‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 117 sur 174 · LE SYSTÈME DBS DESTITUTIONS · texte numérisé non relu

LE SYSTÈME DBS DESTITUTIONS

magnifiques cadeaux que cette compagnie lui envoyait. Enfin, en 1790, Buchot, ministre des relations extérieures, consentit, sur le conseil de son envoyé Herculais, à transiger moyennant une indemnité de 100,000 francs pour Mcïfrun, pitoyable solution qui ne satisfit personne et diminua l'autorité de la France a Alger. Ses défenseurs intéressés devinrent alors les Bacri et Busnach, dont elle fut encore heureuse d'avoir le concours.

Le dey prenait, de plus en plus, goût au système des révocations suivies de spoliations. Au mois de juillet 1790, Brahim, bey de Tileri, fut arrêté et dépouillé de sa fortune; ses fonctionnaires eurent le même sort ; cependant, plus heureux que ses confrères de l'est, il fut simplement interné à Tlemcen. llassen, caïd des Beni-Slimane, le remplaça. A la fin de l'année suivante, Moustafael-Ouznadji, bey de l'Est, rentrait d'une expédition fructueuse contre les Khoumirs et Nehed de la Tunisie, lorsque, à son arrivée à Constantine, des agents envoyés par le dey d'Alger le firent périr par le lacet, de même que ses prédécesseurs (25 décembre 1797) : il avait gouverné moins de trois ans. Il laissait des valeurs considérables tant à Constantine qu'à Alger et à Blida ; le tout fut confisqué par le dey. El-Hadj-Haméïda-ben-el-Fekhar, secrétaire de Ben-Ouznadji, fut crucifié contre le rempart de Constantine, après avoir souffert mille avanies. Quant à la famille du feu bey, on se contenta de l'expulser de la ville. Son khalifa, Hadj-Moustafa-ben-Engliz bey, lui succéda (janvier 1798). Le premier soin du nouveau bey fut de faire arrêter et décapiter trois membres principaux de la famille Ben-Cana. C'était consacrer le triomphe de leurs rivaux, les Daouaouïda. Bientôt, en effet, Debbah, cheikh-cl-Arab, vint recevoir le burnous d'investiture de» mains d'Engliz-bey

RÈGNE DU DEY MoUSTAFA A ALGER. PhISB DE MaLTB PAR BoNA-

partb. Rupture des Turcs de Berbérib avec la France. — Dans

1. Fi'rnud, Causes de l'abandon du Comptoir de Collo (Revue afric. n° 132. p 124 et suiv ). — Federmann et Aucapitaine. Beylik de Titeri (Revue afric.. n» 52. p. 286 et suiv.). — De Grammont. tlist. d'Alger, p. 350 et suiv. — Vaysseltes. Hist. des Beys de Contantine (Soc. Arcli. (Je Constantine. 1869, p. 453 et suiv.) — Féraud, Ephémérides d'un secrétaire (Revue afric. n» 106, p. 305 et suiv.) — Cherbonncau. Inscriptions arabes de Constantine (Rec.de la Suc. Arch., 1856-57, p. 125 et suiv ). — De Voulx, Archives du Consulat de Fiance à Alger, p. 129 et suiv. — Féraud, Les Ben-Djellab (Revue afric, u° 161, p. 326 et suiv.).

HISTOIRE DE LAFRIQL'E

les premiers mois de l'année de 1798, le dey Hassan fut atteint d'une plaie au pied qui ne tarda pas à prendre un mauvais caractère. L'ancien conventionnel Jean-Bon-Sainl-André était venu a Alger pour rétablir l'étal des affaires de la France; il quitta celle ville, dans les premiers jours de mai, après avoir obtenu des avantages sérieux, mais dont il exagéra l'importance. Le 14 mai eut lieu la mort du dey. Il fut remplacé par son neveu, le Khaznadji Moustafa, sans trouble ni contestation. C'était un homme vulgaire, brutal et d une cupidité excessive : ses premiers actes consistèrent à rechercher la fortune de son oncle et à l'extorquer des mains de sa veuve et de ses héritiers, par les moyens les plus odieux. Busnach était le grand ami du nouveau bey ; il ne tarda pas à devenir son favori et à exercer sur la direction des affaires de la régence une action prépondérante qu'il eut le tort de ne pas dissimuler.

