‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 111 sur 174 · PRÉPONDÉRANCE DU BBV DB L'EST · texte numérisé non relu

PRÉPONDÉRANCE DU BBV DB L'EST

empoisonnés. Les deux autres, sauvés par leur mère, trouvèrent un refuge à B'adamès.

Omar mourut vers l'année 1759 et fut remplacé par son fils Mohammed. Ce prince régna jusqu'en 1705 et laissa le meilleur souvenir dans le pays. Son fils Omar, qui lui avait succédé, mourut après 5 mois de règne, laissant trois fils, Ahmed, Abd-el-Kader et Farhatc, dont l'aîné, Ahmed, lui succéda (1766). Ce dernier décéda en pèlerinage et fut remplacé par son frère Abd-el-Kader au détriment de son frère Mohammed (1778). Enfin Farhate succéda au précédent en 1782'.

Expédition de Salam-Bey a Touggourt. Son échec. Les Ben- Gana v remplacent les Ben- Djem.au. — On a pu voir par ce qui précède que les sultans de Touggourt étaient, en réalité, les protégés du cheikh Kl-Arab, chef des Daouaouïda. La puissance de ce dernier devenait de plus en plus considérable et ce fut, évidemment, pour lui faire contrepoids que le bey Ahmed-el-Kolli opposa à la famille des Bou-Aokkaz celle des Ben-Gana, à laquelle il était allié. Mais El-Hadj-ben-Gana, nommé cheikh-el-Arab, ne put faire accepter son autorité dans le sud et mourut en combattant les Kabiles révoltés. Son fils Mohammed recueillit le titre platonique de cheikh-el-Arab et pressa en vain Salah-Bcy, compagnon d'armes de son père, de le mettre en possession de son commandement. N'ayant pu l'obtenir, il alla, dans son dépit, se mettre en observation dans les montagnes de l'Ahmar-Kheddou, qui dominent le Sahara.

Après les derniers succès qu'il venait d'obtenir, Salah-Bey jugea pouvoir abandonner son attitude expectative â l'égard des affaires du Sud. Il était allé déjà plusieurs fois dans les oasis des Zibane et s'était plu à employer ses facultés administratives à l'organisation de la répartition équitable des eaux. En même temps, il s'était bien renseigné sur les affaires de l'extrême Sud et avait essayé, mais en vain, de ramener à lui Debbah, chef des Daouaouida. Vers la fin de 178H, il se rendit dans le Zab et, pour ne pas éveiller les soupçons des Sahariens, ordonna a ses troupes de se porter sur l Ouad-Djedi, par une autre roule. Puis, de Biskra, il entama des pourparlers avec Farhate, sultan de Touggourt, afin de l'amener à reconnaître sa seule autorité ; mais le prince touggourtin, inspiré et soutenu par Debbah, se refusa à tout accommodement.

1. Féraud, Les Ben-Djellab (Revue afric, n° 137, p. 350 et suiv., n° 140, p. 105 et suiv.).

Lorsque la colonne turque, plus forte que d'habitude et avant avec elle 4 canons de cuivre portés sur des chameaux, eut perçu les impôts de Tolga, Bou-Chagroun et Lichana, elle s'avança sur l'Ouad-Djedi, où elle fut rejointe par Salah-Bey. Aussitôt, ordre fut donne de marcher rapidement sur Touggourt ; mais la colonne se trouva assaillie par des tourmentes de neige, cet hiver étant particulièrement rigoureux, et elle souffrit beaucoup. Dix-huit jours après son départ, l'armée arriva enfin en présence de Touggourt, alors protégée par un large fossé plein d'eau. C'était un siège à entreprendre et Salah-Bey essaya de porter la terreur chez ses ennemis en se servant de son artillerie. Plusieurs boulets atteignirent le minaret principal et diverses habitations, sans causer de grands dégâts dans ces constructions en terre. Du reste, les gens des oasis sont habitués à la guerre de siège, et les nombreux défenseurs deTouggourl, embusqués dans les jardins, répondaient par une fusillade nourrie aux tentatives des assiégeants qui arrivaient, munis de hache, pour couper les palmiers. Les cavaliers Daouaouida empêchaient les Turcs de s'écarter de leur camp.

Après vingt-deux jours d'efforts, durant lesquels l'armée de Constantine ne cessa de souffrir de la température glaciale qui sévissait depuis son départ de l'Ouad-Djedi, Salah-Bey se décida à la retraite, espérant, sans doute, attirer ses ennemis en rase campagne, mais il ne réussit qu'à embourber son convoi dans les marais de Meggarine, où il laissa deux canons. En réalité, cette expédition se termina par un échec et ce fut devant l'oasis qui avait bravé tous les beys de Constantine depuis deux siècles, que Salah vit son étoile pâlir et la fortune se prononcer contre lui.

