AFFAIBLISSEMENT DE L'AUTORITÉ TLTUJLE
Ali, Dey de l'Est, prépare une expédition en Tunisie. Il est tué par Admed- Chaouch, qui usurpe le pouvoir, et est renversé après quinze jours de règne. — Dévoiles à Alger. Le dey Ahmed est mis à mort. Son successeur Ali-el-R'assal subit le même sort. — Mohammcd-Rou-Kabous, bey d'Oran, dompte la révolte des Derkaoua et celle des Aribde Sour-el-U'ozlane.— Violences du dey Hadj-Ali. Déclaration de guerre à la Tunisie. Dévoile de Bou-KuIk>us, bey d'Oran. Il est mis à mort. — Grande révolte des Yoldachs à Tunis. Ils sont écrasés.— Nouvelles attaques des Algériens contre la Tunisie. Ils sont repoussés. Révolte générale du llodna, de la Medjana et des llauts-DIaleaux. — Défaite du bey de Mèdéa parles 0. Madi. Namanebey est mis a mort à Mccilaet remplacé par Tcbaker-bey. — Anarchie générale à Alger et dans la province. Massacre des Mokrani par Tchaker-bey. Assassinat d'El-Iladj-Ali. Omar-Ag'a le remplace. — Mort de Hammoudabey a Tunis. Court règne de son Trère Olhmane. Avènement de Si- Mahmoud, chef de la branche ainéc. — Maroc : Suite du règne de Moulaï- Slimane.
Ali, bev de l'Est, prépare une expédition bn Tunisie. Il est
TUÉ PAR AfIMED-CllAOrCII QUI USURPE LE POUVOIR BT EST RENVERSE
après quinze jours de règne. — La défaite de l'armée algérienne à rOuad-Serate avait porté à son comble l'irritation du dey Ahmed. Non content d'ordonner le supplice d'IIosseïn-bey, il fit pendre, aux créneaux de Bab-Azzoun, un grand nombre de fuyards rentrés isolément. En même temps, il nommait bey de l'Est un brave janissaire turc, nommé Ali, en garnison à Constanline, et lui ordonnait de tirer une prompte et éclatante vengeance des Tunisiens (août 1807). Ali-Bcy s'occupa activement de réunir les troupes, le matériel et les munitions nécessaires au camp de l'Ouad-Rcmel, où il convoqua les contingents indigènes de la province. Dans le courant du printemps de l'année 1808, tout était prêt, et le bey allait se mettre en route, lorsqu'il reçut la nouvelle que le bach-ag'a Ilasseïn, était parti d'Alger, avec un corps d'armée destiné â se joindre au sien, et l'ordre d'attendre cet officier qui devait prendre le commandement de l'expédition.
HISTOIRE DE i/AFRIQt'B
Ce retard permit à un intrigant, du nom d'Ahmed-Chaouch, autrefois compromis dans la tentative d'assassinat du dcv Mouslafa à la mosquée, et réfugié, depuis peu de temps, à Constantine, d'ourdir une conspiration contre le bey et le bach-ag'a. Il détourna les Yoldachs de leur devoir au moyen de présents fournis sans doute par Tunis, ou en les effrayant par le récit de la trahison dont leurs collègues avaient été victimes à l'Ouad-Serate. Bientôt, l'insubordination fut complète au camp, et, tous les jours, les Yoldachs vinrent en ville, par bandes qui se répandaient dans les rues et pillaient les boutiques. Cependant, le bach-ag'a étant arrivé, le jour du départ fut fixé et Ahmed-Chaouch jugea le moment venu de frapper le grand coup.
