‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 13 sur 174 · CONQUÊTES ESPAGNOLES EN BERBKRIE · texte numérisé non relu

CONQUÊTES ESPAGNOLES EN BERBKRIE

Soliman que l'œuvre de l'empereur va être enrayée en Berbérie, et que le royaume turc pourra se fonder définitivement, comme si Ton prévoyait qu'il était réservé à nous seuls de le détruire et de lui succéder, trois siècles plus tard.

Mais une des causes de la faiblesse de l'occupation espagnole est l'abandon dans lequel ses malheureuses garnisons sont laissées. Sans solde, sans vivres, sans secours d'aucune sorte, les commandants espagnols, dans leurs lettres, répètent tous la même note, et cet état précaire, misérable, leur enlève toute force matérielle et tout prestige, quand il ne les pousse pas à des scandales comme celui de Bône.

Le comte d'Alcaudète se plaint que les approvisionnements d'Oran sont épuisés ; qu'on manque de blé, la récolte ayant été mauvaise ; que les soldats ne sont pas payés depuis plus d'un an et demandent à rentrer en Castille (mai 1536). Souvent, il ne peut pas faire partir les messagers, car le payeur répond invariablement qu'il n'a pas d'argent. Enfin des vivres sont débarqués et le gouverneur écrit le 5 juin 1536: « Il était temps, car nous n'avions plus de pain et les vivres commençaient à manquer. Je pensais que nous recevrions en même temps l'argent de la solde ; il n'en est rien, c'est très fâcheux, les soldats souffrent beaucoup et ne trouvent personne qui consente à leur faire crédit ».

Après l'affaire de Bône, un inspecteur constate que les soldats étaient dans une telle misère, d'autant plus que beaucoup d'entre eux avaient femmes et enfants, qu'ils étaient sur le point de se faire maures. Aussi supplient-ils qu'on les ramène en Espagne. La situation affreuse de ces malheureux parait provenir de ce que le roi de Tunis avait été chargé de leur servir la paie. Mais le prince hafside le contestait absolument et rien ne l'établit d'une manière péremptoire.

La position n'est pas meilleure a Bougie. Perafan de Ribera, qui commande cette place, écrit à l'empereur, le 4 juin 1535, que tous les jours sa petite garnison de 600 hommes diminue par les départs clandestins de ses soldats, qui préfèrent aller tenter la fortune aux Indes : « La solde n'est pas entièrement payée, ajoutet-il, puisqu'elle est en retard de 18 mois. Les soldats crient contre le payeur qui leur vend les vivres trop cher et protestent que leur solde s'en va par morceaux ». Aussi demande-t-il également à être relevé de son commandement1.

1. Documents des archives de Simancas (Revue afric, nc» 111 à 123).

— Rosseuw Saint-Hilaire, Hist. d'Espagne, t. VII, p. 186 et suiv.

— Mallouf, Histoire Ottomane, p. 29 et suiv. — De Hamuier, Histoire de l'empire Ottoman, t. Y, passim.

HISTOIRE DB L 'AFRIQUE

Ce n'est pas avec de tels procédés qu'on pouvait compléter et assurer la conquête de la Berbérie. On se contentait de succès isolés avec une occupation restreinte et c'est en procédant ainsi que la France a perdu dix années, au début de sa conquête de l'Algérie. L'Espagne, si riche alors en hommes de guerre, manqua d'un Bugeaud, et Charles Quint, absorbé par tant de soins divers, laissa passer l'heure de la fortune.

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