RÉVOLTES EN ALGERIE
Emeutes a Alger. Massacre des juifs, le dey Moustafa bst assassiné. — Pendant que la province de Gonstantine était le théâtre de ces événements, l'esprit de révolte se manifestait à Alger. L'aversion pour le dey et ses amis, les Juifs, se caractérisait de plus en plus. Le 21 mars 1804, Moustafa-dey, étant allé inspecter les carrières, fut assailli à coups de pistolet par qnatre Yoldachs : bien qu'atteint de deux balles, il se défendit courageusement avec son sabre, contre ses assassins qui, eux aussi, essayaient de le frapper d'estoc et de taille. Cela donna le temps de lui porter secours : on arrêta lesconjurés qui furent exécutés.
Après la défaite et la mort d'Osmane, le dey envoya à Constantine, pour le remplacer, un Turc du nom d'Abd-Allah-ben-Ismaïl, en lui donnant pourmission expresse de détruire le cherif. Ce bey arriva dans sa capitale vers la (in de novembre, et s'occupa aussitôt des préparatifs d'une campagne. Bou-Dali parait alors avoir été abandonnéparZebbouchi etunepartiedesesadhérents. Il était, du reste, encore souffrant de sa blessure et se faisait porter en litière par ceux de ses captifs chrétiens qu'il n'avait pas tués Vers le mois de janvier 1805, il soutint, contre un corps turc, un combat peu meurtrier dans lequel il perdit une partie de ses bagages et neuf de ses prisonniers ainsi rendus à la liberté. Après ce nouvel échec, il parait s'être porté du côté de Bougie pour chercher à y réunir des adhérents.
Vers le même temps, le reïs Hamidou se présenta devant Djidjeli, avec 4 navires de guerre, afin de s'emparer du lieutenant du Cherif et du Koutour'li Ben-Dernali ; mais la population prit fait et cause pour eux, se laissa canonner et l'escadre se retira sans avoir obtenu d'autre satisfaction que de brûler le navire du pirate.
A Alger, la fermentation continuait. Dans les premiers jours de mai 1805, elle se traduisit par une tentative d'assassinat contre le dey qui y échappa comme par miracle après avoir perdu trois doigts; le Khaznadji, qui l'accompagnait, reçut plusieurs coups de sabre. Ce n'était qu'un prélude; le pays souffrait de la disette et, selon les préjugés de l'époque, la population rendait les Israélites, particulièrement Bacri et Busnach, responsables de cette situation, en leur qualité de marchands de grains, exportateurs privilégiés.
Le même, Zebouchi et Osman-bey (Revue afric, n* 32, p. 120 et suiv.). — Le même. Les Harar (Revue afric, n° 107, p. 358). — Le même, Nouveau document (Soc. Arch., 1873-74, p. 41 et suiv.). — Berbrugger, Un Chérif kabile en 180i (Revue afric, n° 15, p. 209 et suiv.). — Vayssettes, Hist. des Bey s de Constantine, p. 460 et suiv. — Walsin Esterhazy. Domination Turque, p. 201 et suiv. D. Luciani. Les Ouled- Athia de l'Oued-Zhour (Rcv afr. n« 195 p. 296 et s ).
HISTOIRE DB L'AFRIQUE
Plusieurs fois, Busnach avait été menacé et même frappé ; mais son arrogance semblait s'être accrue et il commandait en maître à la Djenina. Le 25 juin 1805, au matin, à sa sortie de ce palais, il est accosté par un janissaire nommé Yahîa, lequel tout en disant : « Salut au roi d'Alger! » lui tire un coup de pistolet et le tue. Aux gens qui l'entourent, il crie : « J'ai tué le Juif! Etes-voas donc les chiens du Juif ? » Les groupes s'ouvrent devant lui et il atteint sa caserne où il est reçu comme un héros ; chacun baise cette main qui a délivré le pays...
A mesure que la nouvelle se répand dans la ville, les musulmans se précipitent chez les Juifs, pillent leurs maisons, font subir mille outrages à ceux qu'ils peuvent saisir, et mettent en pièces ces malheureux. C'est une horrible orgie à laquelle les femmes indigènes applaudissent du haut des terrasses. Bacri avait pu fuir; quant à ceux qui échappaient à leurs bourreaux, ils trouvaient un refuge dans les consulats. Dubois Thainvillc en sauva ainsi plus de deux cents.
Dans l'espoir d'éviter l'orage, le dey laissait tout faire et même encourageait l'émeute en distribuant de l'argent: de plus, il promettait aux Yoldachs qu'aucun juif n'entrerait désormais à la Djenina. C'était trop tard. Le 30, Ahmed, ancien Khodjet-el- Kheil, était proclamé par les janissaires et Moustafa, accompagné du Khaznadji, cherchait en vain à fuir. Atteint par les soldais, il fut massacré et la populace traîna son cadavre dans les rues1.
Rbvoltb des Dbbkaoua dans la province d'Or an. Défaite des Turcs. Oran est assiégé. — Dans la province d'Oran, les affaires n'allaient pas mieux. Le nouveau bey, El-Hadj-Moustafa El-Mamzali manquait des qualités de l'homme de guerre. En 1802, avant marché contre la tribu des Angad, révoltée, il fut entièrement battu et abandonna son camp, ses bagages, ses chevaux aux mains des insurges ; depuis cette époque, il ne s'avançait dans l'intérieur qu'avec la plus grande prudence, ou laissait le pays abandonné à lui-même.
Vers la fin du siècle précédent, un certain El-Arbi-el-Djemel, cheikh des Derkaoua, établi dans la tribu des Beni-Zeroual, du Maroc, commença à exercer une grande action sur la province d'Oran qu'il peupla de ses agents. Parmi ceux-ci, son mokkadem préféré était Abd-el-Kader-ben-Cherif, plus connu sous le nom de
7. De Grammoot, Hist. d' Alger y p. 360 et suiv. — Féraud, Hist. dt Djidjeli. p. 1 10 et suir. — Vayssettet, Hist. des Beys de Constantin p. 479 et »uiv.