Le vendredi, veille du départ, Ali-bey et le bach-ag'a s'étaient rendus à la mosquée de Souk-el-R'ezel (actuellement la cathédrale) pour y assister à la prière de midi et demander la bénédiction de Dieu sur leur entreprise. Tandis qu'ils remplissaient ce pieux devoir, les conjurés pénètrent dans la mosquée et font feu sur eux. Un tumulte se produit : le bach-ag'a, blessé, veut lutter contre ses assassins, mais il est bientôt achevé. Quant au bey, il s'est ouvert un passage le sabre à la main et a trouvé un refuge dans la maison de Si EI-Abbadi (à l'angle de la place du palais et de la rue d'Orléans) ; mais il ne tarde pas à être dénoncé ; on l'arrache de sa cachette et on le traîne, tout sanglant, devant Ahmed-Chaouch qui le fait décapiter.
Monté sur la jument d'Ali-bey, Ahmed-Chaouch se rendit alors à Dar-el-Bey, où il reçut le serinent de l'armée. Four célébrer son avènement, il distribua aux troupes l'argent de la caisse delà colonne et livra la ville à la soldatesque. Ce fut, pendant plusieurs jours, un odieux spectacle et les citadins durent s'organiser alin de résister par eux-mêmes aux violences de ces brigands. Le nouveau bey, tout en continuant ses prodigalités, songeait à organiser son makhezen et a se rendre, en personne, à Alger, auprès du dey. tën même temps, il écrivait à Hammouda, de Tunis, pour lui offrir la paix et demander le concours de ses troupes, massées près de la frontière.
Cependant, le khalifa de l'ancien bey avait pu gagner Alger et y apporter la nouvelle de la révolte d'Ahmed-Chaouch ; le dey en fut très effrayé, il prescrivit d'armer le fort Bab-Azzoun, craignant, non sans raison, une attaque de l'usurpateur. En même temps, le bey de Titeri recevait l'ordre de se rendre aux Porles-de-Fer, pour lui barrer le chemin ; puis il dépêcha à Constantine un habile courrier, porteur de lettres pour les chefs des Yoldachs, auxquels il envoyait son pardon et qu'il conjurait de rentrer dans
AFFAIBI ISSEMENT DE I.'aLTOBITÉ TIROTE (1808)
le devoir et d'obéir au nouveau bey Ahmed-Tobbal, et pour les gens influents et les principaux fonctionnaires, qu'il priait et sommait, tour à tour, d'arrêter le rebelle. Lorsque ces lettres parvinrent aux intéressés auxquels on les remit adroitement, Ahmed- Chaouch était en marche et se trouvait déjà à Bir-el-Beguirate, près de Mila, où il recevait des députalions de tribus de la région.
Les missives du dey eurent un succès d'autant plus complet, que chacun était las des cruautés et des incartades d'Ahmed- Ghaouch. Les goums, d'un côté, résolurent de le tuer et les Yoldachs, de l'autre, étaient décidés à en finir; aussi, lorsqu'au point du jour, on se mit en route, au bruit des tambours et enseignes déployées, on put voir les cavaliers indigènes poussant des charges jusque sur le bey, sous le prétexte de lui faire honneur. Cependant, les goums ignoraient les dispositions des Turcs et étaient sur le point de les attaquer, lorsque ceux-ci leur députèrent quelques officiers pour s'entendre avec eux. Se convainquant alors des dispositions hostiles de ses auxiliaires, le bey se mit en retraite et vint camper à l'Ouad-Hemel, d'où il aperçut les chefs des goums, conduits par l'ag'a, se portant sur Constantine, afin d'y faire reconnaître Ahmed-Tobbal ; aucun doute n'était plus permis; sa perte était décidée et il alla se placer sous la tente de refuye*.
Un des premiers actes du nouveau bey fut d'envoyer arrêter Ahmed-Chaouch. On le retira, non sans peine, de la tente de refuge ; puis il fut décapité et sa tête, envoyée à Constantine, fut promenée dans toutes les rues (octobre 1808). Il avait conservé le pouvoir pendant quinze jours. Malgré la satisfaction causée par cette nouvelle, le dey d'Alger frappa Constantine d'une amende, qu'il leva ensuite à la sollicitation de M'hammcd-ben-el-Feggoun, cheikh-el-Blad ; mais il envoya au bey l'ordre de mettre à mort tous les soldats qui s'étaient compromis dans la révolte et cette rigueur souleva contre lui les Yoldachs*.
