CHAPITRE XXVI
FIN DE LA PRÉPONDÉRANCE DES BEYS ALGÉRIENS. — LE SYSTÈME DES DESTITUTIONS ET DES SPOLATIONS. — ENÉNEMENTS DU MAROC ET DE LA TUNISIE.
Maroc : Règne de Moulaï-Yczid. Il assiège Ceula inutilement. — dévoiles contre El-Yczid. Sa mort. Règne de Moulaï-Slimane. — Tunis : Suite du règne de llammouda. Les Karatnanli sont rétablis par lui à Tripoli. — Ibrahim-Bou-Scba, nommé bey de Constantine, est assassiné par les partisans de Salah-bcy. Révolte de celui-ci. — llasseïn, fils de Bou-Hanek, est nommé bey de l'Est. Salah-bey est arrêté, puis mis à mort à Constantine. — Mesures prises par Mohammed-el-Kebir pour le repeuplement d'Oran. Sa mort. Il est remplacé par son fils Osmane. — Procédés de gouvernement du dey Hassan. Prépondérance de Bacri et de Busnach. Ils deviennent créanciers de la France.— Destitution des beysdeTiteri et de l'Est. Le dey s'empare de leurs richesses. Diriicultès avec la France. — Règne du dey Motistafa à Alger. Prise de Malte par Bonaparte. Bupture des Turcs de Berbérie avec la France.— Admed-Tidjani fonde la secte des Tidjania. Expédition d'Osmane-bey a Aïn-Madi. Il est destitué. — Suite du règne de Moulaï-Slimane au Maroc. (I rétablit l'unité de l'empire. — Suite du règne de Mouslafa-dey à Alger. Bétablissement de la paix avec la France. — Nouveaux exploits des corsaires barbaresques. Satisfactions obtenues par la France.
Maroc: Règnb de Moulai- Yezid. Il assiège Cbuta inutilement. — La mort inopinée de Moulaï-Mohammed (avril 1790), au moment où il marchait contre le sanctuaire de Moulaï-Abd-es-Selam pour en arracher son fils rebelle, El-Yezid, assura l'avènement de celui-ci. Il fut d'abord reconnu par les cherifs établis dans ce centre religieux, et les Abid, ou les rebelles, qui l'y avaient suivi: après quoi il reçut l'adhésion de Tanger et de Tétouane. S'étant rendu dans celte ville, il autorisa le pillage des Juifs pour célébrer son avènement. A Tanger, où il alla ensuite, une députation des gens de Fès vint lui porter l'hommage de cette ville. Ainsi sa prise de possession du pouvoir ne rencontrait aucune difficulté et il passait sans transition de l'état d'un proscrit dont les jours semblaient comptés, à celui de chef du plus puissant empire de la Berbérie.
HlSTOinE DR L'AFRIQUE
A L'Arache, El-Yczid trouva l'armée de son père, avec tout son matériel, ses bagage?, son trésor. Slimane, un de ses frères, arrivé de Tahlala avec un groupe de notables du Sud. lui prêta serment de fidélité. 11 se rendit alors à Meknès et y reçut l'adhésion des populations arabes et berbères de la plus grande partie de l'empire et même celle des Aït-Malou. Pour gagner l'affection des principaux chefs et des Oudaïa, il vida entre leurs mains les trésors de l'empire, triste moyen qui, tout en lui enlevant ses ressources, fit plus de jaloux que d'amis au nouveau sultan. Les antécédents d'El-Yezid permettaient d'augurer ce que serait son règne. A peine, en effet, fut-il maître de l'autorité qu'il se livra sans réserve à ses passions et à ses caprices sanguinaires. Les mauvais jours du règne de son grand-père étaient revenus, et le Maroc, qui avait respiré sous son prédécesseur, se vit de nouveau désolé par l'anarchie et la violence.
Dans le mois de septembre 170'», le sultan se mit en marche et, s'étant rendu à Tanger, arrêta les consuls de Mogador et de L'Arache, ainsi que des religieux espagnols qui n'avaient pas eu le temps de fuir ; puis il commença le siège de Ceuta, sous le prétexte que des frégates espagnoles avaient pris deux de se? corsaires. En octobre, ayant reçu des mortiers, il lança des bombes sur Ceuta ; mais ce siège fut mollement conduit et, bientôt, des négociations s'ouvrirent à Madrid pour la conclusion de la paix (janvier 17(Jl). Le roi Charles IV rendit les deux navires corsaires; mais El-Yczid, au mépris de ses engagements, continua les hostilités, de sorte que l'Espagne elle-même rompit le traité et fit bombarder Tanger, le 24 août suivant.
Révoltes contre El-Yezio. Sa MonT. Règne de Moulaï-Slimane. — Cependant, la tyrannie d'El-Yezid n'avait pas tardé à soulever contre lui tout le Mag'reb. Les régions de Maroc, du llouz, du Doukkala en révolte reconnurent comme sultan Moulaï-IIecham, tandis que Moulai- Abri -er-Rahmane. proclamé à Taroudent, insurgeait le Sud et se rendait maître de Tafilala.
El-Yezid, qui ne manquait pas de resolution, se décida à lever le siège de Ceuta pour aller combattre en personne la révolte. Au préalable, il fit massacrer ses prisonniers espagnols, dont les restes mutilés furent cloués aux portes de ses villes : puis, il expédia un ambassadeur à Charles IV pour conclure la paix. Tranquille de ce côté, il se porta rapidement sur Maroc, y entra en maître, et s'y livra aux plus grands excès (décembre 17(.)0). Peu après, ayant reçu la nouvelle que Moulaï-Hecham, soutenu par de nombreux contingents des Abda et du Dokkala, était campé sur les