En exécution d'ordres antérieurs, le bey de Constantine avait arrêté le sieur Peiron, directeur des établissements de la Calle, et Lavait fait conduire à Constantine où il se trouvait détenu. Les comptoirs élaient fermés ou pillés, les transactions arrêtées et le territoire situé à l'ouest de la Calle, qu'on appelait la Mazoule, et dont les nombreux habitants indigènes étaient les clients dévoués du Bastion, encore une fois dévasté. Le bey de l'Est se plaignait, du reste, que les agents de la compagnie ne lui servaient pas les redevances imposées. Lors de sa visite au nouveau dey (juin), il reçut l'ordre de mettre en liberté les captifs et, a cette occasion, le comptoir de Collo fut rétabli.

Sur ces entrefaites, on apprit à Alger que la grande flotte qui se préparait dans le midi de la France avait pris la mer et que 700 voiles voguaient vers l'Orient. Bientôt, arriva la nouvelle de l'occupation de Malle, puis une lettre du général Bonaparte, adressée au consul de France à Alger, la confirma, en annonçant que ces îles étaient désormais françaises, que l'ordre des chevaliers de Saint-Jean, ennemis héréditaires des Turcs d'Afrique, était détruit, et que, par décision de Bonaparte, 2,0)0 esclaves barbaresques venaient de recouvrer la liberté. Ces nouvelles furent bien accueillies sur les côtes africaines, malgré les difficultés résultant de la mise en liberté des esclaves maltais, vénitiens et autres, exigée à titre de réciprocité ; mais ce moment de joie fut de courte durée. Bientôt, en effet, on sut que la flotte française avait abordé en Egypte ; que le général Bonaparte était entré en maître à Alexandrie, le 1er juillet, et au Caire, le 21, et que la guerre avait éclaté entre la France et la Porte. Puis, ce fut la nouvelle du désastre d'Aboukir et enfin l'arrivée d'un ûrman de Selim-Ill, prescrivant

RUPTURE ENTRE LES TURCS ET f.A FRANCB (1799)

à la régence de traiter la République française en ennemie (octobre). Ces ordres ayant été renouvelés et précisés par l'envoi d'un capidji-bachi, le dey se décida à faire arrêter le consul de France, M. Moltedo et son personnel (21 décembre). Mais leur captivité fut de courte durée et adoucie, autant que possible, par les consuls des autres nations ; le 2 février 1799, ils étaient rendus à la liberté.

Les conséquences furent plus fâcheuses pour les établissements français de l'Est, si peu favorisés depuis quelque temps, et dont la concurrence du comptoir espagnol d'Oran avait profondément troublé l'économie. Cette fois, la destruction fut complète. Le personnel, composé de 98 personnes, fut conduit à Constantine et toutes les valeurs et marchandises furent confisquées ; à peine laissa-t-on à ces malheureux les effets qu'ils portaient sur le corps. Amenés à Alger, on les employa aux mines et ce ne fut que grâce aux sollicitations pressantes de Bacri et de Busnach que quelques adoucissements purent être obtenus pour eux.

A Tunis, où les mêmes ordres avaient été reçus, le bey Ilammouda s'était montré beaucoup plus modéré. 11 avait, il est vrai, signifié à la République la rupture, mais le consul Devoize et les Français établis à Tunis, n'avaient pas été inquiétés et étaient restés dans le Fondouk, sous la garde des soldats de la régence.

A Tripoli, les choses se passèrent moins correctement. Bonaparte ayant chargé M. Beaussier, notre consul dans cette ville, de veiller à l'approvisionnement de Malte et d'assurer sa correspondance, par terre, avec l'Egypte, le commodore anglais Campbell vint se présenter devant la ville et exigea que le consul et tous les Français lui fussent livrés. Youssof-Karamanli se laissa intimider et eut la lâcheté de lui remettre ses hôtes qui furent, au mépris du droit des gens, transportés en Italie.

