu

CONQUÊTES ESPAGNOLES EN BERBERIE

Capitan-Pacha, ni Soliman, ni son allié le roi de France, n'étaient désireux de voir un tel homme disposer en Afrique d'une puissance qu'il n'aurait pas manqué de rendre indépendante dès que l'occasion le lui aurait permis. 11 arriva sain et sauf à Constantinople, en dépit de la croisière active faite par Doria sur les côtes de Berbérie (lin 1535). Ilassan-Ag'a, rappelé de Constantine. avait été laissé par lui à Alger comme bey ; cet eunuque renégat ne manquait ni de courage, ni d'habileté, et il sut se montrer à la hauteur de la position où la fortune l'appelait1.

Situation dk la provinck d'Oran. Luttes des Espagnols contre les indigènes. — Revenons dans la province d'Oran, d'où nous avons été tenus éloignés par l'importance des événements de Tunisie. La situation des Espagnols n'y était guère modifiée. Moulai-Mohammed surnommé Abou-Serhanc el-Messaoudi, roi de Tlemcen, qui avait succédé, en 1528, à Abou-Hammou III, attendait la solution des événements de Tunisie afin de se prononcer, selon leur issue, pour les Turcs ou pour les chrétiens. Son fils Mohammed, toujours en état de révolte contre lui, avait la protection occulte des Espagnols, et la province était parcourue par des partis de condottiere travaillant pour leur compte et venant enlever du butin jusqu'aux portes d'Oran.

Un autre membre de la famille zeyanite, nommé Abd-er-Rahmaneben-Redouane, aïeul du prince détrôné Moulai Abd-Allah, qui paraissait avoir une certaine inlluence dans le pays, vint se réfugier à Oran et offrir ses services aux Espagnols pour lesquels il tint la campagne. Appuyé par un corps de troupes chrétiennes, il alla même, a la tête des contingents des Arabes soumis, attaquer le caïd des Beni-Rached, du côté de Tibda, sur l isser, où il devait être rejoint par des amis de Tlemcen (fin juin 1535;. Mais ce renfort ne vint pas et, après quelques premiers succès obtenus par Ben-Redouane et dont il ne sut pas tirer parti, en ne voulant pas marcher sur Tlemcen, ses adhérents arabes l'abandonnèrent en partie et se joignirent aux lances des Beni-Rached et à leur goum d'auxiliaires. Chargés avec fureur, les Espagnols, aussi bien que les Arabes fidèles de Ben-Redouane, prirent la fuite dans tous les sens et l'expédition se termina par un véritable désastre. Un certain nombre de soldats chrétiens, qui s'étaient retranchés dans un

1. Fondation de la régence d'Alger, Sander-Rang (t. II, p 1 et «uiv.). — De Grammont. f/ist. d'Alger, p. 39, 40. 56. — Haédo, loc. cit., p. 227. — Documents des archives de Simancas (Revue afric, d« 121).

HISTOIHE DE L'AFRIQUE

petit fort, se trouvèrent forcés de se rendre et furent conduits à Tlemcen avec les trophées de la victoire, parmi lesquels quatre canons.

Telle était la situation dans la province d'Oran, lorsque la nouvelle des succès de l'empereur et de la prise de Tunis y parvint. Elle Ht aussitôt changer la disposition générale des esprits. Ben-Redouane, qui tenait la campagne et brûlait de prendre sa revanche, en profita pour opérer une fructueuse razia sur ses ennemis, avec le concours des Espagnols d'Oran. Il n'en fallut pas davantage pour amener Moulai-Mohammed, roi de Tlemcen, à solliciter la paix. Il adressa donc, le 5 septembre, à l'empereur, un projet de traité, signé de sa main, et par lequel il se reconnaissait le vassal de l'Espagne, à la condition d'être protégé par elle, et s'obligeait à lui servir une redevance de 1,1KM> doublons. Il s'engageait en outre à lui remettre les prisonniers chétiens qu'il détenait, mais stipulait que Ben-Redouane et ses adhérents ne pourraient pas être accueillis ni soutenus par les Espagnols et que, si l'empereur s'emparait des villes d'Alger, de Cherehel et de Tenès, il ne conserverait que ces ports et lui livrerait leur territoire. De son côté, Ben-Redouane cherchait à rester le protégé des Espagnols et recevait d'eux des secours et des encouragements.

Mais, en Espagne, on n'était nullement disposé à se lier avec un prince sans force réelle et dont on avait éprouvé la duplicité, ou au moins la versatilité. Le comte d'Aleaudète reçut donc la mission de traiter avec lui. pour la forme, en s'arrangeant de façon à réserver a l'empereur toute sa liberté. Le tribut de Tlemcen devait être affecte à l'amélioration des fortifications d'Oran et de Mers-el-Kebir. Il ne parait pas que ce traité ait alors reçu de sanction otlicielle, car Ben-Redouane continua à tenir la campagne et les captifs restèrent à Tlemcen'.

GlEfWES DE Moi I.AÏ-IIaSSEN EN TuNISIH. AFFAIRE DE BoNE.

En Tunisie, Moulaï-Hassen avait obtenu la soumission de la contrée voisine de sa capitule à l'est. Mais Monastir, Souça, Sfaks, El-Mehdïa étaient résolument contre lui. A Tunis, même, le parti turc avait de nombreux adhérents dans les faubourgs. Kaïrouan était également divisée en deux sofs d'égale force. A l'ouest, Benzerl avait fait sa soumission, et Moulaï-llassen était allé, en

1. Documents des archives de Simancas (Hevuc afric, n"1 11$. 116. 117. 118, 119. 120. 121 pasMin). — Abbê Barges. Complotent de l'histoire des Bcm-Zeyane, p. 449 et suiv.

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