Mais cet échec ne fit qu'augmenter l'ambition du bey de Constantine et son désir de rabaisser l'orgueil du roitelet saharien ; seulement, il employa pour y parvenir une autre voie que la force. Une révolte ayant été provoquée dans l'Ouad-Rir", Farhate s'y porta avec une colonne, mais ce fut pour y succomber, soit à la maladie (Tehem), soit au poison. Par l'intermédiaire d'Kl-Iladj Messaoud-ben-Zekri, bach-seïar du bey, un rapprochement s'était opéré entre Dcbbah, chef des Daouaouida et Mohammed-ben-Gana. Une sorte de partage de l'autorité, fondée sur la chute des Ben- Djellab, que les Ben-Gana devaient remplacer à Touggourt, avait été arrêtée. Mais à peine Farhate avait-il cessé de vivre, qu'un lils d'Ahmed-ben-Omar, nommé Ibrahim, était proclamé à Touggourt, ce qui renversait tous ces plans. Pour y remédier, l'esprit inventif de Ben-Gana sut attirer Ismaïl-ben-Djellab et ses trois frères devenus ses compétiteurs, à Zeribet-Fl-Oued ; là, on les arrêta, en leur prodiguant force témoignages de respect, et on les conduisit

prépondérance nu bev dk l'est (1788)

sous bonne escorte à Constantine, où ils furent étroitement gardés. Les Ben-Gana occupèrent alors Touggourt, mais, peu faits à la vie du Sud, ils ne surent pas s'y créer de partisans sérieux1

Luttes de Sai.au bev contre les Marabouts. — L'échec de l'expédition de Touggourt marqua le déclin de la fortune de Salah-bey. Son esprit autoritaire, exigeant de tous l'obéissance, s'accordait mal avec les prétentions envahissantes des marabouts que ses prédécesseurs avaient peut-être trop encouragés. Estimant qu'ils mettaient son autorité en péril, il n'hésita pas à les combattre malgré leur caractère religieux ; mais dans cette lutte, il est rare que le bras séculier recueille un avantage réel de ses violences; la crédulité publique voit dans les exécutions, plus ou moins justifiées, des martyres, qu'il entoure de circonstances merveilleuses. Salahbey en fit l'épreuve.

Ce fut par le marabout M'hammed, chef de Khouane, dont les bravades incessantes l'irritaient, qu'il commença la répression; il lui fit trancher la tête au-dessus de ses jardins et, selon la tradition, le saint futchangéen corbeau, d'oûlenom (Sidi M'hahmed-el- R'orab) resta a la localité. 11 s'attaqua ensuite au cheikh Sidi Ahmed Zouaoui, établi dans la montagne d'Ouazgar sur le versant nord du Ghetlaba ; il remplissait la contrée du bruit de ses miracles et recueillait tous les mécontents. Le bey y conduisit une colonne avec du canon ; mais, à son approche, le marabout prit la fuite, incendiant lui-même les habitations qu'il laissait. Après le départ de la colonne, ce cheikh, qui avait fondé une secte de Khouane, celle des Hençala, localisée à Constantine, revint prendre sa place en vue de la ville de son ennemi. Salah chercha, dit-on, à faire la paix; mais l'homme de Dieu sentait sa force et répondit à ses avances en appelant la malédiction divine sur le bey et ses principaux soutiens, les Ben-Zekri.

I n autre centre d'opposition religieuse était à la Zaouïa du cheikh Sidi Obeïd, dans le pays des Ilenanecha. Pour frapper le marabout dans ses intérêts, Salah-bey lança contre lui son bachseïar Bou-Uemane-bcn-Zekri, et celui-ci de concert avec Ibra him-ben-Bou-Aziz, chef des Ilenanecha, exécuta une razia importante sur les troupeaux de Sidi Obeïd. Une nouvelle malédiction vint

1. Clierbunneau, Inscriptions arabes de Constantine (Aon. de la Suc. arcli., 1856-57, p. 117 et suiv.). — Féraud, Les lien-Djellab (Revue afric. n<> 140, p. 109 et suiv., n- 141, p. 177 et suiv., n« 160, p. 259 et suiv.). — Vayssetles, Hist. des Be\s) p. 349 et suiv.