Dans le cours de cette année 1799, la paix fut conclue entre Mohammed-ben-Kanoun, caïd des Isser, délégué du dey, et El- Hadj-Mohammed-ben Zàmoun, chef des Flissa, dont le pays était depuis longtemps soumis au blocus. Les Flissa, tout en reconnaissant la suprématie des Turcs, conservèrent leurs privilèges et obtinrent une réduction de moitié sur le chiffre de leurs impôts'.

1 . Berbrugger, Documents sur Alger à l'époque du Consulat et de l'Empire (Revue afric. n« 32. 88. 89. 90). — Du Voulx. Le Bats Hamidou, p. 35 et suiv. — De Gramraout. Ihst. d'Alger, p. 335 et suiv. — Fcraud, Epkèmèrides d'un secrétaire (Revue afric, n° 106, p. 306). — Le même. Annales Tripolilaines (loc. cit., p. 219). — A. Rousseau, Annales Tunisiennes, p. 235 et suiv. — De Voulx, Archives

Ahmed-Tidjani fondb la srctb des Tidjania. Expédition d'Osmanb-Bbya Aïx-Madi. Il est destitué. — A Oran, le bey Osmane, au lieu de suivre les bonnes traditions de son père, se livrait, sans frein, aux passions les plus désordonnées. Il avait cependant conservé ses qualités guerrières et ce fut ce qui le poussa à exécuter une expédition à Aïn-Mâdi, où son père était allé en vainqueur.

Un Saharien, nommé Ahmed-et-Tidjani (ou Tedjini), né à Aïn- Mâdi en 1737, se fit remarquer dans sa jeunesse par sa piété et alla étudier la science aux meilleures sources, depuis la Mekke jusqu'à Fès. Il obtint, d'un de ses cheikhs, Sidi Mahmoud-el-Kourdi. du Caire, l'autorisation de délivrer l'Ouerd, en qualité de Mokaddem, aux adeptes de sa secte, (sans doute une de celles des Kadria1. En 1777, il est à Fès et rend visite au tombeau de Moulaï-Edris, auquel il se fit rattacher, plus tard, par une filiation complaisante, acquérant ainsi le titre de cherif. Il commence alors à modifier les formules et les règles de sa confrérie et à manifester son intention de fonder un ordre nouveau. Dans le cours de l'année 1782, il parcourt les oasis du centre du Sahara : Bou-Semr'oun, le Touate, etc. y séjourne longtemps, et acquiert partout des adeptes.

Aïn-Mâdi, patrie de Tedjini, devint alors le rendez-vous des voyageurs accourus de tous les points de l'horizon, apportant des offrandes au cheikh, dont ils venaient solliciter YOuerd et le Dzikr. Ces conciliabules, cette puissance qui se formait sous le manteau de la religion, finirent par provoquer la jalousie du bey d'Oran, dont le père avait obtenu la soumission absolue d* Aïn-Mâdi et des pays voisins. Décidé à y mettre un terme, Osmane réunit une colonne de 50 tentes, accompagnée d'un goum considérable et se porta rapidement vers le sud ; mais, à son approche, Ahmed-Tedjini ouvrit les portes de la ville et se sauva à Bou-Semr'oun ; ce n'était pas ce que le bey aurait voulu : car il tenait, avant tout, à s'emparer de l'agitateur et dut se contenter de frapper l'oasis d'une contribution de 17,000 boudjou, plus une certaine quantité d'objets en nature; après quoi, il rentra à Oran.

Pendant ce temps, Ahmed-Tedjini, accompagné de son fils Mohammed-el-Kebir, se rendait à Fès où il trouvait un excellent accueil de la part du sultan, Moulaï-Slimanc, dévôt digne de le comprendre, qui lui offrit même un logement dans son palais. Ce

du Consulat de France, p. 131 et suiv. — Robin, Les Oulad ben Zâmoun (Revue afric, n° 109, p. 43 et tuiv.). — Marcel, Tunis, loc. cit., p. 197 et suiv.

1. Voir notre o Notice sur la Confrérie de Sidi Abd-El-Kader El- Djilani » (1868).

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