Ses descendants sont encore établis aux Beni-Ouelbanc
HISTOIRE OB L AFRIQUE
s'enfonce dans des ravins qui deviennent de plus en plus abrupts et sauvages, où elle segrène et se disloque. Tout à coup, on apprend, par un groupe de gens des Oulad-Atiya, que le Chcrif a clé transporté plus loin! On s'arrête, le désordre est à son comble; à ce moment, toutes les pentes se couvrent de feux de mousqueterie. Chaque touffe de broussailles, chaque pierre cache un ennemi tirant à coup sûr. Les Turcs, affolés, sont frappés par des adversaires invisibles, et roulent au fond du torrent. Ben Bag'riche avait été atteint l'un des premiers, soit qu'il eût été lui-même victime de la fourberie des Kabiles, soit par le fait d'une erreur.
Malgré leur affreuse position, les Turcs survivants résistèrent encore durant quatre jours: enfin, le bey put être prévenu. Aussitôt, laissant ses bagages à El-Milia, Osmane-bey se mit en roule afin de porter secours à ses gens. En raison de la difficulté du terrain, il avait divisé ses forces en trois corps. Parvenu chez les Beni- Ilabibi, il dispersa, au moyen du canon, les gens qui bloquaient l'ag'a et parvint à le dégager ainsi que les quelques survivants restés avec lui. Cela fait, le bey ordonna la retraite; mais il rencontra les contingents des tribus, précédemment soumises, qui lui barrèrent le passage et l'amenèrent ainsi à la fatale résolution de se lancer dans une gorge profonde et encaissée qui porte le nom de Kheneg, près du col qui met en communication le pays des Beni-Fergane avec celui des Beni-Belaïd. C'était là que les Kabiles l'attendaient en grand nombre; à peine y était-il en»a?é que, de toute part, crépita la fusillade, tandis que les gens sans armes faisaient rouler sur lui et les siens des quartiers de roches. La grande fondrière du ravin est bientôt remplie de cadavres et de mourants. Kn vain Osmane bey se multiplie pour sauver la situation. Son cheval, atleintd'une balle, roule avec lui dans le bourbier. Dès lors, le combat n'est plus qu'un véritable massacre où chaque soldat est déchiré par dix forcenés, hommes et femmes. On dit que le marabout Zebbouchi, présent à l'action, se jeta lui-même sur le bey, l'acheva de sa propre main et lui lit couper la tête qu'il envoya au cherif Bel-Ahrèchc chez les Heni- Fergane. Presque toute Tannée périt dans cette malheureuse campagne, car le camp d'El-Milïa avait été attaqué en même temps, de sorte qu'il ne rentra à Constantine que des fuyards isolés, semant partout la terreur et la consternation. Si les marabouts avaient su profiter de l'effet produit par ce désastre, ils se seraient probablement emparés de Constantine. Bou-Dali préféra continuer à torturer de ses propres mains ses captifs chrétiens de La Calle'.
1. Féraud, Hist. de Djidjeli (Soc. Arch., 1870, p. 186 et suiv ) -