Révoltes a Alger. Le dey Ahmed est mis a mort. Son SUC- CESSEUR Au-EL-R'aSSAL SUBIT LE MEME SORT. — NOUS aVODS dit que
le dey d'Alger avait été particulièrement satisfait de la chute d'Ahmed-Chaouch. Il avait eu, en effet, grand'peur, et, pour en
1. Dans tout campement de soldats turcs, il y avait la teule de refuge, asile* inviolable, et la lente de perdition, où quiconque pénétrait était mis ù mort. Rien ne distinguait l'une de I autre.
2. Vayssettes, llist. des llcys de Constantine, p. Î90 et suiv. — A. Rousseau, Annales Tunisiennes, p. 263 et suiv. — De Gramrnout. Hist. d'Alger, p. 368 et suiv.
HISTOIRE DR l'aFMQUE
finir avec ces affaires de l'Est, où l'on n'éprouvait que déboires sur déboires, il envoya, au mois de septembre, une députation à Tunis, avec des paroles pacifiques. Une trêve fut alors conclue entre les deux régences.
Cependant, à Alger, la fermentation était grande parmi les Yoldachs, démoralisés par leurs dernières défaites et irrités des rigueurs exercées chaque jour contre leurs collègues. De plus, Ahmed avait dû céder, encore une fois, aux exigences de Napoléon, réclamant des captifs italiens, ce qui avait produit un effet déplorable. Bien décidé à en finir avec la régence et son pseudo-pouvernement, l'empereur avait envoyé, au printemps de l'année 18(18, le colonel du génie Boulin, en le chargeant d'étudier avec le plus grand soin le meilleur point de débarquement et les conditions de l'attaque. Enfin le dey avait violé une coutume respectée jusqu'alors, en établissant sa femme dans une maison communiquant au palais de la Djenina. Une conspiration s'ourdit autour de lui et, le 7 novembre 1808, le palais fut envahi par une bande de 500 à 600 hommes armés ; ayant voulu fuir par la terrasse de la maison de sa femme, Ahmed-Dey fut abattu d'un coup de feu tiré d'un toit voisin, puis décapité. Après avoir traîné son cadavre dans les rues, les conjurés songèrent à lui donner un successeur et leur choix se porta sur l'un d'eux, nommé Ali, qui avait été laveur de morts, d'où le nom d'Kl-li'assal lui était resté.
Le nouveau dey était fanatique, cruel et dépourvu de la moindre des qualités nécessaires pour un tel emploi. II commença par faire mourir les ministres de son prédécesseur; on le pressait de demandes de toute sorte, notamment de l'autorisation de piller la ville; mais les Yoldachs mariés s'y opposèrent et menacèrent de s'unir avec les citadins contre les Zcbantôte. On cria beaucoup, sans pouvoir s'entendre ; on se menaça et chacun se prépara à la lutte. La situation ne pouvait se pVolongcr ainsi, car il n'y avait plus aucune autorité à Alger. Au commencement de février 1809, les Yoldachs, renforcés par le corps rentré d'Oran, décidèrent, réunis dans la Caserne-Verte, sous la présidence de l'ag'a Omar, qu'il y avait lieu de se défaire d'un dey aussi incapable. Le 7, ils envahirent la Djenina et, ayant entouré Ali-el- H'assal, voulurent le contraindre à s'empoisonner, mais comme il s'y refusait obstinément, ils l'étranglèrent.
