‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 12 sur 174 · CONQUÊTES ESPAGNOLES EN BBRBERIB · texte numérisé non relu

CONQUÊTES ESPAGNOLES EN BBRBERIB

personne, faire démanteler sous ses veux les remparts de cette ville (fin 1535).

En 1536, la situation fut loin de s'améliorer, si l'on en juge par les instances de Moulai- Hassen auprès de l'empereur, à l'effet d'obtenir des troupes régulières qui lui auraient permis de chasser les quelques Turcs restés dans le pays et leurs partisans, de réduire à la soumission les Chabbïa de Kaïrouan et enfin de soumettre les villes dissidentes. Si ces renforts ne pouvaient lui être donnés, le roi de Tunis déclarait que sa situation n'était plus lenable et demandait à être transporté en Espagne. Mendoza, de son côté, priait qu'on lui confiât des navires et 1,500 hommes avec lesquels il se faisait fort de se rendre maître d'El-Mehdïa. Il confirmait que la position de Moulaï-IIassen était impossible à Tunis.

L'année suivante (1537), le marabout Sidi Arfa parvint à soulever Kaïrouan et sa région. Cédant alors aux instances de Moulaï- Hassen, l'empereur donna l'ordre au vice-roi de Sicile de lui fournir des troupes et d'envoyer des vaisseaux contre Souça. Avec ce renfort, le roi hafside marcha par terre pour seconder le débarquement. Mais cette double opération se termina par un pitoyable échec.

Cependant, en 1539, André Doria vint, avec des forces imposantes, obliger à la soumission les villes de Klibïa, Souça, Monastir et Sfaks, où des gouverneurs hafsides furent placés. Kaïrouan restait en état de révolte et Moulaï-IIassen brûlait de se venger des humiliations éprouvées par lui sous ses murs. Vers 15 (0, il emmena la garnison chrétienne de Monastir et, l'ayant adjointe à ses contingents, vint prendre position à Batn-el-Karn, non loin de la ville sainte d'Okba. Il y était à peine installé que les gens de Kaïrouan, qui avaient déjà travaillé ses adhérents, opérèrent une grande sortie pendant la nuit et surprirent son camp. Abandonné par les Arabes, Moulaï-IIassen dut s'ouvrir un passage à la pointe de son épée et, grâce au courage des soldats espagnols, parvint à rentrer à Tunis, en laissant tous ses bagages aux mains des rebelles. Monastir, Souça, Sfaks et Klibïa se lancèrent de nouveau dans la révolte et acceptèrent la protection du corsaire Dragut-Pacha.

Pendant que la Tunisie était le théâtre de ces événements, un fait déplorable se passait à Hône : Don Alvar Gomez, reniant tout un passe d'honneur, poignardait de sa propre main le payeur qui avait, sans doute, découvert de graves malversations, et tentait ensuite de se tuer, après une scène de violence inouïe. On constata qu'il avait détourné la plus grande partie de l'argent mis à sa

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disposition, de sorte que la garnison de Bône était dans la plus extrême misère1 (sept. 1540).

Apogée de l'influence espagnole en Afrique. — Nous voici parvenu à l'époque de la plus grande extension de l'autorité espagnole en Afrique. L'année 1541 va marquer le point de départ de sa décadence.

Actuellement, des garnisons espagnoles sont établies à Oran, La Goulette, Bône, Bougie, Ilonéïn. Les chevaliers de Malte détiennent Tripoli et Djerba et, partout où la flotte de Doria se montre, le drapeau de l'Islam s'incline devant celui du roi catholique. Ainsi, presque tous les ports du littoral algérien et tunisien sont, plus ou moins, tributaires de l'empire. Enfin, les représentants de deux puissantes dynasties indigènes, Moulaï-Hassen, à Tunis, et Moulaï-Mohammed à Tlemcen, sont les vassaux de l'empereur, dont ils ne cessent de réclamer l'appui.

Comment se figurer que cette domination va prendre fin au moment même où la conquête semble faite ? C'est que les succès des Espagnols sont demeurés isolés et sans lien les uns avec les autres , et que le grand effet obtenu par des victoires comme la prise de Tunis n'a pas été complété ; c'est que les princes indigènes sur lesquels les chrétiens s'appuient sont sans force morale ni matérielle, déconsidérés, honnis, au point que les musulmans préfèrent se livrer à la tyrannie des étrangers turcs, que de reconnaître leur autorité. Par quelle étrange erreur, Charles V, après avoir vu les choses par lui-même, a-t-il replacé Moulaï-Hassen sur le trône hafside, au lieu de conserver et d'occuper sa conquête ? Enfin, si le littoral est soumis en grande partie, l'intérieur demeure absolument libre et ses populations ne reconnaissent aucune autorité. Comment se fait-il aussi que, depuis six longues années, l'empereur n'ait pas tiré vengeance de l'affaire de Marjoque, en venant occuper Alger ? C'est qu'il est obligé de répartir ses forces et son attention partout, dans l'ancien et le nouveau monde, de lutter contre les révoltes de ses sujets, en Espagne, en Italie, dans les Flandres ; de réduire par la ruse ou par la force les protestants d'Allemagne ; de repousser les attaques incessantes des Turcs et, enfin, de soutenir un long duel contre son rival, le roi de France. Ici, nous sommes obligé de reconnaître que c'est grâce à l'alliance de François Ier et de

1. Rousseau, Annales Tunisiennes, p. 21. 22. — El-Kaïrouani. p. 278.

— Documents des archives de Sunancas (Revue afric. n«» l, 121, 123).

— Féraud, Les Harars (Revue afric, u«> 104. p. 141).

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