HISTOIRE DB l'aFRIQUB

frapper celui qui ne respectait pas le caractère sacré du marabout. En même temps, une réclamation pressante était adressée à Alger. Vers 1792, Salah-bey fit relever le pont d'Kl-Kantara, qui s'était écroulé en partie. Un architecte mahonnais, Don Bartholoméo, accomplit ce travail pour lequel il employa les ruines romaines, se trouvant alors de l'autre côté du ravin

Situation d'Oran. Le bey de l'Ouest se prépare a l'attaquer. — Nous avons vu précédemment que le bey de l'Ouest, Mohammedben-Osmane, avait maintenu le blocus d'Oran et fait plusieurs démonstrations contre cette ville. Le traité de 1780, ayant prévu implicitement l'évacuation de celte colonie par l'Espagne, semble avoir produit quelque détente entre chrétiens et musulmans. Cette paix, œuvre du ministre Florida-Blanca, devait permettre à Charles III de renouer des relations commerciales avec l'Afrique et de reporter toutes ses forces d'un autre côté; mais l'évacuation d'Oran n'était nullement populaire dans la péninsule et le gouvernement en ajournait sans cesse la réalisation. Charles IV succéda, en 1788, à son père Charles III, et bientôt la Révolution française et les événements qui la suivirent absorbèrent l'attention de toute l'Europe.

Ces retards ne faisaient pas l'affaire du bouillant bey de l'Ouest ; aussi se décida-t-il à attaquer de nouveau Oran. Dans l'hiver 1789- 90, il convoqua les principaux chefs de tribus, leur communiqua son projet et, donnant rendez-vous pour l'été suivant, s'occupa avec son activité habituelle â préparer le matériel, les munitions et les troupes qu'il jugeait nécessaires pour la réussite de cette entreprise.

Le marquis de Campo-Santo, qui, l'année précédente, avait remplacé comme gouverneur d'Oran le brave général de Las Casas, fut appelé, le 29 mai 1790, à un poste en Amérique. En quittant cette ville, il remit le commandement à Don Basilio Gascon, colonel du régiment des Asturies, l'oflicier le plus ancien de grade.

Oran comptait alors une population de 9,500 personnes, y compris 200 ou 300 maures soumis. Les artisans, commerçants et ecclésiastiques entraient dans ce chiffre pour 200 environ. Les condamnés, dont une partie étaientarméset organisés, étaient au nombre de 2,300 environ. Le reste était formé par la garnison propre-

1. Yayssettes, Constantine sous les Beys, p. 367 et suit. — Fcraud, Edifices religieux de Constantine (Revue afric., n° 66). — Le même, Les Uarars (Revue afric, u° 107, p. 357 et tuiv.).

EVACUATION D'ORAN PAR LBSPAGNB (1790)

ment dite, comprenant environ 2,500 combattants, plus les accessoires ordinaires. Un conseil municipal, composé de tous les capitaines des régiments et de quelques bourgeois, administrait la ville sous l'autorité suprême du gouverneur. Les fortifications de la place avaient été réparées et augmentées depuis de longues années; aussi le siège d'Oran ne pouvait-il être entrepris à la légère; le bey le savait mieux que personne et, lorsqu'il eut obtenu du dey l'autorisation d'attaquer, il ne négligea rien pour assurer la réussite.

Grand tremblement de terre d'Oran. — Dans le courant du mois d'août 1790, plusieurs secousses de tremblement de terre se produisirent à Oran. La population, déjà inquiète des préparatifs du bey, en fut particulièrement troublée; mais elle reprit confiance dans la deuxième quinzaine de septembre, par suite de la cessation du phénomène. Dans la nuit du 8 au 9 octobre, après une journée de chaleur accablante, les secousses recommencèrent, vers une heure du matin. En un instant toute la population fut debout; mais les trépidations se succédèrent avec une violence inouïe, sans pour ainsi dire d'interruption. « Le sol, dit un témoin, s'abaissait, se soulevait et semblait se diriger avec une vitesse irrésistible dans la direction du sud-est; puis, comme par le fait d'un choc brusque et sec, ébranlait toute la ville et ses énormes murailles par un monstrueux mouvement de recul. »

La 21e et, enfin, la 22e secousse achevèrent l'œuvre de destruction. La ville était entièrement renversée et un grand nombre d'habitants gisaient écrasés sous ses ruines. Le gouverneur, avec toute sa famille et une partie de son régiment, étaient morts. Ce fut au brigadier de Gumbre Ilermosa, colonel du régiment de Navarre, que le commandement échut dans cette triste conjoncture. « Tous les médecins, dit le général de Sandoval, avaient péri ; les remèdes et les ustensiles de l'hôpital se trouvaient sous les ruines de cet édifice. Le commandant du génie et la plus grande partie de son matériel était également ensevelis sous les décombres; les églises, la trésorerie, les casernes, la manutention, avec ses provisions, et presque tous les édifices, y compris la Kasba, étaient renversés. L'incendie s'alluma alors parmi les décombres entassés, et les condamnés, se trouvant libres, jugèrent l'occasion propice pour se livrer au pillage... »