Se débarrasser ainsi du dey n'était pas difficile ; mais le remplacer était autre chose; Omar-ag'a, qui avait été l'âme du complot, ne voulut pas accepter ce poste périlleux. On élut alors le Khodjet-el-Kheil, Iladj-Ali, homme sombre et violent, adonné à l'opium, et l'on ne tarda pas à s'apercevoir que l'on avait plutôt
AFFAIBLISSEMENT DE l'aUTORITÉ TITRQUB (1809) 477
perdu que gagné au change. Les supplices les plus atroces furent ordonnes journellement par lui ; et parmi ses premières victimes, tombèrent Bacri et#Ben-Duran
Mahommed-Bou-Kabous, bev d'Ohan, dompte la révolte des Derkaoua et celle des Arib db Sour-el-H'ozlane. — Dans la province d'Oran, la faiblesse bien connue de Mouslafa-el-Mamzali avait rendu aux Derkaoua la confiance : bientôt, on apprit qu'ils se préparaient à recourir aux armes. Le dey Ahmed se décida alors à remplacer Moustafa par Mohammed-Bou-Kabous, dit Er- Reguig (le Menu), second frère de Mohammed-el-Kebir. C'était un soldat vigoureux et énergique, mais trop porté aux violences inutiles*. Arrivé à Oran, dans l'automne de l'année 1808, il s'attacha û poursuivre les Derkaoua et fit périr dans les supplices tous ceux qui tombèrent entre ses mains. Cherif avait trouvé un refuge dans les Yakoubïa ; le bey marcha contre ces tribus, les mit en déroute et contraignit le Dcrkaoui h fuir de nouveau en proscrit. Après avoir, en vain, demandé asile chez les Harar, à L'ar'ouate et à Ain-Mâdi, Cherif gagna les Beni-Zcnaecn et, bien accueilli par eux, épousa la fille du Derkaoui Bou-Terfas, des Trara. Le bey essaya inutilement de se le faire livrer, allant jusqu'à offrir son poids en argent ; néanmoins, le mokaddem, mis au courant de ses tentatives, jugea prudent de décamper vers l'ouest (1809). On n'entendit plus parler de lui. Mais son beau-père, Bou-Terfas, ayant tenté de relever l'étendard de la secte dans le Djebel-Trara, se vit, tout à coup, attaqué par le bey Bou-Kabous, dont les soldats mirent la contrée au pillage. A son retour la colonne, assaillie par une tempête de neige, dut abandonner son butin ; elle se débanda et atteignit Tlemcen, après avoir perdu beaucoup de monde.
A peine rentré de cette expédition, le bey de l'Ouest reçut l'ordre d'aller châtier les Arib, toujours les maîtres de la région de Sour-el-R'ozlane. Il quitta Oran, a la tète d'une colonne légère de Zebantôte, montés sur des mulets. A ce noyau, fort de 800 hommes, il adjoignit à Miliana, les goum des tribus, au nombre de 4,000 cavaliers, et continua sa route par les hauts plateaux. « En traversant le territoire des Oulad-Allan, il fit couper les poignets à seize individus de cette tribu qui s'étaient nuitamment introduits dans son camp pour y voler. Enfin, il
t. De Grammont, Hist. d'Alger, p. 369 et suiv.
2. Uu acte de violeuce, commis par lui sur un indigène, lui avait ralu le surnom de Bou-Kabous (l'homme au pistolet).
HISTOIRE DE l'aEBIQV'E
fondit comme la foudre sur les Arib auxquels il tua beaucoup de monde, et fit un butin d'autant plus considérable que ceux-ci s'étaient enrichis dans les précédentes affaires. Puis il ramena à Médéa 200 femmes et -15 prisonniers qui furent décapités *ur le marché et dont les tètes, suivant la coutume, ornèrent les remparts '. »> Le bey reprit alors la route de l'ouest ; quant à Rabahbcn-Taleb, instigateur de la révolte, il avait pu fuir; plus tard. Ismaïl, bey de Tilcri, parvint à l'attirer en lui promettant l'aman, sur le marché de Sour-el-R ozlane où il fut tué, atteint de cinq coups de feu tirés des créneaux du fort1.
