Djerrah, selon M. Luciani
et avantages dont il jouissait, et malgré une démarche du marabout, persista dans sa rigueur. Zebbouchi était mokadden des Khouane de Sidi Abd-er-Kahmane ; il se rendit dans les montagnes des Arrès, sur la rive gauche de l'Ouad-el-Kebir, où il possédait beaucoup d'adhérents, et entra en relations avec Bou-Dali, auquel il proposa de marcher sur Constantine pour renverser l'impie Osmane bey. Le moment d'agir était arrivé, aussi le Gherif accepta-t-ii l'offre de son confrère.
Attaque tumultueuse de Constantine par Bou-Dali et les Kabiles. Ils sont repousses. — Les Kabiles des Beni-Fergane et des Beni-Amrane ayant été convoqués dans la plaine de Meredj-Souker, furent passés en revue par les deux marabouts, auxquels s'étaient joints tous leurs adhérents. Monté sur une magnifique jument, Bou- Dali exécuta de brillantes fantasias et remplit d etonnemenl les sauvages montagnards avec son fusil à trois coups ; enfin, la voix souterraine d'un compère habilement caché annonça aux Kabiles que le moment était venu: « Levez-vous tous I Mohammed-Bel- A hrèche sera votre libérateur et Dieu vous livrera Bône, Constantine et même Alger.» Cette mise en scène ne pouvait manquer son effet. L'enthousiasme devint indescriptible : « Marchons sur Constantine! » Tel fut le cri qui s'éleva de toutes les poitrines et cette foule se rua vers le sud, grossie à chaque pas par de nouveaux adhérents. Bientôt, l'armée du cherif campa à Sidi M*hammed-el-R*orab (Salah bey] où près de 60,000 hommes se trouvèrent réunis. De là, les Kabiles allèrent piller les maisons isolées et les faubourgs de la ville.
Osmane-bey, alors en colonne chez les Rig a, du côté de Sétif, avait laissé la ville à la garde du Caïd-ed-Dar, Ben-el-Abiod, secondé par Sid-M'hammed-ben-el-Feggoun , Cheikh-el-IsIam et plusieurs autres personnages; mais la révolte fut si soudaine, que le cherif, avec un peu plus de di-cision, se serait à coup sûr emparé de Constantine, tandis qu'il laissa le temps d'organiser la résistance. Tout à coup, le bruit se répand parmi les Kabiles que le bey arrive de l'ouest avec des forces considérables. Aussitôt cette tourbe, prise de terreur panique, se met à fuir ; on se pousse, on se foule aux pieds, on méconnaît la voix des chefs et ce n'est qu'à Ouldjetel-Kadi 1 que le chef parvient à arrêter ce mouvement désordonné. Il veut, au moins, en tirer profit et, faisant retomber la responsabilité de cette folie sur le désir immodéré des richesses, ordonne que tout le butin soit amassé et brûlé en cet endroit.
1. A environ 3 kilomètres au delà de la passerelle de la route de
Mil»».