Le nombre des victimes peut être évalué à 2,000 personnes de tout âge et de tout sexe : trois officiers supérieurs, 31 capitaines, lieutenants et sous-lieutenants, deux médecins, environ 900 soldats et le re9te d'employés, de religieux et de con-

damnés. Les survivants, terrifiés, erraient parmi les ruines, cherchant des parents, des amis, des valeurs, des vivres, car les subsistances manquaient, et, pour comble de malheur, la source qui alimente Oran était tarie. Le comte de Hermosa se multiplia afin de faire donner des secours aux blessés, enterrer les morts, se procurer des vivres. Les survivants furent établis sur remplacement du boulevard Oudinot actuel, qui était en dehors de la ville; ils s'y construisirent des abris en planches et il fut interdit à tout homme valide de s'en écarter ; bientût, des secours en vivres et des renforts furent envoyés d'Espagne; les secousses continuaient, mais moins fortes; elles devaient durer jusqu'au '2'2 novembre.

Siège d'Oran par Mohammed, bby db l'Ouest. Héroïque défense des Espagnols. — Cette épouvantable calamité, survenant alors que le bey était prêt à entrer en campagne, servait si bien ses projets que les musulmans y virent l'intervention de la puissance divine en leur faveur. La nouvelle du désastre d'Oran parvint à Maskara avec une rapidité incroyable et, quatre jours après, le bey était en campagne. Une masse de pillards s'étaient jetés sur la ville, dès le lendemain de la catastrophe, de sorte que le gouverneur avait dû employer une partie des 1,526 hommes valides qui lui restaient à tirailler contre eux. Sur toutes les hauteurs environnantes, de grands feux furent allumés et répercutés de montagne en montagne pour appeler au combat les champions de la guerre sainte; en quelques jours, 5 >,000 musulmans furent réunis autour delà ville chrétienne en ruines.

Le bey Mohammed, qui avait fait le trajet en deux jours, divisa son armée en troiscorps; il confia le commandementdes contingents de Tlemcen, des Flitta et autres tribus, à son fils Osman ; celui des gens de Mazouna, de Mostaganem et des régions de l'Est, à Mohammed-ben-Brahim ; et garda pour lui celui du reste des troupes avec la direction du siège. Le 17 octobre, une attaque générale fut ordonnée et, malgré leur grand nombre et l'état de délabrement des fortifications, les musulmans, qui avaient concentré leurs efforts contre Bordj-El-Aioum (fort S. -Philippe), furent repoussés par une vigoureuse sortie. Ils recommencèrent les jours suivants leurs assauts sur différents points ; mais, partout, se heurtèrent à une résistance acharnée de la part des Espagnols, dont le chef sut déjouer toutes les ruses des assiégeants.

A partir du 29, le bey, qui avait cru entrer sans difficulté à Oran, se décida à entreprendre un siège régulier et cela avec d'autant plus de raison que les renforts arrivés d'Espagne le 26 por-

EVACUATION d'oRAN PAR l'bSPAGNH (1791)

taient la garnison de la place au chiffre d'environ 5,000 hommes. Il lit établir des tranchées, construire des batteries et hisser une partie de ses pièces et de ses mortiers sur le plateau du Santon. Il fallait encore du matériel et des munitions; le bey en demanda aux Anglais et de divers autres côtés, et reçut de la poudre du Maroc et de la Grande-Kabilie. Partout, il fit rechercher les artisans ; on lui envoya de Figuig des mineurs, fort renommés dans cette région du Sahara. En attendant l'issue du siège, il s'était retiré à Maskara pour y réunir tous ses moyens d'attaque.

Cependant, le gouvernement de Charles IV avait, dès la fin d'octobre, entame des négociations avec le dey d'Alger, en proposant l'évacuation d'Oran, mais à la condition que le bey cesserait ses hostilités : que cette ville serait en quelque sorte neutralisée, et que Mers-el-Kebir resterait à l'Espagne. Cette ouverture fut acceptée en principe, et le bey de l'Ouest reçut l'ordre de conclure une suspension d'armes (février 1791), ce qui ne fut exécuté qu'à demi, car les auxiliaires continuèrent à inquiéter la place. Vers la fin du même mois de février, le comte de Hermosa, élevé au grade de maréchal de camp, fut remplacé par D. J. Courten, lieutenant général ; des secours de toute nature furent envoyés à la place et l'on s'y prépara à la reprise des hostilités, car l'échec des négociations ne faisait de doute pour personne.