Violences du dev IIadj-Ai.i. Déclaration de guerre a la Trxi-
SIE ; RÉVOLTE DE Iioi'-K ABOIS, REV d'Or.VN. Il EST MIS A M'iRT.
— Hadj-Ali, dey d'Alger, continuait à terroriser le pays par ses violences. Après avoir assouvi sa colère contre les Bacri et Ben- Duran, il découvrit que le bey de Constantine, Ahmcd-Tobbal, avait fourni à David Bacri trois chargements de blé. Il n'en fallut pas davantage pour entraîner la perle de cet ofTicier, qui avait rétabli la paix dans sa province, l'administrait avec fermeté et intelligence et servait régulièrement les tributs à lui imposé*. Ahmed-Tobbal périt étranglé et fut remplacé par Mohammed- Nàmane, homme intelligent, et connaissant bien les affaires de la province (février 1811).
Dès son avènement, le dey avait repris à sa manière la question de Tunis, sans tenir compte de la trêve consentie par son prédécesseur; mais Hammouda était bien résolu à ne pas s'incliner devant les Algériens et, dès lors, on se prépara, de part et d'autre, à la lutte. Iladj-Ali convoqua à Alger toutes les forces du centre et de l'Ouest, pour rallier celles de Constantine, et envahir la Tunisie. Kn attendant, les navires des deux pays entreprirent des croisières contre les bateaux de commerce et les côtes de l'adversaire. Au mois de mai 1811, une flotte algérienne, se composant de six gros navires et quatre canonnières, sous le commandement du fameux Hcïs Hamidou, rencontra dans les eaux de Souça l'escadre tunisienne, forte de 12 bâtiments de guerre, sous les ordres du reïs Mohammed-el-Mouràli. Le combat s'engagea
1. Fcdermann et Aucapitainc, Notice sur le Bcylik de Titeri (Revue afric.. n" 52, p. 291 cl suiv.).
2. Dclpech, Révolte des Derkaoua (Revue afric., n« 103. p. 56 cl suiv ). — Walsin Estcrhazy, Domination Turque, p. 210 et suit. — L. Fey, Hisl. d'Oran, p. 302 et suiv. — Federmann et Aucapitainc, Notice sur le Bcylik de Titeri (lor. cit.).
AFFAIBLISSEMENT DE I.'aUTORITÉ Tl'RQUE (1812) 479
aussitôt entre les deux frégates amiralcs et, après une lutte acharnée qui dura de midi à six heures du soir, se termina par la prise du vaisseau tunisien qui fut ramené triomphalement à Alger, taudis que les autres navires ennemis se réfugiaient à Monastir.
dépendant, le dey d'Alger avait à faire face à des difficultés de toute sorte. La Kabilic était en révolte ; le chemin de l'Kst se trouvait coupé et les rebelles faisaient des incursions jusque dans la plaine. Mais il y avait un symptôme plus grave ; le bey de l'Ouest, après quelques tergiversations, avait refusé péremptoirement d'amener ses contingents pour la campagne de Tunisie. Il était donc en révolte ouverte et l'on prétendait qu'il avait contracté alliance avec le sultan du Maroc. Le dey jugea la situation assez grave pour suspendre l'expédition de Tunis et employer toutes ses forces contre le rebelle (1812).
Soutenu par les Douaïr cl les Zemala, ainsi que par les contingents d'autres tribus, Mohammed-Bou-Kabous vint prendre position sur la Mina. Tout à coup on apprend que l'armée algérienne, forte de 9,000 hommes, s'avance avec rapidité sous le commandement du rénégat grec Omar-ag'a. Aussitôt, les contingents du bey, pris d'une terreur irrésistible, s'enfuient de toutes leurs jambes et abandonnent Bou-Kabous, qui se replie presque seul surOran. Mais, pendant son absence, un représentant du dey, arrivé sur une frégate, avait pris possession de la ville. Ne sachant plus sur qui compter, Bou-Kabous se réfugia dans le donjon de Bordj-el-Ahmar et menaça de mettre le feu aux poudres que contenait l'arsenal.
