LE SYSTÈME DES DESTITUTIONS
Procédés db gouvehnbmbnt du dey Hassan. Prépondérance de Bacri et de Busnacii. Ils deviennent créanciers de la France. — Nous avons dit que le dey d'Alger, Hassan, s'était d'abord montré humain et raisonnable ; mais, de même que ses prédécesseurs, il ne tarda pas à devenir irascible et fantasque : une crainte, surtout, l'obsédait, l'extension de l'autorité de ses beys, dont il suivait les moindres actes avec une sorte de jalousie maladive ; de plus, le bénéfice qu'il avait retiré de la destitution de Salah-bey n'était pas sans agir sur son esprit et devait l'amener a ériger ce moyen de battre monnaie en système gouvernemental. L'ne nouvelle cause de trouble vint l'agiter : par suite de la guerre entre la France et la Grande-Bretagne, il se vit en butte aux intrigues des Anglais qui multiplièrent leurs offres, afin d'obtenir son appui ou de l'empêcher de fournir son aide aux Français. Hâtons-nous de dire qu'il resta fidèle à ceux-ci, et alla même jusqu'à avancer au Directoire 5,000,000 de francs sans intérêt. Cela n'empêchait pas notre consul d'être quelquefois victime d'avanies succédant à des amabilités excessives.
Ce fut alors que la richesse des juifs livournais établis à Alger et qui, en récompense de quelques prêts d'argent, fournis dans des circonstances critiques, avaient obtenu de nombreux monopoles commerciaux, devint fort grande. A leur tête se trouvaient deux hommes intelligents: Nephtali Busnach (Bouchenak) et Joseph Bacri, qui devaient jouer un rôle décisif dans l'histoire de la domination turque. Leurs relations avec l'Europe, leur ingérence dans les affaires du deylik, résultat des monopoles à eux concédés, leur donnèrent, à Alger surtout, une autorité fort grande et en firent une sorte de gouvernement occulte. C'est ainsi, qu'étant entrés en pourparlers avec Moustafa-el-Ouznadji, qu'ils visitaient dans la zaouïa où il était réfugié, ils arrachèrent au dey son pardon, puis, sa nomination comme caïd du Sebaou (avril 1793). Vers cette époque, les Bacri et Busnach, après avoir suivi les fluctuations de la fortune de la France, se décidèrent, en apprenant ses victoires, à traiter avec ses agents pour la fourniture de denrées et à accepter ensuite la cession de la créance de 5,000,000 que le dey possédait sur elle.
Destitution des dbys de Titbri et de l'Est. Le dey s'bmparb de leurs richesses. Difficultés avec la France. — Peu après, le dey Hassan faisait inopinément arrêter Mohammcd-ed-Debbah, bey de Titeri, dont tous les biens étaient saisis et livrés au chef de la régence. Un certain El-Hadj-Brahim-Boursali le remplaça (août 1794). Ce fut ensuite au tour du bey de Constantine, qui
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HISTOIRE DE LAFHIQL'E
gouvernait assez paisiblement cette province avec le concours de son khalifa, Mohammed-Cherif, fils du bey Ahmed-el-Kolli. Le malheureux Hasseïn-bey avait été atteint d'une maladie qui lui enlevait, en partir, l'usage de ses jambes et par conséquent l'empêchait de monter à cheval. Une destitution aurait semblé suflisanle ; on préféra le mettre à mort ; il fut étranglé dans sa prison, le 30 janvier 1795. Selon certaine version, il aurait, une certaine fois, accueilli avec peu de déférence un ordre du dey, apporté par un envoyé spécial et lui prescrivant de mettre a mort le caïd de Bône. Mais, ce qui, à notre avis, donne la clé de la destitution, sinon de la mise à mort de Hasseïn-bey, c'est la nomination de son successeur Moustafa-el-Ouznadji, l'ancien bey de Titeri, le protégé des Bacri et Busnach (lin novembre 1794). Le choix, du reste, n'était pas mauvais, étant données l'expérience et les capacités de ce Turc qui s'était distingué dans son administration, à Médéa, et avait montré un grand courage, lors de l'attaque d'Alger par O'Reilly. Cependant, un acte de violence excercé par lui, pendant son commandement du Sebaou, sur un chef kabile, avait produit une révolte des Flitta, qu'il laissa en pleine insurrection. Il emmena avec lui un personnel nouveau et exécuta diverses expéditions dans la province de l'Est.
Dès son arrivée à Constantine, Moustafa-bey. servant sans aucun doute les intérêts de ses protecteurs, les Bacri et Busnach, manifesta du mauvais vouloir pour les comptoirs français et défendit même l'expédition des blés au Bastion, alors que la France en avait le plus grand besoin. Bientôt, les employés de la compagnie qui venait de prendre le titre d' «< Atjencc d'Afrique », se virent en butte à l'hostilité des indigènes et même des soldats turcs chargés de les protéger. L'abandon du comptoir de Collo, où se trouvaient quatre Français, dut être décidé, car la situation n'y était plus tenable (octobre 1795). Au dernier moment, les Colliotes, prévoyant un peu tard le préjudice qui en résulterait pour le pays, adressèrent des réclamations au bey et même au dey, et voulurent retenir, par force, l'agent. Mais celui-ci jugeait une satisfaction indispensable et, ne l'ayant pas obtenue, il parvint à s'échapper dans une barque.
Le dey d'Alger était alors très irrité contre la République française qui avait refusé de lui accorder la grâce du beau-frère du consul Vallière, réfugié auprès de lui, le sieur Meïfrun, condamné pour avoir accepté des Anglais une fonction municipale pendant leur occupation de Toulon. Donnant à ce fait une trop grande importance, Hassan prescrivit au bey de Constantine de cesser toute relation avec l'« Agence d'Afrique » et refusa obstinément les