Dès que l'armistice fut expiré (le 26 avril), le bey Mohammed s'avança sur Oran et fit converger les renforts et le matériel qu'il avait préparé de divers côtés pour concentrer le tout au Sig. Les Espagnols effectuèrent aussitôt des sorties plus ou moins heureuses. Le 0 mai, le bey et son armée étaient au Figuier (Mesoullane). On se trouvait alors en Ramadan, époque où les passions religieuses sont plusparticulièrement surexcitées. L'n grand nombre de Taleb, réunis au village d'Ifri, avaient été armés et formaient un bataillon de 500 hommes ; le bey les envoya occuper les approches de Bordj-el-Aîoun. Le 22 mai, il se mit en roule au bruit des tambours et des salves d'artillerie et vint prendre position devant Oran. Les soldats turcs s'étaient portés sur deux files à sa rencontre et son arrivée fut l'occasion de nouvelles réjouissances. Dans les premiers jours de juin, la grosse artillerie ayant été hissée sur le plateau, les opérations du siège reprirent avec activité.

Pendant plusieurs jours, on se canonna vigoureusement de part et d'autre. Du rivage, les Espagnols avaient placé des bateaux armés qui incommodaient par leur tir les batteries du Santon. Les assiégeants n'obtenaient aucun succès; une sortie, opérée le 5, détruisit un boyau de mine duquel les musulmans attendaient un grand effet pour se rendre maître du fort Philippe; une partie des t. m. 28

Taleb y fut massacrée. Le 10, les musulmans concentrèrent leurs efforts sur le fort Santa-Cruz, mais sans plus de succès.

Le bey se décida alors à abandonner le plateau du Santon et a transporter son artillerie dans la plaine ; puis, il fit attaquer avec vigueur liordj-el-Aïoun et Saint-André (28 juin). Le 29, une bombe, tombée dans Oran, met le feu aux baraques construites depuis le tremblement de terre, tandis qu'une autre fait sauter une poudrière à Bordj-el-Aïoun. Aussitôt le bey monte à cheval et ordonne une attaque générale de nuit. Vain espoir: les assaillants, malgré des prodiges de valeur, sont repoussés sur toute lu ligne, avec des pertes sensibles. Ces attaques se renouvelèrent dans le courant de juillet et fournirent à la garnison, et notamment aux gardes Walloncs commandées par le chevalier de Torcy, l'occasion de se couvrir de gloire. Don F. Castanos, le futur duc de Baïlen, partagea, avec l'officier français, l'honneur de la défense.

Le roi d'Espagne traite avec le dey. Evacuation d'Oran. Moiiammed-el-Kekir en prend possession. — Sur ces entrefaites, le 12 juillet 1791, eut lieu la mort de Mohammed, dey d'Alger, depuis longtemps malade et affaibli. Son Khaznadji, Hassan, lui succéda, selon les dispositions prises depuis longtemps et, lorsque ces nouvelles parvinrent à Oran, elles déterminèrent une demande de suspension d'armes qui fut accordée ^28 juillet). L'honneur castillan était sauf ; dès lors, le roi Charles IV hâta la solution des négociations avec le nouveau dey. Les dépenses nécessitées par la conservation d'Oran dans les dernières années avaient été excessives et, après de nombreuses délibérations et consultations, il fut arrêté que cette ville serait abandonnée, mais que l'on conserverait Mers-el-Kebir, piètre satisfaction, qui avait pour moindre défaut d'être irréalisable, bien que conseillée par des officiers connaissant le pays.

La base de l'accord consacra donc l'évacuation complète, en laissant toutes les fortifications intactes ; quant au paiement d'une indemnité de guerre réclamée par le bey de l'Ouest, il fut définivement repoussé, mais l'Espagne n'obtint pas d'autre satisfaction. Le 23 août, la nouvelle en étant parvenue à Mohammed-Bey, les assiégeants évacuèrent les tranchées et retirèrent leur artillerie. On signa à Alger, le 12 septembre, le traité définitif qui fut ratifié par le roi d'Espagne, le 9 décembre suivant.

En voici les clauses principales :

Autorisation à l'Espagne d'établir, auprès de Mers-el-Kebir, un comptoir du même genre que le Bastion de France, sauf à servir une redevance annuelle de 120,000 fr. de notre monnaie.

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