Omar-ag'a n'avait pas lardé à arriver; mais il n'osait agir par la violence contre le bey, afin de ne pas le pousser à réaliser sa menace ; le Khodja Moustafa-ben-Djelloul, député vers le rebelle, le décida alors à se rendre. Mohammed-Bou-Kabous sortit de son refuge, demandant humblement pardon de sa révolte; mais il fut aussitôt livré aux chaouchs, qui lui écorchèrent la figure, lui ouvrirent le ventre, et le suspendirent par le dos à un crochet en fer. On dit que, malgré cet horrible traitement, il vécut encore 36 heures, après quoi, Omar-Ag'a lui fit trancher la tête (fin 1812). Il fut remplacé par Ali-Kara-Bar'li, caïd de Tlemcen, gendre de Mohammed-el-Kcbir, homme intelligent et énergique, qui eut fort à faire pour rétablir la paix dans la province de l'Ouest, si troublée grâce à la déplorable administration des dernières années
1. WaUin Eslerhazy, Domination Turque, p. 210 et suiv. — L. Fey,
Grande révolte des Yoi.dachs a Tunis. Ils sont écrases. — A Tunis, le bey Ilammouda, menacé sans cesse de l'agression des Algériens, avait augmenté, dans de grandes proportions, l'effectif de ses Yoldachs. Ce n'était pas, en effet, sur les seuls contingents des tribus indigènes qu'il pouvait compter pour se défendre, et il n'avait ni les Abid des souverains du Maroc, ni même la forte organisation des tribus Make/.en de l'Algérie. Mais, si les janissaires étaient de bons soldats, on connaît leurs défauts : l'indiscipline, le désir du changement et la prétention de prendre une part directe à la direction gouvernementale, avec l'espoir de devenir le chef de l'odjak. Beaucoup d'entre eux, habitués à l'instabilité des beys et du dey d'Alger, ne pouvaient se faire à la régularité, â la monotonie du long règne de Ilammouda. Devinant le danger, ce prince s'entoura d'affranchis et de Koulour'lis, dont il forma une garde particulière qu'on appela « les Mimlouks.» Cette mesure porta à son comble l'irritation des Voldachs et une vaste conspiration fut ourdie par eux.
Le vendredi, 30 août 1811, avait été choisi pour la réalision du projet de révolte. On devait profiter de la présence du bey à la mosquée de Zitouna, pour l'entourer et le mettre à mort ; mais Ilammouda, au courant du complot, se dispensa de sortir du Bardo. Convaincus qu'ils étaient trahis, les conjurés, après de nombreux conciliabules, se décidèrent à lever le masque et, dès le môme soir, procédèrent au pillage des boutiques dans le Souk, puis envahirent les maisons juives et y commirent tous les excès. Vers minuit, les rebelles, ivres de leur succès, se portèrent en foule à la Kasba, dont la garnison leur ouvrit la porte. De là, ils tirèrent le canon, signal convenu pour prévenir les postes des environs, et notamment de la Goulette.
Le lendemain matin, la population, revenue de sa stupeur, se joignit aux troupes envoyées du Bardo, par le bey, et ces forces enserrèrent les rebelles dans leur forteresse, d'où ils tiraient à coup sûr et sans danger sur quiconque se montrait. Il fallut recourir à l'artillerie des forts environnants et, grâce â des officiers anglais et français, fournis par les consuls de ces deux nations, l'attaque fut habilement et rapidement conduite. Pendant la nuit les canonniers français arrivés depuis peu de Malte, où ils étaient prisonniers, établirent, sous la direction de leurs ofliciers, une batterie au moyen de sacs à terre, à 150 mètres de la muraille ; en
Hist. d'Oran, p. 302 et suiv. — De Grammont, ffist. d'Alger, p. 371 cl suiv.